LE SECRET DE LA SOLITUDE DU MATON

Par Jean-Louis Roche.  Sur :  Le prolétariat universel.  Le 25.01.2018.

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Le Point pose la question suivante : « Les gardiens de prison sont-ils oubliés et méprisés par les pouvoirs publics ? ». Réponses : 87% de oui !  Rarement une grève de « prolétaires » (en prison eux toute leur vie contrairement à la majorité des détenus) aura été aussi populaire ces dernières années, avec ambiguïtés à la clé… du parloir. Pourtant on la maintient sous le boisseau, on évite de la mettre en une de l’actualité depuis plusieurs jours dans l’espoir qu’elle s’étouffe elle-même cette « grogne » !
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Le travail est une prison. La classe ouvrière passe la plus grande partie de sa vie en prison, sans barreaux mais aussi avec de nombreux matons, forts prisés ceux-ci des patrons. En prison, la vraie, sinistre, sale et bruyante, on trouve aussi une majorité de gens qui ne devraient pas y être. La prison semble plus n’être qu’une annexe de l’hôpital psychiatrique. Historiquement, la prison n’est pas inutile. C’est même une industrie florissante en régime capitaliste. Elle crée de nombreux emplois, permet aux magistrats et avocats de s’enrichir. Elle protège relativement la population des tueurs obsessionnels. Ce n’est pas demain la veille qu’elle disparaîtra. Les gens l’ignorent mais elle est encore plus utile en période de révolution ; si généralement les révolutions ouvrent stupidement grandes les portes des prisons, relâchant tous les tarés et criminels dangereux – ce qui permet nombre de massacres inutiles et à ridiculiser la révolution – c’est aussi pour les refermer sur les exploiteurs du peuple et du prolétariat, supposés ou complices, sans forcément grande mansuétude ni clairvoyance
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On compta rapidement une centaine établissements pénitentiaires en grève, environ 7000 grévistes, soit un quart du personnel des « matons ». Nulle part dans l’industrie, les services publics et la classe ouvrière en général il n’y eu d’appel à la solidarité avec les « matons en grève ». L’opinion silencieuse elle approuvait, en silence et en catimini comme toujours. Le sujet ventriloque resta secondaire dans le listing des actualités ; initialement la protestation des taulards contre cette grève avait eu la primeur, au point qu’on supputait encore à de possibles nouvelles émeutes des taulards, pas du tout à une conséquence d’irresponsables et méprisables… grévistes  d’une profession peu recherchée1!. Que nenni, de même que tout délinquant porte plainte automatiquement désormais contre tout policier sujet à caution, le premier souci des taulards et du gouvernement fût de mettre en cause les « matons ». Nos détenus pour crimes divers ont eu la compassion et les faveurs de la presse bourgeoise dans la mesure où ils se montraient aussi intolérants que n’importe quel syndicat jaune et le gouvernement de l’élite. Puis black-out sur la colère légitime de surveillants agressés et blessés grièvement au couteau.
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Le sujet n’est pas populaire dans nos banlieues ? N’était-il pas plus urgent de suivre les conférences du président des bobos et des gros capitalos ? Not’gouvernement n’a-t-il pas assez de soucis avec les marginaux de NDDL ? Et sa lutte impérialiste dite « anti-terroriste » si préoccupante sur les théâtres lointains de ses « chasses gardées »?
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Pourquoi les « matons » n’auraient-ils pas le droit, eux aussi, de faire grève ? Ne sont-ils pas des prolétaires comme tout cariste ou métallurgiste ? Ne réserve-t-on pas prioritairement pour nos jeunes d’Outremer la profession de « surveillant »… de prison en métropole et là-bas, comme promesse de mutation à l’avenir pour finir carrière dans les îles ? N’est-ce pas du racisme de faire tabasser par les flicards une majorité de travailleurs « de couleur » ? Et ces flicards qui tapent sur une profession voisine de la leur (dans l’opinion) n’ont-ils pas honte de frapper des « collègues », qu’ils devraient remplacer derrière les grilles si jamais les pauvres « surveillants » en venaient à organiser des « journées portes ouvertes » pour que les taulards puissent rejoindre leurs familles et leurs amantes dans la rue ? (cf. dessin de Charlie). Même si désormais les matons paradent le 14 juillet sur les Champs Elysées, aux côtés des policiers, ils ne sont pas de la même engeance.
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La profession la plus méprisée de nos jours n’est plus celle de flics ni de patrons, ni le statut d’étudiant, c’est celle de maton, vigile et divers autres gardes chiourmes ; les matons eux-mêmes méprisent leur profession de merde mais faut bien survivre avec 1400 balles/mois. Pourtant la bourgeoisie a bien besoin de ces « gardes du corps » pour assurer sa protection, mais c’est bien parce qu’elle les méprise comme ordinaires valets exposés à tous les dangers et même à la mort pour protéger des maîtres impavides, qu’elle peut feindre de ne même pas se soucier des murs couverts de pisse des prisons et des commissariats. Dans ses palais dorés, loin des mauvaises odeurs, les édiles capitalistes s’en donnent à cœur joie avec leurs sermons antiterroristes et leur compassion pour les migrants.
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On les nomme désormais « surveillants », cela fait moins barbare que gardiens de prison. Comme la dénomination de femme de ménage, l’appellation change mais le sale boulot reste le même. On ne doit jamais entendre parler d’eux, sinon on leur envoie les flics pour les cogner, avec l’assentiment des familles des taulards et eux aussi. C’est vilain, n’est-ce pas, un « maton » qui tient entre quatre murs toute une vie durant des « victimes de la société du fric », et « de l’ascenseur social en panne », de pauvres arabes et noirs entraînés malgré eux dans la spirale infernale du terrorisme et que « nos prisons démocratiques » s’évertuent à « déradicaliser » en leur laissant circulation libre et téléphones portables « pour ne pas se couper de la vie réelle ».
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IL FAUT DERADICALISER LES MATONS DANS LE LOFT CARCERAL…
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En prison démocratique, le détenu peut continuer à percevoir les aides sociales (on aimerait que ce soit le cas pour les chômeurs non encore emprisonnés) . Le djihadiste pratiquant, criminel par la faute de dieu, peut porter plainte depuis la prison contre des insultes d’extérieurs à la prison, contre des publications mal avisées, voire repousser son procès ; il est traité avec les égards dus à une vedette pipole. On aimerait tant que les chômeurs non encore emprisonnés puissent disposer, plutôt eux, de tels droits. Paradoxe de deux enfermements sociaux.
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En réalité la non déradicalisation est permanente, le détenu étant traité comme un vrai citoyen ordinaire, peut faire valoir ses droits, pourvu qu’il soit célèbre (pour des crimes vraiment odieux) et épaulé par un avocat arriviste. Au fond ce n’est pas lui qui est fautif, c’est « la faute à la société », comme disent les curés gauchistes, défenseurs de la veuve du terroriste et de ses nombreux enfants en bas âge de retour au pays. La déradicalisation gréviste concerne les non radicalisés, c’est à dire le personnel apeuré, outré et sidéré, mains nues, qui est employé dans l’univers carcéral judiciaire vengeur, pour qu’il facilite le bien-être du détenu victime de la justice de classe, enfin pour qu’en tant que simple « surveillant », il s’active au sale boulot que les magistrats jugeraient inconvenant d’exercer eux-mêmes au risque de salir leur bavette. La fouille au corps étant interdite par la législation européenne, couteaux et portables peuvent circuler librement. Puisqu’on a légalisé le portable, il serait inconvenant de ne pas libéraliser le port du couteau.
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LORSQUE LA GREVE PERDURE…
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Vient le dernier épisode de la « négo permanente » avec les matons syndicaux : menaces de sanction des grévistes ! Evidemment comiques de la part d’une ministre sans autorité, avec des syndicats qui ne sont pas débordés. Alors survient la seconde phase de la répression, celle des journaux de la gauche intellocrate2, L’Obs, Libération et Le Monde : « Les détenus et leurs familles sont les premières victimes du conflit déclenché par les gardiens » (Le Monde du 25 janvier). Mais l’argumentaire alarmiste qui suit n’est autre qu’un argumentaire… policier pour le retour à « l’ordre » car on est proche du « point de rupture » :
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« Les conséquences du conflit des surveillants pénitentiaires ont pris ces dernières soixante-douze heures un tour qui inquiète au plus haut niveau. « On est proche du point de rupture dans certains établissements avec des risques d’enchaînements d’incidents non maîtrisables », reconnaît un haut cadre du ministère de la justice.
A titre d’exemple, confie cette source, une importante maison d’arrêt comprenant près d’un millier de détenus n’a été tenue dans la nuit du mercredi 24 au jeudi 25 janvier que par un seul gradé, accompagné de douze policiers… ne connaissant pas le fonctionnement de l’établissement. Aucun surveillant ne s’était présenté à son poste. Dans certaines prisons, « les miradors ne sont plus armés, et les rondes de nuits ne sont plus assurées ». Et ce malgré la mobilisation de plus de 400 policiers et gendarmes sur le territoire pour assurer un service minimum dans les coursives et de 250 membres des équipes régionales d’intervention et de sécurité (ERIS) de l’administration pénitentiaire appelés notamment en cas de mouvement de détenus »3.
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Les flics endossant le sale rôle de « jaunes » avec une profession qu’ils côtoient quotidiennement, cela doit leur poser quelques problèmes de conscience vu la dangerosité de leur métier (je parle pour ceux exposés en uniforme pas les gandins en civil) et le taux de suicide. L’Etat bourgeois cynique et méprisant ne fera-t-il donc jamais l’unité contre lui ?
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Étrangement aucun média n’utilise le qualificatif « maton », comme si ce terme était une injure ; ni d’ailleurs le terme « taulard », la novlangue féministe dominante et pudibonde oblige à de ces courbettes langagières fort nunuches… Motus bouche cousue sur ces pelés, ces galeux de matons dans les rangs gauchistes pendant plusieurs jours, pourtant si prompts à ériger en nec plus ultra de l’antimondialisation les marginaux de NDDL ; trotskistes troglodytes (tiers-mondisme djihadiste oblige) et anars compris (qui sont du côté de tous les prisonniers) faisaient mine de regarder ailleurs4. L’Huma seule semblait s’intéresser en article secondaire à un gréviste arabe syndiqué à la CGT qui déplore les « mauvaises conditions de travail ». Il faut attendre le dixième jour de grève pour que le NPA se manifeste, avec un bon article cependant de Roseline Vachetta5, qui dénonce l’utilisation par les médias d’un « populisme sécuritaire », mais pour mieux nier qu’il y ait désormais un évident risque sécuritaire face aux abrutis islamisés ; et sans doute regretter que le voile islamique soit interdit au parlement français.
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LO fait le service minimum : « tâche ingrate et mépris de l’Etat », esprit syndicaliste oblige. Silence chez nos résidus intermittents maximalistes, CCI et PCI qui se prennent les pieds dans le tapis sur leurs définitions respectives brumeuses du populisme ; le CCI inclura sans doute ultérieurement cette grève « ingrate » dans l’inénarrable « décomposition du capitalisme » .
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C’est que cette grève et cette profession posent question et questions, disons interclassistes face à une classe ouvrière largement dématérialisée. Dans son journal Le Figaro, une des cibles permanentes des égorgeurs islamistes, Robert Redeker invoque une réalité actuelle devant laquelle : « nous ne pouvons plus regarder la prison et ses surveillants avec les yeux des soixante-huitards ». Il s’agit dit-il d’une « crise culturelle ». Il remarque justement que l’idéologie dominante, articulée désormais par tant d’anciens gauchistes intellelocrates et rebellocrates repose encore sur la pensée Foucauld, hantée par deux passions inavouées : « un romantisme guimauve de la délinquance, du banditisme, des irréguliers, ainsi qu’une hostilité à toute forme institutionnelle de violence ». Tout cela est en partie vrai, comme reste vrai le fait qu’existe la prison comme reflet de l’injustice du monde et comme anormalité dans la société humaine. Mais Redeker souligne un constat évident : « La population des prisons n’est plus du tout la même qu’il y a quelques décennies. Une partie des condamnés exerce son rapport avec l’institution pénale sur le mode de la guerre civile, voire religieuse et parfois même ethnique. Elle le conçoit dans le prolongement d’événements extérieurs à la prison le domaine des territoires perdus de la République ».
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Tout cela est vrai aussi mais sert à masquer que plus de 60% des prisonniers (qui sont surtout prolétaires et chômeurs) ne se voient proposer aucune activité et végètent dans l’abrutissant capharnaüm de l’univers carcéral6. La référence islamique n’est ainsi qu’une distraction pour habiller la révolte ; les plus conscients le savent bien, et ils auraient tout autant été guévaristes ou pro-action directe dans les 60 ou 70.
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Comment analyser les agressions répétées contre les matons, devenus l’ordinaire, et à l’origine de la grève ? Liées au confort supposé des « taulards » et au pouvoir de n’importe quel délinquant de traîner un maton en justice, ces violences intra-muros ont le don de titiller nos neurones sécuritaires inconscients (dont le principal est « que fait la police ? » ou « matez les comme il faut ») voire nos vagues connaissances sociologiques (agresser un maton dans certains Etat des USA c’est illico la peine de mort). Ce qui se passe DANS les prisons n’est pourtant que ce qui se passe DANS la société ; suivons encore Redeker : « Les agressions contre les gardiens de prison sont à ranger, comme les caillassages de pompiers et d’ambulanciers, le mépris des professeurs, le feu mis aux bibliothèques municipales, les violences antipolicières, dans la catégorie des batailles que l’Etat s’arrange toujours pour perdre, et de l’extension du domaine de la partition »7.
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Préférant se rendre complice de ce mensonge – l’Etat perdant ses batailles sociétales – Redeker s’en va chercher la composition sociologiques des gardiens de prison : des beaufs fans de Hallyday ! Que nennon ! Non de chez non ! L’Etat moderne a très bien assimilé Sun Tzu (500) Machiavel (1521) Clausewiz (1832). Plus aucun ministère des armées ne se nomme ministère de la guerre mais de la Défense. L’Etat bourgeois ne recule jamais, il prend du champ et du temps, comme pour l’abandon du projet d’aéroport. Il fait semblant de compatir pour les agressions dont sont victimes ses « fonctionnaires » mais il n’y changera rien puisque le boulot, idéologique et terroriste, est fait pas les « radicalisés » en prison. Le terrorisme ne s’use que si l’on s’en sert et l’Etat sait très bien s’en servir sans qu’on puisse lui rétorquer qu’il complote avec brio. Il laisse pourrir les grèves qui le gêne, en démontant et remontant « l’opinion publique » (cette pute de girouette) à sa guise. Il fait semblant de perdre pour mieux gagner.
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Le titre de l’article de Redeker s’intitulait : « La crise dans les prisons et l’adieu à Mai 68 ». Et, sans autre démonstration que ce soutien plat aux matons « beaufs », il concluait : « Cette crise des prisons sera peut-être l’adieu historique à Mai 68, le congé donné par la France (des beaufs?) à cet événement de son passé, juste au moment comique et dérisoire où les anciens combattants de cette parodie de révolution s’apprêtent à s’autocélébrer jusqu’à la nausée ».
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On ne voit pas en quoi la crise des prisons serait antinomique à l’esprit rebelle de 68 ni pourquoi il serait obligatoire de réduire mai 68 aux frasques secondaires des variétés du gauchisme ou à la pensée transgenre de Michel Foucauld. Les vrais anciens combattants d’une révolution historique ne sont plus là et nous les vivants ne comptons rien célébrer du tout, c’est ton chef de cabinet, Macron, qui avait promis une commémoration « jusqu’à la nausée », et c’est toi, Redeker, qui nous donne la nausée. Parce que l’insubordination des grévistes des prisons découle du même esprit de 68, parce que sont posés non pas des problèmes corporatifs (salaires, effectifs) mais d’une société pourrie qui paupérise et insécurise8, parce qu’il n’y aura pas de solution tant qu’on n’aura pas renversé cet Etat qui surfe sur l’idéologie terroriste, s’en sert et ne veut pas ni ne peut la détruire. En outre, qu’une profession aussi ingrate (notoirement flicarde) soit amenée à user d’une méthode de classe (la grève) voire émeuve les exécutants des corps policiers de l’Etat9, n’est pas seulement une bonne nouvelle, mais un coup d’oeil sur les décloisonnements corporatifs en cours, qui ne sont pas automatiquement destinés à favoriser le populisme ni à générer un nouveau fascisme. Cette ouverture aux échanges sur les « problèmes de société », où, comme en 68, on pouvait aussi bien discuter avec une mémé bourgeoise qu’avec un CRS épuisé, c’est cela que fait revivre la protestation des matons, en espérant qu’ils échappent un moment à l’incarcération syndicale, dès que les flics corporatifs retomberont sur leurs pieds.
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A l’heure où le seul gouvernement au monde à se soucier de la solitude se trouve en Angleterre – création d’un ministère de la solitude – qui est le lot des millions d’individus qui composent le prolétariat, et la garantie libérale d’une solitude rentable grâce à internet et farce book vecteurs de consommation névrotique, le maton n’est plus seul pendant la grève.
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NOTES
1Elle est réservée en priorité pour nos français … des îles. Le taulard libéré se retrouve souvent dans les mêmes HLM que son maton ! D’où possibles règlements de compte entre voisins ex-co-stagiaires en milieu carcéral.
2Il y a désormais un Défenseur des droits et un contrôleur général des lieux de privation de liberté, avec l’ancien porte-serviette de Chirac Jacques Toubon, qui tient son rôle potiche à merveille ; il y eût Adeline Hazan du syndicat (gauchiste) de la magistrature qui, en 1985, avait adopté une motion sur « la nécessité de la suppression à terme de la prison ». Qu’on attend toujours comme la révolution altermondialiste… ici et maintenant.
3En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/01/25/les-prisons-proches-du-point-de-rupture-apres-dix-jours-de-mouvement-social_5246680_1653578.html#CRroGFsO3Og5zwb5.99
4J’avais préparé depuis le début un article mais privé d’internet je ne pouvais vous le communiquer. Je me suis même rendu à la prison de Fresnes pour interviewer un piquet de grève, or, les syndicats veillent toujours à l’enfermement corporatif, il n’y en a jamais en permanence. Il vaut mieux tenir « en prison » les grévistes plutôt que leur donner la possibilité de discuter avec la population, ce qui pourrait hélas leur donner quelques idées bien plus subversives que l’incarcération syndicale.
5https://www.npa2009.org/actualite/societe/une-politique-penale-et-carcerale-dangereuse
6Que montre très bien le film sur l’affaire d’Outreau avec Philippe Torreton, film qui devrait être montré dans tous les lycées pour bien montrer l’horreur de la prison, où le pire n’est pas forcément l’encadrement des matons mais le bruit infernal et la promiscuité, la loi des caïds et des clans, qui, les journalistes oublient de le dire, font finalement mieux le boulot que les matons.
7Il faut noter le changement dans la mouvance de sensibilité anar dont Charlie Hebdo est le fleuron.

Naguère les matons auraient été ridiculisés plus durement en première page. Depuis qu’on leur a assassiné leurs collègues et qu’une partie des tueurs sont en prison, Charlie fait profil bas et se rabat sur une impossible solidarité matons/taulards.

8Et où le nombre ne sert à rien. En France on compte deux matons pour un taulard, ce qui veut dire qu’il y a plus de salariés emprisonnés que de délinquants ! Chiffre révélateur de l’aberration de la société de classes et de sa tendance mortifère à rendre irrécupérable les individus marginalisés hors de la production, dangereux parce que souffrant plus généralement de troubles psychiatriques.
9Même s’il y a eu des gazages, les matons grévistes sont en général simplement bousculés par les flics, qui, d’une part savent bien l’utilité de ces « collègues » et d’autre part n’ont pas envie de se taper leur boulot ingrat de prisonniers… professionnels, bossant à des heures indues et corvéables à merci.

 

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

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