La face cachée d’une « enquête » contre la famille royale

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RECHERCHES FAITES PAR RENÉ NABA :
Par Mohamed Chakir Alaoui

Un journal français s’apprête à publier une «enquête» sur des comptes bancaires à l’étranger du roi Mohammed VI et de certains membres de sa famille. Des informations réchauffées qui seront sans doute présentées comme des «révélations». Les véritables raisons d’une pseudo «investigation».

Il fallait s’y attendre. Le réchauffement des relations entre le Maroc et la France, concrétisé par le rétablissement de la coopération judiciaire entre les deux pays, ne plaît pas à tous. Des milieux franco-marocains et algériens, soutenus par une horde connue de «contestataires» du royaume, se livrent à une ultime tentative dans l’espoir de générer une nouvelle tension entre Paris et Rabat. C’est dans ce contexte que deux journalistes s’apprêtent à publier une «enquête» sur un compte bancaire du souverain ainsi que celui de certains membres de la famille royale, a appris Le360. Ils ont adressé dans un questionnaire, au ton brutalement policier, au secrétaire particulier du roi et à des membres de la famille royale.

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L’article en question se base sur un ancien chèque du roi: celui-là même remis par Mohammed VI à l’association «Vivre Ensemble» pour achever la construction de la mosquée de Blois en France et qui avait fait le buzz sur Internet en 2012.

Le don royal accordé à l’association « Vivre Ensemble » pour la construction de la mosquée de Blois.

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Une information que ce duo de journalistes compte réchauffer à sa sauce dans l’objectif de créer du sensationnel là où il n’y en a pas. Autre « révélation » attendue de cette pseudo «investigation»: un compte à l’étranger ouvert au nom du roi et de certains membres de la famille royale. Or il s’agit de comptes «parfaitement légaux, puisque autorisés par l’Office des changes», nous confie une source à l’Office. Les questions portent aussi sur la société SAR Invest que les pseudo journalistes d’investigation risquent de nous présenter comme une «découverte». Or il s’agit d’une entité connue de la communauté financière et qui a été même co-initiateur de l’offre publique de retrait (OPR) de Bourse de la holding SNI, lancée en 2010.

Les raisons de la colère
En s’appuyant sur des éléments obsolètes et sans grandes significations, l’«enquête» de ces journalistes cherchera à présenter le patrimoine privé de Mohammed VI comme un obscur chapelet de montages de sociétés et de comptes à l’étranger, alors qu’il s’agit de structures parfaitement légales. Il faut croire que les commanditaires de cette «enquête» ainsi que leurs journalistes d’investigation n’ont rien trouvé d’exclusif, ni même d’assez consistant pour alimenter et donner un semblant de crédibilité à leur article. Mais quand on cherche à nuire, tous les moyens sont bons…

Le timing choisi pour sortir de vieilles buches calcinées et de souffler dessus dans l’espoir d’attiser des flammes mortes n’est pas fortuit. Le roi est en visite privée en France comme chacun sait. Il est très probable qu’il rencontre le président français François Hollande. Parmi les commanditaires de cet article, figure au premier rang Moulay Hicham -qui dans une démarche supposée être anticipative et pour se laver publiquement de toutes les manifestations d’hostilité contre le roi- s’est empressé de poster un tweet historique où il cite Mounir El Majidi, secrétaire particulier de Mohammed VI, contre lequel il lâche depuis des années ses sbires et journalistes aux ordres. Une question de bon sens : pourquoi Moulay Hicham se défend publiquement de prendre part aux conspirations contre le roi quelques jours avant que cette prétendue «enquête» ne paraisse?

Quand on saura que Ahmed Reda Benchemsi a pris part activement à cette «enquête», on aura de moins en moins de doute sur l’implication du cousin du roi qui se livre à une bataille désespérée contre sa propre famille. A ce sujet, Le360 a appris que Benchemsi a cherché à joindre Serge Berdugo il y a quelques jours en le questionnant sur des « avoirs détenus par des responsables marocains a l’étranger ». N’oublions pas que ce même Benchemsi fait déjà l’objet d’une plainte déposée par Mounir El Majidi, en France, pour diffamation.

Les commanditaires de cet article devraient toutefois garder deux choses à l’esprit. Primo, l’opinion publique marocaine a bien montré qu’elle n’accorde aucun crédit aux révélations «sensationnelles» comme le prouve le très peu d’intérêt pour les «révélations» de Chris Coleman. Secundo, le souverain, de même que les membres de la famille royale, sont dans leur droit de disposer d’un patrimoine. Plusieurs familles royales en Europe ont des biens et ne font pas l’objet pour autant d’enquêtes en service commandé qui, en définitive, instruisent davantage sur les desseins de leurs commanditaires.

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René Naba

Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l’information, membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme et de l’Association d’amitié euro-arabe. Auteur de « L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres » (Golias), « Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français » (Harmattan), « Hariri, de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres (Harmattan), « Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David » (Bachari), « Média et Démocratie, la captation de l’imaginaire un enjeu du XXIème siècle (Golias).

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