Boris Souvarine et l’histoire du communisme

 

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MICHEL PEYRET :

« Dans les semaines qui suivent la mort de Lénine, nous dit le texte, Sou­va­rine s’oppose ainsi à l’unanimisme obli­ga­toire qui consiste à sou­te­nir la direc­tion (Staline-Zinoviev) contre Trotsky, et il publie en avril 1924 une tra­duc­tion en fran­çais de la bro­chure Cours nou­veau de Trotsky. Pré­sent en URSS pour le congrès de l’Internationale, il prend la parole le 28 mai 1924 devant le congrès du parti russe, le PCUS. Sou­va­rine y dénonce sous les huées « une telle quan­tité de men­songes et de calom­nies » qui se sont accu­mu­leés « contre l’opposition du Parti russe, et sur­tout contre Trotsky . Dénon­cer pour ce qu’elle est l’opération poli­ti­cienne menée contre Trotsky et les autres oppo­si­tion­nels, à Mos­cou et à la tri­bune du congrès du parti unique, c’en est trop : le sort de Sou­va­rine est désor­mais scellé. Mais Sou­va­rine est un des diri­geants du Komin­tern, un pilier du Parti fran­çais, et il est connu et appré­cié de nom­breux mili­tants de dif­fé­rents pays. Le 5e congrès du Komintern, ouvert en juin 1924, ren­voie la « ques­tion Sou­va­rine » à une com­mis­sion spéciale. C’est fina­le­ment l’exécutif du Komin­tern qui tranche en juillet 1924 : c’est l’exclusion, assor­tie de la pos­si­bi­lité pure­ment for­melle de deman­der plus tard sa re-adhésion — c’est d’ailleurs ce que fera Sou­va­rine, mais n’ayant pas abdi­qué son esprit cri­tique, il ne sera évidem­ment pas réintégré. Cette exclusion de l’Internationale entraî­nant aussi son exclu­sion de la sec­tion fran­çaise, le PC a ainsi perdu son prin­ci­pal fon­da­teur. Après celle de Sou­va­rine, d’autres exclu­sions et démis­sions pri­ve­ront rapi­de­ment le PC du reste de son aile gauche… »

Beaucoup d’enseignements dans ces vies de Boris Souvarine…

Les Vies de Boris Souvarine
Publié le 14 octobre 2008 par Critique Sociale
L’existence de Boris Sou­va­rine est consti­tuée à la fois de fidé­lité à ses prin­cipes, et de ruptures le plus sou­vent pro­vo­quées par des tra­gé­dies de l’histoire (notam­ment la guerre de 14–18, puis l’émergence du sta­li­nisme). Prin­ci­pal fon­da­teur du Parti Com­mu­niste en 1920, devenu ennemi acharné de Sta­line et de l’URSS de par la défense des mêmes convic­tions, le par­cours et les ana­lyses de l’autodidacte Boris Sou­va­rine sont riches d’enseignements.
[Ce texte a été d’abord publié en bro­chure]

le socia­lisme et le pacifisme
Boris Lif­schitz naît le 5 novembre 1895 en Rus­sie tsa­riste, à Kiev. En 1897 son père, ouvrier, décide d’émigrer avec sa famille vers Paris. La famille Lif­schitz acquiert la nationalité fran­çaise en 1906.

Le jeune Boris com­mence à tra­vailler comme apprenti à l’age de 14 ans. Il y par­tage la condi­tion des tra­vailleurs, et se trouve en phase avec les luttes ouvrières et le mou­ve­ment socia­liste. A cette époque, il assiste à des mee­tings de Jean Jau­rès.

La pre­mière guerre mon­diale consti­tue la pre­mière rup­ture pour Sou­va­rine. Mobi­lisé, il découvre les hor­reurs de la guerre. Evé­ne­ment déci­sif dans son ral­lie­ment au paci­fisme, son frère aîné meurt au front en mars 1915.

Ce trau­ma­tisme contri­bue à son enga­ge­ment poli­tique intense, au sein de l’aile gauche du mou­ve­ment ouvrier, comme mili­tant de la mino­rité res­tée paci­fiste et inter­na­tio­na­liste. Il adhère au Parti socia­liste (SFIO) en 1916, et com­mence à écrire dans le jour­nal des socialistes mino­ri­taires : Le Popu­laire. Il y signe du pseu­do­nyme qu’il gar­dera toute sa vie : Sou­va­rine, patro­nyme emprunté à un per­son­nage du roman Ger­mi­nal d’Emile Zola.
Libéré de ses obli­ga­tions mili­taires, Boris Sou­va­rine devient jour­na­liste pour plu­sieurs titres de la presse de gauche et d’extrême-gauche. Il y déve­loppe rapi­de­ment un talent d’écriture évident, aussi doué comme polé­miste que comme sub­til obser­va­teur des évène­ments[1].

En 1917, comme l’ensemble des socia­listes, il accueille avec fer­veur la révo­lu­tion de février en Rus­sie, qui ren­verse le tsa­risme. Rus­so­phone, il suit avec atten­tion l’évolution du mouvement révo­lu­tion­naire, et sou­tient les mots d’ordre de pou­voir aux soviets et de paix immé­diate. Il devient cor­res­pon­dant pour la Novaïa Jizn (Vie Nou­velle), le jour­nal de Maxime Gorki publié à Pétrograd.

En novembre 1917, suite à la prise du pou­voir par les bol­che­viks et aux pre­mières mesures du nou­veau régime, Sou­va­rine a cette ana­lyse : « Il est à craindre que, pour Lénine et ses amis, la “dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat” doive être la dic­ta­ture des bol­che­viks et de leur chef. Ce pour­rait deve­nir un mal­heur pour la classe ouvrière russe et, par la suite, pour le pro­lé­ta­riat mon­dial. […] Ce que nous vou­lons sou­hai­ter, c’est l’entente entre socia­listes pour l’organisation d’un pou­voir stable, qui soit vrai­ment le pou­voir du peuple et non celui d’un homme »[2].

Mal­gré cette cri­tique ini­tiale par­ti­cu­liè­re­ment lucide, Sou­va­rine va évoluer. Les bol­che­viks sont auréo­lés du mérite d’avoir signé la paix. Or dans le reste de l’Europe la guerre se pour­suit, avec ses mil­liers de morts chaque semaine. Sou­va­rine, comme d’autres, voit son juge­ment s’infléchir en faveur des nou­veaux diri­geants de la Rus­sie. Il faut dire qu’à cette date il n’a pas encore eu le temps d’étudier en pro­fon­deur le mar­xisme, et les mul­tiples renie­ments des bol­che­viks ne lui appa­raissent pas encore comme tels ; il par­lera avec le recul de cette « orien­ta­tion que nous pre­nions (à tort, d’ailleurs) pour du mar­xisme, sous l’influence d’une révo­lu­tion gran­diose, appa­rem­ment vic­to­rieuse, et pré­ten­du­ment socia­liste. »[3]

La créa­tion de la SFIC
En 1919, Sou­va­rine adhère au Comité de la Troi­sième Inter­na­tio­nale, issu de la transformation en mai 1919 du Comité pour la Reprise des Rela­tions Inter­na­tio­nales (petite struc­ture d’extrême-gauche, oppo­sée à la guerre). Ce Comité était favo­rable à la Troi­sième Inter­na­tio­nale, ou Inter­na­tio­nale Com­mu­niste, qui venait d’être créée à Moscou.

#1-A-BORIS-SOUVARINE
Boris Sou­va­rine devient un des mili­tants les plus actifs du Comité, et publie plu­sieurs bro­chures qui sont lar­ge­ment dif­fu­sées. Il y écrit par exemple que « les par­tis socialistes-communistes doivent tendre à créer la démo­cra­tie pro­lé­ta­rienne qui sup­pri­mera les classes en abo­lis­sant les pri­vi­lèges écono­miques, et dont les organes sont les soviets, c’est-à-dire les conseils ouvriers et pay­sans, nou­veau type d’organisation du pro­lé­ta­riat se gou­ver­nant lui-même. »[4]

En février 1920 il est élu délé­gué au congrès de la SFIO, où il est de ceux qui défendent l’adhésion du parti à l’Internationale Com­mu­niste. En mars 1920 il crée le bimen­suel du Comité de la Troi­sième Inter­na­tio­nale : le Bul­le­tin com­mu­niste.

Il est arrêté le 17 mai 1920 dans le cadre d’une opé­ra­tion étatique visant à accu­ser les leaders révo­lu­tion­naires de « com­plot » et de « menées anar­chistes ». Cette manœuvre ne repo­sant sur rien, lui et ses co-accusés (dont les deux autres diri­geants du Comité, Fernand Loriot et Pierre Monatte) seront acquit­tés en mars 1921.

Empri­sonné, il écrit sans relâche pour le Bul­le­tin com­mu­niste, L’Humanité, La Vague, La Vie ouvrière… C’est égale­ment dans sa cel­lule qu’il rédige, avec quelques autres, la « motion Sou­va­rine »[5] pour le congrès de Tours de la SFIO, motion qui allait être majoritaire.

En décembre 1920, Loriot et Sou­va­rine sont dési­gnés comme « pré­si­dents d’honneur » du congrès de Tours. Les trois quarts des congres­sistes adoptent la motion de Sou­va­rine, et créent la SFIC : Sec­tion Fran­çaise de l’Internationale Com­mu­niste (« SFIC — Parti socia­liste » jusqu’en mai 1921, « SFIC — Parti com­mu­niste » ensuite ; le nom « Parti communiste françaiis » ne sera adopté que bien plus tard, une fois le parti inté­gra­le­ment stalinisé).

Sou­va­rine arrive en Rus­sie en juin 1921, comme délé­gué au 3e congrès de l’Internationale Com­mu­niste (IC). Il se fait remar­quer par son anti-conformisme, visi­tant des anar­chistes en pri­son, ou encore se pro­cu­rant les thèses de l’Opposition Ouvrière[6] — thèses dont la diffusion était interdite.

Le com­mu­niste Mar­cel Body le ren­contre en Rus­sie : « Vic­tor Serge et moi avions été frappés par sa matu­rité d’esprit et par l’ascendant qu’il exer­çait sur la délé­ga­tion fran­çaise. […] Ce qui nous frap­pait tout particulièrement, c’était la clarté de ses expo­sés, repris en séance plé­nière, non par lui-même, car Boris Sou­va­rine, écri­vain remar­quable, n’était pas un ora­teur, mais par Fer­nand Loriot, à l’époque dans la cin­quan­taine »[7].

A l’issue du congrès, Sou­va­rine est élu parmi les prin­ci­paux diri­geants de l’IC. Bien que fai­sant égale­ment par­tie de la direc­tion de la SFIC, il est le plus sou­vent à Mos­cou pour par­ti­ci­per aux tra­vaux de la direc­tion de l’Internationale.

En 1921 le Comité de la Troi­sième Inter­na­tio­nale se dis­sout, ses mili­tants for­mant l’aile gauche du nou­veau parti. Le Bul­le­tin com­mu­niste, tou­jours dirigé par Sou­va­rine, devient l’hebdomadaire de la SFIC.

Pen­dant ces années, il milite à plein temps pour l’Internationale et pour sa sec­tion française, et par­ti­cipe en par­ti­cu­lier aux luttes de ten­dance contre les cou­rants de la droite du parti. Il est régu­liè­re­ment réélu au sein des plus hautes ins­tances de l’Internationale.
Fin 1923 et début 1924, devant les manœuvres de la direc­tion du parti russe — le début de ce qui allait deve­nir le sta­li­nisme — Boris Sou­va­rine refuse de res­ter dans la ligne, et affirme une liberté d’esprit et d’expression élémen­taire pour un mar­xiste, mais qui appa­raît comme plus que sus­pecte pour les nou­veaux diri­geants de l’Etat russe. Cet esprit cri­tique, et le fait qu’il refuse de se can­ton­ner à quelques décla­ra­tions feu­trées ne sor­tant pas des milieux diri­geants, le classent rapi­de­ment comme dis­si­dent — consé­quence de la vision toute mili­taire de la poli­tique selon la bureau­cra­tie russe.

Même si sa remise en cause du régime est très pro­gres­sive, le 6 février 1924 Sou­va­rine écrit à Zino­viev : « Il y a bien des faits que j’estime inad­mis­sibles et dans le Parti russe et dans la vie sovié­tique en géné­ral. » Le 4 avril dans une réunion de la fédé­ra­tion de la Seine du PC-SFIC, il livre fran­che­ment son ana­lyse : « Il y a quelque chose de pourri dans le Parti et l’Internationale ! »[8].

Dans les semaines qui suivent la mort de Lénine, Sou­va­rine s’oppose ainsi à l’unanimisme obli­ga­toire qui consiste à sou­te­nir la direc­tion (Staline-Zinoviev) contre Trotsky, et il publie en avril 1924 une tra­duc­tion en fran­çais de la bro­chure Cours nou­veaude Trotsky.

Pré­sent en URSS pour le congrès de l’Internationale, il prend la parole le 28 mai 1924 devant le congrès du parti russe, le PCUS. Sou­va­rine y dénonce sous les huées « une telle quan­tité de men­songes et de calom­nies » qui se sont accu­mu­lées « contre l’opposition du Parti russe, et sur­tout contre Trotsky »[9]. Dénon­cer pour ce qu’elle est l’opération politicienne menée contre Trotsky et les autres oppo­si­tion­nels, à Mos­cou et à la tri­bune du congrès du parti unique, c’en est trop : le sort de Sou­va­rine est désor­mais scellé.

Mais Sou­va­rine est un des diri­geants du Komin­tern, un pilier du Parti fran­çais, et il est connu et appré­cié de nom­breux mili­tants de dif­fé­rents pays. Le 5e congrès du Komin­tern, ouvert en juin 1924, ren­voie la « ques­tion Sou­va­rine » à une com­mis­sion spé­ciale. C’est fina­le­ment l’exécutif du Komin­tern qui tranche en juillet 1924 : c’est l’exclusion, assor­tie de la pos­si­bi­lité pure­ment for­melle de deman­der plus tard sa re-adhésion — c’est d’ailleurs ce que fera Sou­va­rine, mais n’ayant pas abdi­qué son esprit cri­tique, il ne sera évidem­ment pas réintégré.

Cette exclu­sion de l’Internationale entraî­nant aussi son exclu­sion de la sec­tion fran­çaise, le PC a ainsi perdu son prin­ci­pal fon­da­teur. Après celle de Sou­va­rine, d’autres exclu­sions et démis­sions pri­ve­ront rapi­de­ment le PC du reste de son aile gauche.

Sou­va­rine, com­mu­niste anti-stalinien
Pré­sent en Rus­sie au moment de son exclu­sion (qu’il apprend en lisant la Pravda du 13 juillet), Sou­va­rine y reste quelques mois, avant de quit­ter défi­ni­ti­ve­ment le pays en jan­vier 1925, suite aux menaces qui pèsent sur sa liberté.

Dans les années sui­vantes, Sou­va­rine est employé par David Ria­za­nov comme correspondant en France de l’Institut Marx-Engels[10]. Son rôle est en par­ti­cu­lier l’achat de livres rares et d’archives des divers mou­ve­ments socia­listes et com­mu­nistes. Sou­va­rine per­met par exemple l’acquisition des manus­crits de Grac­chus Babeuf. Cet atta­che­ment à la conser­va­tion des archives du mou­ve­ment ouvrier est une constante dans la vie de Souvarine.

Revenu en France, il tente d’organiser et de ras­sem­bler les com­mu­nistes oppo­si­tion­nels : il est un des pre­miers anti-staliniens, et il le res­tera jusqu’à sa mort. A par­tir de 1925 il refait paraître le Bul­le­tin com­mu­niste, comme organe révo­lu­tion­naire indé­pen­dant et clairement oppo­si­tion­nel : « Où sont la pen­sée ori­gi­nale, l’esprit cri­tique, le tra­vail spi­ri­tuel du com­mu­nisme ? Pas dans les organes offi­ciels des par­tis. On ne les trouve plus que dans de petits groupes d’opposition qui gardent intactes leurs convic­tions révo­lu­tion­naires »[11].

En 1926, il obtient une copie du « Tes­ta­ment » de Lénine (texte gardé secret par le pou­voir russe), et en orga­nise la pre­mière publi­ca­tion avec Max East­man et Alfred Rosmer.
La même année, il regroupe divers com­mu­nistes exclus, démis­sion­naires ou oppositionnels, au sein du Cercle Com­mu­niste Marx et Lénine.

Il entre­tient des liens avec de nom­breux anti-staliniens en URSS, dénonce « l’atmosphère de pogrome créée par la presse des sta­li­niens »[12], sans jamais abdi­quer son esprit critique. Il observe ainsi que « les oppo­sants ne sont pas libres de s’exprimer, ils tiennent compte des moyens de pres­sion et de répres­sion de l’adversaire, des risques à cou­rir… Comme les diri­geants d’ailleurs, ils ne disent pas tou­jours ce qu’ils pensent, ils ne pensent pas tou­jours ce qu’ils disent. Tout est empoi­sonné de tac­tique. »[13] Il regrette que l’opposition russe « n’a pas su se faire l’interprète des aspi­ra­tions démo­cra­tiques du prolétariat, et il rap­pelle « notre rôle prin­ci­pal de cham­pions de la démo­cra­tie authen­tique, celle que les socia­listes et les com­mu­nistes de tou­jours appe­laient démo­cra­tie sociale. »[14]

Il observe que « dans le com­plexus du léni­nisme, il est un poi­son tout par­ti­cu­lier : l’immoralisme, que les adeptes prennent pour le fin du fin de l’habileté poli­tique. » Face à l’immoralisme, Sou­va­rine oppose « l’éthique révo­lu­tion­naire »[15].

Sur le plan inter­na­tio­nal, Sou­va­rine dénonce la poli­tique de l’Exécutif du Komin­tern : « Le sabo­tage du mou­ve­ment com­mu­niste alle­mand est l’œuvre de l’Exécutif lui-même. C’est l’Exécutif qui a dis­cré­dité les mili­tants spar­ta­kistes ; […] qui a entre­pris le déni­gre­ment rétros­pec­tif de Rosa Luxem­bourg »[16]. « La poli­tique sta­li­nienne » consiste notam­ment à « épurer les par­tis com­mu­nistes de tout élément com­mu­niste pour en faire des appendices d’un Etat russe de moins en moins pro­lé­ta­rien, de plus en plus bureau­cra­tique »[17].

Il lit la presse russe, se tient par­ti­cu­liè­re­ment au fait des ana­lyses et des acti­vi­tés des différentes oppo­si­tions (la plu­part sont déjà en exil). Il cherche à sai­sir la réa­lité vécue par les pro­lé­taires russes, au-delà de l’écran de fumée de la pro­pa­gande sta­li­nienne : il s’agit pour lui de com­prendre et de faire connaître « la condi­tion réelle des tra­vailleurs sous la pré­ten­due dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat »[18].

En 1927, l’économie russe est selon Sou­va­rine carac­té­ri­sée par des « rap­ports de classe, déter­mi­nés par le régime écono­mique, [qui] cor­res­pondent de toute évidence à un stade de déve­lop­pe­ment capi­ta­liste de la Rus­sie. » Il ajoute que « l’exploitation de l’homme par l’homme se déve­loppe »[19].

En 1929, il débat par lettres avec Trotsky, qui vient d’être expulsé d’URSS par le pou­voir sta­li­nien. Même si Sou­va­rine n’a jamais vrai­ment été « trots­kyste », il l’a sou­tenu contre Sta­line, dès 1923–1924. La volonté de Sou­va­rine est de cher­cher à com­prendre les racines du sta­li­nisme, et de trou­ver les moyens d’empêcher ce phé­no­mène et ses prémices de se repro­duire. Trotsky, à l’inverse, sou­haite essen­tiel­le­ment reve­nir au bolchévisme d’avant la domi­na­tion de Staline.

La lettre que Sou­va­rine écrit à Trotsky en juin 1929 est une longue cri­tique, franche et argu­men­tée, des posi­tions léni­nistes, donc notam­ment de Trotsky. Sou­va­rine y ana­lyse l’économie russe comme « un capi­ta­lisme d’Etat où une caté­go­rie sociale nou­velle s’approprie et consomme une grande part de la plus-value pro­duite par les sala­riés »[20]. Il écrit que « le bol­che­visme était une sim­pli­fi­ca­tion du mar­xisme », et que « le bol­che­visme post-révolutionnaire aurait eu besoin d’un retour à Marx. Il s’est au contraire éloi­gné de plus en plus du mar­xisme. Son sché­ma­tisme sim­pli­fi­ca­teur a poussé la paro­die de la doctrine ini­tiale jusqu’à la cari­ca­ture ». Sou­va­rine dénonce « un pays où un seul parti a le mono­pole de la vie poli­tique, ce que nul pro­gramme com­mu­niste n’a jamais pres­crit »[21].
Ses cri­tiques sont évidem­ment infi­ni­ment plus sévères concer­nant les sta­li­niens : il considère ainsi que « les sec­tions actuelles de l’Internationale […] ne servent qu’à discréditer le com­mu­nisme »[22].

Par sa « réponse » (une courte mis­sive de mépris, qui ne répond à aucun des nom­breux argu­ments de Sou­va­rine), Trotsky rompt avec Sou­va­rine, qui a le tort de refu­ser d’être un dis­ciple, un petit sol­dat du trots­kysme, et fait preuve de trop d’esprit cri­tique. Cette rup­ture entraîne une petite scis­sion dans l’opposition com­mu­niste en France. Se ran­ger sous la ban­nière de Trotsky deve­nant pour ce der­nier la base poli­tique sine qua non, c’est forcément un fac­teur de divi­sion et d’appauvrissement poli­tique. C’est une décep­tion pour Sou­va­rine, tant concer­nant Trotsky que les quelques mili­tants du Cercle qui passent alors au trots­kysme nais­sant (parmi les­quels Pierre Naville et Gérard Rosenthal).

Trotsky par­lera par la suite d’un « sou­va­ri­nisme », qui dési­gne­rait le « cou­rant poli­tique » ini­tié par Sou­va­rine. Trotsky ira jusqu’à iden­ti­fier ce « sou­va­ri­nisme » en décembre 1939 chez les mili­tants oppo­si­tion­nels du Socia­list Wor­kers Party (SWP) états-unien : c’est-à-dire les mili­tants de ce parti trots­kyste qui étaient en désac­cord avec lui[23].

Grâce aux infor­ma­tions qui cir­culent plus ou moins clan­des­ti­ne­ment, et à la lec­ture de nom­breux textes dis­po­nibles uni­que­ment en russe, Boris Sou­va­rine est parmi les pre­miers à com­prendre ce qui se passe réel­le­ment en URSS. Il ne ménage pas ses efforts pour faire connaître et dénon­cer les crimes sta­li­niens, pour ten­ter de sau­ver les dis­si­dents répri­més, pour faire appa­raître la vérité der­rière les men­songes de la propagande.

Dénon­cer l’exploitation subie par les tra­vailleurs en URSS, la dic­ta­ture de Sta­line, les dépor­ta­tions, l’arbitraire, l’absence de tout élément de socia­lisme en URSS, tout cela découle natu­rel­le­ment pour Sou­va­rine d’une concep­tion authen­tique du mili­tan­tisme révolutionnaire, tant il est vrai que « le mar­xisme exige de regar­der la réa­lité en face, fût-elle amère, et non de se ber­cer de pieuses illu­sions. »[24] Or en URSS le sys­tème du sala­riat est omni­pré­sent, et la liberté de la presse absente : c’est-à-dire l’exact inverse de ce que sou­hai­tait Marx. Ainsi, avec le Cercle et dans le Bul­le­tin com­mu­niste, Sou­va­rine est à cette époque un des ini­tia­teurs d’une cri­tique sans conces­sion du sta­li­nisme, cri­tique qui est faite du point de vue du mar­xisme. Sou­va­rine a ainsi su com­prendre dès les années 1920 ce qu’était le sta­li­nisme, et il l’a donc com­battu pour ce qu’il était : un « pseudo-communisme » (for­mule répé­tée dans d’innombrables textes et articles). Cer­tains, des décen­nies plus tard et alors que les infor­ma­tions étaient beau­coup plus acces­sibles, ont fait pro­fes­sion dans le sta­li­nisme, puis quelques années après la mort de Sta­line, voire plus tard, ont refusé d’admettre toutes les impli­ca­tions de leur four­voie­ment, et ont fait ouvertement pro­fes­sion dans l’anti-communisme, conser­vant les méthodes anti-communistes apprises dans leur for­ma­tion sta­li­nienne ainsi que les for­mu­la­tions mensongères du sta­li­nisme, méri­tant ainsi le qua­li­fi­ca­tif d’ex-staliniens « mora­le­ment incurables », pour reprendre les mots de Sou­va­rine[25].

En 1929, l’écrivain Panaït Istrati – un « com­mu­niste sin­cère et libéré d’illusions »[26] – propose à Sou­va­rine d’écrire un des tomes de Vers l’autre flamme, ouvrage en trois parties publié sous le nom d’Istrati, qui cri­tique l’évolution de l’URSS. Sou­va­rine accepte : « j’étais chô­meur et fau­ché, voici un job tem­po­raire inat­tendu. »[27]

Dans ce texte, La Rus­sie nue, Sou­va­rine s’attache à décrire concrè­te­ment « les phénomènes géné­raux inté­res­sant la vie des classes labo­rieuses »[28], autre­ment dit « la vie tra­gique des tra­vailleurs » (c’est le titre des cha­pitres II, III et IV), et ce à par­tir de sources incon­tes­tables qu’il tra­duit du russe. Il prouve chiffres et docu­ments à l’appui l’étendue du chô­mage, du tra­vail des enfants, et de « l’inégalité crois­sante »[29] en URSS. Sou­va­rine pour­suit en consta­tant que le parti unique sta­li­nien est une « ins­ti­tu­tion bureau­cra­tique » qui n’a plus « rien de com­mu­niste ». Il observe donc : « nous connais­sons maintenant un Parti com­mu­niste sans com­mu­nistes »[30]. Il ajoute enfin que « contre les classes labo­rieuses, on ne peut accom­plir qu’une révo­lu­tion bour­geoise. »[31]

#1LA CRITIQUE SOCIALE

A par­tir de 1930 débute la période la plus fruc­tueuse de Sou­va­rine : de 1930 à 1934, c’est l’époque du Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique, de la revue La Cri­tique Sociale, et de l’écriture de son livre-somme sur Sta­line et le bolchévisme.

En février 1930, il écrit que « Le com­mu­nisme renaî­tra mais dans une nou­velle phase de l’histoire contem­po­raine, avec une nou­velle géné­ra­tion et contre les influences cor­rup­trices diverses du bol­ché­visme. »[32]

La même année, le Cercle Com­mu­niste Marx et Lénine se trans­forme en Cercle Communiste Démo­cra­tique. Le Cercle redé­fini a pour but de « main­te­nir, pro­lon­ger et vivifier la tra­di­tion démo­cra­tique et révo­lu­tion­naire du mar­xisme »[33] et de « recher­cher acti­ve­ment les germes de renou­vel­le­ment de la pen­sée et de l’action révo­lu­tion­naires. »[34]

#2-CERCLE COMMUNISTE
Le Cercle « ras­semble des tra­vailleurs réso­lus à for­ti­fier leur culture et leur pré­pa­ra­tion révo­lu­tion­naires dans l’esprit du mar­xisme, tout en sai­sis­sant chaque occa­sion d’agir en sou­tien de tout mou­ve­ment orienté dans le sens du pro­grès his­to­rique. […] Le Cercle s’efforcera de contri­buer à pré­pa­rer le ter­rain sur lequel le parti pro­lé­ta­rien de demain pourra se for­mer ; il per­dra sa rai­son d’être le jour où il exis­te­rait, en France, un parti qui, affran­chi de toute domi­na­tion ou dépen­dance d’Etat, inter­pré­tera selon les prin­cipes de la démo­cra­tie com­mu­niste les inté­rêts fon­da­men­taux et his­to­riques du pro­lé­ta­riat et du socia­lisme inter­na­tio­nal. »[35]

Parmi ses fon­de­ments théo­riques, le Cercle défend en par­ti­cu­lier une concep­tion exigeante de la démo­cra­tie : « Avec Marx et Engels aussi, le Cercle s’affirme démocratique, enten­dant par là par­ti­cu­liè­re­ment res­tau­rer contre les faux com­mu­nistes qui la nient et les faux socia­listes qui la dégradent une notion insé­pa­rable de l’idée révolutionnaire. Les com­mu­nistes et les socia­listes de l’école mar­xiste ont long­temps porté, en poli­tique, le simple nom de “démo­crates” avant d’appeler leur parti “social-démocratie”. La cri­tique mar­xiste de la réa­li­sa­tion du prin­cipe démo­cra­tique en régime capi­ta­liste vise les contra­dic­tions de la pra­tique, non le prin­cipe même, et démontre l’impossibilité d’acquérir une vraie démo­cra­tie poli­tique sans la baser sur l’égalité écono­mique. »[36]

L’esprit cri­tique face à l’URSS est affirmé par le Cercle comme une néces­sité révolutionnaire :  « Toute idéa­li­sa­tion sys­té­ma­tique du régime sovié­tique, pour ne pas parler  de l’apologie inté­res­sée, est objec­ti­ve­ment contre-révolutionnaire. »[37] Dans un texte de mars 1931, « le Cercle constate qu’il n’y a pas de soviets dans la Répu­blique des Soviets, que la dic­ta­ture du secré­ta­riat y sévit contre toutes les classes labo­rieuses, particulièrement contre les pro­lé­taires et leurs repré­sen­tants poli­tiques ou intel­lec­tuels, enfin que la lutte au nom de la démo­cra­tie com­mu­niste contre l’usurpation bureaucratico-policière est à l’ordre du jour en per­ma­nence. »[38]

Sou­va­rine défend à cette époque l’opportunité d’un nou­veau parti, face à un PC détruit de l’intérieur par la sta­li­ni­sa­tion : « nous dénions à ce parti tout carac­tère com­mu­niste et révolutionnaire ». L’objectif du Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique est pour lui de « mili­ter pour le com­mu­nisme authen­tique, non seule­ment contre toutes les forces poli­tiques bourgeoises ou socia­listes, mais contre un parti qui usurpe la qua­lité de com­mu­niste »[39].
En mars 1931 il crée le bimes­triel La Cri­tique Sociale, « revue des idées et des livres ». Ceux qui écrivent dans la revue sont presque tous du Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique, ou en sont sym­pa­thi­sants. Parmi les col­la­bo­ra­teurs de la revue on trouve ainsi Boris Souvarine, Pierre Kaan, Simone Weil, Colette Pei­gnot, Ray­mond Que­neau, Georges Bataille, Karl Korsch…

Dans ses articles, Sou­va­rine note « l’incompatibilité abso­lue entre le bol­ché­visme post-léninien et le mar­xisme. »[40] Il regrette que ce soit « le socia­lisme qui manque le plus parmi les éléments en jeu, le socia­lisme véri­table, conscient, entre­pre­nant et agis­sant, militant  et com­bat­tant, c’est-à-dire le com­mu­nisme démo­cra­tique de Marx et Engels. »[41

Il qua­li­fie l’URSS de « régime anti-communiste »[42], et dénonce « l’expression poli­tique d’Union des Répu­bliques Socia­listes Sovié­tiques, com­po­sée d’autant de men­songes que de mots »[43]. Il rap­pelle que « les mar­xistes n’ont pas droit de cité en Rus­sie sovié­tique, sauf comme empri­son­nés, dépor­tés ou comme citoyens pas­sifs. »[44]

Il constate que « la civi­li­sa­tion bour­geoise […] tend à durer exclu­si­ve­ment pour l’exploitation et par l’oppression, au prix d’indicibles souf­frances humaines et aux dépens d’une masse innom­brable de vic­times. »[45]

A l’occasion des 50 ans de la mort de Marx, Sou­va­rine regrette que « il ne se passe guère de jour où quelque pon­tife de la culture bour­geoise n’inscrive au pas­sif d’un mar­xisme ima­gi­naire les idées les plus contraires, les faits les plus étran­gers au mar­xisme réel. » De même, l’idéologie offi­cielle en Rus­sie est une « anti­no­mie ache­vée du mar­xisme authentique. » En consé­quence, « il s’agit, dans les années ter­ribles que tra­verse le monde, de main­te­nir vivant l’esprit cri­tique et construc­tif du mar­xisme pour l’opposer aux dogmes immo­biles, même à ter­mi­no­lo­gie socia­liste ou com­mu­niste, figés dans leur sté­ri­lité défi­ni­tive. »[46]

Pour des rai­sons finan­cières, La Cri­tique Sociale doit s’arrêter en mars 1934. En 1983, la réédi­tion com­plète de ses 11 numé­ros confir­mera, grâce au recul du temps, l’exceptionnelle qua­lité de la revue et la grande luci­dité que l’on y trouve.

Boris Sou­va­rine ini­tie ou par­ti­cipe à des cam­pagnes pour la libé­ra­tion d’opposants emprisonnés en URSS, par exemple pour David Ria­za­nov et Vic­tor Serge. A ce sujet, il indique la logique de sa démarche : « Nous devons nous expri­mer comme nous l’entendons, et en com­mu­nistes, et comp­ter sur la conta­gion de l’exemple. Si nous n’aboutissons pas, nous aurons tout de même fait notre devoir. »[47] Pour Sou­va­rine il importe évidem­ment de faire libé­rer les révo­lu­tion­naires per­sé­cu­tés, mais sa lutte est aussi bien plus large : « en pro­tes­tant pour Vic­tor Serge et sa famille injus­te­ment mal­trai­tés, nous avons voulu défendre non seule­ment nos cama­rades, nos amis, mais tout le peuple russe opprimé, la révo­lu­tion bafouée. Des mil­liers de tra­vailleurs de Rus­sie, ni plus ni moins cou­pables que Vic­tor Serge, sont exi­lés ou dépor­tés dans l’extrême-nord, condam­nés aux tra­vaux for­cés sous un cli­mat meur­trier. Parmi eux, com­bien d’innocents ont péri, com­bien d’enfants ont été exter­mi­nés ? »[48]

S’agissant de l’industrialisation en URSS, Sou­va­rine relève non seule­ment les faux chiffres don­nés par la pro­pa­gande, mais aussi son coût humain, esti­mant que les vrais communistes doivent se pré­oc­cu­per avant tout de la situa­tion des tra­vailleurs : « ce qui nous inté­resse, com­mu­nistes que nous sommes, ce n’est pas tant le char­bon que le mineur. Si le prix de revient est le cri­tère prin­ci­pal dans l’ordre écono­mique, le stan­dard de vie et le degré de liberté sont nos pierres de touche sur le plan social. »[49]

Début 1933 le Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique publie, avec une fédé­ra­tion de communistes exclus du PC, une bro­chure inti­tu­lée « Pour le com­mu­nisme rénové », dont les idées et le style portent net­te­ment la marque de Sou­va­rine. On peut notam­ment y lire les extraits sui­vants : « La bol­ché­vi­sa­tion, syn­thèse de la théo­rie et de la pra­tique dites léninistes par oppo­si­tion au mar­xisme, cari­ca­ture inter­na­tio­nale du bol­ché­visme d’Etat déjà déca­dent, impo­sée par les héri­tiers illé­gi­times de Lénine grâce au pres­tige immense de la révo­lu­tion d’Octobre et aux moyens maté­riels à leur dis­po­si­tion, a brisé et sté­ri­lisé le mouvement com­mu­niste contem­po­rain. Opé­ra­tion contre-révolutionnaire par excel­lence, car elle donne le pas aux inté­rêts par­ti­cu­liers de la cama­rilla bureau­cra­tique au pou­voir à Mos­cou sur les inté­rêts géné­raux du pro­lé­ta­riat et de la révo­lu­tion, la bol­ché­vi­sa­tion a trans­posé sur le plan inter­na­tio­nal des phé­no­mènes propres à l’Etat sovié­tique dégé­néré, à un régime qui ne tolère aucune ins­ti­tu­tion de la classe ouvrière, ni par­tis, ni syn­di­cats, ni bourses du tra­vail, ni conseils d’entreprises, ni coopé­ra­tives, ni soviets et leur sub­sti­tue une hié­rar­chie « d’appareils » sou­mis à une oli­gar­chie recru­tée par coop­ta­tion. […] Une dis­pro­por­tion exces­sive sous tous les rap­ports entre la sec­tion russe et les autres sec­tions de l’I.C., ajou­tée aux tra­di­tions du bol­ché­visme conso­li­dées et hyper­tro­phiées après Octobre, a pesé sur le déve­lop­pe­ment nor­mal du com­mu­nisme en Europe et en Amé­rique au point de l’étouffer dès que le per­son­nel dic­ta­to­rial de l’Union sovié­tique s’est mis, après la mort de Lénine, à trai­ter le mou­ve­ment com­mu­niste à l’extérieur comme il avait traité le parti pri­vi­lé­gié à l’intérieur. La résur­rec­tion du com­mu­nisme inter­na­tio­nal d’inspiration mar­xiste ne sera pos­sible qu’envers et contre le bol­ché­visme abâ­tardi, en oppo­si­tion au léni­nisme et à la bol­ché­vi­sa­tion. […] Nous dénon­çons la dic­ta­ture bureau­cra­tique sur le pro­lé­ta­riat dans la Répu­blique des Soviets sans répu­blique ni soviets »[50]

Dans un article de mai 1933, Sou­va­rine argu­mente en faveur d’un boy­cott écono­mique de l’Allemagne nazie[51]. Quelques années aupa­ra­vant, il avait « été un des pre­miers en France, avant l’arrivée d’Hitler au pou­voir, à dénon­cer le dan­ger nazi »[52].

Après les émeutes du 6 février 1934, le Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique par­ti­cipe activement à la mobi­li­sa­tion de la gauche et de tout le mou­ve­ment ouvrier contre la tentative de coup de force de l’extrême-droite. Le Cercle édite mas­si­ve­ment un tract intitulé « Peuple tra­vailleur, alerte ! », qui appelle au « Front unique de toutes les organisations ouvrières » et à la grève géné­rale. Le Cercle appelle égale­ment par affiches à la mani­fes­ta­tion du 12 février ; deux des col­leurs d’affiches sont arrê­tés le 11, res­tent déte­nus 24 heures, et ne sont libé­rés qu’après que Sou­va­rine ait fait inter­ve­nir l’entourage de Léon Blum[53].

Sous le nom de Fédé­ra­tion Com­mu­niste Démo­cra­tique, le Cercle par­ti­cipe au « Front com­mun pour la défense des liber­tés publiques » créé à l’initiative de Mar­ceau Pivert, dirigeant de l’aile gauche de la SFIO. Ce « Centre de liai­son anti­fas­ciste », à la dif­fé­rence du « Front popu­laire » qui sera formé plus tard, ne com­porte ni le PC ni le Parti radi­cal, mais unit la SFIO, les groupes d’extrême-gauche, et diverses autres orga­ni­sa­tions de gauche. Mais en mars 1934 la pres­sion du PC met fin à ce ras­sem­ble­ment, et le Cercle est de nou­veau isolé.

De plus, face à l’urgence de la situa­tion, beau­coup au Cercle consi­dèrent qu’il n’y a plus de temps pour construire un nou­veau parti, un parti com­mu­niste démo­cra­tique. De nombreux mili­tants du Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique rejoignent alors l’aile révo­lu­tion­naire de la SFIO ou des Jeu­nesses Socia­listes[54]. Sou­va­rine ne fait pas par­tie du nombre, et le Cercle se délite, jusqu’à dis­pa­raître à la fin de l’année 1934.

Boris Sou­va­rine est sou­vent prin­ci­pa­le­ment connu pour son livre Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, écrit à par­tir de 1930, et publié en juin 1935. Ce livre extrê­me­ment bien docu­menté est non seule­ment un por­trait sans conces­sion de Sta­line, mais aussi une his­toire de la révo­lu­tion russe. L’ouvrage contient une cri­tique du sta­li­nisme et une démys­ti­fi­ca­tion de Sta­line qui paraît évidente aujourd’hui, mais qui ne l’était mal­heu­reu­se­ment pas à l’époque.

Ainsi, selon Sou­va­rine le régime de Lénine n’était déjà abso­lu­ment pas le socia­lisme ou le com­mu­nisme, mais avec Sta­line « le sou­ve­nir même du pro­gramme socia­liste ou com­mu­niste a dis­paru ».[55] Il sou­ligne qu’en 1929 déjà il n’y avait en Rus­sie « de socia­lisme, point de trace, ni dans les faits, ni dans les ten­dances »[56]. Sou­va­rine mul­ti­plie les obser­va­tions des très nom­breuses simi­li­tudes entre le régime tsa­riste et l’URSS, consi­dé­rant que « l’histoire de la Rus­sie éclaire mieux le régime sovié­tique exempt de soviets que les réfé­rences arbi­traires au mar­xisme dont Sta­line repré­sente l’antithèse. »[57] A par­tir de sa connais­sance des réa­li­tés russes, Sou­va­rine ana­lyse l’économie russe comme étant « un capi­ta­lisme d’Etat de nou­velle espèce »[58].

Il est révé­la­teur que le Sta­line de Sou­va­rine soit à l’origine sur­tout appré­cié et recom­mandé par la gauche socia­liste et l’extrême-gauche. Dans les ten­dances de la gauche de la SFIO, les anciens du Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique en font la pro­mo­tion ; parmi eux, René Lefeuvre le dif­fuse au sein de la « Biblio­thèque de Masses », puis au sein duPSOP (fondé en 1938). En 1948, l’ouvrage est une des bases de l’article de Claude Lefort sur les contra­dic­tions de Trotsky[59] — au moment où il par­ti­cipe à la créa­tion de Socia­lisme ou Bar­ba­rie comme orga­ni­sa­tion poli­tique auto­nome, et « le livre de Sou­va­rine revien­dra égale­ment sous la plume de Cor­ne­lius Cas­to­ria­dis dans plu­sieurs articles deSocia­lisme ou Bar­ba­rie consa­crés à l’URSS et au sta­li­nisme. »[60]

Plus tard, en 1977, c’est par l’extrême-gauche que l’ouvrage est réédité, en l’occurrence par Champ Libre dont le « direc­teur lit­té­raire » offi­cieux était le situa­tion­niste Guy Debord. Ce livre a ainsi été salué et sou­tenu, depuis sa publi­ca­tion, par les dif­fé­rents cou­rants de l’extrême-gauche non-léniniste, ainsi que par cer­tains socia­listes et syn­di­ca­listes. Il faut dire que selon Sou­va­rine lui-même, son livre contient « une répro­ba­tion sans réserve du bol­ché­visme du point de vue même du com­mu­nisme ou du socia­lisme »[61].
L’ouvrage a été tra­duit en plu­sieurs langues et a, depuis cette réédi­tion, égale­ment été reconnu beau­coup plus lar­ge­ment comme l’œuvre lucide d’un his­to­rien rigou­reux – ce qu’était effec­ti­ve­ment Souvarine.

« je suis peut-être perdu moi-même »[62]
S’ajoutant aux tra­giques évène­ments de l’époque, la rup­ture avec sa com­pagne Colette Pei­gnot, qui se déroule de l’été 1934 jusqu’à sep­tembre 1936, va bri­ser mora­le­ment Souvarine. Les lettres de 1934 rela­tives à cette rup­ture ont été récem­ment publiées : celles de Sou­va­rine sont mar­quées d’un déses­poir pro­fond : « Je vis un indi­cible cauchemar », « Je suis brisé », « Je ne vois plus de pers­pec­tive de salut ni pour elle, ni pour moi ; nous sommes condam­nés à traî­ner cha­cun à sa façon, une exis­tence qui n’est ni la vie ni la mort », « Je ne suis plus qu’un demi-cadavre »[63], « Quant à moi, quoi qu’il advienne, je n’en gué­ri­rai pas »[64]. Cet épisode per­son­nel a une influence impor­tante sur la vie publique de Sou­va­rine, d’autant plus que les divers pro­ta­go­nistes sont tous membres du Cercle. Cette rup­ture contri­bue ainsi à faire de ces années 1934–1936 une nou­velle char­nière dans l’existence de Boris Souvarine.

Après la dis­so­lu­tion de fait du Cercle à la fin de l’année 1934, Sou­va­rine ne sera plus jamais membre d’une orga­ni­sa­tion poli­tique. Son rela­tif iso­le­ment se double de la dis­pa­ri­tion de ses revues, le Bul­le­tin com­mu­niste ayant été contraint de ces­ser sa paru­tion en 1933, et La Cri­tique Sociale en 1934. Au prin­temps 1935, sa ten­ta­tive de faire repa­raître cette der­nière échoue.

Sou­va­rine par­ti­cipe après 1933 au sau­ve­tage des archives mar­xistes alle­mandes, conte­nant les manus­crits de Marx. Il crée en 1935 l’Institut d’Histoire Sociale à Paris, comme antenne de l’IIHS d’Amsterdam, avec les mar­xistes anti-staliniens Boris Nico­laïevski et Bracke-Desrousseaux, ainsi que l’historien socia­liste Georges Bour­gin (cet Ins­ti­tut sera déman­telé par les nazis après l’invasion de 1940 ; Sou­va­rine le recréera cepen­dant après-guerre[65]).

Avec d’autres anciens du Cercle, il crée en 1936 l’association des Amis de la vérité sur l’URSS. Le but est de publier des bro­chures com­por­tant des faits pré­cis, pour dif­fu­ser « une infor­ma­tion exacte et valable sur les réa­li­tés “sovié­tiques” ». Sou­va­rine écrit deux bro­chures, qui paraissent sans nom d’auteur (Sou­va­rine pra­ti­quait régu­liè­re­ment la publi­ca­tion sous anonymat).

Dans La Peine de mort en URSS, il écrit que « n’importe qui en URSS peut subir la peine de mort pour n’importe quoi, dans l’impossibilité totale de se dis­cul­per, de se défendre ou de se jus­ti­fier »[66], et il tra­duit un décret éten­dant l’application de la peine de mort aux enfants à par­tir de… 12 ans.

Dans Bilan de la ter­reur en URSS, il cite un texte qu’il avait écrit en 1934 : « Il y a enURSS plu­sieurs mil­lions de dépor­tés ou de ban­nis de toutes caté­go­ries et des cen­taines de mil­liers de déte­nus poli­tiques dans les pri­sons, les iso­la­teurs et les camps de concen­tra­tion. Ce sont la plu­part d’obscurs tra­vailleurs, ouvriers ou pay­sans, sans noto­riété ni sou­tien. […] Parmi les vic­times de cet arbi­traire illi­mité figurent aussi des repré­sen­tants detoutes les nuances de l’opinion révo­lu­tion­naire non confor­miste »[67]. Il ajoute que « les dépor­tés suc­combent nom­breux, en Sibé­rie et ailleurs. »[68] Cinq autres bro­chures sont publiées par l’association en 1936 et 1937.

Au cours de cette période, Boris Sou­va­rine devient fon­da­men­ta­le­ment pes­si­miste. Force est de recon­naître, outre sa situa­tion per­son­nelle, que la période his­to­rique avait de quoi inci­ter au pes­si­misme. Ainsi, en 1939 Léon Blum lui pro­pose de tenir une chro­nique sur la situa­tion mili­taire dans Le Popu­laire, pro­po­si­tion qui n’aboutit pas car Sou­va­rine pense que la France va perdre la guerre, pro­nos­tic qui sidère Blum. Le pes­si­misme, en cette période, était donc sou­vent confirmé par les faits : il était « minuit dans le siècle », comme l’écrivit Vic­tor Serge. Mais, plus encore, c’est un véri­table déses­poir qui atteint Sou­va­rine à par­tir de cette période.

L’observateur des deux mondes

Sou­va­rine pour­suit mal­gré tout son étude de la situa­tion réelle en URSS, qui contre­dit sur tous les points ce que le régime sta­li­nien dit de lui-même. Ainsi, « loin d’aller s’atténuant, l’inégalité s’aggrave, — et s’accuse la dif­fé­ren­cia­tion sociale. »[69]. En mai 1939, il pré­voit dans un article le pacte germano-soviétique (lequel ne sera signé que le 23 août). Il n’est en fait ni le seul ni le pre­mier à avoir annoncé l’alliance Staline-Hitler : dès le 21 avril 1939, le Parti Socia­liste Ouvrier et Pay­san (PSOP) arri­vait aux mêmes conclu­sions dans son jour­nal Juin 36[70].

Evi­dem­ment, cette alliance sur­prend ceux qui croient contre l’évidence que Sta­line aurait été « com­mu­niste ». Mais, déjà à l’époque des faits, pour ceux qui connaissent la réa­lité poli­tique du sta­li­nisme — Sou­va­rine et le PSOP entre autres — l’autoritarisme, le chau­vi­nisme, le men­songe, la répres­sion sau­vage, rap­prochent les deux dic­ta­tures. Ce n’est évidem­ment pas un hasard si ceux qui ont annoncé le pacte stalino-nazi sont ceux qui avaient com­pris que Sta­line n’avait rien de communiste.

L’invasion nazie oblige Sou­va­rine à fuir Paris en juin 1940, puis la zone dite libre en août 1941, cette fois pour s’exiler aux Etats-Unis, ini­tia­le­ment pour rejoindre la New School for Social Research. Il par­ti­cipe par la suite à un ser­vice de la France Libre, tout en étant très méfiant vis-à-vis du géné­ral de Gaulle.

Il publie quelques articles, par exemple dans Poli­tics, Par­ti­san Review et The New Lea­der, jour­naux de la gauche anti-stalinienne (où George Orwell écrira égale­ment). Déçu par les Etats-Unis, il par­vient à ren­trer en France en 1947.

Dans la logique de la lutte contre Sta­line, il par­ti­cipe en 1947 à une nou­velle édition du « Tes­ta­ment de Lénine ». Dans sa pré­face — non signée — il n’épargne pas Lénine, par­lant de « la Com­mune de Crons­tadt » comme étant le « der­nier sur­saut des soviets contre la dic­ta­ture de l’appareil bol­che­vik ». La suite de sa pré­face est en fait un long extrait du cha­pitre 7 de Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme [71].

Il publie en 1948 une feuille d’information, L’Observateur des deux mondes – titre qui montre bien la situa­tion de Sou­va­rine, qui est passé de mili­tant à obser­va­teur. Il en est le seul rédac­teur. Il conti­nue inlas­sa­ble­ment de dénon­cer le « régime pseudo-communiste » qu’est « l’Etat sta­li­nien »[72], et n’épargne pas non plus les Etats-Unis où « les élec­teurs se trouvent pri­vés de leur droit au pro­fit des deux par­tis, le vote n’est qu’un simu­lacre »[73]. Le ton est acerbe, tra­dui­sant un dégoût cer­tain devant l’état du monde. Au fond, Sou­va­rine n’espère plus rien. La publi­ca­tion, com­men­cée en juin 1948, doit s’interrompre dès le mois d’octobre, au bout de 7 numéros.

Obser­va­teur déses­péré, isolé et par consé­quent choi­sis­sant par­fois moins bien ses fré­quen­ta­tions, Sou­va­rine cède alors à une logique de « guerre froide ». C’est la rai­son pour laquelle Maxi­mi­lien Rubel lui écrit en 1957 à pro­pos de l’expression « monde libre » — Rubel repro­chant à Sou­va­rine d’employer sans recul cri­tique cette expres­sion abu­sive, qui était uti­li­sée par le bloc de l’Ouest pour s’auto-désigner durant la guerre froide. Dans sa réponse, Sou­va­rine « [allègue] l’impossibilité pour un homme seul de “résis­ter indé­fi­ni­ment à la pres­sion d’un usage devenu uni­ver­sel, si déplo­rable soit-il”. »[74] C’est recon­naître une conces­sion, éton­nante de sa part, au « men­songe qui passe », renon­ce­ment bien peu conforme en tout cas à la rigueur sou­va­ri­nienne des années de La Cri­tique sociale.

Il conserve mal­gré tout une rare érudi­tion, et sou­vent sa rigueur d’analyse et sa luci­dité. Il écrit en 1971 que « Mao est un natio­na­liste de la plus vul­gaire espèce chau­vine, étran­ger au mar­xisme »[75]. Obser­vant la Chine, l’URSS et ses vas­saux, Sou­va­rine en conclue que « Sta­line est mort, mais le sta­li­nisme conti­nue sous des formes arron­dies, moins san­gui­naires »[76]. L’historien rigou­reux ne doit pas se lais­ser abu­ser par « les emprunts for­mels de Sta­line à des concepts anté­rieurs qu’il a vidés de leur contenu ini­tial. »[77]

Il s’en prend égale­ment à « la presse dite “bour­geoise” » qui « adopte sans le moindre esprit cri­tique toutes les fic­tions trom­peuses de la pro­pa­gande et de l’intoxication machi­nées à Mos­cou. »[78] Son acti­vité se centre essen­tiel­le­ment sur la dénon­cia­tion des dic­ta­teurs de l’URSS, cette « oli­gar­chie que les imbé­ciles du monde entier dénomment “mar­xiste”, tel­le­ment le vrai sens des mots peut se perdre. »[79]

Sou­va­rine crée en 1957 une nou­velle revue : Le Contrat social, « revue his­to­rique et cri­tique des faits et des idées », à paru­tion bimestrielle.

Dans ses articles, il conti­nue à dénon­cer « l’exploitation accrue de l’homme par l’homme sous le capi­ta­lisme sovié­tique »[80]. Il s’étonne de la per­sis­tance des mythes concer­nant l’URSS : « Ainsi des intel­lec­tuels occi­den­taux ignoraient, beaucoup ignorent encore, que le com­mu­nisme n’existe abso­lu­ment pas dans l’Union sovié­tique, qu’une nou­velle classe pri­vi­lé­giée domine et exploite la popu­la­tion labo­rieuse, que le parti pré­tendu com­mu­niste s’arroge le mono­pole du pou­voir poli­tique et par­tage les pro­fits maté­riels, la plus-value, avec les élites de toutes sortes. »[81]

Il qua­li­fie le PCF de « soi-disant parti soi-disant com­mu­niste »[82], et écrit que « ce parti est dan­ge­reux non parce que com­mu­niste, mais parce qu’il ne l’est pas. »[83].

Le sta­li­nisme ment sur tout, en par­ti­cu­lier « en pro­cla­mant la réa­li­sa­tion du socia­lisme là où se conso­lident un capi­ta­lisme d’Etat et la pire exploi­ta­tion de l’homme par l’homme. […]Ainsi Khroucht­chev, tout comme Sta­line, trompe-t-il son monde en assi­mi­lant le socia­lisme à son régime d’inégalité extrême »[84]. Pré­tendre que l’URSS est socia­liste consti­tue « le men­songe suprême », et « de ce men­songe prin­ci­pal découlent tous les men­songes subor­don­nés qui infestent la vie sovié­tique et qui infectent les rap­ports de l’Etat sovié­tique avec le monde exté­rieur. »[85] Au contraire, il constate que « l’Etat sovié­tique [est] pos­sédé par le Parti unique en pro­priété pri­vée »[86], et que ce parti ainsi que le parti unique chi­nois « n’ont rien de com­mun avec le com­mu­nisme »[87].

Il n’accepte pas « le terme très impropre d’anticommunisme », et ajoute que « Si une seule publi­ca­tion au monde a sou­li­gné constam­ment des incom­pa­ti­bi­li­tés essen­tielles entre mar­xisme et léni­nisme, entre léni­nisme et sta­li­nisme, c’est bien la nôtre, donc tout le contraire de l’anticommunisme. » Il s’agit pour lui de dénon­cer « la plus hideuse cari­ca­ture du com­mu­nisme »[88]. Il réaf­firme régu­liè­re­ment que « les pseudo-communistes s’avèrent mani­fes­te­ment étran­gers au mar­xisme, au socia­lisme, au com­mu­nisme. »[89]

La revue doit ces­ser sa paru­tion en 1968, à nou­veau en rai­son de pro­blèmes finan­ciers. L’isolement de Sou­va­rine fait qu’il peut alors écrire : « je n’appartiens pas au monde actuel »[90].

En 1977, il écrit un « arrière-propos » pour la réédi­tion de son Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, où il écrit que « le sta­li­nisme sur­vit à Sta­line, mais un sta­li­nisme sans la démence de son créa­teur », ajou­tant qu’il « s’agit effec­ti­ve­ment de ban­di­tisme poli­tique, et non pas, comme le croit une mul­ti­tude d’ignorants et de phi­lis­tins à tra­vers le monde, de “mar­xisme”. »[91] Il cri­tique de façon plus géné­rale « la ver­sion des­sé­chée du “mar­xisme russe” où Marx n’est plus recon­nais­sable »[92].

Dans Sta­line : pour­quoi et com­ment, Boris Sou­va­rine décrit la manière dont Sta­line, diri­geant « de l’Etat pré­tendu sovié­tique », s’est consti­tué une « oli­gar­chie sta­li­niste, com­po­sée de par­ve­nus rede­vables per­son­nel­le­ment à Sta­line de leur avan­ce­ment dans l’appareil, de leurs chances d’accéder aux plus hauts étages de la hié­rar­chie dans la nou­velle élite sociale, la nou­velle classe des exploi­teurs, des pri­vi­lé­giés, des pro­fi­teurs. » Au delà, Sou­va­rine dénonce « un pseudo-marxisme ver­bal, sim­pliste et cari­ca­tu­ral, dont Lénine fut […] le créa­teur théo­rique et pra­tique », que « Sta­line n’a fait qu’avilir à l’extrême »[93].

En 1981 il conti­nue de dénon­cer « les héri­tiers et dis­ciples de Sta­line, conti­nua­teurs de sa poli­tique impé­ria­liste, étran­gère et contraire à la théo­rie com­mu­niste dont elle ose se récla­mer, au mépris de l’évidence. »[94] Son ana­lyse maintes fois répé­tée est que la Rus­sie, jusqu’aux années 1980, reste fon­da­men­ta­le­ment sous la domi­na­tion du stalinisme.

Boris Sou­va­rine contre le XXe siècle

Par delà les rup­tures, la plu­part dues à la pres­sion des événe­ments dra­ma­tiques du XXesiècle, Sou­va­rine a main­tenu, contre les cou­rants domi­nants de cette époque qu’il n’aimait pas, son atta­che­ment à l’exactitude des faits, et à la cri­tique des régimes dic­ta­to­riaux et de leurs mul­tiples men­songes. A ce titre, sa mise au jour des mys­ti­fi­ca­tions du sta­li­nisme méri­te­rait d’être étudiée de plus près : au delà de la pré­coce dénon­cia­tion des crimes sta­li­niens, dont la réa­lité est désor­mais uni­ver­sel­le­ment recon­nue, Sou­va­rine a égale­ment su décons­truire les mythes créés par ce régime, et a ainsi établi dès l’époque des faits que « la tra­di­tion authen­tique du socia­lisme ou du com­mu­nisme qui remonte à Marx et à la IreInter­na­tio­nale […] est donc bafouée cyni­que­ment de nos jours par le pseudo-communisme sta­li­nien »[95].

Boris Sou­va­rine meurt le 1er novembre 1984. A l’heure du bilan, il peut être consi­déré à juste titre comme « l’antistalinien le plus consé­quent du XXe siècle »[96], qui après avoir été « un des plus intel­li­gents mar­xistes, à la vue large et anti­dog­ma­tique »[97], est resté un his­to­rien de pre­mier plan, « un des meilleurs connais­seurs de l’histoire sovié­tique »[98].

Fidèle à une cer­taine idée du socia­lisme, même s’il avait perdu espoir de le voir adve­nir de son vivant, resté « soli­daire des exploi­tés et des oppri­més de toutes sortes »[99], il s’efforça de suivre le pré­cepte de Jean Jau­rès : « Le cou­rage, c’est de cher­cher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du men­songe triom­phant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applau­dis­se­ments imbé­ciles et aux huées fana­tiques. »[100]

Biblio­gra­phie

Il n’existe pas pour le moment de bio­gra­phie « défi­ni­tive » de Sou­va­rine. On trou­vera des éléments prin­ci­pa­le­ment dans cer­tains textes de Sou­va­rine lui-même[101], et dans les ouvrages suivants :

* Charles Jac­quier : « Boris Sou­va­rine, un intel­lec­tuel anti­sta­li­nien de l’entre-deux-guerres : 1924–1940 », Uni­ver­sité Paris X, 1993–1994. Cette thèse de doc­to­rat est le meilleur texte sur Sou­va­rine pour le moment, bien que mal­heu­reu­se­ment limité à un seule période (la plus impor­tante cependant).

* Jean-Louis Panné : « Boris Sou­va­rine », Laf­font, 1993. C’est le seul ouvrage pour le moment qui retrace toute la vie de Sou­va­rine. Mais le livre com­porte quelques impré­ci­sions, et des lacunes. Il vaut sur­tout pour les extraits de docu­ments rares voire introu­vables, en par­ti­cu­lier des cor­res­pon­dances inédites.

* Phi­lippe Robrieux : « His­toire inté­rieure du Parti com­mu­niste », Fayard, 1980–1984. Dans le tome 4, la notice sur Sou­va­rine (pp. 505–512) com­porte quelques impré­ci­sions, mais s’achève par une des­crip­tion per­son­nelle très vivante.

[1] Signa­lons que Sou­va­rine écrit dans Le Popu­laire de novembre 1916 un article inti­tulé « A nos amis qui sont en Suisse », auquel Lénine répond par une « Lettre ouverte à Boris Sou­va­rine ». Les deux textes sont réunis dans : Lénine, Lettre ouverte à Boris Sou­va­rine, Spar­ta­cus, 1970.

[2] Boris Sou­va­rine, « La Com­mune maxi­ma­liste », Ce qu’il faut dire n° 78, 17 novembre 1917.

[3] Boris Sou­va­rine, Autour du congrès de Tours, Champ Libre, 1981, p. 60.

[4] Boris Sou­va­rine, La Troi­sième Inter­na­tio­nale, Edi­tions Clarté, 1919, pp. 29–30.

[5] L’expression est de Phi­lippe Robrieux, dans His­toire inté­rieure du Parti com­mu­niste, tome 1, Fayard, 1980, p. 17. La motion avait pour pre­miers signa­taires Loriot et Sou­va­rine, sui­vis de dizaines d’autres noms, mais la rédac­tion était prin­ci­pa­le­ment de Souvarine.

[6] Cou­rant bol­che­vik mino­ri­taire, dis­sout quelques semaines plus tôt par déci­sion de la direc­tion léniniste.

[7] Mar­cel Body, Un Ouvrier limou­sin au cœur de la révo­lu­tion russe, Spar­ta­cus, 1986, pp. 213–214.

[8] Cité par Jean-Louis Panné, Boris Sou­va­rine, Laf­font, 1993, pp. 137 et 142.

[9] Cité par Jean-Louis Panné, Boris Sou­va­rine, op. cit., p. 145.

[10] Cette liberté de Ria­za­nov (le prin­ci­pal connais­seur de Marx en Rus­sie), y com­pris dans le choix de ses cor­res­pon­dants à l’étranger, lui vau­dra de la part du pou­voir sta­li­nien l’arrestation, puis la mort.

[11] Boris Sou­va­rine, « La crise du com­mu­nisme », Bul­le­tin com­mu­niste n° 2 [nou­velle série : « Organe du com­mu­nisme inter­na­tio­nal »], 30 octobre 1925.

[12] Boris Sou­va­rine, « La “défaite” de l’opposition », La Révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne n° 23, novembre 1926.

[13] Boris Sou­va­rine, Lettre à La Révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne, 5 février 1927 ; publiée dansAgone n° 22, 1999, p. 211.

[14] Boris Sou­va­rine, « Octobre noir », Bul­le­tin com­mu­niste n° 22–23, octobre 1927.

[15] Boris Sou­va­rine, « Octobre noir », art. cit.

[16] « Alle­magne. La crise du parti », Bul­le­tin com­mu­niste n° 4, 13 novembre 1925.

[17] Boris Sou­va­rine, « Guerre et paix », Bul­le­tin com­mu­niste n° 18–19, avril 1927.

[18] Boris Sou­va­rine, Sou­ve­nirs sur Panaït Istrati, Isaac Babel, Pierre Pas­cal, Gérard Lebo­vici, 1985, p. 75.

[19] Boris Sou­va­rine, « Octobre noir », art. cit.

[20] Lettre de Boris Sou­va­rine du 8 juin 1929, dans Boris Sou­va­rine, A contre-courant, Denoël, 1985, pp. 213–214.

[21] Lettre de Boris Sou­va­rine du 8 juin 1929, op. cit., p. 263.

[22] Lettre de Boris Sou­va­rine du 8 juin 1929, op. cit., p. 272.

[23] Trotsky écrit dans un article du 15 décembre 1939 : « Unfor­tu­na­tely a cur­rent of Sou­va­ri­nism exists in the present oppo­si­tion of the SWP. And here it is neces­sary to warn young com­rades: Beware of this mali­gnant infec­tion! »

[24] La Cri­tique Sociale n° 8, avril 1933, p. 97.

[25] Boris Sou­va­rine, Autour du congrès de Tours, op. cit., p. 56. On trouve parmi ceux-là les Annie Krie­gel, Sté­phane Cour­tois, etc…

[26] Boris Sou­va­rine, Sou­ve­nirs sur Panaït Istrati, Isaac Babel, Pierre Pas­cal, op. cit., p. 78.

[27] Boris Sou­va­rine, Sou­ve­nirs sur Panaït Istrati, Isaac Babel, Pierre Pas­cal, op. cit., p. 79.

[28] Panaït Istrati, Vers l’autre flamme, tome 3 : La Rus­sie nue, Rie­der, décembre 1929. Réédition : Boris Sou­va­rine, L’URSS en 1930, Ivrea, 1997, p. 50. Le deuxième tome de cette tri­lo­gie était rédigé par Vic­tor Serge.

[29] Boris Sou­va­rine, L’URSS en 1930, op. cit., p. 101.

[30] Boris Sou­va­rine, L’URSS en 1930, op. cit., p. 222.

[31] Boris Sou­va­rine, L’URSS en 1930, op. cit., p. 268.

[32] Bul­le­tin com­mu­niste n° 31, février 1930, p. 522 (sou­li­gné dans l’original).

[33] J. Senestre, La Cri­tique Sociale n° 6, sep­tembre 1932, p. 258.

[34] Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique, Décla­ra­tion et sta­tuts, Librai­rie du Tra­vail, 1931, p. 14.

[35] Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique, Décla­ra­tion et sta­tuts, op. cit., pp. 15–16.

[36] Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique, Décla­ra­tion et sta­tuts, op. cit., p. 6.

[37] Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique, Décla­ra­tion et sta­tuts, op. cit., p. 11.

[38] Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique, « L’Affaire Ria­za­nov », 3 mars 1931. Repro­duit dans Bul­le­tin com­mu­niste n° 33, juillet 1933.

[39] Boris Sou­va­rine, « Un nou­veau parti », Bul­le­tin com­mu­niste n° 33, juillet 1933.

[40] Boris Sou­va­rine, « D. B. Ria­za­nov », La Cri­tique Sociale n° 2, juillet 1931.

[41] Boris Sou­va­rine, « Chaos mon­dial », La Cri­tique Sociale n° 4, décembre 1931.

[42] La Cri­tique Sociale n° 4, décembre 1931, p. 186.

[43] Boris Sou­va­rine, « Anni­ver­saire et actua­lité », La Cri­tique Sociale n° 8, avril 1933. Sou­va­rine confir­mera plu­sieurs fois cette consta­ta­tion : « L’URSS n’est que men­songe, de la base au faîte. Dans les quatre mots que repré­sentent ces quatre ini­tiales, il n’y a pas moins de quatre men­songes. » (article du 10 avril 1938, dans A contre-courant, op. cit., p. 339).

[44] La Cri­tique Sociale n° 5, mars 1932, p. 234.

[45] Boris Sou­va­rine, « Sombres jours », La Cri­tique Sociale n° 6, sep­tembre 1932.

[46] Boris Sou­va­rine, « Anni­ver­saire et actua­lité », La Cri­tique Sociale n° 8, avril 1933.

[47] Lettre de Boris Sou­va­rine à Pierre Kaan, 6 mai 1933, citée dans Jean-Louis Panné, « L’affaire Vic­tor Serge et la gauche fran­çaise », Com­mu­nisme n° 5, 1984.

[48] Boris Sou­va­rine, « Vic­tor Serge condamné », Le Tra­vailleur n° 57, 17 juin 1933.

[49] Boris Sou­va­rine, « Chro­nique de l’URSS : points sur les “i” », Le Tra­vailleur n° 88, 30 décembre 1933.

[50] Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique et Fédé­ra­tion Com­mu­niste Indé­pen­dante de l’Est,Pour le com­mu­nisme rénové !, 1933, pp. 5–7.

[51] Le Tra­vailleur n° 54, 27 mai 1933.

[52] Charles Jac­quier, Boris Sou­va­rine, un intel­lec­tuel anti­sta­li­nien de l’entre-deux-guerres, 1994, p. 389.

[53] Charles Ron­sac, Trois noms pour une vie, Laf­font, 1988, pp. 102 à 107 (Ron­sac, un des deux col­leurs d’affiches arrê­tés, mili­tait au Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique sous le nom de Rosen).

[54] Contrai­re­ment au PC, la SFIO accep­tait à l’époque l’existence en son sein de ten­dances mar­xistes révo­lu­tion­naires, même si ces ten­dances cri­ti­quaient très fran­che­ment la poli­tique de la direc­tion. Mais dans les années sui­vantes, plu­sieurs anciens du Cercle seront parmi les mili­tants révo­lu­tion­naires exclus des JS et de la SFIO par les diri­geants réformistes.

[55] Boris Sou­va­rine, Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, Ivrea, 1992, p. 431.

[56] Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, op. cit., pp. 425–426.

[57] Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, op. cit., pp. 465–466.

[58] Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, op. cit., p. 432.

[59] Claude Lefort, « La contra­dic­tion de Trotsky et le pro­blème révo­lu­tion­naire », Les Temps modernes n° 39, décembre 1948 — jan­vier 1949.

[60] Charles Jac­quier, Boris Sou­va­rine, un intel­lec­tuel anti­sta­li­nien de l’entre-deux-guerres, p. 359. Plus géné­ra­le­ment, sur la récep­tion du Sta­line on peut se repor­ter au cha­pitre III de cette thèse, pp. 257–364.

[61] Lettre de Boris Sou­va­rine à Panaït Istrati, 22 novembre 1934, citée dans Charles Jac­quier, Boris Sou­va­rine, p. 274 — sou­li­gné dans l’original.

[62] « Elle est per­due pour moi et je suis peut-être perdu moi-même », extrait d’une lettre de Boris Sou­va­rine écrite en 1934, dans Laure, Une Rup­ture 1934, éditions des Cendres, 1999, p. 124.

[63] Cité dans Eli­sa­beth Barillé, Laure, la sainte de l’abîme, Flam­ma­rion, 1997, p. 296. Des textes de Colette Pei­gnot ont été publiés après sa mort sous le nom de Laure : voir notam­ment Ecrits de Laure, Pau­vert, 1979, où Boris Sou­va­rine est appelé « Léon Bourénine ».

[64] Lettres de Boris Sou­va­rine écrites en 1934, dans Une Rup­ture 1934, op. cit., pp. 50, 57, 58 et 123.

[65] L’Institut d’Histoire Sociale a été créé par des vété­rans de l’anti-stalinisme de gauche ; mais il est aujourd’hui dirigé par des vété­rans du sta­li­nisme, deve­nus tout natu­rel­le­ment de farouches par­ti­sans de la droite néo-conservatrice. C’est-à-dire que l’IHS est passé à un cou­rant et à une tra­di­tion poli­tique inverses à ceux de sa fon­da­tion. Devant la médio­crité et le biais idéo­lo­gique de l’actuelle « équipe », il faut hélas consta­ter qu’il y a usur­pa­tion du fond d’archive et du nom de l’IHS historique.

[66] Amis de la vérité sur l’URSS, La Peine de mort en URSS, textes et docu­ments, Librai­rie du tra­vail, 1936, p. 7.

[67] Amis de la vérité sur l’URSS, Bilan de la ter­reur en URSS, faits et chiffres, Librai­rie du tra­vail, 1936, p. 5 (sou­li­gné dans l’original). Ce texte avait déjà été publié en 1934 : Boris Sou­va­rine, « Les per­sé­cu­tions en URSS », Le Com­bat mar­xiste n° 10–11, juillet-août 1934. Dans la bro­chure de 1936, il écrit d’ailleurs que « les rares publi­ca­tions d’extrême-gauche qui aient divul­gué la vérité […] sont mal­heu­reu­se­ment de faible tirage […] le grand public est donc encore mal informé ou ne l’est pas du tout. » Citant son article, il se défi­nit lui-même comme « écri­vain com­mu­niste indé­pen­dant et spé­cia­lisé en matière de pro­blèmes russes. » (Bilan de la ter­reur en URSS, op. cit., pp. 4–5).

[68] Bilan de la ter­reur en URSS, faits et chiffres, op. cit., p. 13.

[69] Boris Sou­va­rine, L’Ouvrier sovié­tique [1937], dans Cau­che­mar en URSS, Agone, 2001, p. 90.

[70] Juin 36 n° 51. Le PSOP était un parti d’extrême-gauche créé en 1938, issu de la ten­dance « Gauche Révo­lu­tion­naire » de la SFIO. Plu­sieurs anciens du Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique y militaient.

[71] Le Tes­ta­ment de Lénine, Les Egaux n° 4, avril 1947, sup­plé­ment à Masses n° 9. Réédi­tion Spar­ta­cus, 1977.

[72] L’Observateur des deux mondes n° 4, 15 juillet 1948, dans Boris Sou­va­rine,L’Observateur des deux mondes, et autres textes, La Dif­fé­rence, 1982, pp. 53 et 57.

[73] L’Observateur des deux mondes n° 1, 1er juin 1948 ; L’Observateur des deux mondes, et autres textes, p. 31.

[74] Louis Jano­ver, Lire Rubel aujourd’hui, dans Miguel Aben­sour et Louis Jano­ver, Maxi­mi­lien Rubel, pour redé­cou­vrir Marx, Sens & Tonka, 2008, p. 110. La lettre de Sou­va­rine à Rubel est du 10 décembre 1957.

[75] Boris Sou­va­rine, Un Pot-pourri de Khroucht­chev (A pro­pos de ses « sou­ve­nirs »), Spar­ta­cus, 1971, p. 44.

[76] Un Pot-pourri de Khroucht­chev (A pro­pos de ses « sou­ve­nirs »), op. cit., p .47.

[77] Boris Sou­va­rine, Le Sta­li­nisme, Spar­ta­cus, 1972, p. 4 (texte d’une confé­rence de 1964, déjà paru en fran­çais en mai 1965 dans Le Contrat social volume IX n° 3).

[78] L’Observateur des deux mondes, et autres textes, op. cit., p. 138.

[79] Boris Sou­va­rine, Intro­duc­tion à L’Observateur des deux mondes, et autres textes, op. cit., p. 21.

[80] Boris Sou­va­rine, « Sta­li­nisme et désta­li­ni­sa­tion », Le Contrat social volume I n° 3, juillet 1957, p. 139.

[81] Le Contrat social volume II n° 4, juillet 1958, p. 250.

[82] Le Contrat social volume I n°4, sep­tembre 1957, p. 270.

[83] Le Contrat social volume XII n° 2–3, avril 1968, p. 188.

[84] Boris Sou­va­rine, « Khroucht­chev révi­sion­niste », Le Contrat social volume IV n° 4, juillet 1960, pp. 192–193.

[85] Le Contrat social volume IX n° 5, sep­tembre 1965, p. 272.

[86] Boris Sou­va­rine, « Le rêve com­mu­niste et la réa­lité », Le Contrat social volume VI n° 6, novembre 1962, p. 258.

[87] Le Contrat social volume VII n° 4, juillet 1963, p. 193.

[88] Le Contrat social volume VIII n° 1, jan­vier 1964, pp. 66–67.

[89] Boris Sou­va­rine, « La décom­po­si­tion du marxisme-léninisme », Le Contrat socialvolume VII n° 4, juillet 1963, p. 194.

[90] Lettre de Boris Sou­va­rine à René Lefeuvre, 18 mai 1970.

[91] Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, op. cit., p. 601.

[92] Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, op. cit., p. 613.

[93] Boris Sou­va­rine, Sta­line pour­quoi, com­ment, Spar­ta­cus, 1978, pp. 57–58 et 63.

[94] Boris Sou­va­rine, L’Observateur des deux mondes, et autres textes, op. cit., p. 108.

[95] Boris Sou­va­rine, L’Observateur des deux mondes, et autres textes, op. cit., p. 166.

[96] Michel Hel­ler, Boris, dans Boris Sou­va­rine, Sur Lénine, Trotski et Sta­line, Allia, 2007, p. 8.

[97] Le Com­bat Syn­di­ca­liste n° 137–138, décembre 1935, cité dans Charles Jac­quier,Boris Sou­va­rine, p. 352.

[98] Komin­tern : L’histoire et les hommes, L’Atelier, 2001, p. 514.

[99] Extrait des sou­ve­nirs inédits de Boris Sou­va­rine, cité dans Charles Jac­quier, Boris Sou­va­rine, p. 527.

[100] Jean Jau­rès, Dis­cours à la jeu­nesse, juillet 1903.

[101] En par­ti­cu­lier dans Autour du congrès de Tours ; dans sa lettre à Sol­je­nit­syne du 10 avril 1978 (publiée dans Boris Sou­va­rine, Sou­ve­nirs sur Panaït Istrati, Isaac Babel, Pierre Pas­cal, Gérard Lebo­vici, 1985, pp. 133–150, et dans Boris Sou­va­rine, Contro­verse avec Sol­je­nit­syne, Allia, 1990, pp. 109–121) ; ainsi que dans sa pré­face à la réédi­tion des numé­ros de La Cri­tique sociale, La Dif­fé­rence, 1983.

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Michel Peyret

Instituteur, militant communiste en Gironde où il est né, conseiller municipal de Bègles, de Mérignac et de Bordeaux, député de la Gironde en 1986 où il fait partie de la Commission de la Défense l'Assemblée nationale, il participe en 2007 à la rédaction d'un texte-manifeste « Pour les assises du communisme » inspiré des principes de Marx afin de donner le premier rôle aux travailleurs et aux peuples. Il a publié des éditoriaux consacrés aux questions internationales dans le journal ROUGE-MIDI sur Internet.

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