Lecture publique

DANIEL DUCHARME   Ce matin, dans le 430, je me suis assis sur la banquette à deux places sise à l’arrière du bus. Près de moi, assises côte à côte sur la banquette latérale, deux femmes lisaient. La première, une femme d’environ quarante ans, élégamment vêtue et affublée d’un sac d’ordinateur, était plongée dans La poussière du temps, un roman historique de Michel David, un auteur québécois grand public, si j’ose dire. Cette femme est probablement consultante ou gestionnaire dans une tour du centre-ville. Un travail stressant, sans nul doute, et un patron qui doit exiger des résultats trimestriels, faute de quoi… Un roman sur le Québec d’antan, rien de tel pour s’arracher à la modernité ambiante.

À sa gauche se tenait une jeune fille noire à l’allure plutôt quelconque. Quelconques aussi étaient ses vêtements qui tranchaient nettement, en qualité, avec ceux de sa voisine au roman historique. Difficile de présumer s’il s’agissait d’une étudiante ou d’une préposée aux bénéficiaires dans un CHSLD. Elle lisait un livre intitulé Marcher sur le chemin du bonheur, un livre grossier avec une couverture aux couleurs vives, comme si on voulait racoler les lecteurs. Ce genre de livre qu’on achète chez Jean-Coutu ou dans un gros dépanneur. Pendant un instant, je me suis demandé pourquoi la jeune fille lisait un tel livre? Avait-elle des difficultés à vivre? N’était-elle pas heureuse? Peut-être venait-elle de traverser des épreuves et les paroles de cet auteur, un charlatan sans nul doute, lui apportaient un peu de réconfort. Après tout, je n’en savais rien. Ni d’elle ni de l’auteur du livre en question.

Enfin, sur la banquette du fonds était assis un homme dans la trentaine qui portait des vêtements ajustés au corps. Des vêtements à la mode achetés dans une mercerie italienne ou quelque chose d’approchant. L’homme affichait un air arrogant avec ses cheveux gominés et sa montre clinquante. Normalement, on ne s’attendrait pas à ce que ce genre de type lise… tout comme on s’étonnerait de voir un Hummer dans le parking d’une bibliothèque publique. Mais croyez-le ou non, cet individu lisait le seul livre du groupe de passagers qu’on pourrait qualifier de « littéraire »: L’amour au temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez.

Et vous, que lisez-vous dans le bus?

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Daniel Ducharme

Né à Montréal, Daniel Ducharme est archiviste, éditeur, écrivain et webmestre du site
elpediteur.com

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