La guerre sans fin: la 3e guerre mondiale est-elle commencée?

    16.08.2016  URL : http://co22.org/dominiqueboisvert/wp/la-guerre-sans-fin-la-3e-guerre-mondiale-est-elle-commencee/

Voici le cinquième et dernier texte préparé dans le cadre de ma participation au Forum social mondial tenu à Montréal du 9 au 14 août 2016. Dans cet atelier organisé par le réseau européen «Transform!», 6 panelistes venus de divers pays (France, Espagne, États-Unis, Italie, Allemagne et Canada) devaient se prononcer sur l’avenir de la situation sécuritaire mondiale qui est la nôtre, et indiquer quels devraient être les politiques à privilégier dans les circonstances. Le titre de l’atelier faisait directement référence au pape François qui a déclaré, à plusieurs reprises depuis au moins janvier 2015, qu’on assiste à «une troisième guerre mondial qui se mène par morceaux». J’avais d’ailleurs écrit précisément sur ce sujet en janvier 2015.

Je ne cherche pas ici à rendre compte de la richesse de plusieurs des interventions, y compris la «mise en jeu» proposée par l’animateur Fabio Alberti (un document sortira peut-être de cet atelier), mais uniquement à partager le texte que j’avais préparé à cette occasion (l’atelier se déroulant finalement en anglais seulement, j’ai improvisé à partir de ce canevas de départ rédigé en français).

Ma perspective

  • dans un panel qui regroupe autant d’expériences riches et diverses, chacun doit apporter ce qu’il connaît le mieux: dans mon cas, les alternatives à la guerre et l’utilisation de la nonviolence
  • on nous a demandé de penser les perspectives d’avenir et (d’actions sur l’avenir) plutôt qu’une énième description des conflits actuels et des tendances qui s’en dégagent
  • la nonviolence comme perspective d’avenir (ou, encore plus, comme moyen de préparer l’avenir) peut sembler totalement utopique ou «déconnectée du réel»
  • pourtant, la nonviolence est pour moi LA SEULE MANIÈRE RÉALISTE de sortir d’«une guerre sans fin»: je m’explique

La nonviolence

  • en un seul mot: ce n’est pas la simple absence de violence (en deux mots) mais plutôt une philosophie de vie qui englobe l’ensemble de notre rapport au monde (j’ai consacré un atelier entier, ici au FSM, à cette NONVIOLENCE/philosophie de vie, comme fondement d’un «autre monde possible»)
  • davantage encore: la nonviolence ne se résume pas non plus aux multiples techniques de «lutte nonviolente» que Gene Sharp a longuement étudiées et diffusées un peu partout à travers le monde (surtout depuis le début des années 90)
  • la nonviolence dont je parle part d’une conviction profonde (parfois ancrée dans un terreau religieux ou spirituel, mais souvent ancrée dans une vision humaniste ou des principes philosophiques) que la violence ne peut générer que d’autres violences et qu’elle ne peut donc JAMAIS conduire à des solutions justes et durables qui sont les conditions de toute PAIX véritable

La spirale de la violence

  • quel que soit le conflit (ethnique au Rwanda/Burundi, historique et territorial en Crimée/Ukraine ou entre Palestiniens et Israéliens, religieux et politique comme un peu partout au Moyen-Orient, civil et oublié en République démocratique du Congo, «terroriste» un peu partout sur la planète, etc.), la seule force armée ne résout JAMAIS le conflit et ne conduit à peu près jamais à une solution juste (pour les parties concernées) et durable
  • par contre, la violence fournit TOUJOURS une justification et une motivation puissantes pour les conflits et les violences à venir (quand c’est votre mère, votre fils, votre voisin ou votre co-religionnaire qui a été tué par l’adversaire, il est difficile de résister à la tentation de la vengeance ou des représailles «légitimes»)

La démonisation de l’adversaire (la lutte entre le BIEN et le MAL)

  • les guerres ont, par définition, besoin de démoniser l’ennemi, d’en faire l’incarnation du MAL (pour que, bien sûr, nous devenions les champions du BIEN et que nous soyons ainsi justifiés de tuer, de vaincre ou d’écraser l’autre)
  • cette diabolisation de l’autre est aussi indispensable pour être capable de le tuer ou de le torturer sans (trop d’) état d’âme (voir le processus d’insensibilisation appliqué dans la formation militaire; voir aussi le film —et le fait historique— Joyeux Noël de Christian Carion)
  • Hitler, Saddam Hussein, Oussama Ben Laden, Bashar El-Assad, l’État islamique: autant d’incarnations du MAL qu’il faut éliminer à tout prix; le problème, c’est que vu du point de vue des Allemands des années 30, des Irakiens des années 2000, des populations arabes exploitées ou déconsidérées, des nationalistes syriens ou des religieux fondamentalistes musulmans, le BIEN et le DROIT était de leur côté et c’est nous qui incarnions, avec autant de bonne foi que pour nous, le Grand Satan, le MAL ou les mécréants
  • la technologisation de la guerre accroît d’ailleurs cette déshumanisation: on combat de moins en moins un ennemi que l’on peut voir («des bottes sur le sol») au profit de tirs à distance (bombardements aériens, missiles, drones)

L’inefficacité des guerres et de la violence

  • tous les conflits depuis le 11 septembre 2001 ont montré, de manière éloquente, combien les conflits armés ne sont plus une solution viable (Afghanistan, Irak, Lybie, Syrie, etc.)
  • la plupart des conflits armés se résolvent en fait par des négociations et des accords politiques et diplomatiques; et les seuls qui trouvent une solution durable proviennent de tels accords plutôt que de victoire militaire et de reddition d’un des belligérants
  • la «guerre au terrorisme» fait la preuve, chaque semaine, que nos moyens traditionnels armés et militaires sont totalement inadaptés pour ce type de conflit qui semble prendre de l’importance (la même chose pourrait être dite des nouveaux lieux de conflits: la cyberguerre, la guerre de l’espace, etc.)

La diminution de la violence et l’apprentissage de la nonviolence

  • Steven Pinker, dans son maître livre The Better Angels of Our Nature, Why Violence Has Declined, montre de façon convaincante que, malgré nos perceptions subjectives contraires, la réalité des faits indique une claire et constante diminution de la violence dans l’ensemble de nos sociétés, du début de l’histoire humaine jusqu’à maintenant (2011, en fait, date de la publication de son livre)
  • cette diminution de la violence (relative, puisque la démographie continue d’augmenter considérablement) va de pair avec la capacité des États d’assurer le «monopole légitime de la violence» (justice, police, armée): plus l’État est perçu comme pouvant rendre justice, moins les individus prennent sur eux-mêmes de se faire justice (c’est bien sûr plus complexe que cela!)
  • la même dynamique est en cours (de manière encore très embryonnaire et souvent insatisfaisante, bien sûr; mais rappelons-nous que la Société des Nations, souhaitée depuis quelques siècles, n’a vu le jour qu’en 1920, qu’elle a d’abord été un échec avant de renaître, en 1945, sous la forme de l’Organisation des Nations Unies) non seulement avec diverses organisations internationales qui commencent à encadrer divers domaines (la population, l’environnement, le travail, l’éducation et la culture, l’agriculture, etc.) mais aussi des questions plus «sensibles» comme la Cour pénale internationale (qui ne date que de 2002)
  • nous sommes évidemment encore loin d’un gouvernement mondial, et encore plus d’une force de police capable d’en faire respecter les règles; mais nous avons fait plus de progrès en ce sens en moins d’un siècle que l’humanité n’en avait fait en plus de 50 siècles (depuis l’apparition de l’écriture)
  • de même, la nonviolence a encore beaucoup de chemin à parcourir avant de remplacer la violence comme réflexe spontané devant un conflit; mais la nonviolence, présente depuis très longtemps dans l’histoire, a elle aussi progressé de manière spectaculaire depuis la fin du 19e siècle
  • de toutes façons, nous n’avons guère le choix puisque, comme le disait sagement Gandhi, «avec la pratique du oeil pour oeil, tout le monde deviendra aveugle»

Scotstown, le 28 juillet 2016

 

Une pensée sur “La guerre sans fin: la 3e guerre mondiale est-elle commencée?

  • avatar
    19 août 2016 à 15 03 59 08598
    Permalink

    Pourquoi y a t il des guerres ?
    Vous décrivez des mécanismes qui nous expliquent comment se déroulent les.guerres mais aucunement pour quelles raisons.
    Or si l ‘ on veut instaurer un monde de paix il faut en connaitre les rouages.

    La réponse se trouve précisément dans le système capitaliste. Il est inhérent à lui. Les guerres coincident avec des crises profondes comme celle que nous vivons. Elles sont la conséquence et non la cause, du pillage de la planète.
    Celui ci est une constante de l ‘ exploitation du travail humain et de la nature.
    Elles sont l ‘expression de la domination des centres impérialistes sur des Etats dominés. Elles sont le moyen de cette domination par le fait que elles permettent d ‘ augmenter le taux de profit des pays du centre en maintenant au plus bas celui des pays qui assurent l ‘ essaie des ressources en plus value mondiale.
    Alors, pour résumer ma pensée, je dirai que le pacifisme est du même accabie que la démocratie bourgeoise. Il donne bone conscience, s ‘ avère im puissant à combattre les fondations de ce système capitaliste car il n en vise à aucun moment les racines.
    Seule la classe des exploités pourra en venir à bout pour se debarasser de ceux qui les exploitent et surtout pour sa survie car la bourgeoisie n ‘ a qu un but :
    S ‘ assurer la pérennité du système quitte à massacrer des peuples entiers.
    La révolution politique est la seule solution pour commerce à envisager un autre monde.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *