La religion antifasciste à l’oeuvre : Trump est-il immonde?

Par Le prolétariat universel. Le 17.08.2017.  Sur  https://proletariatuniversel.blogspot.ca/2017/08/la-religion-antifasciste-loeuvre-trump.html#comment-form
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Ce qui frappe dans l’hystérie anti-Trump qui s’est emparée de la planète, c’est que tout semble entendu et oecuméniquement partagé : les extrêmes ne se ressemblent plus. Hier, des sixties aux années 1980, l’ensemble de la presse de l’ordre en place renvoyait dos à dos toute bagarre entre gauchistes et « fafs »1, s’en servait pour justifier la violence policière légale et n’avait pas de mots assez durs en particulier contre les « casseurs » gauchistes, entre autres les black blocs (dont Trump a fort subtilement changé le nom en Alt Left, pour les mettre sur le même plan que les si décriés Alt Right). ; enfin contre les divers agités du bonnet contestataire tout azimut qui « mettaient en danger la démocratie »2. Trump restait fidèle ainsi à la doctrine des équivalences si prisées par les intellectuels de gouvernement durant des décennies pour figurer un Etat au-dessus de la mêlée. Mal lui en prit : il se faisait parjure de la religion antifa. Il fût donc décrété relaps. La doctrine religieuse antifasciste dispose de sa principale prêtrise surtout dans la noria des curés gauchistes et anarchistes, dont c’est le credo à défaut d’une graine d’intelligence.
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Depuis les débuts de sa campagne électorale jusqu’à aujourd’hui Trump a été constamment qualifié d’immonde, un mot qui vous salit l’honneur voire votre vertu. Le mot communément compris comme odieux ou répugnant est en fait un terme religieux d’exclusion. Il y a une année Le Courrier International, papier tapisserie superficiel et aléatoire de ce qui se publie un peu n’importe comment sur la planète, titrait « La face la plus immonde de Donald Trump » (à cause de ses déclarations machistes) et le représentait comme un étron. Mais la voie était tracée, ou le caca si je puis dire pour réutiliser le vocabulaire classique désignant pour tout lycéen morveux et ignorant le fascisme : la bête immonde. Donc Trump est devenu de plus en plus immonde3. Donc un nazi!
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La religiosité gauchiste ayant été depuis fort longtemps intégrée puis absorbée par le système, comme je l’ai si souvent souligné4, on oublie qu’elle sert d’inspirateur, voire d’efficace aspirateur idéologique, au renouvellement ou à la pérennisation de la confusion idéologique bourgeoise. Les animateurs des think tanks comme la plupart des ministres de gauches diverses étant eux-mêmes d’anciens soldats du trotskysme ou du maoïsme. Notre monde actuel n’est pas simplement plein de psychopathes mais plein de gens de bonne volonté antifasciste ; la chanteuse américaine Barbra Streisand en témoigne, membre de l’élite artistique gauchiste elle a vertement conspué son président : «Mettre sur le même plan des néonazis et ceux qui protègent les droits civiques est honteux et insensé». L’absence de réaction rapide et ferme de Trump pour dénoncer le « fâchisme » à la suite du meurtre et de l’embardée criminelle de la voiture du psychopathe de Charlottesville, a connu trois phases crescendo dans l’inquisition médiatique :
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  1. il a fait équivaloir d’abord les deux extrêmes = scandaleux (les manifestants gauchistes n’étant que des enfants de choeur)
  2. il a essayé de se rattraper en concédant que la haine (comprenez le fâchisme virtuel bien compris par tous comme le haut Mal) n’avait pas sa place in Amérique intra-muros = immonde ;
  3. il a remis le couvert en maintenant sa première déclaration irréfléchie = cela confirme qu’il est imprévisible et ami des « fachos » !
Le procès médiatique de Trump se trouvait renforcé par cette dialectique très … stalinienne. En effet c’est invariablement selon ces trois étapes – aveu mitigé/rétractation/culpabilité admise – que se déroulaient les procès de Moscou, sauf qu’à la troisième étape, l’accusé (qui avait été torturé et dont on menaçait de tuer femme et enfants) reconnaissait qu’il était fasciste. Avec cette différence que Trump est au pouvoir et qu’il les emmerde.
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On pourrait trouver une explication à cet hallali, la fin de tout respect, qui semble de plus en plus toucher les fonctions du personnel politique supérieur (présidents, ministres, candidats à la députation)5 dans la « décomposition » du capitalisme et les banalités ressassées sur sa décadence comme s’en contente le CCI6. On verra que c’est plus compliqué mais aussi plus simple. Parcourons les aboiements des chiens dans la chasse à l’homme « imprévisible ».
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LA CABALE CONTRE TRUMP
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La lutte politique pour le gauchiste de base c’est : être membre d’un syndicat, voter écolo ou gaucho ou Mélancho, jeter des pierres sur les flics et casser la gueule aux « fachos ». Avec une aussi solide formation théorique il leur est facile de se moquer d’un prétendu machiavélisme de la bourgeoisie car celle-ci n’est que brutalités : coups de bâton du CRS, licenciements, lois félonnes, racisme d’Etat, refus de laisser entrer tous les migrants du monde, etc.
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Parler de complot ou de connivence est une hérésie pour le croyant gauchiste, la théorie du complot c’est bon pour les fachos, les révisos et les amis de Le Pen. La notion de complot confondue avec conspirationnisme (plutôt que celle de machiavélisme) fait l’objet d’interminables débats d’exégètes qui n’aboutissent qu’à une aliénation complète de la pensée politique. Je me contenterai ici de souligner le paradoxe que les premiers dénonciateurs de la théorie du complot sont ses utilisateurs même ! Et cela nous aidera à mieux comprendre la suite. Le mot n’est pas utilisé mais pourquoi toute une fraction de l’establishment américain a passé le début de cette année à dénoncer « la collusion » de Trump Junior avec la Russie ? La notion de complot ne s’use que si l’on s’en sert contre une fraction rivale ? On se souvient que la contestation de l’élection de Trump avait fait rage, il avait obtenu moins de voix que la mère Clinton, mais qu’importe, cela avait été le cas avec le fils Bush face à Al Gore. Les élections made in USA c’est comme le traité de Lisbonne, on se fiche des désidératas des électeurs, the right man at the right place ! George W.Bush représentait la fraction pétrolière qui exigeait la guerre, puis Obama a servi d’intermède pour calmer le jeu, puis Trump débarque lui aussi – non désiré par la fraction financière – mais aussi représentant d’une fraction pétrolière classique va-t-en guerre, mais mieux encore, assis sur une aura « populiste », composante (ou contenu contenant) qui s’avère nécessaire pour embrigader toute la population vu que le communautarisme et les chansons sur les migrants n’enchantent pas tout le monde ; et ne permettent pas de réaliser l’union nationale… religieuse7.
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Contrôlés par des milliardaires, parfois américains, parfois arabes, les médias en France n’ont pas besoin de comploter, le premier qui commence donne le la. En général c’est Le Monde accolé au Huff Post (de la fraction financière US), puis Libération, Le Figaro restant toujours ambigu et exprimant tendanciellement la fraction de droite la moins américanophile. L’Express et Le Point, traditionnellement inféodés à la dictature américaine, suivent en général l’inclinaison dominante au moment du lancement d’une campagne idéologique à durée variable. N’étayons pas longuement sur la radio d’Etat, il est admis désormais depuis la gouvernance Hollande qu’elle est dirigée par un conclave de gauchistes institutionnels ; c’est parfois affligeant de conformisme et lourdingue au possible. Hier, sur France infaux, le journaliste qui interviewait un « grand » spécialiste de la politique américaine sur la complicité de Trump « avérée » avec les bandes fascistes « qui ont tué une militante antifasciste », apparaissait bien plutôt comme un militant fanatique du NPA interrogeant un autre militant fanatique du NPA sans honte d’étaler les clichés les plus simplistes pour « expliquer la situation aux USA ». Ne parlons même pas de l’odieux visuel qui a quand même fini par montrer un peu plus d’images de l’acte du psychopathe de Charlottesville mais sélectionnées ne montrant que les « fachos », leurs fusils et bâtons, mais pas ceux des « antifascistes ». On ne peut pas nous rejouer la nuit de cristal mais la guerre d’embrigadement en Espagne 36 si, un groupe gauchiste nommé IWW a constitué déjà ses milices antifascistes et des contributeurs sur facebook appellent déjà à faire de même en France. Certains ont fait circuler dans la poubelle facbook une photographie de jeunes femmes yézidis en tenue de soldates exprimant leur « solidarité contre le fascisme qui est un danger dans le monde entier (sic) » alors qu’elles ne connaissent ni de près ni de loin l’histoire des fascismes et que, sous l’uniforme, elles sont encore moins un symbole de pensée libre. Survolons donc la focalisation assourdissante sur le seul meurtre de Charlottes-ville, alors qu’une dizaine de personnes sont massacrées à Ouagadoudou, sans oublier de quotidiens attentats islamistes dans le monde. La focalisation sur le meurtre de Heather et l’amalgame avec un complot des clowns marginaux alt-right donnent bien trop d’importance au drame dans la petite ville américaine8. Comme avec la théorie du complot retournée par les anticomplotistes, l’amalgame, si décrié par les curés gauchistes dès qu’il se produit un attentat attribué à daesch, devient pensée officielle : oui les incidents dans ce bled américain c’est le fascisme !9
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Dès le 13 Libération donne le ton et inonde d’articles sur le sujet : Etats-Unis : l’extrême droite à visage découvert :http://www.liberation.fr/recherche/?q=charlottesville
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Heureusement qu’il y a eu cette manif et ce crime sinon l’actualité mondiale restait limitée aux incendies de forêt ! Le 16 au soir la maïeutique du journaleux est un Fouquier-Tinville avec un humour style Minute, il ne convoque pas un vulgaire antifa de base à la barre : « Trump incontrôlable : les républicains sans garde-fou (sic) :
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« Mais Donald Trump, on le sait, n’est pas homme à se laisser cadrer, moralement ou politiquement. Pas plus qu’il n’est du genre à admettre ses erreurs. Mardi, dans le lobby doré de sa Trump Tower à New York, là où, en juin 2015, il avait lancé sa candidature à la présidentielle en attaquant les migrants mexicains «violeurs» et «criminels», Trump a donc récidivé. Devant des journalistes abasourdis et des millions de téléspectateurs américains. Et de ses propres conseillers ».(…) Donald Trump commet une faute morale qui marque un tournant de sa présidence. «C’est un moment charnière pour Donald Trump lui-même, dit à  Libération Cody Foster, historien et spécialiste de la présidence américaine à l’Université du Kentucky. (…) Les événements de Charlottesville font partie de ces moments clés au cours desquels les Etats-Unis recherchent un leader fort, une sorte de boussole morale. (…) Professeure de sciences politiques à l’université Virginia Tech, Brandy Faulkner ne se dit «pas surprise» par les propos de Trump, qui confirment selon elle une «lente et constance détérioration de leadership» au sein du Bureau ovale : «Dans la société, le président est censé protéger les gens marginalisés, opprimés, victimes du racisme ». (…) Le ton est tout aussi incisif chez l’ancien candidat à la présidentielle Mitt Romney, toujours sur Twitter : «Non, ce n’est pas la même chose. Un camp est raciste, sectaire, nazi. L’autre s’oppose au racisme et aux préjugés. Des univers moralement différents.»
Deux autres cautions morales de haut niveau sont également invités au tribunal de l’inquisition antifasciste :
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« Fait rare, les deux anciens présidents Bush, d’ordinaire très discrets sur la vie politique américaine, ont appelé mercredi, dans un communiqué conjoint solennel, les Etats-Unis «à rejeter le racisme, l’antisémitisme et la haine sous toutes ses formes». Côté démocrate, l’ancien adversaire d’Hillary Clinton aux primaires de 2016, Bernie Sanders, a interpellé Donald Trump : «Vous faites honte à notre pays et aux millions d’Américains qui se sont battus et sont morts pour vaincre le nazisme. Les violences à Charlottesville n’ont pas été provoquées par « l’alt-left »», a tweeté (a menti) le sénateur du Vermont, reprenant une expression utilisée mardi par Donald Trump pour désigner les contre-manifestants. Puis il y a aussi le témoignage, jamais d’un Alt right, mais d’une imposante « chercheuse à l’Institut français de géopolitique, spécialiste du racisme systémique aux Etats-Unis ». N’est-elle pas aussi « spécialiste de l’antifascisme systémique un peu partout là où il faut protéger l’Etat bourgeois » ?
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LA TRANSGRESSION DE TRUMP
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Le Monde (16 août) : Attaque de Charlottesville : la transgression sans précédent de Donald Trump . Après la manif et le meurtre de Heather le 12 août, la campagne n’a pas cessé de croître pour dénoncer le « fasciste » Trump, et Le Monde sait bien fabriquer de nouveaux procès de Moscou : « Devant le malaise et l’indignation provoqués par cette déclaration, le président américain a semblé changer d’attitude. Lundi 14 août, la Maison Blanche rendait publique une déclaration assurant que sa condamnation de la veille incluait « bien sûr, les suprémacistes blancs, le Ku Klux Klan, les néonazis et tous les groupes extrémistes »Mais le naturel est revenu au galop, mardi. Comme exaspéré par les multiples commentaires jugeant sa réaction tardive et ambiguë, M. Trump a réitéré son premier jugement. Depuis sa Trump Tower new-yorkaise, il a réaffirmé qu’il y avait eu, à Charlottesville, « des torts des deux côtés », mettant sur le même plan l’extrême droite et une extrême gauche (une « alt left »inventée pour l’occasion) « très très violente ». L’un des responsables du Ku Klux Klan n’a pas tardé à saluer cette condamnation des « terroristes de gauche », tandis que plusieurs responsables des républicains, et jusqu’au chef des marines, dénonçaient ce nouveau revirement.
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Car la faille est profonde. En établissant une équivalence entre les mouvements antiracistes et une extrême droite pure et dure (qui l’avait ostensiblement soutenu durant sa campagne et dont il avait déjà tardé, à l’époque, à se démarquer), Donald Trump assume une transgression sans précédent. Il a été élu à l’instinct, en rupture avec l’histoire des Etats-Unis et en guerre contre la « bien-pensance », surfant sur les mauvais démons d’une Amérique blanche hérissée par sa transformation en une nation multiculturelle. Il entend, à l’évidence, user des mêmes ressorts pour gouverner le pays. Pour le meilleur, veut-il croire. Pour le pire, hélas ».
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LE FIGARO : titre plusieurs jours les revirements de Trump :
Après Charlottesville, plusieurs patrons décident de lâcher Trump » :http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/08/14/20002-20170814ARTFIG00206-charlottesville-le-pdg-de-merck-lache-trump-avec-fracas.php Trump isolé dans son pays après la polémique sur les suprémacistes blancs . Des patrons « antifas », sans doute au souvenir de leurs prédécesseurs dans les années 1930, en première ligne avec le nazisme avec …kameraden Ford !
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LE HUFFPOST (principal agent avec le Monde de la fraction financiaro-pétrolière, rédac en chef l’ex femme de DSK) :
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Le Parisien : A l’opposé du succès du tweet de Barack Obama, les réticences de Donald Trump à condamner clairement les suprémacistes ont eux provoqué une vague d’indignation aux Etats-Unis. «La haine a toujours existé en Amérique. On le sait, mais Donald Trump l’a remise à la mode!», a par exemple écrit sur Twitter la star du basket-ball LeBron James ». Le coucou d’Obama, une citation mièvre de Mandela, sponsorisé plus grand tweet de tous les temps ! Quel bonheur !
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Le Point : Charlottesville : Trump remet de l’huile sur le feu
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TF1 et LCI : De LeBron James à JK Rowling, vague d’indignation après la volte-face de Trump sur les violences à Charlottesville ;
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TRUMP DÉSACRALISE LA FONCTION PRÉSIDENTIELLE ET C’EST NORMAL
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Personne ne conteste que l’utilisation du tweet à toute heure par Trump, comme un gamin de quinze ans, ridiculise sa fonction. Mais pas tant que cela. Il y a un public désormais qui est friand de la communication immédiate et directe (Macron se plie aussi à l’exercice), qui a ainsi l’impression que l’homme politique dominant est plus proche du peuple et répond instantanément à ses besoins ou impulsions.
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Dans mon article du début février de cette année – Trump empereur révolutionnaire ? – je faisais un parallèle avec le bonapartisme, rappelant son « isolement » face à l’establishment de l’époque :
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« Il y a des différences (sur une conception libéraliste de l’économie) mais beaucoup de similarités sur les débuts de l’accession au pouvoir de Napoléon III avec la farce électorale qui a abouti à l’intronisation de l’empereur scandaleux Donald Trump. Les difficultés commencèrent pour le neveu de Napoléon Bonaparte dès le lendemain de son élection. Il était politiquement isolé, car le bonapartisme n’avait aucune assise parlementaire et lui-même était totalement étranger au milieu dans lequel il entrait. Comme la campagne avait laissé des traces, les républicains lui refusèrent leur concours et il dut composer, contre son gré, un gouvernement conservateur autour d’Odilon Barrot, l’ancien chef de l’opposition dynastique sous la monarchie de Juillet et du légitimiste Falloux, qui repoussait ses principaux projets qualifiés d’«  élucubrations  » et qui se concertait à l’avance pour lui imposer ses décisions sous forme de quasi-ultimatums. Le président Napoléon bis devait aussi compter avec une Assemblée à majorité républicaine qui lui était hostile, puis, à partir de mai 1849, avec une nouvelle Assemblée, cette fois dominée par les monarchistes et aussi mal disposée vis-à-vis de lui. Les sobriquets ne manquent pas non plus pour le nouveau président américain: “Dangerous Donald”, “Donald l’ignorant”, Voldemort (le vilain sorcier de la saga Harry Potter), Captain Tantastic, The orange Knight, Droopy Donald… Napoléon III intronisé après le bain de sang de la répression de 1851 est nommé lui Ratapoil par Honoré Daumier, Badinguet par Paul Gavarni, Crapulinsky par Marx . Soros prédit l’échec du “dictateur Trump ».
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Le bonapartisme de Badinguet comportait une volonté d’expansion coloniale, qu’on retrouve aussi chez Trump (relookée impérialisme) avec ses dernières menaces réitérées de guerre indirecte avec son principal rival, la Chine. J’ajoutais que le (dit) populisme de Trump s’apparente en effet plus à un bonapartisme bâtard (alliance virtuelle du Chef de la Nation et de la plèbe) qu’à ce concept vague et confusionniste de populisme agité par les élites politiques bourgeoises pour désigner comme proto-fasciste meilleur démagogue qu’eux. Trump peut toutefois s’inspirer de la manière «  ouvriériste  » avec laquelle Badinguet soignait sa popularité, en se rendant dans les écoles, les hôpitaux et les casernes, mais aussi en province  ; et de sa manière de se jouer des institutions bourgeoises classiques ».
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Dans l’article précédent – Donald Trump un révolutionnaire ? – conçu ironiquement comme aussi « révolutionnaire » que notre Macron, qui lui a offert depuis un bien charmant déjeuner amical à la Tour Eiffel, simple acte d’allégeance – je rappelle la haine des braves milliardaires d’Hollywood et celle de l’establishment représenté par Dame Clinton. Je rappelle aussi qu’il a servi à entraîner dans les urnes des millions dégoûtés par les diverses élites politiques, financières et journalistiques.
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Les dernières bisbilles avec le dictateur nord-coréen, simple télégraphiste de l’empire chinois, confirme l’option (répétitive) de l’ex-fraction du CCI, qui croit Trump imprévisible pourtant, la guerre à terme. Toute l’attitude belliciste de Trump au cours des dernières semaines, et même son face à face vent debout face aux médias confirme son utilité pour la bourgeoisie américaine malgré la cabale menée en permanence par la fraction financière déterminée à le couler tôt ou tard, mais ce n’est pas gagné car « l’opinion » n’est pas forcément crédule de la religion antifasciste. Il suffit de lire les commentaires dans la presse américaine ou même ici en France.
Étalonnage :
  • les grandes déclarations vertueusement antiracistes des nababs d’Hollywood ne leurrent même pas les ouvriers noirs américains qui savent le nombre de noirs tués par la police « démocratique » et que les balades de rue comme à Charlottesville n’y changeront rien ;
  • que le show business, papa et fils Bush et une partie du patronat défendent l’antiracisme fait rire dans les chaumières des déshérités ;
  • qu’on accuse Trump de collusion avec l’extrême droite, même en le martelant tous les jours à la radio, à la télé et sur internet ne bousculera pas la conviction qu’ils sont tous complices, que Trump n’est pas plus compromis qu’un Ford pote avec Hitler, qu’un Mitterrand avec l’assassin Bousquet, que les gaullistes avec leur SAC et leurs petits services mutuels avec les élus du FN ;
  • l’électeur américain de Trump n’est pas spécialement un sale « facho blanc » comme le prétendent les moinillons gauchistes, mais pour une grande part (et des ouvriers aussi, même noirs) s’il ne changera rien au système, il dit au moins des vérités, il dérange, il est plus un Mélenchon qu’une Marine Le Pen. Par ses prises de position ubuesque avec les tweets il donne du grain à moudre aux gauchistes, lesquels dépérissaient à vue d’oeil sans moulin à vent à dénoncer, les voilà ragaillardis pour un nouveau tour de piste, avec leur rôle essentiel : détourner la jeunesse du véritable combat contre le capitalisme.
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Trump, sous des déclarations tonitruantes, souvent loufoques, occupe le terrain sans cesse, comme le fit Sarkozy en son temps. Il sait qu’il a le soutien populaire et qu’il peut moquer la partie des élites, de l’autre faction bourgeoise, qui le lâchent ou ne cessent de comploter contre lui. Il a surtout un souci (très populaire pour le coup) de donner du boulot aux ouvriers autochtones, tout en donnant un coup d’arrêt à l’immigration massive, que d’autres pays mettent en place de fait (cf. l’Italie et la volonté de Macron de bloquer par des hot shots dans le désert libyen)10. Cette immigration devenant en effet ingérable. Cet aspect de protection nationale et de souci industriel était probablement le principal aspect de ce que l’on nomma au XIXe siècle bonapartisme. Et cela, Jospin, qui s’est fendu de sa version à lui du « mal napoléonien », l’ignore ou le passe sous silence. Napoléon III fît de réelles réformes sociales qui lui valurent la reconnaissance des paysans et des ouvriers11.
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Trump n’est pas Napoléon III ni Bismarck. Les ouvriers américains n’ont rien à attendre de lui. S’il leur promet le plein emploi c’est pour mieux les ressouder à la Nation, ressouder la Nation c’est la préparer à la pleine guerre. Trump ne transgresse pas les lois de l’ordre bourgeois. Trump n’est pas plus immonde que ses contradicteurs de l’Alt Left et ses confrères de l’Alt Right, il veut par tous les moyens, même militaires, préserver et agrandir l’hégémonie américaine partout dans le monde.
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Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent.”
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George Orwell
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NOTES!
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1Acronyme de la « France aux français », ainsi qu’on désignait les « fachos » à la fin de la guerre d’Algérie et en 1968. On accusait ainsi les gaullistes d’être complices des « fafs » ce qu’ils contestaient catégoriquement, quand chacun savait que le SAC gaulliste comptait surtout des gros bras « fachos ». Relire la presse d’époque en 1973 lors de l’attaque du FN au Palais des sports par les escouades de la LCR et des maos… et le compte rendu de la presse.
2Un certain C. Bourseiller s’était spécialisé, pour le plus grand profit de la police, dans le décryptage et l’identification de ces divers « ennemis du système », collaboration dûment récompensée par une promo comme prof à Sciences-Po.
3Comme la plupart de ceux qui se considèrent en dehors de la messe antifa je suis aussi taxé de facho ponctuellement par certains lecteurs dont je jette les stupidités à la poubelle. Dernièrement une certaine Gwen Ar Ruz, qui signait aussi G.S . ou Joce Forest – les trolls s’effacent ou inventent sans cesse de nouveaux faux profils – m’a traité d’immonde sans connaître la signification religieuse du terme. C’est vrai je suis impur et me félicite de le rester. Mais se faire traiter de fou par une folle qui sort de trois séjours en hôpital psychiatrique me laisse pantois surtout qu’avec mes « méthodes de facho », j’ai des « délires persécutoires, accès de diarrhée verbale, érotomanie mâtinée de mégalomanie ». Ouf « mâtiner » est encore un terme religieux – révélateur de « possession démoniaque » et de la confusion mentale d’icelle – propre au fanatisme de cette concierge pleine de haine du blog « socialisme ou barbarie » du pauvre Aucordier, ou plutôt bergerie à trotskiens déconfis qui passent leur temps (inoccupé) à lancer des anathèmes de clavier ou des bassesses cradingues, radient de leur couple-secte tout ce qui déroge à leurs oukases sous couvert de « libre discussion entre révolutionnaires ». Gaffe si vous croisez Gwendoline la méchante, elle ne mesure peut-être qu’un mètre 55 mais elle est expérimentée racaille: « j’ai grandi dans une cité de banlieue où je me suis pas mal battue, et j’ai enseigné dans le 93 pendant longtemps, et je ne compte plus les fois où j’ai dispersé des émeutes et tenu tête à des caïds. Tu ne me fais pas peur, je t’attends, guignol ! ». Courage fuyons ! Comme eux dont les pseudos ont curieusement disparu de facebook.
4Mais je reste modeste, le combat contre les mystifications gauchistes diverses a été initié dans les sixties par le situationnisme, mais surtout au plan historique prolétarien par le groupe Révolution Internationale (puis le CCI) et à un moindre niveau par les courants de la « gauche italienne », qui ont toujours considérés que ces enfants adultérins de l’idéologie bourgeoise n’étaient que des « opportunistes ».
5Cf. Le coulage de divers ministres corrompus, le bashing incessant de Hollande, mais aussi de Sarkozy, et l’affaire Fillon. Ce sont les même médias qui se sont acharnés alors mais qui avaient fabriqué la candidature (malheureuse) de DSK mais réussi celle, artificielle et hyper financée, de Macron.
6Lequel adopta les mêmes méthodes que la trilogie argumentaire des procès de Moscou pour liquider une grande partie de ses militants (psychologiquement seulement et c’était à Paris). Dans cette logique infernale Torquemada n’est jamais satisfait des réponses et livre sans cesse à la vindicte publique l’accusé jusqu’à le faire brûler vif. C’est la destinée de tout membre de secte qui ne réussit pas.
7Toute grande déclaration, le jour de l’élection du président comme lors d’une déclaration de guerre, se fait, dans la principale nation capitaliste du monde, au nom de dieu. L’antifascisme n’en est que le psaume 39 et 45.
8Le très décrié conseiller Bannon l’a relativisé et en se démarquant de Trump : « De même, loin de soutenir le président Trump dans le cadre de la polémique autour des événements de Charlottesville, en Virginie, et des mouvements d’extrême droite, M. Bannon a traité avec dédain ce mouvement nationaliste blanc qu’il avait pourtant aidé avec Breitbart News. « L’ethno-nationalisme, ce sont des losers. Ils sont à la marge. Je pense que les médias leur donnent trop d’importance, et nous devons aider à les écraser, à les écraser encore plus ». « Ces gars, c’est juste une collection de clowns », insiste-t-il, au sujet de ces mouvements suprémacistes blancs ». (http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/08/17/97002-20170817FILWWW00013-les-etats-unis-sont-en-guerre-economique-avec-la-chine-soutient-bannon.php)
9J’ai autant de peine pour l’adolescente tuée en Seine et Marne que pour la jeune américaine. Sauf que les médias en France se sont hâtés de conclure que le « foncer dans le tas d’humains » du tueur à la « voiture folle » n’était pas du terrorisme. On n’en saura pas plus ni s’il a crié « allah akbar » en percutant la « viande humaine » . L’amalgame peut se marier avec le complot, le massacre à Nice l’an passé serait plutôt de l’ordre du fait divers que d’un attentat perpétré par les « comploteurs » islamistes de daesch. En vérité chaque attentat est confus et reste l’objet d’une utilisation idéologique, préconçue ou empirique ; quel est le nombre des attentats déjoués, on n’en saura jamais rien. Les curés gauchistes américains prétendent qu’il y a eu plus d’attentats anti-musulmans que d’attentats islamiques aux USA, mais cela ne nous dit pas le nombre respectifs d’attentats ratés ni l’ampleur des crimes, le sommet restant pour l’heure celui de 2001 à New York, téléguidés par des « fachos » peut-être ? Et de quelle fraction impérialiste bourgeoise en sous-main ?
10Ce que dénoncent les staliniens de Lutte Ouvrière, pour ne pas se démarquer de la religiosité gauchiste qui accuse (et n’a rien à offrir comme alternative). Si LO, (qui pas plus que le NPA ne s’occupe des actions charitables pour les migrants) et ses apparentés lilliputiens parvenaient à prendre le pouvoir (impossible trop nuls et décalés, rassurez-vous) un quart de la population serait en prison, dont vous et moi et les migrants ces « petits bourgeois » alpagués aux frontières de l’  « Etat ouvrier ».
11Quand un politicien, de plus de premier plan en tête de l’Etat, se pique de jouer à l’historien, c’est pourri de toute manière. Jospin parle bien de ce qui est loin (1789), tente de se démarquer des caricatures et clichés du trotskysme sur le bonapartisme (que Trotsky voyait encore comme partie prenante de la révolution), mais passe complètement à côté de ce qui a fait son succès, certainement pas l’autoritarisme et la répression, mais une flopée de réformes sociales à la Bismarck. En outre, par complicité ministérielle (?) il ment sur le processus de décolonisation en faisant croire à une volonté réfléchie de De Gaulle alors que celui-ci a reçu un pied au derrière par les cartels pétroliers américains et leur commercial, Kennedy.
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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

Une pensée sur “La religion antifasciste à l’oeuvre : Trump est-il immonde?

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    25 août 2017 à 7 07 50 08508
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    Quand on me dit que le marxisme est dépassé, que la classe ouvrière n’existe plus parce que tout est fait en Chine, que c’est maintenant la classe moyenne qui peut changer le monde, j’ai atrocement peur de l’avenir. Il n’y a rien de plus rampant que cette partie de la petite-bourgeoisie qui tient des discours « progressistes », sort le champagne le samedi soir et trouve au moment de leur élection que Trudeau et Macron sont rafraîchissants. Votre texte donne des arguments solides pour contrecarrer ce discours de babouches d’eau douce ou de bébés requins sauteurs, c’est selon. C’est vrai que pour certains, dénoncer l’extrême droite à chaque coin de rue, ça permet de mieux dormir avec un sentiment de devoir accompli. Votre texte tombe à point parce qu’il est temps d’opposer un peu de raison à toutes ces élucubrations.

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