laïcisme; une nouvelle religion (2)

YAN BARCELO:

Dans ma chronique de la semaine dernière, j’annonçais que j’allais traiter du laïcisme en tant que fait religieux. Or, pourquoi dire de lui qu’il est d’ordre religieux? À un niveau superficiel, il ne semble pas avoir de rituels particuliers, ni de signes distinctifs de telle sorte qu’on dira qu’il n’est pas d’ordre religieux. En fait, le laïcisme se distingue par son absence de signes de foi et, tout particulièrement, par son insistance pour que tous les signes de foi soient éliminés de la sphère politique. Mais identifier le fait religieux à des signes et rituels relève d’une analyse trop superficielle. Je propose de chercher plus profondément.

J’ai argumenté dans l’essai SIDA de civilisation, à l’intérieur de ce site, que l’être humain est métaphysique par essence. Il est situé, qu’il le veuille ou non, devant l’immense mystère de l’être (le simple fait que les choses sont) et devant la question incontournable d’un possible destin cosmique qui englobe son existence actuelle et sa possible survie après cette existence.

Toute position intellectuellement articulée qui se prononce face à ce destin cosmique relève inévitablement de la métaphysique et, dans certains cas plus particuliers, de religion et de spiritualité. Dire que l’homme est appelé à régler les comportements de sa vie selon les préceptes d’une conscience inspirée par Dieu, ce que propose le christianisme ou l’islamisme, relève de la foi. Et dire que l’homme n’a à répondre à aucun Dieu, qu’il est illusoire de se soucier de conscience et d’un destin cosmique, que sa station dans la vie est uniquement réglée par la raison, ce que propose le laïcisme, cela relève aussi de la foi. Mais dans ce cas, il s’agit d’une non-foi, d’une a-métaphysique. Cela reste de l’ordre de la foi et de la métaphysique, mais sur un mode négatif.

Ne nous y trompons donc pas : le laïcisme est une religion et il manifeste déjà tous les tics de la religiosité étroite chez ses représentants plus fanatiques : l’obsession avec des peccadilles qui créent un « inconfort » ou un « malaise » comme c’est présumément le cas pour ce citoyen qui a intenté une poursuite devant le tribunal des libertés; l’impérieux besoin d’avoir raison sur l’autre; l’impératif d’excommunier ceux qui n’adhèrent pas au code.

Devant cette montée inexorable du laïcisme, les questions du professeur Garant peuvent sembler farfelues (j’en réfère à ma chronique de la semaine dernière). Elles ne le sont pas. Quand la sphère politique aura été aseptisée de tout relent de foi et de religion, il deviendra de plus en plus pressant de nettoyer la sphère publique. Car la sphère politique et la sphère publique sont évidemment en continuité directe. Ce jour-là, les clochers, les croix, les noms de rue et de ville avec tous leurs « saints » et « saintes » et même les concerts sacrés deviendront suspects, peut-être même des cibles.

On se sera assuré de confiner toute religion et manifestation de foi à la stricte sphère privée. Mais à bien y penser, les sphères publiques et privées ne sont-elles pas en continuité? La seconde n’a-t-elle pas constamment tendance à déborder dans la première et à y « imposer » ses signes? Après tout, un homme riche n’est pas riche seulement dans son salon, il accuse une forte tendance à l’être aussi avec son auto qui circule dans les rues et avec les bijoux et le manteau de vison de son épouse.

Ce jour-là, on peut s’attendre à ce que le laïcisme revendique l’intégralité pure et dure et cherche à interdire la croyance et la pratique religieuse même dans la sphère privée. Autrefois, on appelait cela de la persécution, une activité très présente aujourd’hui encore : des centaines et même des milliers de chrétiens sont assassinés chaque année à cause de leur croyance religieuse.

Or, qu’on cherche à faire cesser les prières du maire Tremblay, qu’on en débatte sur la place publique et finalement qu’il en vienne à faire preuve de plus de discrétion, voilà qui relèverait d’un processus démocratique tout à fait légitime. Mais dans la controverse du Saguenay, quelqu’un a été « offensé » par la prière du maire, en a fait appel à un « tribunal des libertés » (l’Inquisition aussi avait ses «tribunaux »), et cette « offense » coûte au maire 30 000$. C’est de la persécution. Nous sommes en pleine guerre de religions. Le maire est d’autant plus coupable que plusieurs le perçoivent comme étant « quétaine ». Péché impardonnable pour nos « élites » intellectuelles.

Exagération que tout cela? Pas du tout. Nous avons déjà vu les monstruosités auxquelles ont procédé l’idéologie profondément et intrinsèquement laïque du communisme, une idéologie qui sévit encore en Chine, pays qui abrite un cinquième de la population de la planète.

Mais qu’est-ce qui se cache derrière cette querelle des signes religieux? Y a-t-il un enjeu plus profond que simplement des disputes autour de signes, somme toute assez superficiels. C’est ce que je vais explorer dans deux prochaines chroniques.

YAN BARCELO

2 pensées sur “laïcisme; une nouvelle religion (2)

  • avatar
    12 août 2013 à 9 09 19 08198
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    Pour l’instant, mon impression est que le laïcisme et la religion se manifestent en simple confrontation de dogmes de Foi.

    La réalité existe en soi, mais chacun de nous en faisons une « interprétation » selon l’imperfection de nos « perceptions » individuelles (sens et intellect).

    Comment, alors, pouvons-nous être « convaincus » avec des perceptions prouvées imparfaites est ce qui m’étonne le plus chez l’être humain. Après, évidemment, la Foi en la perception de quelqu’un d’autre qui ne me semble pas plus valable, évidemment. Quoi qu’elle puisse m’enlever la responsabilité personnelle face à mes actes. Ce que plusieurs semblent rechercher.

    Amicalement

    André Lefebvre

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