Nos médias va-t-en guerre et la Syrie

PATRICE-HANS PERRIER :

Quand l’agenda médiatique sert les intérêts du complexe militaro-industriel

Il est minuit moins cinq, l’Empire et ses état-vassaux salivent à l’idée d’envahir une Syrie qui est déjà essoufflée par deux années d’agressions terroristes. Et, il fallait s’y attendre, nos médias aux ordres viennent prolonger les communications officielles de l’OTAN.

Franchir la ligne rouge de la décence éditoriale

Le plus grand nombre de nos vénérables canards – prétendument «objectifs» – fait dans la provocation pure et simple, quand ce n’est pas de la propagande de guerre. «Obama ne doit pas plier»; «le massacre a assez duré»; «sus au tyran»; etc. Il n’y a pas d’erreur sur la personne : Bachar el-Assad est le nouveau monstre de l’heure. Le casting est parfait, le gouvernement Hollande, incapable de faire quoi que ce soit pour améliorer la situation socioéconomique sur ses propres terres, représente à lui seul une coalition qui n’est qu’une chimère en l’espèce.

Comme dans la fable des «Animaux malades de la peste», les prédateurs ont identifié les responsables de la peste : c’est-à-dire les futures victimes d’un carnage qui sera mis en œuvre proprement, au moyen de «frappes ciblées», histoire d’adoucir la curée … dans les faits, il est patent que les stratèges de l’OTAN et les faucons du Département d’état américain ont probablement fabriqué des «preuves» en trafiquant les analyses des inspecteurs de l’ONU envoyés sur place afin de déterminer dans quelle mesure le régime de Damas aurait utilisé son stock d’armes chimiques lors des tristement célèbres attaques du 21 août dernier. C’est une hypothèse soulevé par Moscou à l’heure de mettre ce billet en ligne.

Renverser les rôles

Carla Del Ponte, procureur spécialisée dans les affaires de crimes de guerre, avait déjà fait la démonstration que, selon plusieurs témoignages concordant, les rebelles syriens avaient, à une époque pas si lointaine, fait usage du gaz sarin, un agent neurotoxique interdit par le droit international. D’autres sources, bien documentées, ont révélé que des containers de produits toxiques et neurotoxiques avaient été expédiés d’Arabie Saoudite vers la Syrie. Mais, tout cela échappe à nos prescripteurs médiatiques qui se contentent de répéter le script qui leur a été soumis.

Le mensonge comme arme de propagande

Pourtant, l’immense majorité des grands médias sait, pertinemment, que les soi-disant rebelles qui s’acharnent à persécuter les populations civiles en Syrie, et plus particulièrement les Chrétiens, sont des djihadistes forcenés appartenant, pour la plupart, au front Al-Nosra, lui-même actif dans la nébuleuse du tristement célèbre mouvement Al-Qaïda. Tout le monde sait que le Qatar et d’autres états des Émirats subventionnent allègrement les fous furieux qui décapitent à tout-va dans les principales villes de Syrie. Nos pontifes médiatiques savent que les troupes de djihadistes – ou «fous de Dieu» – ont été rassemblées et formées par des conseillers des services spéciaux de l’OTAN et de ses affidés sur le sol de la Turquie. Tout cela avant d’être exfiltrés en douce vers les régions syriennes voisines.

Finalement, c’est un secret de Polichinelle que la Syrie fait partie d’une brochette de pays destinés à être déstabilisés, envahis et mis sous tutelles par les séides de l’Empire, histoire de redessiner la carte du Moyen-Orient. L’Iran constituant la pièce de résistance, dernier état «non-aligné» à mettre au pas pour les stratèges de la déstabilisation du Moyen-Orient au profit d’une nouvelle pax americana.

Trop vite en affaire

Emporté par l’excitation belliqueuse qui les ronge, certains éditorialistes vont jusqu’à mentir «gros comme le bras», à l’instar de Bernard Descôtaux, Directeur du quotidien Le Devoir, qui a affirmé – le 28 août dernier – que Bachar al-Assad aurait «bombardé au préalable les sites de ces attaques chimiques pour détruire toute preuve». Cela étant affirmé sans aucune preuve à l’appui, avec une effronterie à la hauteur de l’imposture en cause.

Les émissaires de l’ONU ne s’étant toujours PAS prononcés sur l’affaire, il ne reste qu’une brochette de médias intoxiqués pour sauter sur l’occasion et réclamer une intervention In Extremis. Et, il y a péril en la demeure, il faut faire vite avant que le nouveau régime égyptien ne bloque le canal de Suez, que les troupes de choc du Liban ne repositionnent leurs armes lourdes, que les frégates iraniennes ne se rapprochent trop du point G et que les Russes ne livrent quelques batteries de missiles de défense anti-aérienne dernier cri.

Il faut faire vite, en effet. Pas pour sauver des vies innocentes, mais pour que le Président Obama sauve la face et que ceux qui convoitent les plus grandes réserves mondiales de gaz naturel prennent part au banquet. Toutefois, nos médias aux ordres ont beau faire sonner les violons, rien n’y fait. Chat échaudé craint l’eau. Une forte majorité des citoyens occidentaux s’est exprimée tout dernièrement : les gens ne veulent pas que nos gouvernements en faillite provoquent une 3e guerre mondiale.

Lien vers le site personnel de Patrice-Hans Perrier: patricehansperrier.wordpress.com

 

2 pensées sur “Nos médias va-t-en guerre et la Syrie

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    20 septembre 2013 à 20 08 53 09539
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    Voilà deux fois en moins d’une semaine que le directeur du Devoir prend son bâton de pèlerin pour enfoncer à tort la Syrie et son président. Autrement dit, deux fois qu’il répète les mensonges et incongruités de l’administration états-unienne en y ajoutant son grain de sel, alors qu’il n’a aucune excuse de ne pas savoir qu’il dit le contraire de la vérité, à moins, évidemment, qu’il fasse partie de ceux qui refusent de voir la réalité parce qu’ils sont catéchisés depuis tellement longtemps que le poison impérial les a rendus imperméables. Quoi qu’Il en soit, le Devoir qui, sur le plan de la politique internationale, n’était déjà pas tellement crédible, a fini par y perdre en prime son honneur. Il ne reste donc aucun quotidien québécois apte à nous informer honnêtement dès qu’il passe les frontières du Québec. Il faudra bien en faire notre deuil et prendre nos donneurs de leçons internationales pour ce qu’ils sont : les hauts-parleurs de l’Empire, consentants ou non. Consternant.

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    21 septembre 2013 à 9 09 56 09569
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    Merci, Patrice, de souligner l’incroyable partialité des médias dans le débat sur la Charte des valeurs québécoises. Toute tentation de jouer franc jeu avec le Système peut être vite écartée, quand on constate le cynisme des médias qui nous ‘font » la nouvelle et la docilité des journalistes

    Gesca est évidemment premier manufacturier de pensée inique, mais Le Devoir est maintenant aussi aux ordres … et fier de l’être

    Ecoutez ici Dutrizac tendant le micro a Mario Girard, responsable de l »Information que nous sert La Presse, en pleine opération de justification et dont l’argumentaire est que, finalement, ce n’est pas la faute du maître si tous ses valets opinent la même chose. Coincidence. Ca prouve qu’ils sont libres. – car on n’est n’est pas si bête qu’on le leur eut imposé de façon si évidente – et ça suggère aussi que ces homme libres qui se corroborent ont probablement raison..

    http://www.985fm.ca/audioplayer.php?mp3=190546

    Coïncidence ? Manque de mémoire, Girard a oublié que les hyènes de Gesca arrivent toujours en bandes quand le Système siffle.

    a) Pour bloquer Bergeron a la mairie de Montreal et que Tremblay puisse continuer a ne pas voir la corruption:

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2006/11/14/les-hurluberlus-de-gesca/

    b) Pour qu’une alliance NPD -PLQ ne puisse pas nous débarrasser de Harper:

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/05/07/gesca-divers-stercoraires/

    c) pour nous convaincre qu’il est juste et bon de bombarder des civils, en Syrie comme en Libye, si c’est ce que veulent les USA:.

    http://www.les7duquebec.com/non-classe/lettre-ouverte-a-la-journaliste:michele-ouimet-de-la-presse/

    Quand se débarrassera-t-on de cette crase des médias qui désinforment !

    PJCA

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