LA GUERRE DE L’ACIER EUROPE CONTRE CHINE

Robert Bibeau.  Directeur.  http://www.les7duquebec.com

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Dans une lettre commune, plusieurs ministres européens de l’Économie ont mis en garde contre « un risque important et imminent d’effondrement du secteur européen de l’acier, confronté au « dumping » pratiqué par la Chine et à une situation de surcapacité mondiale (…) L’Union européenne est le deuxième plus gros producteur d’acier dans le monde après la Chine, avec plus de 177 millions de tonnes produites par an, soit 11 % de la production mondiale, selon des chiffres de la Commission. Quelque 40.000 emplois ont été perdus dans le secteur ces dernières années » (1).  L’économie chinoise produit plus de 600 millions de tonnes d’acier chaque année, bien au-delà de la production européenne et américaine réunies. Voilà ce qui entraine l’affrontement inter-impérialiste Europe-Chine-USA.

 

Voilà des informations sérieuses et importantes. Le problème est que les journalistes à la solde ne savent pas lire correctement ces informations pour en transmettre la compréhension aux lecteurs de leurs canards déchainées.

 

Premièrement, il faut constater que l’industrie lourde de l’acier est une « vraie » industrie, productrice de plus-value réelle et de véritables profits. C’est autre chose que l’industrie de l’assurance, de la finance ou « l’industrie » des boursicoteurs (sic). De l’état de santé de l’industrie lourde, et de l’acier en particulier, découle l’état de santé de toute l’industrie en général.

 

Deuxièmement, pourquoi le premier producteur d’acier mondial, situé à dix-mille kilomètres des marchés européens parvient-il à vendre son acier moins cher en Europe que les entreprises monopolistes européennes ?  La réponse est simple, les entreprises de l’acier implantées en Chine pratiquent des salaires de misère sur ce marché de la main-d’œuvre encore « émergent », où l’exploitation du prolétariat est très intense.  Mais cela ne durera pas. Déjà, les ouvriers chinois mieux formés réclament des hausses de salaire afin d’assurer la reproduction élargie de leur force de travail. Anciennement, la forte productivité des travailleurs européens permettait aux entreprises européennes de l’acier de payer des salaires raisonnables et de vendre quand même moins cher que leurs concurrents moins automatisés. Toutefois, aujourd’hui que les entreprises européennes ont délocalisé plusieurs de leurs unités de production mécanisées vers la Chine, la Corée et Taiwan, elles exportent maintenant leur acier asiatique vers leur propre marché européen se faisant donc concurrence. La filiale chinoise de l’aciérie est en train d’absorber le marché de la maison mère européenne. Mais les entreprises chinoises et américaines de l’acier (implantées en Chine également) en font tout autant, voilà la véritable source de préoccupation des ministres européens de l’Économie.

 

Troisièmement, la baisse considérable des couts du transport maritime est un facteur qui permet aujourd’hui de transporter l’acier d’un continent à l’autre, tout en maintenant les prix de vente en dessous des couts de reviens européens.

 

Quel est donc l’objectif des ministres européens de l’Économie en lançant ce cri d’alarme au nom d’industriels qui se font concurrence à eux-mêmes à partir de leurs usines délocalisées en Chine ?

1) Leur objectif est de réclamer et de justifier davantage de subventions gouvernementales pour leurs patrons, les industriels de la sidérurgie. Ils écrivent « Parmi ces mesures, les ministres citent des « instruments de défense commerciale dans le cadre des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) » et d’autres instruments pour « moderniser l’industrie européenne de l’acier« , comme le soutien aux innovations. » Ce soutien aux innovations technologiques prendra la forme de subventions gouvernementales pour la recherche/développement, financée par les impôts des salariés. Les salariés paieront donc pour que l’on trouve des machines pour les remplacer sur la chaine de production.

 

2) L’objectif des ministres est aussi d’aviser les ouvriers européens de la sidérurgie qu’ils doivent accepter « de faire leur part pour sauver leurs emplois (et leurs patrons), chaparder par les ouvriers chinois, susurrent les ministres économistes » (sic). Des baisses des salaires sont à envisager pour les ouvriers de l’acier que les capitalistes européens ont placés en concurrence directe avec les ouvriers chinois surexploités. Enfin, les ministres avisent les ouvriers que des hausses de productivité drastiques seront exigées. Ce peut être par une plus forte mécanisation de la production. Ça peut être aussi par une intensification du travail et une accélération des cadences entrainant l’augmentation des accidents au travail.

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3) Enfin, l’objectif des larbins de l’Économie européenne est aussi de bloquer sélectivement la porte d’entrée européenne de l’acier aux entreprises chinoises (détenues par des actionnaires chinois), ou alors, de marchander des compensations financières de la part des industriels chinois au bénéfice des milliardaires industriels européens de la métallurgie.

 

4) Le dernier objectif des ministres européens de l’Économie est de désigner « les Chinois » comme étant les ennemis qui « volent les jobs » des ouvriers européens, préparant ainsi les conditions idéologiques – et de propagande – de la guerre à finir entre les grandes puissances impérialistes mondiales où le prolétariat européen servira de chair à canon pour défendre les intérêts des capitalistes français, allemands, polonais, italiens, britanniques, etc. De même, du côté de l’impérialisme chinois qui réclamera lui aussi le sacrifice suprême aux ouvriers chinois afin de contrer les guerriers européens envahisseurs. On nous prépare petit à petit à la guerre mondiale des paumés, chômeurs et salariés des tranchées.

 

Ces manigances des capitalistes européens de l’acier, de concert avec leurs affidés ministériels, pourront peut-être assurer, pour un temps, le niveau de profit des entreprises européennes de l’acier, mais elles ne résoudront pas le problème de la surproduction mondiale de laminés, qui découle de la baisse générale de l’activité économique – conséquente de l’approfondissement de la crise systémique du capitalisme. Comme on peut l’observer, le mode de production capitaliste est au bout de son rouleau et aucune malversation ne pourra le sauver.

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Nous venons de le démontrer, la classe prolétarienne n’a aucune responsabilité dans la stratégie de délocalisation industrielle ni dans la guerre concurrentielle entre magnats mondiaux de l’industrie de l’acier. Du côté chinois, comme du côté européen, ou américain, les prolétariats sont mis en concurrence pour obtenir moins de salaires et payer davantage d’impôts. Pire, à terme, les prolétaires sont menacés de se retrouver au front militaire pour défendre les intérêts de leurs capitalistes nationaux (sic), ce que la go-gauche antieuropéenne, syncopée par l’euro, propose comme alternative « socialiste », c’est-à-dire la guerre des riches.

 

Nous pensons que la seule alternative pour le prolétariat européen de l’acier est de se battre bec et ongle pour des augmentations de salaire et contre l’augmentation des cadences et l’intensification du travail, par le moyen de la grève générale illimitée. Que les capitalistes européens de l’acier se débrouillent avec leurs insolvabilités.

 

(1)   http://www.romandie.com/news/Acier-attention-au-risque-deffondrement-du-secteur-ministres-europeens/674354.rom

 

 

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