Nuit debout, un mouvement à dormir debout.

Source :  Réseau Voltaire, par Thierry Meyssan  10.04.2016. URL : http://www.voltairenet.org/article191181.html

(Nous publions aujourd’hui un article de Thierry Meyssan qui dénonce le complot intitulé «Nuit Debout» organisé par les « complotistes » attitrés  soient la CIA, le Mossad et l’Équipe Gene Shrap nous indique le journaliste.

Nous attirons votre attention  sur le fait que le Ministère de l’Éducation Nationale de France tente présentement d’enrôler les enseignants et les enseignantes dans une mission de propagande visant à dénoncer les «Théories du complots» entourant les différents attentats terroristes en Europe. Y aurait-il convergence des campagnes de propagande ? Quand on veut tuer son chien on montre qu’il a la rage. L’État français ne pouvait espérer mieux pour soutenir sa campagne de propagande que l’illustration loufoque de la «théorie du complot»  par un éminent reporter de la go-gauche réformiste.

Comprenons-nous bien. nous ne nions pas le fait avéré que les services secrets – les agences d’espionnage, les ONG subventionnées, et toutes la flicaille de la gauche bourgeoise  s’immiscent dans les mouvements populaires, dans les manifestations étudiantes, dans l’organisation des occupations et protestations mais nous rejetons l’allégation réactionnaire qui insinue que les soulèvements  populaires n’existent pas, qu’ils n’ont aucune autonomie, que la population et les prolétaires n’ont aucun motif pour se soulever – pour se battre et pour résister aux assauts du capital, autant d’assertions qui constituent  le fondement des théories complotistes. Comme si les jeunes, puis les travailleurs tunisiens et égyptiens n’avaient pas eu 1000 motifs et 1000 griefs pour s’enrager, se soulever  et mourir (1600 assassinés) pour renverser Moubarak et sa clique  fascistes.

Que le mouvement populaire inexpérimenté – spontané – désorganisé – et surtout,  à la conscience de classe révolutionnaire si peu développée ait été dévoyé par la petite-bourgeoisie réformiste et antirévolutionnaire, comme nous le voyons à Paris Place de la République en ce moment, cela est tout à fait exact. Pour combattre cette récupération petite-bourgeoise réformiste les révolutionnaires prolétariens ne doivent pas défendre les théories petites bourgeoises du complot mais  proposer des mots d’ordre unificateurs correspondant au niveau de conscience de classe des militants  et s’opposer aux slogans creux – vides – démobilisateurs  comme celui-ci :  «la nécessité d’une société nouvelle, où démocratie dignité et liberté ne sont pas des déclarations vides»(sic)
À bas la loi El-Khomri.   Robert Bibeau. Producteur.  http://www.les7duquebec.com
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Le mouvement « Nuit debout » qui vient de se créer en France, mais aussi en Espagne et en Allemagne, ambitionne de faire barrage au projet de loi El-Khomri sur la réforme du Code du travail et, plus généralement, de lutter contre le néolibéralisme. Thierry Meyssan dénonce des discussions creuses et incohérentes. Il relève les références explicites des organisateurs aux manipulations de l’équipe de Gene Sharp, qui a organisé pour le compte de la CIA les révolutions colorées et le printemps arabe.

La presse parisienne se pâme devant la naissance d’un mouvement politique, « Nuit debout ». Des centaines de personnes se rassemblent sur les grandes places des principales villes françaises pour discuter et refaire le monde.

Ce mouvement « spontané » s’est organisé en quelques jours. Il dispose désormais de deux sites internet, d’une radio et d’une télévision web. À Paris, place de la République, 21 commissions ont été constituées comme dans un inventaire à la Prévert : animation artistique, climat, cantine, création d’un manifeste, dessin debout, jardin des savoirs, manifestations, campement, démocratie, science debout, grève générale, éducation, économie, féminisme, LGTBI+, TV debout, vote blanc, transparence, Françafrique, infirmerie, communication. C’est dans ce bavardage que se jouerait l’avenir du pays.

 

« Nuit debout » aurait surgi de la projection d’un film militant «  Merci patron  » de François Ruffin, le 23 février. Les spectateurs auraient constitué un collectif « Convergence des luttes », avec l’idée de rassembler les préoccupations des salariés, des migrants, etc. [1]   (Nuit debout  et Convergence des luttes sont  largement inspirées du mouvement militant des étudiants québécois en 2012.  NDLR).

 

Cependant, la lecture de l’appel rédigé par « Convergence des luttes » ne manque pas de surprendre. On peut y lire :
« Ce mouvement n’est pas né et ne mourra pas à Paris. Du printemps arabe au mouvement du 15M, de la place Tahrir au parc de Gezi, la place de la République et les nombreux autres lieux occupés ce soir en France sont l’illustration des mêmes colères, des mêmes espoirs et de la même conviction : la nécessité d’une société nouvelle, où démocratie dignité et liberté ne sont pas des déclarations vides » [2].

 

Si ce mouvement n’est pas né à Paris, comme l’affirment ses initiateurs, qui en a eu l’idée ?

 

Les références au « printemps arabe », au « mouvement du 15M », à la « place Tahrir » et au « parc de Gezi » renvoient toutes quatre à des mouvements clairement soutenus, sinon initiés par la CIA. Le « printemps arabe », c’est le projet du département d’État de renverser les régimes laïques arabes et de les remplacer par les Frères musulmans. Le « mouvement du 15M », en Espagne, c’est la contestation de la politique économique des grands partis tout en affirmant l’attachement aux institutions européennes. La « place Tahrir » en Égypte est habituellement considérée comme un des lieux du printemps arabe, et l’en distinguer ne peut faire référence qu’à son occupation par les Frères musulmans de Mohamed Morsi. Quant au parc Gezi, ce fut le seul mouvement laïque des quatre, mais il était instrumenté par la CIA pour mettre en garde Recep Tayyip Erdoğan, qui n’en a pas tenu compte.

 

Derrière ces quatre références et bien d’autres, on trouve un même organisateur : l’équipe de Gene Sharp, jadis baptisée Albert Einstein Institute [3] et aujourd’hui Centre for Applied Nonviolent Action and Strategies (Canvas), exclusivement financée par les États-Unis [4]. Des gens très organisés, directement liés à l’Otan et ayant une sainte horreur du spontanéisme de Rosa Luxembourg.

 

La non intervention de la préfecture de police, le discret soutien de l’Union européenne à Radio Debout, et la présence parmi les organisateurs de personnalités jadis soutiens d’Action directe [5] ne semblent pas poser de problème aux participants.

 

Bien évidemment, le lecteur se demande si je ne force pas la dose en voyant ici aussi la main de Washington. Mais les manipulations de l’équipe de Gene Sharp dans une vingtaine de pays sont aujourd’hui largement attestées et étudiées par les historiens. Et ce n’est pas moi, mais les organisateurs de « Nuit debout » qui font référence à ses actions.

 

L’équipe de Gene Sharp intervient avec des recettes toujours identiques. Selon les cas, les manifestations manipulées visent soit à changer le régime, soit au contraire à stériliser l’opposition, comme c’est le cas ici. Depuis 2000, cette équipe utilise un logo emprunté aux communistes pour mieux les combattre : le poing levé. C’est évidemment le symbole qu’à choisi « Convergence des luttes ».

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Le slogan de « Nuit debout », « On ne rentre pas chez nous », est nouveau dans la longue succession des opérations de Gene Sharp, mais il est tout à fait typique de sa manière d’intervenir : ce slogan ne comprend aucune revendication positive, ne propose rien. Il s’agit juste d’occuper la rue et de distraire les médias pendant que les choses sérieuses se déroulent ailleurs.

 

Le principe même de « Nuit debout » exclut toute participation des travailleurs. Il faut être bien noctambule pour pouvoir passer ses nuits à discuter. Les « salariés et les précaires » que l’on est censé défendre travaillent, eux, le matin et ne peuvent pas se permettre de nuits blanches.

 

Ce ne sont pas les commissions de « Nuit debout » —où l’on s’intéresse à tout sauf aux ravages de l’exploitation et de l’impérialisme— qui mettront fin à la domination de la France par une coterie de nantis, qui l’ont vendue aux Anglo-Saxons et viennent d’autoriser le Pentagone à y installer des bases militaires. Imaginer le contraire serait croire une histoire à dormir debout.

[1] « Nuit debout : genèse d’un mouvement pas si spontané », Eugénie Bastié, Le Figaro, 7 avril 2016.

[2] « Appel de la Nuit Debout », place de la République le 8 avril 2016, Paris.

[3] « L’Albert Einstein Institution : la non-violence version CIA », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 juin 2007.

[4] La présence de l’équipe de Gene Sharp est attestée au moins dans : la chute des Caucescu (1989), la place Tian’anmen (1989), la Lituanie (1991), le Kosovo (1995), la « révolution des Bulldozers » en Serbie (2000), l’Irak (2002), la « révolution des roses » en Géorgie (2003), l’« insurrection de Maafushi » aux Maldives (2003), la « révolution orange » en Ukraine (2004), la « révolution du cèdre » au Liban (2005), la « révolution des tulipes » au Kirghizistan (2005), la « marche du désaccord » en Russie (2006-7), les « manifestations pour la liberté d’expression » au Venezuela (2007), la « révolution verte » en Iran (2009), « Poutine doit partir » (2010), la « révolution de jasmin » en Tunisie (2010), la « journée de la colère » en Égypte (2011), « occupy Wall Street » aux États-Unis (2011), le « mouvement du 15M » en Espagne (2011), le « sit-in » de Mexico (2012), « le départ » à nouveau au Venezuela (2014), la « place Maidan » à nouveau en Ukraine (en 2013-14), etc.

[5] Action directe fut un groupe d’extrême gauche, qui organisa 80 attentats et assassinats dans les années 80, et fut en définitive manipulé par le Gladio, c’est-à-dire les services secrets de l’Otan.

2 pensées sur “Nuit debout, un mouvement à dormir debout.

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    17 avril 2016 à 6 06 14 04144
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    Absurde et réactionnaire d’un bout à l’autre. Ce serait proprement hilarant si c’était pas si navrant…

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    17 avril 2016 à 8 08 11 04114
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    Le point le plus important est de bien voir que la théorie du complot – qui désarme notre classe – la classe ouvrière -en la laissant à la merci de la petite-bourgeoisie paupérisée – et frustrée – parce que paupérisée – doit être défaite.

    Non, l’histoire de l’humanité n’est pas l’histoire des manifestants manipulés par l’intelligentsia bourgeois, mais l’histoire des justes révoltes des classes opprimées qui, on doit l’admettre, ont été récupérés et dévoyés, mais nous gardons espoir – la mystification n’aura qu’un temps.

    Robert Bibeau Producteur Les7duQuébec.com

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