Le socialisme trahi : les causes de la chute de l’Union Soviétique

 

Il est pathétique de lire ces prétendues  analyses – qui ne sont habituellement que des incantations – à propos de la « Révolution bolchevique socialiste trahie en Russie« . Ici, le conférencier tente d’arguer que la trahison serait venu du leadership soviétique (ceux d’en haut), qui auraient dans les années  1970-1990 mis en place de mauvaises politiques et que nul (ceux d’en bas) ne se serait opposé à ces mauvaises politiques de types « capitalistes » (Pourquoi, comment cet apathie?)  Ce qui n’empêche pas  le narrateur d’affirmer que les  troubles économiques récents et les efforts d’armements « imposés » (sic) par la supposée « Guerre des étoiles » (qui n’a jamais eue lieue) ne furent rien en comparaison des efforts militaires imposés par la Seconde guerre mondiale. Pire, l’auteur admet que  la « deuxième écono­mie (l’économie « grise », ou « parallèle ») s’était développée à partir du marché noir » dans un pays soi-disant en marche pour la construction du mode de production communiste. « Le marché noir apparaît partout dans les moments de pénurie, et les pays socialistes ne font pas exception » dit-il.  Voilà un aveu non sollicité. Non, le marché noir ne devrait pas apparaître dans une économie socialiste ayant abolie la monnaie, la loi de la valeur,  le marché, la banque centrale et la bourse spéculative. D’ailleurs, le laudateur admet que : « En 1989, l’URSS connut sa première récession. Celle-ci succédait à la « période de stagnation » de l’ère Brejnev ». Finalement, de cet ensemble d’aveux  on doit conclure que  suite à une période de démarrage économique, dynamique, productiviste (1923 – 1975) l’économie soviétique, arrimée à l’économie impérialiste mondialisée, a subit exactement (comme la Corée du Sud, Taiwan, L’Allemagne et le Japon) les soubresauts de l’économie impérialiste – hausse rapide de productivité, puis stagnation, puis surchauffe, inflation, déflation et marché noir jusqu’à l’effondrement politique de 1991, succédant à l’effondrement économique de 1985-1989.  Si l’économie soi-disant « socialiste » de l’URSS s’est comportée comme l’économie capitaliste d’Occident, c’est que c’était en réalité une variante de l’économie capitaliste globalisée. On reconnait l’arbre à ses fruits – si les fruits sont la crise capitaliste – c’est que l’arbre est capitaliste sous un pompeux verbiage « socialiste » ésotérique. Incidemment, il est totalement anti-matérialiste dialectique de prétendre que les personnalités politiques (Staline, Brejnev, Andropov, Khrouchtchev, Gorbatchev) font l’histoire et déterminent l’évolution profonde de sociétés de centaines de millions d’individus. La corruption des cadres, le marché noir, la passivité des masses travailleuses ne sont pas des causes mais des symptômes du mal profond qui gangrenait la société soviétique depuis son origine en 1917.  La Révolution Russe fut bien une révolution bourgeoise capitaliste visant à libérer la société russe des entraves féodales afin de lui permettre d’accéder au capitalisme d’État que les bolcheviques, puis les communistes, ont appelé le « socialisme réel » pendant 70 ans jusqu’à son effondrement.  Bonne lecture.  Robert Bibeau.  http://www.les7duquebec.com

 

**********

 

Source :  Le cercle universitaire d’études marxistes communiqueSur  Réveil Communiste.

Roger Keeran. Le socialisme trahi : les causes de la chute de l’Union Soviétique. Résumé de la conférence du 11 octobre 2013 à l’Amphi Roussy :

[Roger Keeran remercie les organisateurs et exprime son contentement de parler en un lieu proche du célèbre Couvent des Cordeliers.]

 

Introduction

L’exposé tentera de dégager les principales raisons de l’effondrement (« collapse ») de l’URSS. Cette question fait partie des sujets les plus importants pour les communistes et les progressistes du monde entier et ceci pour deux raisons.

(1) Depuis 1991, le public a été littéralement bombardé « d’explications » et de commentaires d’une grande uniformité. Ces « explications » proviennent des conservateurs, des libéraux et des socio-démocrates. L’effondrement de l’URSS serait dû au socialisme lui-même. Le socialisme n’est pas viable, il ne peut pas marcher (d’où la terreur). Aux USA, on ajoute que le socialisme s’oppose à la « nature humaine » parce que celle-ci implique la propriété. Par conséquent, la chute de l’URSS signale la fin de l’Histoire et le capitalisme représente l’accomplissement de la civilisation. Si on accepte cela, alors pourquoi se battre pour le socialisme? Toute révolution socialiste n’est-elle pas condamnée à l’échec? La seule chose à faire n’est-elle pas « d’améliorer » le capitalisme? Toutes ces « explications » concourent puissamment à saper les luttes et toutes les formes d’action pro­gressistes.

 

(2) Toutes ces « explications » sont fausses. Non seulement le socialisme n’a pas failli, mais c’était un vrai succès. En effet, l’expérience soviétique montre que l’économie planifiée et l’industrie soviétique fonctionnaient beaucoup mieux que l’économie capitaliste. Entre 1929 et 1988 (si l’on excepte la guerre), la croissance a été plus grande en URSS que dans tous les pays capitalistes, excepté le Japon, Taïwan et la Corée. Le plein emploi a été garanti au lieu des crises cycliques qui caractérisent le capitalisme (en particulier la « grande dépression » des années trente qui a traumatisé les Américains). Aujourd’hui, voyez le taux de chômage considérable en Grèce, en Espagne, dans des pays comme la France et même aux USA où il est officiellement de 7% (en fait plutôt 14%). En France, on lutte pour conserver la Sécurité sociale et les retraites.

 

Rappelons qu’en URSS, les bonnes performances économiques ont été obtenues avec la retraite à 60 ans (55 pour les femmes), l’éducation et la santé gratuites (avec plus de médecins par habitant qu’aux USA aujourd’hui), un mois de congés payés et des prêts à faible taux garantis. Les inégalités salariales étaient au maximum de 1 à 10 contre 1 à 400-600 aux USA aujourd’hui. Avec une économie qui représentait au maximum 60% de celle des USA, l’URSS a été capable de garantir la protection de la mère et de l’enfant et de légaliser l’avortement avant tous les autres pays. Et cela (puisque aujourd’hui on nous parle en permanence de compétition) avec une série de « pre­mières » spatiales (premier satellite artificiel, premier être vivant en orbite, premier homme dans l’espace, première sortie dans l’espace, première orbite circumlunaire, premier automate sur la lune) et de remarquables succès et innovations dans les hautes technologies.

 

Ce qui nous amène à la question fondamentale : Si l’URSS était un système tellement plein de ressources et cumulant autant de succès, pourquoi a-t-il disparu? C’est un énorme casse-tête, c’est notre casse-tête.

 

La réponse

(1) La raison principale de la chute de l’URSS n’a rien à voir avec le socialisme. Elle est la consé­quence de politiques menées par certains dirigeants et en particulier par Gorbatchev.

(2) Bien sûr, l’URSS n’était pas exempte de problèmes car elle n’était pas une utopie. Mais les remèdes de Gorbatchev ont tué le malade au lieu de le soigner. Les maladies de croissance du socialisme ont été soignées avec des remèdes capitalistes. Petit inventaire de la politique gorbat­chévienne.

 

Confrontation Est-Ouest.

La course aux armements avec les USA doit être replacée dans son contexte. Depuis ses origines, l’URSS a été menacée d’invasion et n’a jamais été libérée de cette menace. Avant même sa créa­tion, de 1918 à 1922, le pays a connu la guerre civile, attisée par l’étranger, et vu débarquer de contingents militaires anglais, français, américains, japonais, etc. Dans les années 1920, elle a subi le boycott et l’isolement diplomatique, d’une façon comparable à l’Iran aujourd’hui. Puis, elle a fait face à l’invasion nazie qui s’est soldée par 25 millions de morts, 40 millions de blessés, un tiers de ses villes et de son économie détruites. Ensuite, après plus de 40 ans de guerre, Reagan a intensifié la confrontation contre ce qu’il appelle « l’Empire du mal » et remis en vigueur les doc­trines des années 1950, le « refoulement » (« roll-back ») du communisme et pas seulement son barrage (« containment« ). Sa politique a pour but de provoquer des troubles dans l’économie soviétique et de l’amener à la faillite (« bankrupt »). Le premier volet de cette politique consiste à imposer à l’URSS une course aux armements (guerre des étoiles) qui va l’obliger à doubler son budget militaire. En même temps il lance des actions économiques hostiles et subventionne toutes les forces antisoviétiques et anticommunistes du monde (Pologne, Afghanistan, Amérique cen­trale, etc.). L’armement et la mobilisation des montagnards et futurs Talibans d’Afghanistan, en 1983, a été la plus grande opération de la CIA depuis la création de celle-ci. Résultat : avec une économie équivalant à 60% de celle des USA, l’URSS a dû consacrer 14% à 25% de ses ressour­ces à son budget militaire. La moitié des scientifiques et des ingénieurs travaillaient pour la défense et non pour les productions civiles. Ce qui a fini par créer de vrais problèmes. Bien sûr, Reagan espérait provoquer le mécontentement de la population soviétique.

 

Face à cette situation préoccupante, que fit Gorbatchev?

Jusque là, l’URSS avait basé sa politique internationale sur le principe du désarmement mutuel. Gorbatchev commença une politique de concessions unilatérales, sans contrepartie. A la propo­sition de Reagan (proposition de pure propagande) d’une « option zéro » en matière de désarme­ment, les Soviétiques retirèrent leurs missiles de l’Est européen contre la seule promesse des Américains de ne pas en installer à l’Ouest. Brejnev, Andropov, Tchernenko avaient refusé de tels marchés de dupes. Gorbatchev a accepté. En Afghanistan, les USA armaient les « mudjahidins » et l’URSS soutenait le gouvernement afghan (Brejnev, Andropov, Tchernenko). Gorbatchev a retiré ses troupes d’Afghanistan sans contrepartie. Il a cessé de soutenir Cuba, les mouvements anti-apartheid d’Afrique du Sud et les mouvements démocratiques d’Amérique centrale.

 

La politique économique de Gorbatchev fut catastrophique. Pourquoi?

La croissance, jusqu’alors soutenue, avait commencé à fléchir au début des années 1980. La réponse d’Andropov consistait à investir dans les nouvelles technologies tout en appelant les cadres et les travailleurs à plus de discipline. Gorbatchev brisa la planification en intégrant des mécanismes de marché dans l’économie (investissements privés dans les coopératives). Les pro­blèmes du socialisme étaient censés être résolus par une injection de recettes capitalistes. C’était évidemment illusoire. En 1989, l’URSS connut sa première récession. Celle-ci succédait malheu­reusement à la « période de stagnation » de l’ère Brejnev, qui fut Secrétaire général du PCUS de 1964 à 1983 et avait instauré un principe de « stabilité des cadres » (cadres pratiquement nommés à vie). A cette époque, les problèmes politiques à l’intérieur du Parti furent esquivés plutôt que résolus. En 1983, Andropov proposa de lutter fermement contre la corruption, de revitaliser le Parti par la critique et l’autocritique et de mettre en place un renouvellement des cadres à tous les niveaux. Mais il mourut sans avoir pu mettre en pratique ses idées.

Face à tous ces problèmes de politique intérieure et extérieure, Gorbatchev a cherché la voie de la facilité. Sa politique de transparence (« glasnost« ) consistait à créer une plate-forme médiatique pour critiquer le Parti de l’extérieur. La glastnost d’Andropov reposait sur l’autocritique et restait interne au Parti.

Résultat : Il n’y eut jamais de « glastnost », jamais de transparence, car les gens qui avaient quelque chose à se cacher firent tout pour échapper aux projecteurs. Au lieu d’une amélioration, on cons­tata l’affaiblissement et la fragmentation du Parti à la fin des années 1980.

Notre « casse-tête » devient donc le suivant : Si la politique de Gorbatchev s’est montrée aussi catastrophique pour la position internationale et l’économie de l’URSS, comme pour le Parti communiste, comment se fait-il que personne ne s’y soit opposé? Que personne n’ait arrêté Gorbatchev? Dans le passé, le Parti et l’URSS avaient surmonté de bien plus graves difficultés. Sous Staline, il y avait eu le conflit avec Boukharine à propos de la collectivisation et de l’indus­trialisation, il y avait eu les Procès de Moscou et l’épuration, il y avait eu la guerre. Et après Staline, avant l’ère Brejnev, toute une série de problèmes autour de l’accession au pouvoir de Khrouchtchev, tant intérieurs qu’extérieurs (dans les démocraties populaires en particulier). Sans même évoquer la confrontation avec l’impérialisme à Cuba et au Vietnam. Pourquoi aucune réaction à la politique de Gorbatchev?

Réponse : A l’époque de Gorbatchev, le changement de la société, amorcé sous Khrouchtchev, s’était considérablement approfondi. Son étude révèle toute l’importance de la « deuxième écono­mie » (économie « grise », ou « parallèle ») qui s’était développée à partir du marché noir. Le marché noir apparaît partout dans les moments de pénurie, et les pays socialistes ne font pas exception.

Sous Brejnev, cette seconde économie n’a cessé de croître, de plus en plus rapidement. Elle a atteint une ampleur impressionnante sous Gorbatchev. Au départ, elle était alimentée par le simple vol de matériaux et de produits de toutes sortes dans les entreprises publiques. A petite échelle par exemple, un chauffeur volait de l’essence pour la revendre. A grande échelle, des réseaux organisés de façon mafieuse étendaient leur influence grâce à la corruption des respon­sables politiques. En 1985, le poids de cette économie parallèle était égal à 25% de l’économie normale, socialiste, et 14% à 15% de la population gagnait plus ainsi qu’en travaillant honnête­ment. La corruption parcourait toute l’échelle sociale : La plus célèbre affaire de toute l’histoire de l’URSS, l’affaire (du détournement) du « coton ouzbek » impliquait, en 1983, la famille (la fille et le gendre) de Brejnev.

Ces phénomènes économiques ont fait surgir deux types de menaces pour l’URSS en tant que système socialiste :

(1) Une nouvelle « petite bourgeoisie » est apparue (ou a réapparu, si l’on pense à la NEP) qui a grandi en importance et en influence. Cette couche sociale a été le fer de lance de la politique de Gorbatchev.

(2) La corruption du Parti lui-même à partir de cette économie parallèle[1]. Le Parti qui était la seule force capable de s’opposer à cette évolution s’est trouvé progressivement réduit à l’impuis­sance, avant, finalement, de se décomposer.

Si l’on prend l’exemple de Cuba, on constate que ce pays a été lui aussi confronté à la corruption. Mais il l’a combattu vigoureusement au cours de la « période spéciale » qui a suivi l’arrêt du sou­tien et la chute de l’URSS. Le gouvernement cubain a poursuivi les corrompus (condamnation du prestigieux général Ochoa), déployé de grands efforts d’éducation, légalisé certaines activités pri­vées et définit une séparation légale claire entre propriété publique et propriété privée.

 

Conclusions

(1) L’URSS n’est pas tombée à cause d’une carence intrinsèque du socialisme. (2) Bien au con­traire, les réussites ont été très nombreuses et très importantes. (3) Il n’existe pas de « voie facile » vers le socialisme car celui-ci est toujours confronté à des ennemis extérieurs (impérialistes) dont l’impact peut être amplifié par la corruption intérieure. Le socialisme implique de la vigilance et des luttes.

———

Discussion

 

Q1 : Paul Fraisse (« Communistes ») : La politique US de Reagan a aggravé les pénuries et, com­me on dit chez nous : « quand le râtelier est vide, les chevaux se battent », mais l’URSS n’était pas seulement confrontée aux USA, elle faisait face à l’ensemble du monde capitaliste.

 

R.K. : C’est vrai, je dois faire mon autocritique. Si l’économie soviétique représentait  environ 60% de l’économie US, lorsqu’on ajoute les autres pays capitalistes aux USA, elle pesait encore moins lourd.

 

Q2 : Hervet Fuyet (l’un des traducteurs du livre) : La Chine représente, aujourd’hui, le même défi que l’URSS autrefois. Les camarades du PC de Russie ont envoyé voici quelques temps à la direction du PC chinois un télégramme de félicitation où ils disaient « merci de continuer ce que nous avons fait de bien et merci d’éviter nos erreurs. » Du point de ces erreurs, il faut dire que la deuxième économie est inévitable (exemple de Cuba) parce qu’on ne peut éviter (et qu’il n’est pas souhaitable d’éviter) des éléments d’économie capitaliste au début du socialisme (cf. Marx et Lénine). Mais ce qui est grave, c’est qu’elle soit secrète, qu’elle soit ignorée et par conséquent non contrôlée. Cette part d’économie capitaliste est importante en Chine. C’est pourquoi on doit guetter les choix des dirigeants chinois.

 

R.K. : La question chinoise est très vaste et il m’est difficile de répondre. Mais le problème-clé paraît être lié au fait que la deuxième économie soit (ou ne soit pas) clandestine et que le Parti soit (ou ne soit pas) corrompu. En Chine comme à Cuba, le Parti essaie de garder le contrôle des secteurs-clé en déléguant au privé des activités et des services mineurs. Ce qui s’est produit en URSS, c’est l’émergence d’une classe sociale opposée aux travailleurs.

 

Q3 : A. Lacroix-Riz : Félicitations aux auteurs. Rien qu’en voyant les notes, on comprend qu’il s’agit d’un travail sérieux, documenté, différent du genre de textes qu’on publie en France. Une remarque cependant ici pour insister sur la chronologie de longue durée de l’entreprise de destruc­tion de l’URSS (ou tout au moins des tentatives). La corruption n’était pas absolument récente. Des affaires comme le complot Toukhatchevski dans les années trente ou le conflit entre Molotov et Mikoyan (lequel était prêt à des accommodements avec l’impérialisme après la guerre) auraient très bien pu se terminer comme en 1991 (par la dissolution de l’URSS). Après la mort de Staline, c’est la ligne Mikoyan qui a prévalu.

 

R.K. : Ce livre n’est pas le dernier mot sur l’histoire de l’URSS mais le premier. La grande ques­tion qui est évidemment celle des interactions entre les facteurs internes et la pression extérieure devra faire l’objet de nouvelles études. L’état de la recherche aux USA n’est pas si idyllique. Cer­tains jeunes historiens ont fait d’excellents travaux mais les « penseurs » des grandes universités continuent à colporter les légendes de la guerre froide. Sans parler de conspiration du silence : très peu de publications ont fait état de notre livre.

 

Q4 : Mr X? Sur la Chine.. (pas noté). Sur l’idéologie, on se souvient de l’époque Khrouchtchev où la fin de la lutte des classes a été proclamée en URSS, le Parti devenant le parti du « peuple tout entier ». Rétrospectivement, c’était faux. La lutte des classes est bel et bien revenue et le point de non-retour a été franchi lorsqu’on a cessé de contenir la bourgeoisie.

 

R.K. : Tout à fait d’accord. Lorsqu’on étudie l’URSS de l’époque Khrouchtchev on est frappé par l’importance de l’idéologie. Le « parti du peuple tout entier » a servi à masquer le fait que le Parti était de moins en moins ouvrier et de plus en plus un parti de cadres, d’intellectuels et de « cols blancs ». Prendre l’idéologie au sérieux, c’est regarder quelles sont ses conséquences pratiques.

 

Q5 : Mr X? (animateur du blog x?) Je suis frappé par le fait que le PCUS ait été détruit par le haut. De même, c’est par le haut que le PCF et le PCI ont été démolis. Les organisations commu­nistes étaient bien fragiles! Quels sont les remèdes? La confusion est grande. Avec son projet de sécurité sociale Obama va faire le socialisme! (pas tout noté)

 

R.K. : Pour les Républicains, Obama est un dangereux communiste, mais ce qui est grave, c’est que certains (anciens) communistes paraissent penser la même chose!

 

Q6 : Cukierman : Bien d’accord sur l’analyse selon laquelle les partis communistes ont été démo­lis de l’intérieur. C’est d’ailleurs celle du parti communiste grec. Une conclusion s’impose : il est essentiel de garder le lien entre le Parti et la classe.

 

R.K. : D’accord. Nous avons, avec Thomas Kenny, un sujet de satisfaction. Nous sommes allés présenter notre travail en Grèce et une partie du livre a été publié dans la revue théorique du Parti.

 

Q7 : Mr X? Félicitations également. Je souhaite que ce type de réunion et de débat se répète et s’élargisse (je pense particulièrement aux camarades algériens). Personnellement, je souscris pleinement à ce genre d’analyse : définir les forces et les conditions. Mais tous ces enjeux qui se sont concrétisés avec Gorbatchev n’étaient pas nouveaux. Les problèmes étaient déjà évidents sous Andropov. Est-ce à dire qu’on n’a pas eu des dirigeants à la hauteur? Qu’il aurait fallu un « grand homme »? C’est une explication un peu courte. Deuxièmement (on ne l’a pas abordé) il y avait cette confusion entre le Parti et l’Etat.

 

R.K. : C’est une question trop large pour être traitée ici, mais elle est pertinente. C’est vrai, tous ces problèmes existaient au temps de Lénine. Principale différence, sous Gorbatchev : la société avait changé à cause du développement de cette « seconde économie ». Sur la qualité des hommes, un aspect non abordé dans le livre mais qui a peut-être son importance : Gorbatchev n’avait pas l’expérience historique de la lutte des classes internationale et de l’industrialisation. Il était trop jeune et n’avait pas la bonne formation. Il était juriste. Et le Parti n’avait plus la même composi­tion, comme on l’a dit. Il avait perdu beaucoup de communistes expérimentés qui avaient été tués pendant la guerre.

 

 


[1] NB : N’oublions pas que Boris Yeltsine, avant d’être le maire de Moscou et d’agir de façon décisive pour détruire l’URSS, était un apparatchik de haut rang parfaitement typique comme 1er Secrétaire de la Région de Sibérie occidentale.

 

avatar

Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *