Les agendas des ministres et les données ouvertes: la démocratie contre l’histoire

Archives-ouvertes-ou-secretes

DANIEL DUCHARME    Les agendas des ministres et les données ouvertes: la démocratie contre l’histoire. En novembre 2014, dans un article mis en ligne sur le site de Radio-Canada et dans La Presse, on apprenait que le gouvernement Couillard allait rendre public les agendas des ministres. Pour le ministre Jean-Marc Fournier, ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Francophonie canadienne, il s’agit d’une illustration concrète du souci de transparence des élus. Il ajoute : « Actuellement, nulle part ailleurs dans le monde les membres du gouvernement ne diffusent aussi systématiquement et avec autant de précision les agendas de rencontre et des activités publiques. » Bien entendu, il y a des restrictions à la mise en ligne d’agendas. Au chapitre de l’accès des documents des organismes publics et à la protection des renseignements personnels, par exemple, la divulgation de données à caractère personnel pourrait contrevenir à cette loi. Sans vouloir atténuer l’enthousiasme du ministre Fournier pour la transparence administrative, mentionnons qu’en France c’est chose faite depuis un certain temps, et les citoyens français peuvent consulter l’agenda du Premier ministre Manuel Valls en ligne et, s’ils le souhaitent, en télécharger une version PDF.

Que faut-il penser, d’un point de vue archivistique, de cette « avancée » de la démocratie parlementaire ? Récemment, dans une conférence prononcée par Alain Savoie, président de la société Irosoft, 7e symposium du Groupe interdisciplinaire de recherche en archivistique (GIRA), celui-ci se demandait s’il fallait tout publier, tout diffuser. En traitant de la question des données ouvertes (Open Data), il a justement pris en exemple les agendas… Il a alors souligné – avec justesse, je crois – que le fait de mettre en ligne des agendas allait amoindrir leur valeur probante. En effet, que pensez-vous qu’un ministre va inscrire dans son agenda s’il est disponible en ligne? Il ne mettra sur le Web que ses rendez-vous officiels et en taira plusieurs autres, ce qui me semble assez normal compte tenu de son degré d’exposition. Surtout, il ne mettra aucun nom, aucune adresse, aucun renseignement susceptible de contrevenir à la législation sur la protection des données à caractère personnel. Et que va-t-il résulter de tout ça ? Un agenda réduit à sa plus simple expression. Un document pauvre en information.  Bref, sous prétexte de contribuer à la démocratie, on videra les agendas de leur substance, de leur contenu informationnel et, surtout, on atténuera grandement leur qualité de source pour l’histoire.

Les documents d’archives sont une source pour l’histoire. Ils permettent de témoigner des faits et gestes des personnes de ce siècle. Les mettre à la disposition du public atténue grandement leur valeur d’information et de témoignage. Et demain nos enfants, et leurs enfants après eux, ne sauront pas grand chose… À tout le moins, ils sauront que leurs pères, et leurs pères avant eux, auront été démocrates… contre l’histoire!

avatar

Daniel Ducharme

Né à Montréal, Daniel Ducharme est archiviste, éditeur, écrivain et webmestre du site
elpediteur.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *