L’armée américaine sort de l’ombre!

Par   Moon of Alabama. Le 19.09.2017.  Sur  http://www.france-irak-actualite.com/2017/09/l-armee-a-vaincu-l-insurrection-conduite-par-trump.html

 

(On nous permettra une mise en garde avant la lecture de cet article qui souhaite développer plus avant la mystique « trumpiste« . Cette mystique va comme suit : un outsider, un individu particulièrement vindicatif, un héros de l’Amérique, un homme qui s’est construit une fortune personnelle comme il convient au pays du « Farwest »  s’avance et s’empare d’un parti politique puis de la Maison-Blanche et ce héros des temps nouveaux modifie à sa guise la politique et l’économie de la première puissance mondiale. Dans l’article ci-dessous, Moon of Alabama introduit un contre héros l’équivalent de l’Étoile Noir et Dark Vador de la série Star War, ce sont les GI de l’armée américaine… Comment ce roman de science fiction finira-t-il ? De fait, Moon of Alabama fait fausse route. L’histoire de l’Amérique est l’histoire de la lutte des classes et la faction militaire du grand capital est celle qui a placé le polichinelle  Donald Trump au pouvoir. Sauf qu’elle comptait rester en retrait, et au vu des déconvenues de leur agent secret trébuchant sans arrêt, l’armée US a été forcée de sortir de derrière les rideaux et de s’exposer aux regards des Bobo qui n’en reviennent pas de constater que leur « démocratie » est une dictature militaire, ce que nous répétons depuis longtemps.  Bonne lecture.  Robert Bibeau.  Http://www.les7duquebec.com)

 

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Trump était considéré comme le candidat à la présidence susceptible de mener une politique étrangère moins interventionniste. Cet espoir s’est évanoui. L’insurrection qui a amené Trump au sommet a été vaincue par une campagne de contre-insurrection dirigée par l’armée américaine, (la première qu’elle réussit). L’armée a pris le contrôle du fonctionnement de la Maison-Blanche et elle prend maintenant le contrôle de sa politique.

Elle parfait l’instruction de Trump sur le mondialisme et sur le rôle « indispensable» qu’il faut y jouer. Trump ne se montrait pas assez coopératif, alors il a fallu le rééduquer:

Lorsqu’il était informé des nouveaux postes diplomatiques, militaires et de renseignement, le nouveau président mettait souvent en doute leur nécessité. Le secrétaire à la Défense, Jim Mattis, et le secrétaire d’État Rex Tillerson ont organisé la session du 20 juillet pour lui démontrer la nécessité de continuer à maintenir des avant-postes lointains, et ils ont utilisé dans ce but des cartes et des documents d’une manière qui plairait à l’homme d’affaires devenu politicien.

Trump a été conduit dans une pièce du sous-sol du Pentagone appelée « le Tank » et endoctriné par les généraux à quatre étoiles scintillantes qu’il admire depuis l’enfance:

Il s’agissait en fait d’un cours du type American Power 101*, et l’étudiant était l’homme qui tenait les manettes du pays. Cela faisait partie de la formation d’un président qui est arrivé à la Maison-Blanche sans expérience de l’armée ni du gouvernement et qui a amené avec lui des conseillers profondément sceptiques sur ce qu’ils appellent la vision « globaliste» du monde. Une partie des conseillers de Trump ont uni discrètement leurs efforts depuis des mois pour contrer cette vision anti-mondialiste, et tenter depersuader le président de maintenir – sinon élargir – l’empreinte et l’influence américaines à l’étranger.

On a vendu à Trump la politique de l’Establishment qu’il méprisait au début. Aucune alternative ne lui a  été présentée.

 

Il est incontestable que les généraux détiennent maintenant le pouvoir à Washington. Ils ont pris le pouvoir au fil des décennies en parrainant Hollywood pour façonner la culture, en manipulant les médias grâce à des articles de journalistes « embarqués** » et en créant et maintenant leurs infrastructures dans le monde grâce au Corps des ingénieurs de l’armée. L’armée, grâce à la NSA et à son énorme budget, contrôle le flux d’information sur Internet. Jusqu’à récemment, l’armée dirigeait dans les coulisses. Les deux autres côtés du triangle du pouvoir***, les dirigeants des grandes entreprises et les politiciens étaient plus visibles et plus importants. Mais lors des élections de 2016, l’armée a parié sur Trump et maintenant, après sa victoire inattendue, elle en récolte les fruits.

 

Trump, le candidat « Tout sauf Hillary » a été porté au pouvoir par une insurrection anti-establishment. Les figures principales de cette insurrection, Flynn, Bannon et les électeurs de MAGA l’ont conseillé pendant les premiers mois de son mandat. Une campagne médiatique intensive a été lancée contre eux et l’armée a pris le contrôle de la Maison Blanche. Les insurgés anti-establishment ont été renvoyés. Trump est réduit à tenir le rôle de figure publique d’une stratocratie*** – une junte militaire qui respecte la loi pour la forme.

Stephen Kinzer parle d’un coup d’Etat militaire au ralenti :

Le pouvoir ultime de façonner la politique étrangère et la politique de sécurité américaine est tombé aux mains de trois militaires […] 

Etre gouverné par les généraux semble le meilleur choix. Mais c’est une erreur.  […]

Cela conduit à la distorsion des priorités nationales, les « besoins » militaires étant toujours considérés comme plus importants que ceux des ménages. […]

Ce n’est pas une grande surprise que Trump ait été ramené dans le courant mainstream de la politique étrangère ; il en a été de même pour le président Obama au début de sa présidence. Ce qui est plus grave, c’est que Trump a transféré une grande partie de son pouvoir aux généraux. Pire encore, beaucoup d’Américains trouvent cela rassurant. Ils sont si dégoûtés de la corruption et de la myopie de notre classe politique qu’ils se tournent vers les soldats comme alternative. C’est une tentation dangereuse.

Le pays a succombé à cette tentation même pour les problèmes socio-économiques:

Après les violences raciales meurtrières de Charlottesville ce mois-ci, cinq des Chefs d’état-major interarmées ont été salués comme des autorités morales pour avoir condamné la haine dans des termes moins équivoques que ne l’avait fait le commandant en chef. […]

En matière de politique sociale, les dirigeants militaires ont prôné la modération.

La junte est plus vaste que ses trois leaders bien connus:

Kelly, Mattis et McMaster ne sont pas les seules figures militaires qui servent à des niveaux élevés dans l’administration Trump. Le directeur de la CIA, Mike Pompeo, le procureur général Jeff Sessions, le secrétaire à l’énergie Rick Perry et le secrétaire à l’Intérieur, Ryan Zinke, ont servi dans différentes branches de l’armée, et Trump a récemment choisi l’ancien général de l’Armée, Mark S. Inch, pour diriger le Bureau fédéral des prisons. […]

Le Conseil de sécurité nationale […] compte deux autres généraux parmi les cadres supérieurs.

Ce n’est plus un coup d’état en préparation. Le coup d’état a eu lieu, sans susciter beaucoup d’intérêt ni même d’inquiétude. Tout ce qui a de l’importance passe maintenant par la junte:

[Le chef d’état-major John] Kelly a lancé une nouvelle procédure dans laquelle seulement lui-même et une autre personne […] examineront tous les documents qui arrivent sur le Resolute desk**** …

Le nouveau système […] est conçu pour s’assurer que le président ne verra pas de documents de politique extérieure, ni de notes de politique intérieure, ni de rapports d’agence ni même d’articles de journaux qu’ils n’auraient pas validés.

Pour contrôler Trump, la junte filtre les informations et élimine toute manière de voir différente :

Les membres du personnel qui s’y opposent [politique xyz*****] n’ont plus d’accès libre à Trump, et ses alliés de l’extérieur non plus […]. Kelly détient maintenant le contrôle réel de tout ce qui entre d’important dans le bureau ovale: les hommes et les écrits. Pour un homme aussi obsédé par sa propre image que Trump, un nouveau flux d’intrants peut faire toute la différence.

L’insurrection de Trump contre l’Establishment a été marquée par un processus d’information et de décision plutôt informel. Cela a été supprimé et remplacé :

Préoccupés par le fait que Trump allait mettre fin aux dépenses et aux politiques américaines actuelles (toujours axées principalement sur les priorités de la guerre froide), le personnel militaire de haut rang de l’administration Trump a lancé une contre-insurrection contre l’insurrection. …

Le général Kelly, chef d’état-major de Trump, a mis Trump au régime médiatique, il ne reçoit plus que des informations validées…

Bref, en contrôlant le flux d’information qui parvient à Trump depuis les réseaux et médias sociaux, les généraux ont brisé la boucle OODA de l’insurrection (observer, orienter, décider, agir). Privé de cette connexion, Trump répond comme une girouette aux besoins de l’Establishment 

Les membres de la junte dictent leurs politiques à Trump en lui laissant peu de choix. Ce qui leur paraît le mieux, lui sera présenté comme le seul possible. « Il n’y a pas d’alternatives », répéteront-ils sans cesse à Trump.

Nous continuerons à mener une politique qui a échoué en Afghanistan et nous mènerons bientôt une politique militairement agressive contre l’Iran.

D’autres pays ont remarqué que le jeu a changé. Les véritables décisions sont prises par les généraux, qui ne tiennent aucun compte de Trump, désormais une simple figure de proue:

A quelqu’un qui lui demandait s’il prévoyait la guerre [avec la Corée du Nord], [l’ancien ministre de la Défense du Japon, Satoshi] Morimoto a répondu : « Je pense que Washington n’a pas décidé … Le décisionnaire ultime est [le Secrétaire de la Défense des États-Unis] M. Mattis … Ce n’est pas le président. »

Le changement climatique, les catastrophes locales et les problèmes d’infrastructure que cela crée aux États-Unis, permettront à l’armée d’avoir de plus en plus d’influence sur l’élaboration de la politique nationale des États-Unis.

L’endoctrinement nationaliste, qui a déjà atteint un niveau anormal dans la société américaine, va encore augmenter. Le contrôle militaire s’étendra de plus en plus à des domaines qui ont toujours été des domaines exclusivement civils. (Voyez déjà la militarisation croissante de la police).

C’est le seul moyen de sauvegarder l’empire.

Il est peu probable que Trump soit en capacité de résister aux politiques qui lui sont imposées. Toute velléité de résistance sera brisée dans l’œuf. L’insurrection extérieure qui a permis son élection n’a plus personne pour l’incarner, elle va vraisemblablement se dissoudre. Le système a gagné.

Moon of Alabama | Septembre 18, 2017

Notes

*On pourrait le traduire par « le Pouvoir américain pour les nuls »

** Embedded en Anglais

*** Une stratocratie (du grec στρατός, stratós, « armée » et κράτος, krátos, « autorité », « pouvoir ») est une forme de gouvernement militaire dans lequel l’État et l’armée sont traditionnellement et constitutionnellement la même entité, et où les postes gouvernementaux sont toujours occupés par des officiers et chefs militaires.

**** Le Resolute desk est un grand bureau du XIX e siècle qui sert fréquemment de bureau aux présidents des États-Unis, à la Maison-Blanche dans le bureau ovale. Ce meuble est un cadeau de la reine Victoria au président américain Rutherford B. Hayes en 1880.

***** Décision secrète

*Source: Arrêt sur Info  Article original en anglais: How The Military Defeated Trump’s Insurgency

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

2 pensées sur “L’armée américaine sort de l’ombre!

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    22 septembre 2017 à 17 05 44 09449
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    Ce n’était qu’une question de temps.
    Dès que Trump a nommé James Mattis à la défense (enfin, qu’on lui a imposé) le gars qui est surnommé James « Mad Dog on the line » Mattis et qui était même proposé comme un « cheval noir » et cela était documenté dans l’article de Gordon Duff dans Veterans Today d’avril 2016 : 11 septembre nucléaire… 28 pages manquantes… Arabie Saoudite, Israël et la connexion allemande du terrorisme international… Les États-Unis entrent en mode panique Le plus étrange à ce propos est que Mattis est soutenu par à la fois la gauche et la droite ou par des factions clef de chaque qui sont alignées sur et très proche du lobby israélien (AIPAC), dont on peut maintenant parfaitement assumer qu’il représente aussi la Turquie et l’Arabie Saoudite.
    Que j’avais relayée et analysée dans ce billet, très complet ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/12/02/mad-dog-on-the-line/
    Stephen Kinzer que tu cites avait, tout comme Udo Ulfkotte, dénoncé les manipulations de la CIA pour pousser, et vendre la guerre perpétuelle via les Merdias ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/12/14/les-points-sur-les-i/ et les barres sur les t, comme on dit en France…

    Alors, il y a quand même une inconnue, c’est que de plus en plus nombreux, des vétérans de guerres US, dénoncent la guerre perpétuelle, la guerre au terrorisme et appellent leurs concitoyens à dire NON et surtout à cesser de se croire « supérieurs » comme Mike Prysner, ou Vincent Emanuele (alors on peut ne pas être d’accord avec leur implication actuelle dans certains courants) mais leur mots sont parfaitement justes et claquent aux oreilles ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/09/18/un-soldat-contre-la-guerre/
    L’empire se fissure, indéniablement, malgré cette prise de pouvoir, qui n’était qu’une question de temps avant qu’elle n’apparaissent au grand jour.
    Et donc, ce n’est pas le moment de mollir…
    JBL1960

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