Panarabisme de Nasser à l’OLP

Titre original de la brochure : La contagion de la mondialisation Les nouveaux risques de l’Ordre mondial, de la Nation arabe, et du Sionisme.

 

Par DR. ADEL SAMARA.   Copyright 2001.   Tous droits réservés.  Fondation Palestinienne de recherche et Publication.   P. O Box 5025   Glendale. California 91221.   Fax  : (818) 247.9087  (remerciements et notes à la fin du document).

 

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(Le manuscrit ci-dessous nous a été acheminé par courriel pour diffusion. Nous le proposons même s’il est incomplet car il présente une bonne synthèse des théories  du panarabisme, de la lutte anticoloniale et de libération nationale dans les pays arabes, des théories tiers-mondistes et maoïstes à propos de l’impérialisme et de la lutte opposant le Centre capitaliste  à la Périphérie anti-impérialiste (sic), la ville à la campagne … (se souvenir des Kmers Rouges). Lisez notamment au chapitre 7, le texte sur les  ONG en Palestine (édifiant). Nous ne partageons pas tous les points de vue présentés mais il est bon de prendre connaissance. Bonne lecture.  Robert Bibeau. Producteur. Les7duquébec.com).

 

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PRÉFACE

 

Le conflit qui a frappé les pays arabes depuis des décennies, n’est pas, ni par sa nature ni par ses causes, indépendant de l’ordre du monde et de ceux qui  ont  intérêt à son maintien. Ceci reste vrai aujourd’hui comme cela l’était à l’époque du colonialisme classique. C’est pourquoi il n’est pas possible de comprendre et d’analyser le conflit entre sionistes et arabes et la lutte de la nation arabe, hors du cadre des relations internationales et de l’ordre mondial dans toute sa complexité.

Ce livre rejette la dichotomie entre les évènements en Palestine occupée, partout dans la « maison arabe », et la situation dans le reste du monde. En conséquence, il rejette la dichotomie entre le « local » et le « national » d’un côté, et le « régional » et « global » de l’autre.

La globalisation, dans l’ouvrage du Dr Samara est comprise comme un système de production global et de croissance capitaliste. Il est erroné de dire que nous pouvons établir des identités locales, nous battre pour une unité et un développement à l’échelle nationale, en croyant  que nous serions en quelque sorte, hors de, ou à l’abri des flux de capital et de leurs extensions et des  intérêts qui les activent. Ne  pas comprendre ni résister à la globalisation en tant que machine impériale d’un capitalisme de fragmentation, c’est, en fait, le soutenir dans sa mise en œuvre de politiques stratégiques et dans ses buts. Ne pas comprendre que la lutte du peuple palestinien et de la nation arabe est organiquement liée et rattachée à la lutte contre la globalisation, c’est mal identifier notre ennemi, le véritable ennemi.

L’autre piège de la stratégie d’un combat conçu comme lutte localisée et isolée, est qu’elle ignore, nie, et plus encore, esquive les alternatives potentielles de libération et développement. Pour les Arabes, il est, pour cette raison, largement temps de se confronter à la complexité et aux intrigues de notre époque et de l’Histoire, et d’intégrer ces données à la compréhension de la situation.

Dans la Contagion de la mondialisation, Dr Samara défend les intérêts nationaux et de classe des masses arabes et arabes palestiniennes. Cependant, il n’adopte pas un point de vue étroitement chauvin, mais s’intéresse bien plutôt au sort de l’humanité. Son travail ne s’identifie pas à  un projet politique isolationniste, mais défend les enjeux d’ordre local et national comme une composante de la lutte globale, la lutte internationale.

Quels mensonges se cachent derrière les images surfaites de ce conflit prolongé que nous proposent les médias ? Quelles sont les forces motrices qui les mettent en avant ? La réponse que donnerait  la plupart d’entre nous est qu’il s’agit d’un conflit «   entre Arabes et Juifs  » ou «  une guerre de religions  »  entre Juifs et Musulmans. Certains pensent que les arabes et les juifs se battent depuis des centaines d’années et que c’est «  une guerre entre deux nations «   qui ne parviennent pas à trouver un langage commun ni une solution mutuellement satisfaisante.

Récemment, ce conflit a été «  promu  », passant de conflit Arabes- Sionistes, tel qu’on le désignait au cours du 20ème siècle, à un conflit «  israélo-palestinien  ». Ce conflit a été cependant compris dans sa dimension arabe et sioniste et réduit à un conflit de territoire. Cette caractérisation, contrairement à ce que l’on pense, ne simplifie pas la compréhension du conflit. Au contraire elle mystifie certains aspects du problème et en complique l’approche, et en fin de compte, fait obstacle à d’éventuelles solutions. Cette interprétation produit  une image fausse, et trouble la vision de l’essentiel, aussi bien que des forces souterraines et des composantes de la lutte.  C’est précisément la mission de ce livre de dépasser les interprétations communes et d’aller au-delà des aspects superficiels pour promouvoir une analyse ainsi qu’une compréhension des véritables causes de ce conflit et des forces en présence.

Cet ouvrage aborde des problèmes issus de la mondialisation : le nationalisme arabe et le socialisme pour les arabes et les juifs, les enjeux de l’économie palestinienne et le rôle des ONG dans la société palestinienne. Il propose une analyse unique des relations entre les pouvoirs coloniaux et impérialistes, et la nation arabe dans la période contemporaine.

Grâce à des prises de position tranchées, Dr Samara éclaire de nombreux aspects du conflit et de l’Histoire qui ont été dissimulés pour des enjeux d’ordre polémique, nationaux et internationaux.

Ce livre reconstitue l’histoire de l’éclatement des pays  arabes sous l’effet des interventions coloniales et impérialistes et restitue l’histoire des souffrances des masses arabes, mais également celle de leur résistance, de leurs luttes et de ce qu’elles ont accompli.   La contagion de la mondialisation propose également des alternatives pour des changements progressistes et des solutions. Le lecteur est capable, au moins, de situer la lutte du peuple palestinien contre les sionistes et pour la lutte nationale de libération à sa véritable place c’est-à-dire en tant que composante essentielle de la lutte de la nation arabe dispersée, pour son développement et son unité contre la troïka ennemie : l’impérialisme, le sionisme, et les régimes arabes compradores. De plus, cette analyse est rédigée  en un style alerte et stimulant, elle intègre les problèmes que doivent affronter les Arabes et les examine au prisme de l’ordre mondial en tant que système capitaliste global. Ce livre démystifie les évènements nationaux et internationaux. Il rend compréhensible un conflit qui est devenu, pour la majorité d’entre nous, désespérément embourbé.

Tout au long de ce livre et en un style si éclairant, Dr Samara démontre en quoi l’ordre mondial capitaliste globalisé est, incontestablement, une victoire pour le capitalisme et que la paix qu’il propose aux Arabes et Arabes palestiniens n’est rien d’autre que «  la paix pour le capital  », le déni de leurs droits, liberté, démocratie, et du développement et de l’unité de la «   maison arabe  ».

Ce livre est le résultat d’un travail qui ouvre les potentialités de l’avenir. Il propose des contributions d’une importance majeure, tant théoriques que politiques sur plusieurs aspects du conflit entre les Arabes et les  Sionistes. J’aimerais citer deux de  ces contributions : le nouveau concept de Développement sous protection populaire en tant que mode de développement et puissant outil de combat contre la globalisation et l’hégémonie d’un système capitaliste mondial unipolaire, et en deuxième lieu, la perspective d’un Etat socialiste uni comme solution pour les Arabes et les Juifs.

La contagion de la mondialisation est, grâce à ses arguments solides et convaincants,  un ouvrage à recommander à tous ceux qui souhaitent véritablement comprendre ce qui s’est mal passé dans cette région.

 

L’Éditeur.   Los Angeles.  Californie.    Novembre 2001.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                       INTRODUCTION

 

C’est dans le contexte d’un ordre international en perpétuelle transformation que ce livre est écrit. En dépit de cette instabilité et ces changements, il s’agit  toujours de la même réalité, la période de domination du capital. L’ère actuelle du capitalisme, connue comme globalisation, est la troisième phase du capitalisme, celle qui succède au colonialisme et à l’impérialisme. Mais la globalisation elle-même est une nouvelle forme du colonialisme et de l’impérialisme dont les caractéristiques sont héritées des conflits mondiaux. Si les conflits mondiaux de la deuxième guerre mondiale sont bien achevés, de nombreux points cristallisant des conflits brûlants, sont bien actuels. Ces nouvelles guerres ne se limitent pas à des options militaires, mais c’est bien, l’intérêt capitaliste qui en est l’essence même et le but de ces guerres. Quoique ces guerres capitalistes revêtent différentes formes, culturelles, religieuses, ethniques, le moteur et les soubassements en sont le capital et ses intérêts de classe.

Les chemins des guerres sont à la fois différents et encore plus dangereux à l’ère de la globalisation que par le passé. Les conséquences touchent non seulement les forces militaires, mais  la nation toute entière. L’impérialisme US développe des guerres dans le but de démoraliser les nations, de réduire à néant leur existence et de générer  à travers la guerre à distance, de nouvelles agressions. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’une nation commet un génocide «  officiel  » sous le parapluie des Nations Unies dont le rôle, à sa création, était à l’inverse absolu !

Le rôle de l’écrivain dans de telles circonstances est, de fait, d’écrire pour résister.

Certains passages de ce livre ont été précédemment publiés dans diverses versions et dans des revues telles que Kana’an, Al-Mustaqbal Al-Arabi, Al-Osour Al-Haditath and The Journal of Palestine Studies. Ces articles ont été par la suite développés et actualisés afin d’être publiés dans cet ouvrage.

Le premier chapitre abordera l’ordre capitaliste et la façon dont les classes ont évolué dans les secteurs du Centre ainsi que la façon dont elles ont changé les  moyens de parfaire leur hégémonie et domination. Ce chapitre traite des procédés du capital pour intégrer la culture et les intellectuels afin d’étendre sa domination. Il démontre également que les classes dominantes sont moins nombreuses qu’auparavant ce qui rend l’ordre économique mondial bien plus fasciste que démocratique.

Le nationalisme arabe a été sous le feu des attaques concertées  de nombreux pays du monde depuis environ deux cents ans. Les pays arabes ont été ciblés, et certains sont encore sous le joug d’occupations militaires. Le deuxième chapitre s’intéresse aux raisons profondes des invasions capitalistes ainsi qu’au rôle des forces internes qui les soutiennent. Ce chapitre argumente le fait qu’actuellement les classes compradores au pouvoir ont aggravé l’inégal développement entre les pays arabes dans le but s’opposer le plus longtemps possible à l’unité arabe.

Parmi les autres problèmes abordés, un autre élément apparaît ici, la question nouvelle de la normalisation/ non normalisation des relations avec Israël. Le troisième chapitre explique pourquoi les classes populaires ne devraient pas normaliser leurs relations avec le capitalisme, de même que les classes populaires arabes ne doivent pas normaliser leurs relations avec l’entité sioniste Israël.

La résistance à la normalisation mène de façon ultime, à un Boycott du capital occidental qui la soutient.

Avoir en tête ce qui précède est indispensable pour comprendre la nature de l’entité sioniste Israël, en particulier, certaines de ses composantes internes. Le quatrième chapitre dévoile ces composantes et ouvre le débat sur la vision d’une autre solution au conflit Arabo-Sioniste. Dans ce chapitre, je défends le point de vue que seul le socialisme peut être la solution.

Le cinquième chapitre aborde la question des conditions socio-économiques en Cisjordanie et à Gaza dans le cadre du processus de paix «  global  ». Ceci illustre la façon dont le Centre de l’impérialisme a dénommé «   paix  » ce qui sert ses propres intérêts : «  la paix pour le capital  » et non pour le peuple.

L’Autorité Palestinienne (AP) a développé son rôle économique en Cisjordanie et à Gaza. Le chapitre six discute de ce problème et explique comment un régime dépendant, à l’époque de la globalisation, a fait de la corruption sa propre économie politique. Dans les chapitres cinq et six, je défends le point de vue que la solution globale pour le conflit arabo-sioniste  proposée par les accords de Madrid et d’Oslo, a de fait accru les souffrances du peuple palestinien.

Le dernier chapitre, le septième, aborde un autre aspect de la globalisation et de ses manifestations : les ONG. Il démontre que les forces du capitalisme et de l’impérialisme dans le cadre de la globalisation, utilisent l’énergie des organisations humanitaires.

Tous les chapitres de ce livre se concentrent sur le rôle du capital à la fois au Centre et à la Périphérie du système capitaliste. Il s’agit de montrer et dénoncer la profonde alliance entre le Centre capitaliste et impérialiste, le projet sioniste, les élites au pouvoir dans les zones périphériques, et notamment au sein de la Nation arabe, des Territoires occupés en Palestine en Cisjordanie et à Gaza.

 

Adel Samara.  Ramallah, Cisjordanie. Octobre 2001

 

PREMIER CHAPITRE

 

DE LA GLOBALISATION DU SECTEUR PUBLIC AU DEVELOPPEMENT PAR LA PROTECTION POPULAIRE

 

L’objectif de ce chapitre est de proposer une vision des quatre plus récents développements du système capitaliste mondial, qui, articulés au niveau mondial, le remodèlent. Le premier est la cristallisation d’une hiérarchie de classe au niveau des classes dominantes à l’échelle mondiale. Le second est la cristallisation des intérêts économiques à travers la création d’un secteur public globalisé, possédé et /ou dirigé par les classes dominantes du Centre, mais mis en œuvre à un niveau inférieur, par les classes dominantes compradores de la Périphérie. Le troisième aspect est le suivant : la volonté de mettre en place des régimes fascistes à une échelle mondiale, au lieu des démocraties bourgeoises au Centre, et  des juntes militaires  et compradores à la Périphérie. Pour finir, ce chapitre tend à démontrer  que la stratégie de détachement ne peut pas fonctionner sans que les Etats de la Périphérie se soient décomposés en Etats compradores, qui ne peuvent plus s’en tenir au rôle des Etats vaincus des années 1950 et 1960. C’est pourquoi ce qui est nécessaire à la Périphérie est une stratégie de Développement par la Protection Populaire (DBPP) à la fois à l’échelle nationale et régionale.

Ceci devrait coïncider avec la compréhension des enjeux  entre travail et capital, les classes populaires exploitées affrontant les classes capitalistes compradores à une échelle globale. Cet aspect, toutefois, excède les limites de ce chapitre.

 

Le nouveau rôle de l’Etat national périphérique

 

Après deux décades de politiques économiques néolibérales imposées, de nombreux développements nouveaux ont surgi dans les pays périphériques. Ces développements incluent la soumission de la plupart des pays de la Périphérie à l’idéologie de marché, l’adoption de « marché libre  », l’application par les pays du Troisième monde des politiques économiques néolibérales de la Banque mondiale, du FMI et d’autres institutions financières internationales.

En conséquence, de plus en plus de masses populaires du Tiers Monde ont découvert que leurs nations avaient perdu la souveraineté. Ces classes populaires ont pris conscience que l’économie nationale n’était plus sous la protection de l’Etat. La bourgeoisie nationale ne protège plus le marché national dont elle était censée avoir le monopole. L’analyse classique en économie établit que la bourgeoisie nationale insiste pour contrôler son propre marché national, sous prétexte de protéger l’économie nationale, en réalité pour la sauvegarde de ses intérêts. Mais ce type de bourgeoisie nationale s’est éteint. Voilà le véritable sens de « libéralisation du marché  » et de  politique de «  portes ouvertes  ». La nouvelle conception de la souveraineté implique que le monde est devenu un village global. Le système d’autonomie palestinienne est un bon exemple de la façon dont un régime capitaliste compradore a sacrifié sa souveraineté pour des profits (1).

La plupart des régimes du tiers monde sont ravalés au rang de simples régimes autonomes, si l’on ne veut dire colonies. Leurs marchés sont ouverts aux produits des économies du Centre. Leurs industries sont contraintes de devenir les sous-traitantes de compagnies étrangères, ou alors elles sont éliminées et quittent le marché. Les branches bénéficiaires du secteur public ont été bradées à des étrangers. Le capital du Centre a acheté tout ce qu’il a voulu parmi les actifs des pays de la Périphérie, en particulier plus récemment cela a touché les «  Tigres  » du Sud -Ouest asiatique, Brésil, Egypte et la Fédération de Russie.

La faiblesse des mouvements de libération dans les pays du tiers monde constitue un autre aspect du problème, celui-ci ayant échoué à proposer de nouvelles formes d’organisations militantes capables de s’opposer à  la mondialisation (2). C’est pourquoi « l’opposition » à la mondialisation, restée limitée aux régimes qui de fait représentent la même classe, ne pouvait qu’échouer car, de fait, c’est cette classe qui a renforcé la dépendance (3).

Le rôle du néo-libéralisme ne se limite plus aux niveaux économique et politique, il a atteint le niveau culturel. A travers ses multiples adaptations, développements et renouveaux, le capitalisme du Centre est parvenu à digérer les menaces que les nouvelles vagues de mouvements de libération sociale et nationale des pays de la Périphérie représentaient. En soutenant les ONG, le capitalisme du Centre a déployé des efforts considérables afin de canaliser les menaces que constituaient les intellectuels radicaux. Ces ONG qui constituent une aile des «  Marines de la culture impérialiste US » ( c.a.d.  les organisations de défense des droits humains, les avocats de la démocratie,  les groupes d’enseignement, les gouvernements non gouvernementaux, …etc) (4) dans les pays du tiers monde.(cf chap. 7 ). Elles s’emploient à corrompre les cadres nationalistes et de gauche par une campagne qui vise à disqualifier et mettre fin à la lutte des intellectuels   contre l’impérialisme, par de multiples moyens tels que des salaires élevés, des voyages, de luxueux bureaux…etc. Ces intellectuels ont été, et demeurent, ciblés par l’impérialisme dans son plan préventif de blocage du rôle des intellectuels révolutionnaires, rôle qui serait d’initier de nouveaux mouvements sociaux radicaux.

Grâce à ces manœuvres, l’impérialisme est de fait, en train de rééduquer le peuple des pays de la Périphérie à la culture capitaliste, au consumérisme, à l’idéologie de marché, et à l’internationalisation de la soumission. En réalisant cela, le capitalisme parvient avec succès à détruire l’indépendance culturelle, économique et politique du tiers monde. L’une des rares exceptions est constituée par l’Irak, pays devenu la cible de guerres et de brutales destructions  (5).

 

Deux formes différentes de mondialisation.

 

Il n’y a aucun doute que le capitalisme du Centre a atteint son but de maîtrise de l’Union soviétique (après sa désintégration) et la Chine (acquise à la politique de « porte ouverte », puis en invitant son leadership révisionniste à poser sa candidature de membre de l’OMC, assurant son éventuelle intégration au système capitaliste mondial.

Ce développement de la dite mondialisation n’est en aucune manière unifié. Il prend en fait deux formes, l’une pour le Centre, l’autre pour la Périphérie. Mais toutes deux sont à l’intérieur d’un système mondial. Au Centre, la globalisation est caractérisée par le rôle de commandement, la fonction de domination et d’exploitation. C’est aussi le transfert de valeur productive du capital et l’activation des investissements directs (FDI)  pour  être localisé en périphérie. Notons que ce transfert de l’industrie du Centre vers la Périphérie, marque l’achèvement du but de libéralisation du commerce car les produits du Centre même viennent désormais de la Périphérie. Le risque ici est que la périphérie s’empare de ces moyens pour avancer vers son propre développement. Ce mécanisme crée et aliène la nouvelle classe ouvrière, celle qui dépend des multinationales (MNCs ) de ce fait,  coupée du reste de la classe et de la société. Aussi longtemps que la classe ouvrière est divisée et aliénée, la lutte pour créer un mouvement de travailleurs est affaiblie. Cette aliénation permet à la classe dominante d’ignorer la démocratie aussi longtemps que les acteurs principaux de la lutte pour la démocratie sont divisés.

La globalisation signifie dépendance pour la Périphérie, qui se trouve à la merci du Centre dans le contexte de la division mondiale du travail.

Pour le Centre, la mondialisation signifie la commercialisation globale de ses produits, permise par la libéralisation du commerce, et l’étouffement des industries du tiers monde. Elle tend ainsi à bloquer le développement de toute industrie lourde nationale à la Périphérie, et charge ses dirigeants de transférer le surplus de leurs pays vers le Centre, soit sous forme de capital net, ou encore en payant des prix élevés pour des importations de produits bon marché. Le développement de la spéculation à l’ère de la mondialisation, rend possible pour les capitaux spéculatifs d’acquérir des actifs bon marché et de les brader en quittant le pays, lorsque surgit la crise (6).

 

Ces deux formes différentes de mondialisation témoignent contre elle, en particulier contre la prétention de ceux qui en défendent le caractère indispensable et jugent que toute résistance est inutile puisqu’elle ne mènerait qu’à l’autarcie. La mondialisation devient alors un problème de distribution et redistribution des industries du Centre vers la Périphérie, où elles se procurent le travail le moins onéreux et les matières premières. Il s’agit aussi de s’assurer la complicité des régimes compradores indispensable à la répression de la classe ouvrière, et d’offrir les investissements les plus flexibles et bon marché afin d’attirer les investisseurs étrangers. De plus, cette mondialisation a deux cibles majeures  : les nations très peuplées ayant une grande masse de consommateurs ainsi qu’ une importante classe ouvrière privée du  droit de s’organiser et contrainte d’accepter de maigres salaires, et d’autre part, des pays qui disposent de liquidités financières. C’est pourquoi les USA tiennent à entretenir de fortes relations commerciales avec la Chine et L’Inde  (7). Plus encore, la disponibilité de liquidités financières est la principale raison pour laquelle ces mêmes USA monopolisent les marchés arabes, et même occupent les pays arabes producteurs de pétrole c.a.d. l’Arabie Saoudite, le Koweït, Bahrein.

 

  La structure sociale de l’accumulation mondialisée comme mécanisme d’un système mondial fasciste.

 

La dernière décade du vingtième siècle a connu la troisième crise mondiale : la désintégration du bloc soviétique, le déclin du mouvement des non -alignés, et la crise permanente des centres capitalistes qui se manifeste par l’absence de toute alternative viable. Ces crises ont été accompagnées d’un changement de la structure sociale de l’accumulation à l’échelle mondiale.

Les changements attestés du monde évoluent vers la création d’un Centre politique international  de la classe capitaliste. Une alliance de classe est en train de se constituer entre les classes capitalistes au pouvoir, chacune alliant le double intérêt de ses capacités économique, politique, culturelle, et une position dans la stratification capitaliste mondiale (8). On constate en même temps qu’un accroissement important de la pauvreté et du chômage, y compris dans les pays du Centre même. En effet, au Centre. L’accumulation et la monopolisation de la richesse par la bourgeoisie continuent, même si celle-ci est moins nombreuse. De manière significative, ce développement s’est produit au cours des années d’augmentation de salaires que la classe ouvrière a arrachés par une longue lutte de classes, tout particulièrement après la seconde guerre mondiale. Cette période a connu des salaires relativement corrects, un état de prospérité, un chômage relativement bas et un accroissement du nombre de femmes travailleuses.

La mondialisation a mené à une division de la classe ouvrière des pays du Centre en trois principales catégories. Le premier est constitué par les travailleurs du secteur le moins qualifié qui travaillent dans les galeries marchandes, la vente au détail, la restauration rapide, etc. et autres secteurs de travail manuel où il existe peu de droits, où les salaires sont bas et le chômage important. Les travailleurs ayant une activité dans ces secteurs ne sont que faiblement syndiqués. Le second secteur est composé de travailleurs de l’économie réelle qui risquent de perdre pied s’ils ne se servent pas du mouvement syndical pour mener un mouvement de classe. Enfin, au sommet, on trouve les travailleurs des secteurs de pointe qui sont relativement coupés du reste de la classe.

Ce que le néo libéralisme offre maintenant aux travailleurs, ce sont de bas salaires, l’absence de sécurité d’emploi, le chômage, et le prêche de fondamentalistes chrétiens en faveur du maintien des femmes à la maison. Celles-ci devraient se contenter d’être «  de bonnes mères  », renoncer à la concurrence avec les hommes pour des emplois, et se satisfaire de fonctions que les hommes ne sont pas capables de tenir (la reproduction biologique). On estime qu’il y a 30 millions de pauvres aux USA, 500  000 sans- abri (9) et 1.380 000 prisonniers (10).

Une telle structure sociale de l’accumulation s’étend à une échelle mondiale,  y compris dans les ex- pays socialistes. Suivant la ligne révisionniste de Khrouchtchev, puis de Brejnev, la Nomenklatura soviétique et ses alliés en Europe de l’Est ont accru leur contrôle sur l’économie et la société au point de désintégrer la base sociale de ces régimes. Pendant la période du régime soviétique, la Nomenklatura a conservé le pouvoir politique qui lui permettait de bénéficier du surplus, mais pas de le posséder. Finalement, elle est entrée en possession des moyens de production après la désintégration de l’Union Soviétique. En conséquence, la structure sociale d’accumulation du capital dans ces pays est représentée par les spéculateurs et la Mafia d’un capitalisme népotique qui contrôle à moindres frais les industries de base en Russie. Une des caractéristiques de ce capitalisme est le fait qu’il autorise les capitaux étrangers à acquérir des actifs à bas coût. Il est important de noter que les nouvelles formes de co-entreprise sont limitées aux actifs du Tiers monde, excluant ceux du Centre. Les conséquences  de cette internationalisation du capital touchent  aussi bien l’industrie, le capital industriel, que le capital financier, l’ensemble étant contrôlé par les classes dominantes du Centre. Tout en bas  de la pyramide de la structure sociale d’accumulation se trouve la bourgeoisie du tiers monde dont le rôle est de réprimer les masses. Ce mécanisme facilite et protège les transferts de richesse en direction du Centre. En récompense de ce rôle, la bourgeoisie des pays du tiers monde est assurée d’une assistance militaire, financière, et d’une formation politique. Ces dons sont une forme de loyer indemnisant son rôle politique qui inclut la protection des intérêts impérialistes, la promotion de l’idéologie de marché et du libéralisme, et la libéralisation du commerce ainsi que le « combat anti-terroriste » ; finalement, il s’agit aussi de «  normaliser  » les relations entre les masses d’un côté et le capital et l’impérialisme sanguinaires .Ainsi, ce rôle politique est devenu le mode de vie et le moyen de survie de ces régimes.

Cette structure sociale internationale de l’accumulation est le germe pour un gouvernement fasciste mondial déjà représenté par les milliardaires et les millionnaires dans le centre et la périphérie.

 

La domination du capital financier et sa reproduction en un système fasciste mondial           

L’un des principaux développements de l’après deuxième guerre mondiale,  a été l’accroissement de la domination du capital financier. Cette croissance est liée au profond déficit de masse monétaire qui a touché les USA dans les années 1950 et 60, phénomène qui s’est encore aggravé dans les années 1974- 1983. La crise de l’économie américaine a démarré suite à la politique de la société post-industrielle de 1967. Ceci a incité les USA à décrocher du système de l’étalon or et du système de change. Dans la première période, l’accroissement brutal du déficit  a été du principalement à un excès de dépenses du gouvernement, tandis que dans la deuxième période, il a résulté de la conjonction d’un excès de dépenses et de chute des recettes (11).

De toute façon, les déficits de masse monétaire US des années 1950 ainsi que les exportations de capital  ont produit une inflation de dollars US décrétés dans le système des Accords de Bretton Woods  comme «  ayant la valeur de l’or  ». Ceci a conduit à la formation du marché des Eurodollars et, probablement, à la chute du système de Bretton Woods lui-même. Depuis lors, un autre épisode a concerné les dépôts en pétrodollars après le choc pétrolier, des fonds considérables sont arrivés  aux banques métropolitaines, qui sont devenues des acteurs clefs du processus de recyclage tout en réduisant le FMI au rôle de gendarme de la finance du capital. Ces épisodes ont catapulté la finance globalisée à une position prééminente  (12).

« Alors que le Dow Jones a atteint l’indice  11  000 s’accroissant de 1000 points en 24 jours de marché fin mars 1999, l’Association des constructeurs de machines outils,  bien connue en tant qu’entreprise américaine de produits technologiques, annonçait que la consommation de machines-outils avait chuté de 51% entre février 1998 et février 1999 » (13). Et en 2000, l’accroissement du  volume d’importations  a élevé le déficit commercial US courant septembre à 15% de plus, soit un record de $34.3 billion, selon le Département du Commerce (14).

Selon Richard Freeman, trois courbes ne peuvent pas fonctionner séparément : les agrégats financiers, masses monétaires, et les flux économiques représentent les agrégats financiers. C’est ce qui constitue la bulle financière. Pour donner un exemple, aux USA, la  capitalisation ou valeur de l’ensemble des actifs est supérieure à 16 milliers de milliards. Les dernières études d’estimation de la valeur des dérivés qui ne constituent que des paris, se montent à 55 milliers de milliards (15).

Patniaik explique que ce capital financier diffère de ce que Lénine avait décrit, en trois aspects. Premièrement, le capital financier selon la conception de Lénine était basé dans un Etat national et en conséquence, aidé par ce dernier, alors que le nouveau capital financier est international, tous deux ayant en commun l’exploitation financière partout dans le monde. En second lieu, ce capital financier n’agit plus comme au temps de Lénine dans un contexte de rivalités intra impérialistes, mais comme résultat de pouvoirs impérialistes agissant de façon plus unie, ce qui n’implique pas qu’aucune contradiction n’existe entre eux. Enfin, le capital financier contemporain n’est pas un capital contrôlé par les banques et employé pour l’industrie (cf Hilferding cité par Lénine). Il ne s’agit pas de la fusion de la banque et du capital industriel d’un pays impérialiste particulier ‘(cf Boukharine) mais d’une finance globalisée provenant de partout, et en recherche de profits rapides généralement par le biais d’activités spéculatives. En clair, la plupart de ces mouvements du capital financier prennent la forme de capitaux spéculatifs (16).

Le problème ici n’est pas limité aux placements financiers internationaux, il s’agit plutôt d’une utilisation de ces fonds par les réseaux capitalistes internationaux. Là encore, le problème des deux formes de globalisation s’impose. Alors que le capital financier est international, ses racines sont nationales, et le deviennent de plus en plus dans les pays du Centre, alors qu’elles ne le sont plus pour la plupart des pays du tiers monde. En d’autres termes, le capital financier est international du point de vue de sa liberté de mouvement, mais national dans son management. Par exemple, le capital financier arabe dans les centres impérialistes a perdu ses racines nationales au point d’avoir été utilisé pour couvrir les dépenses militaires d’agression de l’Irak, l’invasion de la Somalie (tous deux pays arabes) et même le soutien d’Israël cette entité de peuplement colonial qui a évincé les Palestiniens de leur propre pays. En fin de compte, ce n’est pas seulement le capital de la Périphérie qui a perdu ses racines, mais ce sont les capitalistes de la Périphérie eux-mêmes qui l’ont perdu en même temps que leur identité. Tout ceci reflète bien entendu des intérêts de classe. La «  patrie  » pour la finance capitaliste des pays de la Périphérie a été transformée en «  compte en banque « dont les fonds sont déposés dans les banques du Centre et qui sont à leur tour, monopolisés et gérés par le capital financier du Centre. Les régimes capitalistes de la Périphérie ont adopté des politiques néo libérales qui, de fait, facilitent le transfert du surplus vers le Centre, par le biais de l’exploitation directe,de la vente de holdings du secteur public, et , en général, des politiques de privatisations (17).

 

Le rôle du surplus pétrolier arabe dans la formation du capital financier dominant (18)

 

Les régimes pétroliers arabes ont été une des  sources principales de liquidités financières par suite du transfert du surplus pétrolier vers des banques occidentales. Après les deux ajustements majeurs des prix du pétrole  (considérés comme des «  chocs  ») en 1973 et 1980, Ils ont fourni aux  banques des capitaux  qu’elles ont prêtées aux pays du tiers monde. Ironiquement, ces derniers ayant alimenté à ces fonds en payant leur pétrole à un prix élevé. Ainsi, l’argent versé par les pays du tiers monde, y compris certains pays arabes, leur a été retourné sous forme de prêts. Alors s’est imposée une image négative des Arabes, sans distinction,  comme «  un peuple avare  » exploitant les faibles revenus et déposant leurs avoirs dans des banques occidentales ou encore les dépensant en biens de luxe.

Saa’doun Hamadi a observé que le pétrole arabe a été vendu en deçà des prix indispensables au maintien du pouvoir d’achat du baril de pétrole à son niveau de 1974. Les pays producteurs de pétrole ont donc perdu approximativement 519 860 millions de dollars entre 1987 et 1995. Même la Tunisie qui est le plus petit des pays producteurs a perdu 433 millions de dollars en une année en 1995, et dans la période 1987-1995 2 688 millions de dollars. La perte totale des pays arabes dans la période 1987-1995 s’élève à plus de 1.500 milliards de dollars. Ces montants ont été gagnés par les dix pays qui ont importé du pétrole arabe et exporté biens et services aux pays arabes. Ces surplus arabes qui ont aisément et de façon volontaire, fui en direction des centres capitalistes impérialistes sont devenus une part majeure de l’écrasante dette des pays de la Périphérie. La circulation du surplus était voulue, parce que «à partir de 1978, au moment où les prix du pétrole ont connu une baisse drastique, l’Arabie Saoudite a augmenté ses exportations de pétrole (production) de 3 438 000 millions de barils à 7 388 000 millions de barils en 1994 Le Barhein, le Koweït et les Emirats arabes unis. (EAU) ont fait de même. l’Arabie Saoudite a adopté une politique de double jeu. Dans les réunions de l’OPEC elle défendait le principe de quotas de production, mais lorsque le Koweït et Les EAU ont accru leur production, elle l’a fait aussi et a prétendu que le système des quotas était inutile parce que ceux qui le respectaient perdraient le marché au profit de ceux qui ne l’appliquaient pas. C’est la raison pour laquelle le prix du pétrole est tombé en dessous des prix qui étaient fixés par L’OPEP à 18 dollars le baril avant de descendre à 7 dollars en 1990, et probablement moins (19). Il ne fait aucun doute que plusieurs facteurs ont contribué à cette politique des régimes arabes producteurs de pétrole. En premier lieu, le Centre capitaliste domine de fait le processus de décision dans ces pays. En second lieu, ces pays minuscules n’ont pas le désir d’adopter des politiques indépendantes ni de démarrer des projets qui exigent une coopération régionale et des stratégies d’autonomie (cf.chapitre 2). De plus, ils ne sont ni prêts ni capables de s’engager dans une dynamique de développement parce qu’ils croient que la rente pétrolière est garantie et suffisante pour satisfaire les besoins du régime, et ne se soucient pas de ceux du peuple. Il est donc facile pour ces régimes de laisser le surplus pétrolier couler librement vers les banques capitalistes occidentales. En troisième lieu, ces pays dépendants sont plus coordonnés avec les banques et les politiques et occidentales, qu’avec leurs voisins arabes. Cette situation est la conséquence de l’absence de prise en considération du facteur national et de volonté de maintenir ou de défendre un monopole sur le marché régional. C’est ensuite le signe de la faiblesse du mouvement nationaliste arabe, incapable de changer ces régimes, ou, tout au moins, de les forcer à modifier leur politique économique. Les politiques arabes d’aide et de dons en tant que partie de l’aide au développement sont évaluées en rapport avec le surplus pétrolier. A ce titre, entre 1962 et 1983, les pays arabes producteurs de pétrole ont distribué 9 426 milliards de dollars (20).

 

Le secteur public globalisé, composante du système fasciste global.

 

Les politiques libérales et néo libérales s’emploient à encourager la libre circulation des biens, des services, du travail et du capital. Récemment, cette prétention a été réitérée avec l’argument que la libéralisation de tout le commerce à une échelle mondiale, serait une ouverture dont bénéficieraient tous les pays, alors qu’en réalité seuls le peuvent les pays du Centre dont les travailleurs produisent des biens compétitifs sur le marché. Cela revient à un protectionnisme de fait de la part des pays du Centre car les pays pauvres ont peu à exporter, alors que les premiers, les pays du Centre imposent des restrictions aux exportations des pays du tiers monde.

De nombreuses autres restrictions sont imposées à la circulation des biens produits des pays de la Périphérie vers ceux du Centre. Le capital financier a profité au maximum des politiques libérales, en particulier des nouvelles facilités que les gouvernements de la Périphérie ont accordées aux investissements directs étrangers ainsi qu’au rôle des télécommunications et d’internet. Plus les pays de la Périphérie ouvrent leur économie, moins leurs Etats peuvent contrôler le marché local, en conséquence de quoi leur souveraineté est vraiment ténue. Il en résulte de nouvelles formes de dictature dans les pays de la Périphérie, les frontières étant ouvertes au capital, aux biens et services étrangers. Parallèlement à cette évolution, on observe le développement d’un système policier fort et armé qui opprime et finalement contrôle la classe ouvrière ainsi que l’ensemble de la société, alors que les travailleurs migrants originaires du tiers monde font l’objet d’incessantes attaques fascistes dans les pays du Centre

Les régimes des pays du tiers monde sont ainsi davantage comparables à des zones d’autonomie administrative que véritablement indépendants. Leurs économies sont dirigées par le FMI et la BM qui sont eux-mêmes contrôlés par les Etats capitalistes du Centre. Leur secteur public qui emploie de grandes masses de travailleurs a été réduit. Grâce au surplus transféré vers les pays du Centre, ces derniers financent ainsi le travail dans leurs propres pays. Alors que la décentralisation se développe au Centre, leurs régimes renforcent leur main mise sur l’économie mondiale à travers le FMI, la BM et l’OMC. Se forme une administration centralisée qui contrôle l’économie mondiale et constitue en elle-même un secteur public globalisé, contrôlé par les institutions internationales du Centre et socialement et politiquement par les régimes répressifs de la Périphérie. Tous cela constitue la base politique et économique de la création d’un régime fasciste mondial.

Les Etats compradores de la Périphérie ouvrent le chemin aux multinationales et aux banques d’affaires en soutenant les régimes réactionnaires qui mettent fin au secteur public. Ils ouvrent leurs marchés, adoptent des mesures législatives qui facilitent les investissements étrangers et la répression de la classe ouvrière. Ainsi les pays du Centre sont dispensés d’interventions militaires directes puisqu’ils créent et gèrent leur «  secteur global  » comme si c’était une affaire interne. Les USA par exemple, ont la haute main sur la validation ou la démission d’un premier ministre ou ministre dans la plupart des pays arabes, comme ils ont eu un rôle de négociation entre le régime de Salvador et les révolutionnaire au nom du village global (21), ainsi que dans la libéralisation du commerce de l’interdépendance et des privatisations. Les multinationales transfèrent la richesse et le surplus vers les pays du Centre, qui à leur tour créent de nouveaux emplois, quoique ces derniers offrent de maigres salaires. Ceci permet de comprendre ce que signifie un secteur capitaliste globalisé. Il s’agit d’un financement indirect du Centre par la périphérie, centre qui gère en interne un secteur financier et plus encore, assure la création d’emplois, de services et de recherche et développement (22).

L’essentiel de ce développement est encore de type capitaliste. Le secteur privé est encore dominant, que ce soit dans la production ou le capital financier mais aussi à un niveau local et national. Alors que le rôle de l’Etat dans la Périphérie a été amoindri, le rôle du secteur public est d’être un complément du secteur privé qui permet en même temps de réduire les tensions sociales. Ceci est au cœur du processus de fascisation qui maintient le secteur privé national et le soutient dans la création d’un secteur privé externe avec une teneur privée. Les Etats ont facilité ce processus soit par des mesures législatives, soit par l’armée et la police. Le transfert du capital par le secteur public mondialisé réduit les tensions sociales dans les pays du Centre grâce à des créations d’emplois. C’est l’inverse qui se produit à la Périphérie qui, entre autres problèmes, doit affronter celui d’une population croissante.

La contribution des classes dominantes du Tiers monde à la mondialisation du secteur public est camouflée par le soutien au secteur privé dans leurs pays qui suivront en conséquence le chemin du secteur privé du Centre. Il est bien connu que ce sont les circonstances historiques qui ont façonné le développement du secteur privé dans les pays du Centre, c’est pourquoi il ne pourra jamais se reproduire de la même façon à la Périphérie. En effet, le secteur privé dans les pays du Centre a débuté comme secteur productif et localement centré. De plus, il était largement protégé et n‘avait pas à affronter la compétition extérieure. Alors que dans la Périphérie, le secteur privé est dépendant, consumériste et mené par des régimes vassalisés qui sont soutenus et protégés par les Etats du Centre, contre la volonté des masses.

Telle est la raison pour laquelle la désintégration du secteur public national participe d’une part de la création du secteur public capitaliste globalisé, d’autre part des campagnes des régimes de la Périphérie contre leurs propres peuples. En perdant leur secteur public, les Etats de la Périphérie perdent une source vitale de revenus et deviennent totalement dépendants des impôts prélevés sur leur propre population (23). Les classes populaires sont dépouillées par ces prélèvements, alors que les riches pratiquent l’évasion fiscale et peuvent acquérir des entreprises publiques pour des prix très bas. Les conséquences en sont : une perte de revenus pour les régimes de la périphérie, un accroissement des tensions entre riches et pauvres, et une dépendance renforcée vis-à-vis des pays colonisateurs qui soutiennent ces régimes par les aides et les ONG… etc. Cette aide est une maigre part de ce que les multinationales ont siphonné dans ces pays. Alors que la désintégration du secteur public signifie chômage dans les pays sous -développés qui ont encore des taux de natalité élevés, facteur important qui fournit au marché du travail une nouvelle armée de briseurs de grève

Le transfert par le Centre d’une partie de ses industries dans la Périphérie, n’implique nullement qu’il entende la développer de la même manière que lui-même (ainsi que Marx l’avait prévu) mais au contraire, ceci génère une centralisation de la dépendance.

 

L’objectif de ce même secteur capitaliste public est de prouver que le secteur privé n’a jamais pris soin d’employer la force de travail y compris à l’intérieur de son propre pays. Il tend à attribuer un nouveau rôle à l’Etat qui produit le rôle renforcé des Etats, pour autant qu’ils vivent en harmonie avec le secteur privé. A la suite de la crise économique de 1973 dans les pays du Centre, qui s’est accompagnée de la réduction des dépenses de l’Etat, du développement du chômage et sous-emploi, de la baisse des salaires, il s‘est avéré nécessaire de redéfinir, même sur des bases relatives, le rôle de l’Etat. Les possibilités de substitutions étaient externes et non internes. C’est pourquoi le secteur public capitaliste globalisé se caractérise par les aspects suivants :

 

  1. Il est renforcé par les multinationales étrangères qui sont soutenues par l’Etat. Cet Etat sait par avance que finalement ce sont ces multinationales qui rempliront son rôle , dans le pays en transférant le capital financier aux nations qui emploient des travailleurs dans les services, les banques, les assurances, emprunts, entreprises d’ordinateurs et de haute technologie, autres services financiers Internet. Etc.
  2. Il est limité aux Etats du Centre représentés par des multinationales, en dépit du fait que ce secteur est rattaché à l’Etat national.
  3. Il est limité aux pays du Centre qui ont des intérêts partout sur la planète et le pouvoir de les défendre par la force si nécessaire (voir ce qui s’est passé en Irak et Yougoslavie.)
  4. Le développement de ce secteur s’accompagne du démantèlement du secteur public.
  5. Ce secteur alimente l’Etat de liquidités prélevées en Périphérie, dont les régimes facilitent les transferts de capital vers le Centre en adoptant des politiques libérales de réajustement.
  6. Ce secteur est spéculatif.
  7. Ce secteur exploite la Périphérie à travers les services et paiement de la dette.
  8. Le rôle de ce secteur représenté par l’Etat bourgeois, est de minimiser les tensions entre capital et travail dans le Centre en finançant des emplois (24) tout en maintenant les tensions à un niveau élevé à la Périphérie. Et lorsque ces tensions finissent par dégénérer en conflits de façon ouverte, la répression policière les fait taire. La subordination des Etats de la Périphérie aux politiques néolibérales imposées par le Centre impérialiste a ouvert tous les marchés aux exportations impérialistes et facilité le transfert du surplus vers les pays du Centre, en particulier les USA. C’est ainsi que les USA ont échappé à la dépression des années 1990. Ce phénomène place la gestion économique des pays du tiers monde dans une situation critique qui minimise les chances de radicalisation politique aussi bien que d’industrialisation.

 

Hamid al-Junaili parvient pratiquement aux mêmes conclusions que moi-même, mais il ne développe pas son analyse jusqu’à ses conséquences c’est-à-dire à la déduction de l’existence d’un secteur public mondialisé (25).

En résumé, les composantes de ce secteur, du point de vue des pays du Centre, sont la capacité des Etats de ces derniers à porter la mobilité du capital à une échelle globale afin de développer des projets de production, vendre des services, créer des réseaux de commerce, financer la continuité de dépendance des régimes dépendants. Cependant cela implique pour la Périphérie, des régimes compradores, soutenus par des intellectuels compradores qui théorisent le caractère indispensable de la globalisation et de la dépendance. Il en découle des travailleurs qualifiés de la Périphérie, dépourvus de droits, de syndicats, de mouvements organisés, ainsi que des politiques économiques de frontières ouvertes soutenues par des lois spéciales et antinationales favorables au capital et investissements étrangers. Il en résulte la désintégration de l’économie nationale et interdit toute cohésion possible des industries locales.

 

La post-démocratie : préparation théorique et intellectuelle du fascisme.

 

Plusieurs conditions sont nécessaires pour la constitution d’un Etat fasciste global, en plus de la décentralisation au Centre, et la centralisation renforcée à la Périphérie. Cette forme d’Etat consiste en une perte de la souveraineté des pays de la Périphérie au point de la réduire au stade colonial. Cette colonie doit disposer d’un appareil répressif opposé aux travailleurs et classes populaires. Tels sont les facteurs économiques indispensables à l’existence de cet Etat global fasciste. Cependant, il nécessite également des facteurs intellectuels et théoriques. On assiste alors à un grand débordement de fausses prières pour la démocratie et les droits humains. C’est la raison pour laquelle quelques intellectuels prétendent que de grands progrès démocratiques ont été accomplis dans les pays de la Périphérie. En réalité, si démocratie il y a, c’est en principe, car dans les faits, le régime économique et politique mondialisé détruit la démocratie tant au centre qu’en Périphérie. Toute la richesse est en effet concentrée entre quelques mains au Centre, les salaires sont toujours à la traîne derrière les prix, des besoins croissants en petits boulots mal payés, et enfin, des femmes supposées devenir de «  bonnes chrétiennes  » et se limiter à la fonction reproductive.

A la périphérie, où les conditions se détériorent brutalement, la pauvreté ainsi que le chômage et la natalité s’accroissent. Tant dans les pays du Centre que dans ceux de la Périphérie, les classes au pouvoir lancent des campagnes préventives en direction des intellectuels nationalistes et de gauche, en les recrutant et les corrompant par l’effet des salaires élevés dans les ONG, afin de les éloigner de toute radicalité politique. En procédant ainsi, le capital entrave la possibilité d’une nouvelle vague de mouvement de libération nationale à la Périphérie. Conformément aux tendances du système économique et politique mondial, les penseurs du monde impérialiste en sont à l’ère post-démocratique. Samuel Huntington et Zbigniev Brzesinski ont rejoint le régime US sous l’administration Carter, et Carter lui-même la Commission Trilatérale, organisation fondée et financée par Rockfeller en 1973. En 1975 Huntington a contribué à la préparation d’un rapport sur la crise des démocraties, pour la Trilatérale. Cette étude montre comment maintenir des démocraties représentatives et la continuité des mouvements fondés sur la démocratie, en période d’adoption de programmes d’austérité. Il est nécessaire selon ses conclusions, qu’existent à la fois des gouvernements et systèmes démocratiques, et d’autres qui ne le sont pas. Huntington a été l’un des trois membres de la Commission Trilatérale responsable de l’étude de la crise qui a développé le programme intitulé «  Projet démocratique  ». Il s’agit en fait d’un projet non démocratique. Il faut pour cela séduire les activistes de gauche et de les inciter à se détourner de la politique au profit d’une collaboration avec les classes dominantes au pouvoir dans les pays de la Périphérie. Le but est d’absorber ces intellectuels afin qu’ils rééduquent les classes populaires, leur apprenant à croire en l’économie de marché, l’idéologie du marché libre, et la culture américaine et occidentale.

Afin de défendre sa théorie de la post démocratie, Huntington argumente que dans les sociétés postindustrielles, les nations sont désormais insatisfaites d’être gouvernées selon des moyens démocratiques. Toutefois, tout candidat aux élections présidentielles, doit créer une coalition électorale regroupant une majorité d’électeurs à travers tout le pays, et depuis les années 1930 (26), ce qui est devenu le plus important est la capacité du candidat à gagner le soutien des dirigeants des principales institutions et du gouvernement (27).

L’argumentaire de Huntington est un appel ouvert aux régimes dépendants de la classe économique et politique capitalistes à éviter la démocratie, ou, en d’autres termes, un appel à la dictature et au fascisme.

 

Un modèle alternatif et ses mécanismes : le Développement par Protection Populaire  : DBPP

 

Comment la Périphérie peut- elle affronter ce dangereux projet capitaliste ? Par quels moyens la Périphérie pourrait –elle rompre la polarisation du système mondial imposée par les Centres capitalistes ? Tous les régimes de la Périphérie sont-ils compradores, non nationalistes, et incapables de dépasser les blocages au développement ? L’alternative populaire est-elle le seul espoir ? Toutes ces questions supposent qu’une alternative dans le cadre du système est impossible. Or, l’espoir, c’est bien une alternative populaire. Toutefois, cette alternative est entravée par de nombreux obstacles. Par exemple, l’Etat national bourgeois à la Périphérie a perdu le rôle qu’il devait jouer à savoir l’achèvement du développement national. En outre, le capital a dévoyé de nombreux intellectuels organiques à travers les ONG intervenant dans les sociétés de la Périphérie, les privant par là même de leur pouvoir moral et culturel, qui sont pourtant un des facteurs primordiaux pour leur transformation. (cf chapitre 7).

Les expériences de libération nationale et d’indépendance formelle dans les pays du tiers monde ont pris fin avec les régimes compradores qui ont perdu tout contrôle formel et souveraineté sur leur économie. Tous les appels à un nouvel ordre économique des années 1970 et tous les mouvements de la dernière décade des années 1980 ne sont plus que souvenirs.

L’expérience du groupe des «  15 pays  » qui a commencé dans les années 1990 doit maintenant «  accoucher  ». Aujourd’hui même, le prix du pétrole pourrait bien baisser. Il est encore de 27-30 dollars le baril. Basé sur une inflation de 25% entre 1992 et 2000, il pourrait bien descendre à 27 dollars prix courant. Cependant, l’Arabie Saoudite, Le Mexique et le Koweït ont succombé aux pressions US pour accroître la production de pétrole afin de faire baisser les prix.

L’expérience de la Malaisie est différente. Le premier ministre malaisien, Mahatir Muhammad, a instauré le contrôle de la monnaie et du capital afin de protéger la Malaisie des assauts spéculatifs. Ces mesures opposées aux directives du FMI ont cependant eu un impact positif et représenté une capacité de résistance bien que ce ne soit pas dans une perspective socialiste. Les capitalistes et impérialistes ont lancé de graves attaques contre la Malaisie, en particulier l’ ancien vice-président All Gore sous l’administration Clinton qui a critiqué Mahatir dans son propre pays. Cette expérience est un signe que l’impérialisme n’hésiterait pas à envahir un pays quelconque qui adopterait un modèle de développement nationaliste ou anti capitaliste. En ce qui concerne l’attitude des Arabes envers la mondialisation, Sadiq Al Azim est d’accord avec l’argumentation de Mufid Hilmi. Al Azim défend l’idée que «  maintenant le problème principal pour les Etats arabes en ce qui concerne la globalisation, n’est pas d’arrêter son mouvement ni d’en être à la traîne, mais de faire avec, ou encore d’adopter la théorie en vogue qui est que l’on est embarqués dans le système économique moderne mondial, avec le maximum de sagesse, de responsabilité, de réalisme et d’objectivité. Et cela doit être fait dans le cadre d’une autonomie locale, d’une autonomie pan-arabe, en s’accommodant de ce phénomène gigantesque qu’est la globalisation (28).

Le problème de cet argumentaire est qu’il est un prolongement de la thèse de l’autonomie régionale entre un groupe d’Etats nationaux à la Périphérie. Néanmoins, cette thèse souffre de sérieux défauts tels qu’un crédit excessif accordé aux régimes nationaux bourgeois, Al Azim considère encore les Etats compradores comme vecteurs possibles du développement. Ceci n’est en rien fondé dans la réalité, et contribue à la détérioration de la conscience de la nouvelle génération à laquelle on fait croire que le capitalisme compradore est capable de défendre les intérêts nationaux à travers l’ouverture à l’économie globalisée. Est-il possible pour un groupe de pays de la Périphérie d’adopter un modèle de développement d’autonomie régionale ? Une condition nécessaire est que ce modèle soit initié par le régime au pouvoir et par le patriotisme. Cependant, bien que cela soit possible en théorie, les changements au niveau des classes dominantes des pays de la Périphérie le rendent hautement improbable. Il n’existe plus de régime national patriotique du type de ceux à partir desquels Samir Amin et Fawsi Mansour et d’autres écrivains de la gauche radicale, ont développé leur modèle d’autonomie. Fawsi Mansour, par exemple, demande à la classe bourgeoise au pouvoir dans les pays de la Périphérie d’accomplir une tâche qui ne pourrait l’être que par un Parti communiste, si l’on s’en réfère à l’expérience. Et même la disponibilité d’un parti socialiste (communiste) au pouvoir, n’est pas une garantie contre la dérive bureaucratique (29).

 

Mansour a écrit à propos des relations entre les Etats de la Périphérie : «  Au début des années 1976, j’ai assisté à un meeting de la Tri Continentale au Sri Lanka. J’ai proposé l’adoption par les pays du tiers-monde d’un guide politique en sept points. Le commerce entre ces pays devait être un système direct de préférences généralisées, devrait établir des paiements d’un pays du tiers-monde à un autre, ne devrait pas passer par des intermédiaires. Ces idées ne nous disent pas à quel point les classes bourgeoises dominantes désirent appliquer ces «  bonnes propositions. Comment ces pays vont redéfinir les termes de l’échange inégal avec les pays du Centre. Comment les pays du Tiers-monde vont s’acquitter de leur dette ? Sera-t-elle rééchelonnée ou bien abolie ? Ces pays vont- ils établir une spécialisation interne, ou bien une intégration en leur sein, en particulier en cette époque de crise de l’offre ? Mansour pourrait répondre que les changements en politique intérieure doivent être accomplis afin de préparer la coopération régionale.

Cela est vrai mais les régimes en place y sont-ils prêts ? L’autonomie et l’école de la liberté de pensée, sont des arguments subtils, mais tout cela ne nous dit pas comment ces modèles peuvent se réaliser et se maintenir sans être trahis par des renégats ou utilisés par des bureaucrates. Il existe bien une alternative à cet espoir de d’autonomie dans le cadre d’un régime compradore, c’est ce que j’appelle la DBPP c’est-à-dire, le Développement par la Protection Populaire. Ce modèle de DBPP est en grande partie fondé sur l’autonomie et le modèle de détachement, mais il doit le transcender dans le cadre des nécessités du champ socio -économique. Ce modèle qui s’inspire de l’expérience des Palestiniens lors de l’Intifada de 1987, n’est certainement pas encore complet. Je doute qu’aucun modèle complet n’existe. Il s’agit d’un effort qui doit toujours rester ouvert à des contributions extérieures. Ce modèle particulier fonctionne loin des classes dominantes des pays de la Périphérie. Ceci constitue d’ailleurs la première condition. Il faut assumer que les classes au pouvoir sont hostiles à ce modèle. Le meilleur scénario serait que ces classes au pouvoir soient neutres envers lui. S’agissant d’une initiative populaire spontanée, c’est par définition au peuple de décider. Les masses n’ont pas besoin d’un parti bureaucratique pour leur dicter les fondamentaux de ce modèle. On peut les comprendre et développer à travers les activités du peuple, par le mouvement des travailleurs, les organisations populaires, les organisations de femmes, d’étudiants, et mouvements de jeunesse. Toutes ces forces adoptent et appliquent volontairement la position de «  retrait de base interne  » au sens où elles se retirent du marché du travail en Israël, et renoncent à consommer des produits israéliens au profit de produits locaux.

La deuxième condition concerne la consommation qui doit se centrer sur la consommation de produits locaux au lieu de produits importés des pays du Centre. Dans le cas de Gaza et de la Cisjordanie, les classes populaires ont boycotté les produits israéliens. Le boycott s’est prolongé jusqu’aux accords Madrid- Oslo, dits «  accords de Paix  », suite auxquels l’Autorité Palestinienne (AP) a interrompu ce boycott. Les classes populaires donneront priorité aux produits du tiers-monde, dans ce cas, l’autonomie de consommation de produits locaux pourra fonctionner. Il faut maintenir la pression sur le régime pour privilégier les importations du Tiers Monde, afin de répondre à l’intérêt des commerçants tout en répondant à une demande de masse.

Les classes populaires doivent créer des coopératives, et ceci est la troisième condition. Le but de ces coopératives est de produire le plus possible pour satisfaire les besoins des masses populaires, ce qui constitue le début d’une production interne de détachement. Le début du processus de remise en forme de la structure déformée de l’économie nationale. Il s’agit d’établir une règle selon laquelle chaque membre de la coopérative est incité à investir dans la coopérative. En conséquence, chaque membre est un élément actif, un travailleur, un consommateur et un financeur. Ce monopole de consommation est la plus importante garantie du bon fonctionnement de ce système. Les membres doivent également coopérer avec le système de consommation, afin mettre fin au monopole commercial, ceci est la quatrième condition.

La cinquième condition consiste à mettre fin à la dépendance de tout financement étranger ou non gouvernemental. La finance étrangère marque le début de la dépendance et la fin de la DPBB quoiqu’une aide révolutionnaire puisse être acceptée après sérieux examen.

Ce modèle développera en retour une conscience de la consommation, ceci étant la sixième condition. Dans ce sens, chaque citoyen doit être capable de contrôler à un niveau individuel ce qu’il ou elle consomme et où cela est acheté. Ceci suppose de boycotter les produits des ennemis de classe et de la nation, y compris le capital local qui collabore avec le capital étranger, que ce soit sous forme de d’agent d’importation, de joint venture ou encore de sous-traitance. Cette conscience de la consommation est en elle-même un contrôle de l’investissement. Grâce au rôle du boycott des produits provenant de pays capitalistes étrangers et du marché local en joint-venture, qui ne correspondent pas aux besoins essentiels, les capitalistes seront obligés de réorienter leur production pour répondre aux besoins essentiels. Il est certain que ce processus prendra du temps. Mais personne ne prétend que transformer les structures économiques, politiques, culturelles et les mentalités de toute une société peut se réaliser rapidement et selon des directives venues d’en haut. Si l’on atteint ce niveau d’exigence, les autorités locales compradores ne pourront pas porter dommage au système.

Les partis politiques sont considérés comme d’avant-garde dans la mesure où leurs membres sont capables d’édifier ce modèle sans s’imposer comme bureaucrates. Si un parti politique est capable de jouer son rôle d’avant-garde de façon démocratique, il sera reconnu et aura le soutien du peuple. C’est la septième condition de la DBPP. Dans ce cas, le parti s’empare des conditions ci-dessus, par le biais d’un Parlement populaire, représentatif, issu des masses populaires. Mais ceci n’est pas suffisant. Le parti révolutionnaire, communiste, doit développer un modèle populaire, éduquer les classes, soutenir les luttes des femmes contre le patriarcat et la domination, et se battre contre les mentalités conservatrices dans la paysannerie, en particulier dans les pays de la Périphérie. Un tel parti est nécessaire pour ce modèle de développement. Il pourrait créer sa propre économie à l’échelle nationale au début de la DBPP.

Afin que le parlement populaire définisse une économie politique appropriée, il se tiendra une conférence annuelle de la DBPP et ceci est la huitième condition. Cette conférence doit être menée en sorte que les masses populaires puissent donner leur opinion, remettre en cause les politiques et performances du passé, définir de nouveaux plans. Dans une telle configuration, le parti révolutionnaire, qu’il soit ou non au pouvoir, doit populariser dialogue et décisions concernant la conférence, jouer un rôle de pivot dans la mise en œuvre du plan. Ce modèle est bien démocratique car ce sont les coopératives et le peuple qui décident du plan : épargne, investissement, distribution, salaires…

L’Intifada palestinienne de 1987 a constitué en elle-même un environnement populaire démocratique parce qu’elle a été initiée politiquement et économiquement à distance du régime et de tout leadership de parti politique. A un autre stade de développement, la neuvième condition est la suivante, ce modèle évolue vers une intégration du secteur non officiel (non gouvernemental, non institutionnel) ou au moins, coordonnée avec ce dernier. Mais bien avant ce stade, ce modèle est encore loin de la politique économique des classes dominantes.

Le modèle de DBPP exige qu’une force sociale se préoccupe de l’économie, se défende contre la bureaucratie, la dépendance et la politique de marché ouvert. Il s’agit de faire pression sur les classes dominantes qui adoptent la politique de marché ouvert. C’est une lutte de classe contre les classes qui profitent de la dépendance. En fin de compte, c’est un embryon de système authentiquement socialiste par en bas.

Ce modèle, comme nous l’avons indiqué plus haut, se développe loin de l’appareil d’Etat. Mais dans le cas d’un régime nationaliste, et d’un parti socialiste au pouvoir, ce modèle travaille en coopération avec l’Etat, ou bien séparément, selon le degré d’harmonie entre l’économie politique et sociale de la DBPP et celle de l’Etat. Cela dépend de la façon dont cet Etat intègre les classes populaires dans la prise de décisions et le planning de la production sur le lieu de travail.

DBPP exerce sa pression sur l’Etat afin qu’il effectue la redistribution du surplus en faveur des classes populaires, ce qui inclut la réforme agraire, le droit du travail, des investissements dans l’infrastructure, des augmentations conséquentes de salaires, la protection de l’économie nationale, le non -paiement de la dette.

Il s’agit d’un choix démocratique dans lequel le rôle de l’Etat est au service et en protection de l’économie, non de la subordination aux lois du marché ou à la bureaucratie. C’est la raison pour laquelle ce modèle est au-delà du modèle de détachement qui dépend de l’Etat national et du parti au pouvoir, qui en retour, mène à la bureaucratie. Lorsque la DBPP constate que sa politique économique est en adéquation avec le projet, le moment sera venu de proposer coopération et interdépendance avec d’autres pays similaires à l’échelle régionale et internationale.

Si les critères proposés ci-dessus ne sont pas mis en œuvre, les pays du tiers monde vont tomber dans des mésaventures sans fin provoquées par l’accroissement incessant de la globalisation. Ce modèle n’interdit pas une coopération entre Etats, une coopération internationale et rejoint la lutte des classes populaires à une échelle mondiale. Il n’existe finalement pas d’alternative sinon de défier incessamment le capitalisme international en développant un système inspiré par l’internationalisme communiste.

 

CHAPITRE 2

Le nationalisme arabe et l’approfondissement de l’inégal développement.  Une analyse matérialiste.

 

Ce chapitre est constitué de deux parties  : la première aborde le nationalisme arabe d’un point de vue historique et théorique, et le second est une analyse critique de la fragmentation arabe, et du rôle délibéré des classes arabes dominantes dans ce processus. Un examen de la situation actuelle des arabes révèle que les classes populaires sont engagées et ont déjà consacré beaucoup d’énergie à la «  guerre civile  » contre les classes dominantes compradores arabes. Aussi longtemps qu’un régime conserve des intérêts étrangers au sein de la Nation arabe, il ne représente pas une alternative à l’oppression des classes populaires dont les intérêts sont en contradiction avec les compradores au pouvoir et leurs alliés capitalistes occidentaux. Ces intérêts varient du pillage des matières premières et du pétrole, à l’ouverture du marché dans lequel le régime devient un agent qui sature ce dernier avec des produits étrangers et des permis de développement des multinationales qui, dans divers pays arabes font la chasse au travail exploité et bon marché.

Afin de protéger ces intérêts, de garantir le partage du bénéfice, les régimes arabes ont supprimé toutes formes de libertés, marginalisé les classes populaires d’un point de vue politique, économique, sur le plan des affaires intérieures, et renforcé la domination masculine sur la société.

Plusieurs intellectuels et académiciens arabes acceptent pour des intérêts financiers, le rôle de propagandistes de ces régimes. Le succès de ces régimes est de les recruter, de les valoriser dans la société, ce qui signifie que la classe capitaliste compradore a conditionné ses intellectuels compradores.

Avant l’agression sioniste contre l’Egypte, la Syrie et la Jordanie en 1967, il existait l’espoir d’un développement politique dans cette région. La défaite des régimes nationalistes en Egypte et Syrie en 1967 a ouvert la voie à une totale compradorisation de la Nation arabe. La première conséquence en a été l’internalisation de la défaite (IOD) des classes arabes dominantes qui ont abandonné la lutte nationale pour libérer les territoires occupés et le but d’une unité arabe, pour devenir les classes compradores dominantes alliées aux ennemis de la nation.

Durant les années situées entre 1967 et la deuxième agression impérialiste contre les régimes nationalistes arabes, (agression contre l’Irak) en 1991, il est devenu évident que nombre des partis politiques et organisations arabes ont intériorisé, internalisé, la défaite et sont devenus des instruments et des alliés des classes dominantes. Ceci a signifié qu’un nouveau secteur politique et social des sociétés arabes a effectivement intériorisé la défaite au point d’abandonner toute lutte. C’est pourquoi, lorsque plusieurs régimes arabes ont envoyé leurs armées attaquer l’Irak en 1991 sous la direction des armées impérialistes US, ces partis n’ont pas organisé une seule manifestation de masse contre ces régimes. Bien au contraire, plusieurs d’entre eux ont soutenu les régimes en place.

Depuis 1990 le plus dangereux est le fait que les camps ennemis, l’impérialisme sioniste et les compradores arabes ont lancé une campagne très destructrice afin d’amener les masses arabes à intérioriser la défaite. Ceci signifie que les ennemis de la Nation arabe ont transformé la bataille en une confrontation directe avec les classes populaires arabes.

Ceci nous amène à conclure que le conflit entre les classes arabes populaires d’un côté et les impérialistes sionistes et compradores arabes de l’autre, est antagonique. C’est en effet un mixte de lutte nationale et de lutte de classes.

C’est en cela que réside la dimension nationale (le pan-arabisme qawmi) des classes populaires. Le nationalisme est ici un mouvement pour la libération, l’unité, le développement et le socialisme, non un nationalisme chauvin tel que celui des classes dominantes. C’est ce que le prochain développement se propose d’analyser.

 

1 – la Question nationale                  

 

Alors que la question nationale a été soulevée dans la plupart des pays européens au seizième siècle, le 19ème siècle est considéré comme celui du nationalisme. Il est important de noter que ces mêmes pays européens qui ont une expérience séculaire du nationalisme et accumulé une riche théorisation du droit des nations à disposer d’elles mêmes, ont mis en œuvre tout l’opposé s’agissant des autres nations. La plupart de ces pays européens étaient déjà colonialistes, motivés par le développement capitaliste, le dynamisme de son mode de production et l’intérêt national de la classe capitaliste. Ces classes capitalistes européennes au pouvoir ont développé et renforcé leur rôle colonial au stade de l’impérialisme, afin de coloniser les pays de la Périphérie, les soumettre à l’ordre mondial capitaliste, et supprimer leurs ambitions nationales. Ce développement capitaliste colonialiste a bloqué les deux aspects : le développement capitaliste démocratique, et l’unité nationale des pays de la Périphérie, y compris la Nation arabe.

Cet héritage colonial d’un nationalisme européen a ouvert les portes aux forces vulgaires et fondamentalistes, ces dernières développant l’idée que le nationalisme était une invention européenne, afin de le rendre inapplicable dans les pays non- européens. Le nationalisme dans la Nation arabe a donc été attaqué, et les nationalistes ont été discrédités et accusés d’être des instruments et missionnaires de l’Occident.

Les communistes et marxistes classiques ont attaqué le nationalisme en déclarant qu’il s’agissait d’une arme entre les mains de la bourgeoisie qui a provoqué de nombreuses guerres pour ses propres intérêts en exploitant le sentiment national populaire. Ils ont suivi les écrits de Marx contre le nationalisme. Or, le point de départ de Marx est la classe, non la nation, et particulièrement la classe ouvrière comme la classe porteuse pour l’humanité de l’avenir socialiste. La classe ouvrière devait transcender l’ère du développement politique et social nationalistes, en menant la révolution socialiste. Mais ces mêmes communistes n’ont pas été capables de comprendre que Marx s’est trompé dans son analyse à ce sujet, pour les raisons suivantes :

Premièrement, dans Le Manifeste Communiste (1848), Marx pensait que les pays capitalistes, les nations, développeraient de façon capitaliste les nations qui ne l’étaient pas (30). Mais les faits ont prouvé que les pays développés ont freiné, et même délibérément bloqué le développement des pays de la Périphérie, dans l’Ordre mondial. Le coût de ce blocage du développement a été, pour l’humanité, de millions de victimes à travers les guerres de libération nationale .Pour asseoir leur pouvoir sur les colonies, les colonialistes impérialistes ont soutenu les marchands locaux, les féodaux et les intellectuels occidentalisés, ce qui a engendré une compétition pour le pouvoir entre toutes ces forces à l’ère post-coloniale. Ces groupes sociaux, en tant que formations coloniales ou agents, on préservé leurs relations avec les Centres impérialistes et liquidé les changements économiques et politiques qui avaient été initiés par les mouvements de libération et les ont remplacés par des régimes compradores capitalistes.

Deuxièmement, en comptant sur un développement des pays de la Périphérie par ceux du Centre, Marx a échoué au sens où il n’a pas compris l’importance du nationalisme et des luttes de libération nationales dans les pays de la Périphérie, y compris lorsque c’était une arme aux mains de la bourgeoisie. Il n’a pas pris en compte le rôle progressiste que peut jouer le nationalisme dans certaines conditions, sans s’opposer au socialisme.

Les marxistes devraient développer la pensée de l’auteur dans les conditions nouvelles de développement dans le monde. Ils doivent transformer l’analyse ancienne et purement théorique, pour l’appliquer de façon pratique à notre époque. Seule la révolution chinoise à l’époque de Mao Tse Tung a compris l’importance du nationalisme dans la marche vers le socialisme.

L’analyse des marxistes traditionnels envers le nationalisme, attribue l’émergence des nations modernes au système capitaliste, à la domination du mode de production capitaliste, au développement du marché national, et au rôle de la bourgeoisie nationale. Ces conditions doivent, à leur point de vue, être réunies, pour que l’on puisse déterminer si tel ou tel peuple est devenu une nation. Cependant, l’analyse historique d’un point de vue matérialiste, prouve que d’anciennes nations, d’anciens marchés, ont existé avant le capitalisme. Ceci est en particulier le cas de la Chine, de l’Inde, de la Nation arabe.

 

En adoptant une telle vision de l’existence ancienne de nations, de marchés, des systèmes économiques pleinement développés, nous pouvons comprendre la question nationale d’un point de vue différent de celui des marxistes orthodoxes qui placent le nationalisme en opposition au socialisme et qui attribuent et limitent le nationalisme de façon européocentriste, au développement capitaliste.

Les critères traditionnels de définition de la Nation, la langue, la terre, l’économie, l’histoire et le marché, tout ceci était pertinent pour définir les anciennes nations. Il est vrai que le capitalisme a donné à la question nationale un discours et une culture plus claire. Mais le plus important est qu’alors que la bourgeoisie préparait et éduquait les masses à se battre pour la cause nationale, son but véritable était l’exploitation et la lutte contre les autres nations afin de défendre ses intérêts économiques. Ce capital est celui de la bourgeoisie au pouvoir dont le but est alors de développer ses bases coloniales et d’exploiter les colonies. Mais le marxisme traditionnel et orthodoxe a échoué à démontrer le rôle du capitalisme compradore dans la protection du marché national. Ou, au moins, à reconnaître que cette analyse ne pouvait pas s’appliquer au régime compradore nationaliste. L’argument marxiste orthodoxe selon lequel le socialisme est une alternative possible dans les pays de la Périphérie, n’est pas à remettre en question. Ceci demeure de l’ordre d’un choix, ouvert. Le problème essentiel des formations de la périphérie est le fait qu’elles ont échoué à se conformer à des formations capitalistes ou socialistes. Ceci est le cas de la Nation arabe qui a traversé l’intégralité du 20ème siècle comme une période de transition.

 

Problèmes relatifs à la Nation arabe                   

 

La question de savoir si les Arabes constituaient ou non une nation,  a été, en rapport avec  les hypothèses susmentionnées, longuement débattue. Le débat s’est centré sur le degré de réalité de la Nation arabe. Selon certains, il existe quatre nations arabes : la vallée du Nil, la Péninsule arabe, le Maghreb et le Machreck. Pour d’autres, il n’y a rien de commun entre ces blocs. D’autres encore ont suggéré que les relations entre un pays isolé tel que le Soudan et ses proches voisins africains, représentent davantage que  les relations Soudan – Syrie. Enfin, les derniers  affirment qu’il n’existe pas de marché arabe uni susceptible de constituer la Nation arabe, indispensable mais inexistant aujourd’hui.

Alors que la Palestine est très proche du Liban, et que les deux sont partie de la Grande Syrie, le parti phalangiste du Liban soutient Israël contre les Palestiniens, de même que, en Algérie, les partis politiques et les masses soutiennent, alors qu’ils sont du Maghreb, la lutte palestinienne. Soulignons aussi que les Algériens ont sacrifié un million de martyrs pour libérer leur terre du colonialisme français, alors que les phalangistes considèrent la France comme mère patrie.

L’un des arguments opposés au développement de la Nation arabe est le fait que le mode de production capitaliste n’a pas dominé les formations sociales arabes. D’une certaine manière, le mode de production capitaliste n’a pas dominé les sphères de production, consommation, distribution ni la culture. Le capitalisme n’a pas aboli totalement les anciens modes de production et la structure sociale patriarcale.  C’est en raison de ces caractères difformes que certains affirment que le nationalisme arabe n’existe pas et donc ne se développera jamais.

Le problème crucial ici, c’est la transformation capitaliste. Il est important de souligner ici que la lenteur et le caractère difforme de la transformation capitaliste dans la Nation arabe n’a pas été causée à l’origine, et uniquement, par des facteurs internes. Le développement capitaliste dans la Nation arabe a été initié et entretenu par les Européens et par la suite par les pouvoirs US dans leurs manifestations coloniales, impérialistes, et dernièrement, mondiales. Le fait que les transformations capitalistes aient été freinées par des pouvoirs extérieurs, ne devrait pas amener à nier ou minimiser l’existence de la Nation arabe en tant que nation ancienne. En effet, dans le cas arabe, alors que les facteurs économiques sont artificiellement ralentis, le facteur culturel joue un rôle unificateur essentiel. Ce dernier s’exprime à travers le soutien prolongé des classes populaires à cette unité arabe. Le soutien à l’Intifada 2000 à travers tous les pays de la Nation arabe, en est la manifestation la plus récente. Il en va de même pour l’opposition des classes populaires arabes à toute normalisation des relations avec Israël. Il est indéniable que la transformation du mode de production capitaliste fait davantage défaut que la transformation culturelle. L’expérience a prouvé que la classe compradore capitaliste a développé une culture fondée sur ses propres intérêts. Ces intérêts sont différents de ceux de la bourgeoisie nationale en Europe lors de la révolution industrielleDans le cas de l’Europe, la bourgeoisie qui contrôlait le surplus national a établi les lois de l’accumulation afin de soutenir ses intérêts et l’intérêt national. Les classes arabes compradores, quant à elles,  ont subordonné le contrôle de leur marché national et local au capitalisme occidental. En agissant ainsi elles ont non seulement perdu leurs marchés, mais se sont finalement dressées contre l’unité arabe. (Voir plus loin les détails).

Cette même classe capitaliste contredit la théorie marxiste classique qui veut que chaque bourgeoisie nationale se batte pour protéger et renforcer le monopole de son marché national. Cette théorie est aussi appliquée à l’indépendance productive du nationalisme bourgeois. Les classes arabes compradores ont saboté l’unité nationale en renforçant le quatri au détriment du quami et en imposant une culture quatri au détriment de la culture quami. En d’autres termes, la bourgeoisie compradore a exploité et affaibli la culture nationale de la même manière qu’elle a affaibli et exploité l’économie arabe.

 

Quatre attitudes au sein de la Nation arabe

 

C’est dans la dernière décade du 19ème siècle que l’expression de la modernité nationale arabe s’est affirmée. Ce courant a été le père du mouvement national arabe, depuis lors jusqu’à la chute du mouvement national arabe à la fin des années 1960. Depuis sa naissance, le mouvement nationaliste arabe a été constitué de quatre grands courants. Le mouvement nationaliste arabe, l’Islam Politique, le mouvement communiste arabe, et le projet colonialiste impérialiste. L’école des Frères Musulmans a été, et demeure, le père de l’Islam Politique (IP) et de son comportement envers le nationalisme arabe. L’école de pensée du nationalisme arabe a considéré la religion, principalement l’Islam, comme une composante essentielle du nationalisme arabe. Les chrétiens arabes, au sein du mouvement national arabe, considèrent également l’Islam comme une composante du nationalisme arabe, et exaltent leur culture chrétienne comme l’une des composantes de la culture arabo- islamique. Toutefois, l’Islam politique n’a jamais considéré le nationalisme arabe comme autre chose qu’un ennemi de l’Islam.

Une inimitié s’est ainsi développée entre le mouvement nationaliste arabe et le mouvement de l’Islam Politique. En conséquence de quoi les courants idéologiques et politiques au sein de la Nation arabe ont échoué à établir un débat, un dialogue au sein de ces mouvements internes autour du nationalisme arabe. De récents signes de dialogue prometteurs entre ces deux courants sont apparus. Espérons qu’ils continuent. Jusqu’à la faillite du mouvement nationaliste arabe en 1967, l’Islam Politique était en alliance, ou, à tout le moins, en relation, avec les puissances colonialistes et impérialistes. A l’opposé, les régimes nationalistes arabes étaient toujours au centre des luttes contre les puissances impérialistes.

Dans les années 1960, et plus précisément en 1967, le défi lancé contre le mouvement nationaliste arabe, représenté par le régime de Nasser en Egypte, a atteint un sommet. L’agression israélienne, financée, entraînée et armée par les puissances impérialistes (USA, France, Grande Bretagne) a vaincu le régime nationaliste arabe ce qui a mis fin à l’existence de ce courant à l’époque.

Après les années 1960, la plus part des régimes arabes ont décliné tout en devenant plus efficaces en termes de coopération économique (mais pas d’intégration, puisqu’ils sont dépendants). La classe capitaliste compradore s’est emparée du pouvoir (en Egypte, par exemple) et ont ouvert le reste des économies arabes au marché impérialiste mondial. Et du fait de l’absence du courant du nationalisme arabe, le conflit s’est alors produit entre les anciens alliés, les régimes dépendants modérés et l’Islam politique.

L’agression impérialiste et sioniste n’a pas été la cause unique de la faillite du régime nationaliste au pouvoir en Egypte. La principale cause a été l’incapacité de ce régime à élaborer un programme de développement dans la mesure où l’essentiel des ressources étaient consacrées à la guerre défensive contre l’agression impérialiste et sioniste. L’échec du régime nassérien après la défaite de 1967 réside en sa faillite structurelle en tant que projet socio-économique.

Alors que les classes populaires soutenaient le régime nassérien, ce dernier profitait aux classes moyennes. Son régime n’offrait pas la confiance ni la priorité aux masses populaires. C’est la raison pour laquelle la faction renégate, au sein de l’élite, de la classe dominante, motivée par ses propres intérêts, a décidé de trahir le régime progressiste. Les classes populaires se sont trouvées alors totalement désarmées au sens où elles n’avaient ni armes, ni parti révolutionnaire afin de défendre le régime et ce qu’il avait permis d’acquérir pendant cette période.

Une autre école de pensée du nationalisme arabe était celle du capitalisme impérialiste. L’impérialisme a entrepris de coloniser, fragmenter, bloquer le développement et de combattre l’unité arabe, cela même avant le surgissement de la conscience nationaliste arabe à la fin du 19ème siècle (voir dans les chapitres suivants). C’est pourquoi, dès que la Nation arabe a été débarrassée du pouvoir Ottoman, les régimes occidentaux capitalistes ont introduit leur plan préfabriqué de fragmentation de la Nation arabe selon la technique de « diviser et conquérir ». Le plan secret franco-britannique des accords Sykes-Picot (mai 1916) a été établi afin de partager la Nation arabe entre les deux ennemis impérialistes et afin de préparer la Palestine à être le dernier territoire de colonisation blanche dans l’Histoire, et de créer l’entité sioniste impérialiste sur les ruines des arabes palestiniens évincés.

L’importance de cette école capitaliste impérialiste réside dans le fait qu’il s’agissait d’un pas « pratique » sur le terrain, alors que les autres écoles n’ont produit aucun véritable fruit, ceci en raison du succès du projet impérialiste. Ce même projet ne cesse de se développer en se renouvelant aujourd’hui. Alors que la Syrie était le seul pays arabe divisé en quatre entités, les puissances impérialistes sont en train d’agir pour substituer une nouvelle méthode à celle de « diviser pour régner » , méthode qui consiste à diviser chaque pays de la Périphérie et à concentrer vers le Centre ( Tathrir al Muhit wa Tarkiz al Markaz). C’est pourquoi les USA et la GB tentent délibérément de désintégrer l’Irak, l’Egypte, Le Soudan, et al Maghrib al Arabi en différents Etats, que ce soit sur des bases géographiques, ethniques, ou religieuses.

Le sous développement des pays de la Périphérie ne doit pas être expliqué uniquement par le colonialisme, surtout actuellement. Il est par ailleurs important de saisir que l’importance de l’impérialisme n’est pas la même partout dans le monde. La Nation arabe, par exemple, est encore fortement contrôlée et ciblée par le capitalisme impérialiste. C’est pourquoi les classes dominantes qui étaient financées par les puissances impérialistes sont encore sous la protection du Centre impérialiste.

Il est important de noter que l’impérialisme colonial a été acteur de l’approfondissement de la régression de la Nation arabe. Ce sous développement a bloqué l’évolution démocratique de la région. Aussi longtemps que l’élite exerce son pouvoir dans une formation pré- capitaliste, non capitaliste, ou de la Périphérie, la nécessité de la démocratie est moindre du fait qu’il n’y a pas eu de blocage de la production industrielle par des manifestations de travailleurs. A l’inverse, la démocratie politique que la classe ouvrière a conquise dans les pays capitalistes développés a été due, essentiellement aux luttes de cette classe. Ceci a permis aux capitalistes de comprendre que sans démocratie politique les travailleurs se mettraient en grève et qu’alors la production ne serait pas réalisée dans de bonnes conditions.

Ce qu’il faut étudier actuellement, c’est la course menée par les pays de la Périphérie pour inviter les multinationales à investir chez eux. En procédant ainsi, ces régimes évitent de reconnaître le besoin de démocratie de la vie politique, et maintiennent une politique répressive sur le peuple (voir chapitre 1).

Le système socio économique mis en place par les classes dominantes compradores a créé pour le soutenir, sa propre « élite intellectuelle compradore » qui ne cesse de faire la propagande de la théorie et de la culture qui prônent la nécessité de la dépendance.

La période actuelle est le point culminant de la domination impérialiste sur la Nation arabe. Ainsi, les régimes arabes ont participé avec les pays impérialistes, à l’invasion de l’Irak. Lorsque les faits prennent une telle tournure  et atteignent un tel niveau, cela signifie que le pouvoir impérialiste est de fait celui qui gouverne la Nation arabe.

La quatrième école de pensée est la pensée communiste arabe. Ses fondateurs étaient des arabes natifs, mais cette école a très largement dépendu d’une interprétation soviétique du nationalisme arabe.  La majorité, si ce n’est tous, les communistes arabes ont calqué leur attitude envers la Nation arabe sur la théorie stalinienne selon laquelle « la Nation arabe est une nation en formation ».

Une telle théorie ne comprend pas l’ordre du monde. L’analyse stalinienne a également échoué à comprendre que la Nation arabe avait été artificiellement et brutalement divisée par le colonialisme et l’impérialisme. En conséquence de quoi, elle est une nation au développement entravé sous l’effet de causes externes. Cette même URSS à l’époque de Staline, a reconnu l’entité juive sioniste en dépit du fait que cet Etat est un Etat de peuplement colonial en Palestine, soutenu par les puissances impérialistes (31).

Malheureusement, nombre de partis communistes arabes ont accepté l’analyse stalinienne au point de s’opposer à l’idée de Nation arabe unie.  Ils ont été trompés par deux théories, a) la théorie marxiste hostile au nationalisme en général, et b) l’attitude stalinienne opposée au nationalisme arabe en particulier.

Les communistes arabes sont tombés dans le piège de l’idéologie compradore qui a importé la théorie stalinienne mais a échoué à élaborer sa propre analyse marxiste de la Nation arabe. Tel n’a pas été le cas des communistes avec Mao en Chine, ni au Vietnam, non plus que de nombreuses expériences dans le monde. Ils ont également échoué à comprendre que la politique de l’URSS, tout particulièrement depuis les années 1950, était celle d’une superpuissance et non celle d’un pays révolutionnaire.

On ne peut ignorer que les colons juifs en Palestine ont prétendu qu’ils avaient une base socialiste à travers leurs Kibboutz. Dans les faits, les kibboutz étaient toujours présentés à partir de leurs liens au marché capitaliste pour les matières premières et les produits. Le Centre socialiste n’aurait pas dû être mystifié par ce « faux socialisme ». Cette mystification peut s’expliquer par différentes raisons.

–       L’influence du sionisme dans le parti communiste soviétique en particulier, et dans l’Internationale communiste en général  (32).

–       Le fait que cette nouvelle entité sioniste a été créée de façon brutale en 1948, quelles que soient ses prétentions socialistes. En effet, les arabes Palestiniens ont été brutalement évincés de leurs terres et de leurs maisons.

–       Le rôle joué par les membres juifs dans le parti communiste israélien, qui de fait, étaient plus sionistes que communistes.

–       Les partis communistes dépendants qui ont échoué à résister à la reconnaissance de l’entité sioniste par Staline. Même si des colons se déclarent « communistes », le fait de les soutenir est pour tout communiste, du pur racisme.

En ce qui concerne les développements récents de la question nationale, il faut relever que le soutien impérialiste aux régimes iqlimi (qutri) et la fragmentation (tathrir ou taziri ) de la Nation arabe est un exemple clair de la nature de la nouvelle vague nationaliste dans les pays de la Périphérie. Cette nouvelle vague n’est pas familière, elle est issue de la mondialisation.

 

Vers une nouvelle théorie du Nationalisme arabe : analyse et conception

 

L’approfondissement de l’inégal développement sous le pouvoir des classes arabes iqlimi compradores.

 

L’objectif de cette analyse est de revisiter un certain nombre d’évènements malheureux et destructeurs qui on affecté les classes populaires nationalistes sous l’effet d’un processus délibéré d’approfondissement du développement inégal au sein des pays arabes. Cette partie fera une évaluation critique des facteurs socio politiques de classe qui ont motivé les classes sociales, qui sont à la fois l’enjeu et le produit de ce processus.

La réalité est que cet inégal développement ne s’est pas produit accidentellement. Il s’agit d’un projet antagoniste, en vue du renforcement de l’économie iqlim afin de transformer les économies fragmentées des pays arabes du stade de pré capitalistes ou non capitalistes, ou encore, de la Périphérie, en formations dépendantes du Centre capitaliste. La tendance iqlimi est en fait, en contradiction antagonique avec la conception du nationalisme et de l’unité arabes, qui voit l’arabisme comme un bien culturel et l’unité arabe comme un projet  de développement socio économique au service de la lutte populaire nationaliste, en vue d’un meilleur futur. Un futur pour lequel les priorités sont les intérêts matériels de la majorité de la population des pays arabes. De plus, un développement réel et soutenable est impossible dans de petits territoires iqlimi dans le cas des pays arabes. Ces territoires iqlimi manquent des composantes indispensables au développement, tels que la capacité d’avoir un marché adapté, des ressources naturelles, du travail complexe et élaboré, du savoir faire, et de la finance.

 

Deux attitudes envers la dimension nationale

 

Toute nation a besoin, afin de protéger son intégrité, d’avoir une économie forte, prospère, dont le dynamisme provient de l’intérieur du pays, et un certain niveau de capacités militaires afin de se protéger. Le pouvoir économique peut unifier les nations même si elles ont été historiquement brouillées. Dans le cas de la Nation arabe, elle est bien une, mais elle n’est pas unie.

 

En dépit du fait que l’Egypte de Nasser n’a pas réussi à unifier la Nation arabe, elle a maintenu sa position comme Etat arabe central. La simple existence de cet Etat central a contraint les pouvoirs isolationnistes et séparatistes les iqlimi et qatri au sein de la Nation arabe, à se concerter autour de leurs agendas respectifs.  Mais lorsque l’Egypte, dans les années 1969 1970 a connu une grave crise, les séparatistes iqlimi capitalistes ont agi activement contre l’unité, et repris leur projet de développement inégal, visant à remplacer l’Etat national par un Etat ilqmi (Al Dawlah Al Qutriyah). Ces conflits sociaux et de classe, nous apprennent que l’unité, le développement, les intérêts des classes populaires aussi bien que la dignité nationale, n’ont jamais été un slogan romantique, mais correspondent à des besoins matériels et à des mécanismes capables, si on les utilise bien, de mener à l’unité nationale ou encore, de polariser la majorité des peuples de la Nation arabe.

Depuis que l’Union soviétique a perdu ses économies de la Périphérie en Afrique et Asie dans les années 1970, et sa Périphérie directe en Europe de l’Est dans les années 1980, on a pu, sans surprise, voir sa propre désintégration au début des années 1990. Le pouvoir militaire sophistiqué de l’URSS a failli dans la sauvegarde du régime politique.

La position des peuples envers l’unité est, de fait, déterminée par les bases de l’analyse de classe. L’attitude de chaque classe envers cette unité est décidée en accord avec la taille et l’étendue de ses intérêts respectifs à cette unité. L’unité en tant que processus est toujours un défi pour l’ensemble des classes sociales. La réponse de chaque classe sociale à l’unité nationale, est fondée sur ses propres intérêts. En période de prospérité, de croissance, dans le cadre d’un régime national centralisé, la plupart des classes soutiennent l’unité en tant que slogan et projet. Le rôle de l’Etat central est de mettre au défi,  et de se débarrasser des classes opposées à l’unité.  Ces classes sont iqlimi et capitalistes dépendantes, ou encore les soutiens et les bénéficiaires de l’Etat iqlimi Al Dawlah Al Qutriyah, plus récemment appelées classes compradores.

Le mouvement nationaliste arabe a essuyé une série de défaites depuis les années 1960. durant cette période, le régime de Nasser en Egypte a été vaincu par l’agent de l’impérialisme dans la région, Israël, et ce mouvement n’a pas survécu à la mort de Nasser en 1970. Le nouveau régime égyptien a signé un accord « de paix «  avec Israël alors que ce dernier continuait à occuper Gaza et la Cisjordanie ainsi que les hauteurs du Golan en Syrie.  Les forces militaires et économiques irakiennes ont été détruites par les USA en 1991. Puis, suite aux négociations et accords Oslo Madrid, l’Autorité Palestinienne a reconnu Israël et accepté le régime d’autonomie sous autorité israélienne avec le Wadt arabe Agreement. En conséquence de quoi, les capitalistes compradores arabes iqlimi ont, de fait, considéré l’impérialisme et le sionisme comme leurs maîtres et protecteurs de leurs régimes iqlimi.

L’expérience du capitalisme arabe iqlimi révèle clairement que l’obligation d’unité arabe est limitée aux classes populaires arabes nationalistes, du fait qu’elle est le seul moyen de réaliser le développement et la dignité. De façon générale, dans toute société, l’unité et l’harmonie entre la plupart, mais pas nécessairement toutes, les classes sociales, et leur intégration au sein d’une économie nationale, est un processus qui se produit dans des circonstances historiques exceptionnelles. Celles qui existent lorsqu’un pays est soumis à un régime colonial ou de peuplement. Dans des circonstances ordinaires, les intérêts de classe sont le facteur principal qui détermine les relations entre classes et la plupart des facteurs de la lutte de classe. La lutte de classe ne doit pas être comprise uniquement comme guerre de classe, du fait que les différences de classe dans toute société, comportent des degrés variables de cette lutte de classe.

C’est pourquoi l’obstacle à l’unité arabe découle naturellement du rôle de la classe dirigeante arabe qui subordonne le développement de l’économie nationale à ses intérêts de classe qui ne sont en fait que ceux d’une minorité. Ceci pourrait aider à comprendre pourquoi les iqlimists et séparatistes veulent maintenir la fragmentation de la Nation arabe aussi longtemps que cela leur permet de contrôler l’économie afin de réaliser leurs propres intérêts. En faisant cela, ces séparatistes provoquent de fait une lutte de classe, une guerre civile, contre les classes populaires arabes.

Les intellectuels et écrivains arabes sont également divisés en deux grands courants dans leur conception du nationalisme arabe : l’un est au service des intérêts des classes populaires, alors que l’autre n’est en fait qu’un instrument entre les mains des classes dominantes. Le premier se fonde sur la théorie qui affirme que la dimension nationale arabe existe, qu’elle n’a rien à voir avec le courant politique de la fragmentation et l’idéologie iqlmi imposée par les classes dominantes. Ce courant représente le nationalisme arabe classique, le nationalisme en général, et les communistes arabes dont la conceptualisation du nationalisme arabe est fondée sur l’analyse matérialiste, l’analyse de classe.

Le second courant part de la compréhension que la situation actuelle est la condition essentielle de la faiblesse et de la fragmentation. Les intellectuels de cette école sont, en conséquence, en redéfinissant  leur analyse en accord avec les intérêts des dominants, qui traduisent en dépendance et fragmentation les intérêts de l’ordre mondial. Cette vision du nationalisme arabe est conforme  à la vision des compradores, ils sont donc de fait les intellectuels de la classe dominante qui dénient l’existence historique et culturelle du nationalisme arabe. Leur argument contre celui-ci est issu de la période récente et ne prend pas en considération le processus à travers lequel la Nation arabe a évolué. Leur analyse est adéquate au fonctionnalisme politique de la bourgeoisie.

La position des classes sociales dans les sociétés arabes concernant le nationalisme arabe, l’unité arabe, l’indépendance sociale et économique, est constituée de deux bloc s : t le nationalisme des classes dominantes, et le nationalisme latent.

 

Le nationalisme dominant est celui des classes dominantes

 

Pour l’essentiel, il est représenté par le bloc des classes au pouvoir. Celles-ci ont été soumises aux forces étrangères depuis la fin du pouvoir Ottoman, mais plus particulièrement durant l’époque coloniale. Durant cette période, les jeunes générations ont été éduquées et préparées à devenir les cadres de l’Etat dans l’appareil post-colonial. Ces Etats post-coloniaux ont été mis en place soit directement par les colonialistes, ou bien, dans le cas de ceux qui ont « libéré » leur pays, sont devenus dépendants des technocrates qui ont construit l’appareil d’Etat.

La structure économique et politique de ces régimes a été déterminée par leur position en tant que classe dominante envers le précédent pouvoir colonial. En dépit de la fin du régime colonial, on doit noter que les dynamiques internes de changement dans ces pays n’ont pas été la seule force des changements économiques. Prolongeant la fragmentation destructrice de la Nation arabe menée sous l’empire Ottoman, les pouvoirs européens coloniaux ont divisé les pays arabes selon leurs propres intérêts. La fragmentation en districts a été cohérente avec la politique de l’Etat central Ottoman à Istambul. Celle-ci était en harmonie avec la forme du féodalisme militaire à l’Est.

Le pouvoir Ottoman dans la Nation arabe a été un pouvoir colonial. Ceci explique le pillage intensif du surplus qui a été effectué sur les productions de la Nation arabe, de fait transféré à Istambul.

Sous le pouvoir Ottoman, la Nation arabe a été divisée en districts qui sont restés unifiés, alors que sous la domination coloniale européenne, elle a été fragmentée en de nombreux petits espaces séparés (aqtar). Ces derniers ( pluriel de qutr signifiant pays) pouvaient devenir des Etats séparés en dépit du fait qu’ils étaient dépendants du colonialisme. Le but était de nier la possibilité d’une unité arabe. Mais la plupart de ces nouveaux Etats, en raison de leur division, ont de pauvres et fragiles économies. Le colonialisme européen a pris conscience de la menace que faisait peser sur ses intérêts le nationalisme arabe. C’est pourquoi il a mis en place des dirigeants dont les intérêts seraient liés aux siens. Ainsi, ces nouveaux Etats créés par le colonialisme européen ont été dirigés de manière à contrôler la population.

La distinction entre deux périodes du colonialisme, Ottoman et Européen, provient de la structure interne arabe. Le capitalisme local dans les entités iqlimi avait davantage de contrôle sous le colonialisme européen que sous le colonialisme ottoman. Cependant, il était trop faible pour être indépendant d’un soutien impérialiste. En d’autres termes, la situation était entre l’intégration totale, mais sans fragmentation (dans le cadre du pouvoir ottoman), soit de formelle indépendance, mais au service des intérêts et de la volonté d’une classe dépendante (dans le cadre du colonialisme européen).

Dans le prolongement de cette division coloniale impérialiste de la Nation arabe, les graines de l’iqlimi étaient plantées. C’est la raison pour laquelle chaque classe dominante arabe a trouvé ses intérêts à séparer ses territoires de la Nation arabe et à intégrer le capitalisme mondial, dominé par le capitalisme du Centre. C’est alors qu’a commencé l’approfondissement du développement inégal, peut être de façon non délibérée. Cette orientation de marché dépendant des régimes arabes iqlimi impliquait, pour leurs propres intérêts, une intégration au marché mondial de petites entités, ce qui ne représentait en fait, l’intérêt que d’un segment de la société. C’est de ce segment dont nous parlons ici, qui a soumis les intérêts de l’écrasante majorité de son peuple à ses propres intérêts en tant que classe dominante. Cette politique, sans consensus national, économique, politique, n’a pas effectué l’articulation des secteurs de l’économie locale.

 

II Le nationalisme latent : le nationalisme potentiel, mais entravé.

 

L’autre front du nationalisme, est le nationalisme latent, celui qui provient des classes populaires dominées, exploitées et dont le surplus a été pillé par des puissances étrangères, et par les classes capitalistes compradores, dont le partage était, et demeure, un effet domino de l’économie. Ce front ne cesse d’être attaqué par les classes dominantes qui provoquent une guerre civile systématique contre les classes populaires.

Le nationalisme des classes populaires est le nationalisme arabe qui se bat pour l’unité, le développement et le socialisme. Les composantes de la nation telles que la langue, l’histoire, la culture, la géographie, et la tradition, sont importantes pour le nationalisme arabe. De toute façon, la composante nouvelle et le discours nouveau concernant ce nationalisme, c’est l’intérêt commun de toutes les sociétés arabes à rejoindre un développement inter- arabe. Un tel projet exige l’unité, du fait que ces intérêts nécessitent l’accès à un large marché. Le processus de développement ajoute une dimension nouvelle à la composante traditionnelle du nationalisme. Il s’agit ici d’un facteur moderne, pratique, recruteur. Le marché arabe est potentiellement fort, et ses potentialités de développement sont grandes. Sans l’existence d’un Etat unifié, le développement d’un vaste marché uni n’est pas possible. L’unité n’est d’ailleurs pas restreinte à une forme unique. Au minimum, une politique de développement coordonnée s’impose pour débuter. Le sous-développement provoqué essentiellement par la fragmentation et la dépendance des pays arabes fait de l’unité arabe une véritable urgence. Ainsi, l’approfondissement de l’inégal développement du fait des nationalistes de la classe dominante, contredit les intérêts du nationalisme arabe latent.

 

La voie bourgeoise approfondit l’inégal développement

 

Dans les années 1850, l’émergence de la bourgeoisie arabe a coïncidé avec le début de l’intégration de l’empire ottoman au sein du marché mondial. Alors que l’intégration de l’empire ottoman se produisait graduellement, elle était également contrôlée en raison de sa nature d’Etat féodal centralisée à l’Est. Cette intégration n’a pas été le choix de la classe commerçante de la société ottomane. C’est sous la pression  des intérêts et profits des commerçants que l’autorité ottomane  a ainsi entrepris un commerce de contrebande des produits de l’agriculture avec l’Ouest. Une autre raison de l’ouverture ottomane a été que le gouvernement central ottoman avait besoin d’importer des produits industriels occidentaux.

L’intégration de l’empire ottoman dans l’ordre mondial complète ce tableau. Il faut tout d’abord noter que les formations ottomanes ont été impuissantes, car elles n’ont pas eu la capacité de se transformer ni d’évoluer vers le capitalisme, y compris à l’apogée du pouvoir de l’empire. La raison principale en est la nature et l’action de l’Etat féodal militaire qui consacrait le surplus au développement de l’appareil militaire et aux consommations de luxe des classes dominantes. Cette théorie s’applique au sous -développement des pays arabes, si l’on admet que les relations entre le Centre ottoman et la Périphérie arabe étaient des relations de pillage. C’est ce qui a rendu impossible l’accumulation primitive. En d’autres termes, les Ottomans ont légué aux puissances européennes une Nation arabe pauvre et désintégrée.

Telle est la différence essentielle entre l’expérience de la Chine et de L’Inde d’une part, et celle de la Nation arabe pauvre, de l’autre. Les formations pré capitalistes en Inde et en Chine étaient différentes dans la mesure où la colonisation n’a pas été continue, et où, même alors, elle sont demeurées unies sous le pouvoir colonial. C’est pourquoi il a existé une bourgeoise indienne et chinoise, alors que la fragmentation de la Nation arabe n’a que très artificiellement généré une abondante bourgeoisie arabe. En raison de leur faiblesse héritée du colonialisme, les bourgeoisies en sont devenues totalement dépendantes. . Ceci a facilité la domination du pouvoir colonial capitaliste sur la Nation arabe. La fragmentation des pays arabes n’a pas été simplement géographique, mais aussi démographique, nationale, et a concerné aussi  les classes sociales. En conséquence de quoi, il y a eu échec dans la constitution d’une classe bourgeoise arabe unie au sein de la Nation arabe. La constitution d’une  nation économiquement solide, constituait une menace pour les colonisateurs capitalistes occidentaux, et pour la bourgeoisie séparatiste également Ceci explique les relations organiques entre les colonisateurs et les régimes de marionnettes bourgeois.

Le surgissement de la bourgeoisie nationaliste productive arabe a été retardé par le pouvoir ottoman. Lorsque le colonialisme occidental a envahi la Nation arabe, il a trouvé un allié en la bourgeoisie commerçante e parasitaire, qui était prête à faciliter la mission de pillage et d’entrave au développement des pays arabes, des colonisateurs.

Alors que l’on attribue essentiellement l’inégal développement des pays arabes à l’ère post coloniale, il faut souligner que le rôle des régimes séparatistes bourgeois arabes durant un siècle entier a été, de toute évidence, un prolongement de l’œuvre coloniale dans sa nature et ses buts. Avant d’expliquer le rôle de cette bourgeoisie arabe, il est nécessaire d’examiner l’ère du développement qui a précédé le stade actuel.

A l’échelle mondiale, la Nation arabe a été témoin de trois grands développements dans les quatre premières décades du 19ème siècle.

En premier lieu : la faiblesse et le début de la désintégration de l’empire ottoman, ce qui a ouvert la voie à la dissolution de cet Etat par de nombreux pays.

En second lieu, la lutte pour l’indépendance de certains pays arabes qui avaient un développement potentiel. Muhammad Ali en Egypte, et Daoud Pasha en Irak, ont tenté d’établir des Etats modernes et indépendants. L’ambition d’Ali était d’établir en Egypte un Etat moderne à l’Européenne. C’est pourquoi, afin de réussir ce projet, il a unifié l’Egypte, la Syrie, et le Soudan. Et contrairement à ce que de nombreux écrivains occidentaux et arabes proclament, il a effectué de nombreuses et importantes réformes en Syrie (33). Ces dernières ont inquiété de nombreux ennemis étrangers, du capitalisme occidental, des ennemis de la région, du Multzimin ottoman (des forces locales qui étaient payées pour commander, exploiter et transférer les taxes vers Istambul). De 1817 à 1832, Daoud Pasha en Irak, a pour sa part adopté des réformes comparables. Il a déclaré que « les Européens n’ont aucun droit à Bagdad » (34). Il a imposé un système de protection interne de la production locale, contre les produits britanniques. Cela a poussé les représentants de la Compagnie de L’Est indienne à Bagdad à exiger des britanniques le départ de Daoud Pasha. Une année après sa chute, en 1832, les représentants de la Compagnie ont écrit : «  la population de Bagdad, en dépit de sa misère, avait fondé ses rêves et ses espoirs en Daoud Pasha. Les marchands de Bagdad sont amers parce que Palmerstone (le secrétaire d’Etat britannique) s’est opposé à l’annexion de leur pays à la Syrie qui est dirigée par un nouveau pouvoir appelé « le califat égyptien » (35).

Alors que le mouvement nationaliste a démarré dans les pays développés comme l’Egypte, la Syrie, l’Irak, les mouvements religieux (Sanousi et Wahabi) ont atteint les pays riches arabes, pays qui dégageaient quelque surplus, tels que l’Arabie Saoudite et la Libye.

En troisième lieu : l’intégration progressive de l’Empire Ottoman dans le marché mondial a signifié l’ouverture des portes pour les colons occidentaux. L’accord économique entre les Ottomans et la Grande Bretagne en 1838 a aboli les habitudes commerciales établies entre eux (36). Cet accord a soumis les produits locaux ottomans à la féroce concurrence européenne (37). Il a été rapidement suivi d’un prêt anglais à l’Empire, puis de l’occupation d’Aden en 1839.

Entre 1826 et 1860, les exportations anglaises en direction de la Syrie, la Palestine et l’Egypte, ont alors triplé, consolidant les intérêts capitalistes occidentaux dans la région. Dans les années 1880, les échanges économiques avec la Syrie, l’Irak et la Palestine ont collectivement représenté le quart des importations ottomanes, et le cinquième de ses exportations (38).

En fait, la volonté de l’alliance occidentale de détruire les aspirations de Muhammad Ali, visait à maintenir l’inégal développement entre ses territoires et l’Empire Ottoman en décadence. Ceci signifie que la faiblesse de ce dernier a ouvert les portes à la domination coloniale européenne. En conséquence de quoi les Arabes se sont retrouvés face à deux ennemis. Ces derniers ont décidé, à un certain moment, de surmonter leurs différences et rivalités afin de contrôler la Nation arabe. C’est ce que permettent de comprendre les propos du secrétaire d’Etat britannique, Palmerstone, en 1840 : «  De notre point de vue, il est préférable de laisser à la Turquie le contrôle de la route vers les Indes, plutôt que de le soumettre à un Etat arabe fort »  (39).

Le résultat de tout ce qui précède  fut de bloquer prématurément le développement de la Nation arabe en mettant un terme à son début de développement industriel. C’est pourquoi elle devint un pays importateurs de biens qu’elle avait l’habitude de produire auparavant et qui étaient, à l’époque, de meilleure qualité que les produits importés. D’un autre côté, la Nation arabe devenait exportatrice de semences agricoles, et était soumise à une domination commerciale représentant les intérêts d’expansion et de dépendance vis-à-vis de l’impérialisme. Ainsi en fut il pour Saïd Pasha et le Khéddive Ismaïl d’Egypte.

La raison de la chute de Muhammad Ali n’est pas due uniquement à l’agression coloniale. L’insuffisance du projet de ce dernier résidait en une absence de base de classe et d’incubateur social pour réaliser son projet progressiste, c’est pourquoi l’effet extraordinaire de ce projet s’est évanoui suite à l’effondrement de sa bureaucratie militaire.

 

L’approfondissement du développement inégal arabe

 

Comme nous l’avons indiqué plus haut, l’inégalité de ressources naturelles et de richesse entre les diverses parties de la Nation arabe, n’était en rien différente de ce qui se passait dans d’autres pays. Ainsi, la région sud des USA a moins de ressources et est donc moins développée que le nord. La même chose existe en Italie. Il n’y a pas non plus de développement égal entre les régions de la Chine, ni de l’Inde. Toutefois, l’unité de ces Etats nationaux a permis l’intégration de toutes les parties de ces pays dans une seule structure, et, ainsi, l’inégal développement n’a pas été exploité par des séparatistes et des factions iqlimi, et des classes, afin de les subdiviser en plusieurs Etats indépendants.

Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas eu d’exploitation en Inde et en Chine, avant et après Mao Tse Toung.

L’unité géographique de ces deux pays a été maintenue grâce à l’Etat central et unifié. En cela, ils sont différents de la Nation arabe. Il faut noter que pour cette dernière, son unité n’a existé que dans la période où existait un Etat central fort. Cette situation s’est prolongée sous l’Empire Ottoman qui a imposé par la force militaire les nationalités et pays arabes sous sa puissance.

C’est sous le pouvoir colonial occidental que le dernier épisode de la fragmentation de la Nation arabe a eu lieu. Ceci a conduit à la création de régimes dépendants dont l’existence et la survie étaient fondées sur le maintien de cette fragmentation et l’empêchement de constitution d’un Etat central arabe. Telle a été la pierre angulaire de l’approfondissement du développement inégal au sein des pays arabes.

Chaque classe dominante de la Nation arabe a alors protégé ses intérêts propres à travers ses liens avec l’ordre mondial impérialiste, au détriment de l’intérêt national. Ce type de dépendance a joué un rôle dans l’échec de l’unification Syrie Egypte en 1958-1961 (la République arabe unie). La sécession de la Syrie n’aurait pas eu lieu sans l’influence impérialiste et celle d’alliés locaux, et enfin, le projet sioniste dans la région. Soutenue par les USA et la Grande Bretagne, la Jordanie a joué un rôle majeur dans cette sécession, alors que la menace militaire israélienne a stoppé Nasser dans son entreprise de renversement de la junte militaire séparatiste en Syrie, par intervention militaire. Ceci explique le rôle d’Israël dans la fragmentation de la Nation arabe et les obstacles mis à la constitution d’un Etat arabe fort, capable de vaincre toute sécession par un mouvement défensif ou préventif.

Ainsi, en défendant ses propres intérêts, la classe dominante arabe iqlimi a trahi les aspirations des classes populaires arabes à l’unité et au développement. Le but du capitalisme séparatiste arabe est de renforcer autant que possible le développement inégal qui existe déjà dans maints pays arabes. Ce faisant, les classes capitalistes visent à mettre fin pour de bon à l’unité arabe. Alors que le Centre de l’ordre capitaliste était, et est toujours, un soutien aux classes arabes dépendantes dans leur politique de fragmentation des économies arabes, le Centre lui-même s’employait à unifier ses forces, marchés et pays. L’union européenne, Le Accord de libre échange nord américain, (NAFTA), la Zone de libre échange des Amériques (FTAA) en sont de bons exemples.

Les dégradations continuelles de la Nation arabe sous le pouvoir des capitalistes iqlimi l’ont ainsi mis au bord de la marginalisation.

 

La première voie du développement de la Nation arabe

 

A l’époque de la pré indépendance, et dans le cadre de l’indépendance, l’iqlimi arabe capitaliste a conservé et développé l’inégal développement entre pays. Ceci a créé un obstacle entre eux.

La première voie du développement, représentée par l’Egypte, l’Irak, la Syrie,  en tant que pays naturellement riches (en particulier dans le domaine agricole), les a menés à des développements politiques similaires.

L’Egypte, la Syrie et l’Irak ont des terres fertiles qui permettent de dégager un surplus agricole. C’est la disponibilité de ce surplus qui a permis à Muhammad Ali en Egypte et à Daoud Pasha en Irak de poser les pierres d’un Etat moderne, premier pas vers l’indépendance. La possibilité de construire une Etat moderne et développé en Egypte a été consolidée par la suite, lorsque Muhammad Ali a restauré la Syrie et le Soudan. Ces plans précoces, ont été, comme on l’a vu, détruits par l’agression  coloniale capitaliste européenne en 1840.

La capacité naturelle de ces pays à générer un surplus les a rendus capables d’amorcer leur développement et a préparé la voie au surgissement d’un mouvement nationaliste arabe. Cette première version de nationalisme comporte un mixte d’éléments laïcs et religieux. Muhammad Abdo et AL Afghani ont été les pionniers de ce mouvement dans le dernier quart du 19ème siècle, et le premier quart du 20ème siècle. Par la suite, le mouvement nationaliste arabe moderne a émergé avec le Parti socialiste Ba’ath, et le Nassérisme (40). Tous ces mouvements indépendantistes et unionistes ont démarré dans des pays qui avaient la capacité de jouer le rôle d’Etats centraux. : L’Egypte, la Syrie et l’Irak. Sous la direction de régimes progressistes, ces trois pays ont adopté l’unité arabe dans l’enthousiasme. Leurs économies ont été orientées vers un développement indépendant, non vers l’inégal développement. C’est de fait la pratique non démocratique de ces régimes qui a constitué leur plus grande faiblesse. Les autres pays arabes qui ont suivi la trajectoire de la dépendance, ceux qui n’ont pas conquis leur indépendance par la lutte, des coups d’état ou des révolutions, et ceux dont l’indépendance est survenue trop tard, ne sont devenus ni démocratiques, ni libéraux. Ce qui ne signifie pas que les régimes progressistes arabes étaient démocratiques. Il s’agit ici de contrer la propagande impérialiste qui prétend que les monarchies compradores réactionnaires sont libérales et démocratiques. Encore une fois, l’une des principales causes de l’échec des régimes progressistes nationalistes a consisté en leur absence de démocratie.

Enfin, le projet progressiste de la première voie nationaliste a été anéanti par l’agression sioniste impérialiste de 1967 dans la guerre contre l’Egypte et l’agression contre l’Irak en 1991.

 

La seconde voie

 

En raison de la pauvreté et du manque de ressources naturelles des pays de la seconde voie, Jordanie, Tunisie, Somalie, Soudan, Péninsule arabe et Libye, la lutte de ces pays contre le colonialisme est demeurée latente, à la fois en termes de lutte pour l’indépendance et concernant l’amorce de mouvement nationaliste. La pauvreté de leur structure et de leurs ressources est demeurée la justification objective de leur dépendance tant qu’ils sont restés divisés et séparés des pays arabes relativement développés et mieux dotés. La seule solution à cette propension à la dépendance est la constitution de la Nation arabe. Sur le plan économique, la pauvreté des terres agricoles a été la raison majeure après l’absence de surplus, qui leur aurait permis de créer une économie moderne. De plus, la dispersion de la population,  dans la plupart de ces pays n’a pas  facilité leur projet de développement, même si certains d’entre eux sont devenus de riches exportateurs de pétrole.

La raison pour laquelle des mouvement religieux ont démarré dans ces pays pourrait s’expliquer par leur pauvreté et leur dépendance de l’agriculture. Dès le début, ces mouvements se sont dressés contre le colonialisme, mais ont échoué à mener une lutte nationale organisée.  Pour jouer un rôle dans les politiques arabes et communiquer avec le monde moderne, ces pays ont dû attendre l’exploitation et la commercialisation du pétrole. Ils sont, en raison de la fragilité de leurs formations sociale et politique, de la persistance de régimes semi- féodaux, dépendants de l’impérialisme, et donc opposés à la Nation arabe en général et à leurs peuples en particulier.

A quelques exceptions près, les pays de la première voie ont poursuivi la lutte contre l’impérialisme après leur indépendance. Ils ont continué la lutte pour le développement industriel et l’unité arabe. Alors qu’à quelques exceptions près (Libye par exemple), les pays de la deuxième voie ont conservé leur rôle réactionnaire, sont demeurés étroitement liés à l’impérialisme, et opposés à l’unité de la Nation arabe. Cette deuxième voie est restée forte et protégée par le camp impérialiste sioniste. Le développement de la Nation arabe sur une base nationaliste continuera à être difficile.

Dans la même période, les politiques de substitution d’importation et le socialisme dans es pays de la première voie ont été un point d’appui fort pour le reste du marché arabe et ses revenus pétroliers, les ressources et capacités économiques des pays de la deuxième voie ont renforcé leurs liens avec l’impérialisme. Ce processus a étouffé le projet de développement des pays de la première voie qui devaient avoir accès à la richesse et au marché arabes. Le développement politique de la première voie avait échoué. L’une des raisons en a été la défaite égyptienne face à l’agression sioniste  impérialiste en 1967. Le nouveau régime égyptien, sous direction de Sadate en 1971, s’est soumis à l’ordre mondial impérialiste. Ces évènements ont ouvert la voie au riche régime d’Arabie Saoudite (riche de sa rente pétrolière), pour mener à ce qui a été appelé par la suite le système arabe, et pour renforcer sa politique d’approfondissement du développement inégal.

 

Une structure économique qui soutient l’approfondissement de l’inégal développement

 

Sous  l’empire ottoman, la plupart des pays arabes étaient considérés comme une seule région de commerce. Le commerce se pratiquait sans barrière douanière. Jusqu’à la première guerre mondiale, (1914/1918) 45% au moins des exportations syriennes allaient en direction des autres parts de l’empire, dont la moitié pour la seule Egypte (41). Jusqu’à 1910, 20% des importations égyptiennes provenaient des pays arabes, à l’exception du Soudan. A partir de 1939, pendant toute la période du colonialisme européen, ce pourcentage est tombé à trois pour cent.

Comme nous l’avons indiqué, ci-dessus, une expérience industrielle s’est développée au cours du 19ème et 20ème siècles, principalement en Egypte et Irak. La première, avec Muhammad Ali et Daoud Pasha, a pris place au cours du 19ème siècle, lors du déclin du rôle central de l’empire ottoman en Egypte et Irak. Une  bourgeoisie libérale pionnière a mené l’Egypte à un régime dépendant en profitant de l’affaiblissement de l’impérialisme de 1920 à 1940 dans les pays de la Périphérie. Le but de ces deux expériences était de construire un Etat capitaliste moderne. La différence entre les deux est que la première expérience (M Ali en Egypte ) au 19ème siècle,  s’est déroulée à une époque où il était possible pour un pays de la Périphérie, de se développer de façon indépendante, y compris dans un cadre capitaliste.  La seconde expérience, au contraire, s’est développée dans un contexte où une telle indépendance était impossible, même si elle a commencé durant le déclin de la poigne impérialiste, et n’a pas su tirer les conséquences de la première expérience. Cette seconde expérience a été menée dans le cadre des frontières que les impérialistes avaient dessinées, et c’est pourquoi il s’est agi davantage d’un processus d’adaptation que de détachement. Ce changement s’est en effet produit dans le contexte de la fragmentation de la Nation arabe. C’est pourquoi la compétition commerciale entre les Britanniques et la France s’est étendue au point de devenir une guerre commerciale entre l’Egypte, la Palestine, l’Irak et la Syrie.

Ceci est un exemple flagrant de développement entravé : une industrialisation adaptée aux besoins de la politique coloniale. Une politique qui  s’oppose à un développement auto centré des pays de la Périphérie. En conséquence de quoi, au cours de l’année 1938, les exportations de Syrie en direction de l’Egypte ont été réduites à 5% alors qu’elles s’élevaient à 17% en 1928 et la part des exportations égyptiennes en direction de la Syrie a été réduite de moitié en 1938 en comparaison de son volume 10 ans plus tôt (42). Pendant la période de l’indépendance, les régimes arabes ont officiellement signé des accords commerciaux entre eux  (43). La réalité de terrain était celle du renforcement de structures économiques différentes, d’approfondissement de l’inégal développement, et du recul de l’intégration naturelle des pays arabes.

 

Le développement industriel auto-bloqué

 

Les économies arabes des années 1980 et 1990 ont été essentiellement d’importation, d’exportation de matières premières et de produits agricoles, alors que les exportations industrielles décroissaient (44). D’une façon générale, ces économies ont souffert de deux difformités, toutes deux découlant de l’approfondissement de l’inégal développement. La première d’entre elles, est le manque délibéré de plan d’intégration à l’échelle nationale, et la seconde, l’adoption de politiques iqlimi  contradictoires.

Avant 1985, au sein du programme de développement industriel, les industries pétrochimiques d’Arabie Saoudite, du Koweït, du Qatar, d’Oman, (à ses débuts), de la Libye, de l’Irak, d’Algérie, de Jordanie, étaient en compétition les unes avec les autres, et leur marchés iqlmi étaient incapables de consommer la production locale. La même chose se produisait pour les engrais, le ciment, l’acier et l’aluminium (45).

La production totale d’acier arabe ne couvrait que 8% des besoins, alors que la récession dans le secteur de la construction a contraint 105 entreprises de ciment à travailler à 70% seulement de leur capacité durant les années 1992-93 (46).

L’industrie arabe était principalement de l’industrie légère qui n’employait pas plus de cent travailleurs par entreprise, 20 à 21% de la force de travail était employée par l’industrie manufacturière. Ceci, bien loin derrière les 49% de moyenne, dans les pays développés. Et cette moyenne est encore derrière celle des pays dont le revenu par tête est comparable à la moyenne mondiale. Dans ces pays, l’industrie manufacturière absorbe 28% de la force de travail (47).

La fin des années 1970 a été marquée par la multiplicité d’indicateurs de risques concernant le développement des économies arabes. Le plus important d’entre eux concerne la déperdition du poids  de l’agriculture en faveur du secteur manufacturier.

Ce relatif déclin du secteur agricole a  entraîné un grave problème de pénurie alimentaire dans tous les pays arabes. La part du secteur agricole dans PIB arabe a décliné de 16.6% EN 1970 à environ la moitié en 1977. La part des industries de transformation a décliné de 11.9% à 8.6% alors que la part de l’industrie d’extraction s’est élevée pour atteindre 23.7% dans la même période (48).

En raison de l’incapacité des secteurs agricole et industriel à absorber le surplus de main d’œuvre, les régimes en place ont recouru à un développement artificiel du secteur des services, en particulier par la bureaucratie. L’appareil bureaucratique a intégré la main d’œuvre au sein du régime en place, et non de façon productive. C’est pourquoi la marginalisation de la main d’œuvre dans le secteur de la production a conduit la marginalisation de ces Etats dans le domaine social, économique, politique et démocratique. Ce gigantesque appareil d’état dans les économies rentières ou non, a été financé par les surplus provenant des revenus pétroliers au cours de trois décades. Les pays de rente pétrolière ont contribué à financer le secteur des services y compris dans les pays non producteurs de pétrole, afin de maintenir la paix et la stabilité sociales. Alors que ce qui est vraiment nécessaire, c’est de financer une stratégie de développement afin de sortir du développement inégal.

Du fait de l’assistance ainsi fournie par les pays arabes, afin de pourvoir au déficit des  pays déficitaires, ces derniers ont négligé le développement de l’agriculture qui était leur secteur principal, en particulier pour la sécurité alimentaire, en l’absence d’un secteur industriel. Le résultat en a été une décomposition de la plupart des secteurs économiques, à l’intérieur de chaque pays, ainsi qu’un accroissement des importations alimentaires. Malheureusement, le rôle de la rente pétrolière a consisté à mettre fin aux secteurs productifs des économies des pays arabes. Ceci témoigne d’une vraiment courte vue dans la redistribution de la richesse pétrolière.

Ces pays pétroliers étaient guidés par une stratégie impérialiste dans la région, afin de calmer les tensions sociales dans les pays déficitaires. Rétrospectivement, on peut dire qu’il s’agissait d’une politique d’agression contre les peuples arabes, une campagne préventive pour éliminer toute opportunité de mobilisation sociale dans la région. La redistribution limitée des revenus a été utilisée en direction des classes dirigeantes, non des classes populaires.

Un autre aspect de cette redistribution limitée et formelle du surplus pétrolier, est l’emploi de travailleurs  arabes dans les pays du Golfe, (appelé dans les médias occidentaux Golfe Persique). Ces travailleurs ont été traités comme des étrangers. La guerre du Golfe contre l’Irak a conduit à la fin des contrats de travail de millions de travailleurs arabes dans le secteur pétrolier du Golfe. En conséquence de cette politique de discrimination, les travailleurs arabes dans les pays pétroliers ont été empêchés de contribuer au développement d’un mouvement uni de travailleurs arabes, ce qui aurait constitué un pas en direction de l’Unité arabe.

 

Le déclin de la production agricole

 

On estime les terres agricoles dans la Nation arabe à 133 millions d’hectares (un hectare représente 10 000 mètres carrés). Ce qui constitue 9.4% du total des terres, alors que les terres cultivées ne représentent que 42 millions d’hectares. Le pourcentage de travailleurs dans le secteur agricole a décline de 46% de l’ensemble de la force de travail en 1980 à 42% en 1985, et encore davantage, à 38% en 1990. La part des investissements dans le secteur agricole et pour le bétail, a décliné de façon drastique en 1990/91 (49).

C’est ainsi qu’après avoir été auto -suffisants en produits agricoles, jusqu’au début des années 1970, les pays arabes ont connu une pénurie estimée à 14.1 milliards de dollars, pour l’année 1980, et 16.1 milliards en 1989. Le solde des exportations et importations de nourriture de l’ensemble des pays arabes, s’est élevé de 11.9 pour l’année 1980 à 14.3 billions en 1985, et 14.35 milliards en 1990 en faveur des importations (50). La raison directe de la crise alimentaire arabe est la montée du consumérisme ainsi qu’une augmentation du taux des naissances qui a dépassé les capacités de développement de l’agriculture locale, en particulier depuis le début de l’année 1970.

Alors que la moyenne de croissance annuelle de production agricole dans les pays arabes n’a jamais dépassé les 2.5% l’année, durant les années 1970/1985, l’accroissement de la demande de produits agricole a été d’environ 6% l’année. Ceci a conduit à un déficit alimentaire qui s’est accru en moyenne de 1.2 milliards de dollars durant la période 1970/74 à 21 milliards pour l’année 1985 (51).

Voici, de 1969 à 1971, la part des importations en pourcentage de couverture  de l’ensemble de la consommation alimentaire de quelques pays arabes :

–       Arabie Saoudite,   63.3 %,

–       Syrie,                     32,0 %,

–       Jordanie,               60.8 %,

–       Tunisie,                 40.7 %,

–       Algérie                  32.1 %,

–       Maroc,                  18.2 %,

–       Egypte,                  16.6 %,

–       Yémen,                  28.7 %,

–        Soudan,                9.8 %

–        Somalie,               13.1 %

 

Durant la période 1986-1989, la situation a changé comme suit  (52):

–       Arabie Saoudite,   81.8 %

–       Syrie,                     29,1 %

–        Jordanie,              85.2 %,

–       Tunisie,                 59.3 %,

–       Algérie,                 70.7%

–       Maroc,                  28.8 %

–        Egypte,                 45.2 %

–       Yémen,                  62.1 %

–       Soudan,                 14.5 %

–       Somalie,                23.7 %.

Si l’on considère un autre aspect de cette équation, qui est la disponibilité de terres agricoles non cultivées, et de millions de travailleurs au chômage, ceci peut sembler étonnant. Des travailleurs arabes en provenance du Maghreb ont émigré vers l’occident pour y connaître le racisme, les discriminations, au moment même où les pays arabes producteurs de pétrole ont importé des millions de travailleurs asiatiques.

 

Le commerce inter arabe comme cause et conséquence de l’inégal développement

 

La faiblesse et l’échec des accords commerciaux arabes s’expliquent par les différences de politique entre ces régimes, ce qui a rendu insignifiant ces accords. En 1953, un groupe de pays arabes s’est entendu pour diminuer les contrôles douaniers entre eux. En 1957, les membres de la Ligue arabe on signé un accord d’unité économique entre pays arabes et établi un marché commun arabe en 1964. Le conseil économique de l’Unité arabe a été institué en 1965, à partir de quoi l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OAPEC)  a été fondée. Ces accords n’ont accru ni le commerce ni les relations économiques pan- arabes.

Les exportations inter arabes ont augmenté de 5% en 1981 à 7% en 1982 alors que les importations inter arabes se sont accrues de 7.3% à 9.1% du total du commerce mondial en 1982. Le pourcentage d’exportations inter arabes était de 8% dans  les années 1988,  mais a reculé à 7.3 % en 1990, alors que le pourcentage d’importations inter arabes a atteint 9.0 en 1990  (53).

En comparaison, les exportations entre les pays de la CEE au début des années 1990 représentaient 56 à 60% du total de leurs exportations. Entre les USA, le Mexique et le Canada, les membres de l’accord Accord de libre échange Nord Américain (NAFTA) il était de 14%, et entre les pays de l’Est asiatique (ASEA) il était, à la même période, de 18% (54).

La part des pays arabes dans le commerce mondial qui était de 3.3% en 1970, s’est accrue jusqu’à 4.1% en 1989. Chiffre qui n’est pas en proportion du pourcentage de la population arabe au sein de la population mondiale, et ce, en dépit d’un accroissement des exportations pétrolières. La même chose est vraie pour les prêts commerciaux internationaux, pour lesquels la part des pays arabes était de 1.5% en 1970, et s’est accrue jusqu’à 2.4% en 1989. Leur part concernant les investissements était de 9.8% en 1970, s’est accrue pour atteindre 13.2% en 1989 (55), alors que leur contribution au total des dons était la plus élevée au monde (cf plus loin dans ce chapitre). En conséquence des politiques économiques des pays arabes, il n’est pas difficile de comprendre que les investissements étrangers dans les pays arabes ne se sont pas fait dans des secteurs productifs.

Il faut aussi noter que les régimes arabes ont délibérément déformé le commerce inter arabe approfondissant ainsi l’inégal développement entre leurs pays, ce qui a eu pour conséquence d’appauvrir les échanges entre ces petites entités et fragiles économies, au point de faire obstruction au développement pan arabe (56).

 

La déformation de la structure démographique et l’approfondissement de l’inégal développement.

 

En 1953, les Arabes constituaient 3.9% de la population mondiale. Ce pourcentage a atteint 5% en 1989. La part des pays arabes dans le PIB mondial s’est accrue de 1.5% en 1960 à 2.5% en 1989, un pourcentage qui est en dessous de la croissance annuelle de la population mondiale. Cet accroissement est essentiellement dû à l’élévation des prix du pétrole dans les années 1970.

L’inégalité de ressources naturelles entre pays arabes, contribue à une inégalité significative de  leurs revenus par tête. Le revenu par tête du PIB calculé en dollars US, donne les chiffres suivants : 15 984  dollars pour le Kuweit, 11 800 dollars pour le Qatar, 10 804 dollars pour Bahreïn, 10 440  dollars pour l’Arabie Saoudite, 7 250 dollars pour la Libye, 1 934 dollars pour l’Egypte, 1 560 dollars pour le Yémen, 1 042 dollars pour le Soudan, 861 dollars pour la Somalie, et 730 dollars pour Djibouti (57).

La structure des sociétés arabes a été impactée par les déformations des secteurs économiques. Alors que certains pays arabes sont sur peuplés, comme l’Egypte, d’autres ont une population telle qu’ils ont de larges communautés d’expatriés. Dans les pays du Conseil de coopération du Golfe, il y a 8.6 millions d’expatriés soit 37% de la population totale (58).

Quarante neuf pour cent  de la population des Emirats arabes Unis provient d’Inde, du Pakistan, et du Bengladesh. La communauté indienne est deux fois plus importante que les natifs arabes. En 1999, les natifs  arabes  représentaient 19 % de la population totale es Emirats arabes unis  (59).

En 1990, la population dans les pays arabes était en millions de personnes de : 2,0 millions au Kuweit, 0,4 millions au Qatar, 0,5 millions à Bahreïn, 1,6 millions aux Emirats arabes Unis, 14,1 millions en Arabie Saoudite, 12,5 millions en Syrie millions, 4,5 millions en Libye, 1,5 millions à  Oman, 18,9 millions en Irak, 4,0 millions en Jordanie, 8,2 millions en Tunisie, 2,7 millions au Liban, 25,0 millions en Algérie, 25,1 millions au Maroc, 52,4 millions en Egypte, 11,7 millions au Yémen, et 25,5 millions au Soudan (60).

 

La structure déformée des Prêts arabes

 

L’aide étrangère arabe, qui n’existe bien entendu que si les revenus pétroliers sont élevés, est orientée vers les pays étrangers, et déformée. Les donations et prêts arabes aux pays étrangers ont également été conçus en fonction d’une stratégie impérialiste définie par la Banque Mondiale et le FMI. En dépit du fait que les pays arabes sont en développement, le pourcentage de leurs donations aux pays pauvres, comparé à leur PIB était plus élevé que celui des pays impérialistes. La part de donation des USA est de 0,24% ; celle de la CEE  est de 0,51, alors que c’est 3.53% pour l’Arabie Saoudite, 4.46% pour le Koweït (61).

Pendant la période 1962-1983, l’aide distribuée par les pays arabes aux pays pauvres a atteint un montant de 9.426.730 billions de dollars qui se répartissent comme suit : 51% pour d’autres pays arabes, 19.7% pour des pays africains, 27% pour des pays asiatiques, et 0.6% pour d’autres pays (62).  En tenant compte du fait que nombre de pays arabes sont désespérément en état de besoin, il n’y a aucune justification au fait que la moitié de l’assistance arabe aille en direction de pays non arabes. En outre, cette assistance ne s’est pas matérialisée en réel soutien au développement arabe. Cette politique irrationnelle de donation, est l’un des moyens pour les riches pays arabes, d’éviter de prêter une réelle assistance au développement des pays arabes. C’est en fait un élément de la politique d’approfondissement de l’inégal développement.

 

le capital arabe à l’étranger perd son identité nationale, et approfondit l’inégal développement.

 

Les sorties de capitaux des pays arabes en direction des banques occidentales mettent fin à la possibilité d’investir le surplus à une échelle nationale. Cette destination externe des surplus a capté les plus riches pays arabes, capables de produire un surplus, qui sont de façon croissante déconnectés des pays les plus pauvres, ou incapables de produire un surplus.

Le capital arabe en dépôt à l’étranger est estimé à 750/800 milliards de dollars. Quarante sept pour cent de ce montant revient au secteur public, 53% au secteur privé. Le pourcentage d’actifs en  liquidités monétaires est de 61% sous forme de dépôts bancaires., billets de banque gouvernementaux et commerciaux, crédits au FMI, en addition aux investissements à court terme, le restant étant investi en acquisition de parts, d’immeubles, et prêts. Environ 74.5% de ceux-ci sont investis dans l’OCDE. La dette arabe envers les banques commerciales internationales a atteint un montant de 95 billions de dollars à la fin de 1991 (63).  Les chiffres officiels de la balance des paiements de Bahreïn, du Koweït, d’Oman, et de l’Arabie Saoudite, prouvent que le déficit cumulé de ces pays était de 55 billions de dollars en 1985. En quatre ans, de 1991 à 1994, il a atteint environ 100 milliards  (64).

De plus, le fossé ne cesse de s’approfondir d’année en année dans les pays arabes entre les classes sociales qui contrôlent le surplus et les classes populaires. Les intérêts de ceux qui contrôlent ce surplus sont de plus en plus imbriqués avec ceux du capital mondial. Ceci correspond bien à la politique d’approfondissement du développement inégal.  En conséquence de quoi, les classes sociales contrôlant la rente pétrolière sont devenues un instrument pour le drainage du capital. A travers  le processus d’approfondissement du développement inégal, le capital financier s’est déplacé plus librement vers le Centre capitaliste mondial. Le capital financier, en l’occurrence, est différent des autres formes de capital en ce sens qu’il a une grande facilité à se déplacer à l’étranger. Une fois sous contrôle du Centre, il perd toute identité nationale, tout racine, et devient simplement une part de ce que l’on appelle le capital international, lequel, en dernière analyse, est propriété du Centre. Ce capital sera aussi soumis aux décisions financières et administratives du Centre. Ainsi qu’expliqué dans le premier chapitre, les crédits arabes vers le Centre ont été également utilisés pour financer l’agression contre le peuple arabe en Irak, Libye, Palestine, Sud Yémen, Somalie, et autres pays à travers le monde. Voilà à l’évidence une contribution à l’approfondissement de l’inégal développement.

 

En résumé, le 20ème siècle a été le siècle témoin du rôle de la bourgeoisie arabe iqlimi capitaliste, et des classes compradores. Ces classes n’ont  accompli aucun des buts et aspirations majeures des peuples arabes. Elles ont échoué à établir la démocratie,  à réaliser l’Unité arabe, la laïcité, et le développement. Ni capitaliste, ni socialiste, aucun véritable développement n’a été réalisé dans la Nation arabe. Les classes dominantes sont dans le camp capitaliste impérialiste, et sioniste, contre le nationalisme arabe.

 

En quelques mots, la classe capitaliste dans la Nation arabe est sur la scène du réaménagement de l’ordre mondial Il serait inévitable que les classes populaires tracent leur propre chemin. Ce chemin  est celui de la DBPP (développement sous protection populaire). Dans ce contexte, il est indispensable pour ceux qui poursuivent un but national, d’éviter d’adopter le contenu bourgeois du nationalisme arabe, celui des classes dominantes. Celles-ci suivent le chemin de la modernisation capitaliste comme mode de développement. (voir chapitre 2 ). Une telle conception maintient la Nation arabe dépendante et sous la domination du capital international. Si ceux qui se battent pour la cause nationale répètent la même amère expérience, le résultat en serait, dans une large mesure, le même échec que celui de leurs prédécesseurs, mais cela ne durerait pas longtemps. La faillite d’une telle expérience suivrait rapidement, car le capitalisme arabe est déjà compradorisé ce qui signifie qu’il est prêt à la trahison de la cause et des intérêts nationaux. Les compradores arabes ne sont pas une bourgeoisie nationale productive, « qui a encore besoin de développer ses propres intérêts de classe ». En tout cas, le résultat de la répétition de la voie et de l’expérience bourgeoise serait un obstacle au projet socialiste des classes populaires.

 

(LES CHAPITRES 3 – 4 ET 5 MANQUENT – DÉSOLÉ)

 

 

CHAPITRE 6

 

La politique économique de corruption.  Le cas de l’Autorité palestinienne

 

Depuis les plus anciens empires, en passant par les Centres capitalistes et impérialistes, jusqu’à l’ex bureaucratie révisionniste soviétique, la corruption est présente dans les activités économiques humaines. Elle est l’une des composantes internes de la société de classes, une société dominée par les relations et la propriété privées. En conséquence, le capitalisme monopoliste et mondialisé, la plus « développée » des formations  sociales sur des bases de classes, comporte la corruption la plus systématique. Aussi longtemps que le mode de production capitaliste domine la plupart des formations sociales du Centre et de la Périphérie, aussi longtemps que les classes sociales dominantes coopèrent dans tous les domaines de la vie, y compris la corruption, nous sommes certains qu’elle existera au niveau international. De toute manière, cette corruption « développée » présente au Centre de l’ordre mondial, est systématique, bien rôdée, et difficile à contrôler. Ce qui justifierait son approche en tant que phénomène socio-économique indépendant, et même comme un système indépendant, ce qui est bien différent d’un fait marginal. Ainsi, aussi longtemps que la corruption existera dans les activités économiques des gouvernements, du secteur privé, des partis politiques, des syndicats, etc. l’on sera fondé à parler de « l’économie politique de la corruption ».

Ce terme contient un concept non traditionnel de corruption, dans la mesure où on ne la considère pas comme un fait simple, occasionnel, accidentel. Selon ce concept, la corruption existe au niveau populaire mais aussi des classes aisées, au niveau local, national, international, tant dans les régimes que dans les partis.

Traiter la corruption comme une politique économique, implique qu’elle ne signifie pas simplement le vol. Il s’agit d’une activité politique sociale, économique systématique. On ne peut donc considérer la violation des règles morales comme le principal aspect de ce système, ce ne serait pas une approche satisfaisante du problème.

La principale forme de la corruption est la corruption officielle, car ce n’est pas simplement que les dominants sont corrompus, mais ils sont source de corruption. Cette corruption officielle prend des formes différentes. Les formes traditionnelles consistent à surcharger les factures d’importations et à sous-estimer celles d’exportation, en rapport avec les entreprises de commerce et d’industrie. Dans le cas des importations, les prix apparaissant sur les factures sont  d’un montant supérieur à ceux qui étaient convenus entre le vendeur étranger et l’acheteur local. Mais ceci n’est qu’un exemple.

Dans de nombreux cas, le problème de la corruption a été accepté ou même applaudi par des économistes bourgeois, des institutions financières internationales, et les pays du Centre Tous ces protagonistes considèrent que la corruption est un facteur de développement, et de croissance pour les pays de la Périphérie. Un bon exemple est celui de la Corée du Nord, avant la crise financière de 1997. Mais les mêmes (régimes et institutions financières) qui faisaient l’éloge de la corruption en Corée du Nord, ont changé leur fusil d’épaule et attribué la crise financière dans les pays Tigres, à cette même corruption et au népotisme.

D’une manière générale, la corruption est une politique économique de la dépendance, au sens courant du terme. C’est une exception si la croissance existe dans un pays corrompu. Il mérite alors des éloges, si on le compare à des régimes corrompus qui ont échoué à avoir de la croissance. Leur erreur consiste à croire que la richesse qu’ils ont volée sera restituée par le peuple lorsqu’un changement social surviendra. En conséquence, pour un pays qui veut se développer, il n’existe pas d’autre moyen préférable à la corruption. (voir plus loin l’exemple d’ECLA ). Mais en fin de compte, la corruption est une affaire de classe. Il s’agit du vol des pauvres et du partage de la richesse nationale sur le dos des opprimés.

La corruption se trouve partout, mais elle est tout particulièrement enracinée dans les pays les plus pauvres tels que l’Egypte, le Liban  (65),  l’Afrique sub-saharienne, et l’Amérique latine. Elle est également bien présente dans la plupart des pays nouvellement industrialisés, et atteint des proportions alarmantes dans les pays ex- communistes (66).

La différence que l’on peut faire entre la corruption dans la Nation arabe, incluant l’AP, et la corruption en Amérique latine, est que là-bas elle est camouflée derrière une démocratie formelle. Au cours des trois dernières décades, la plupart des Communistes, des partis de gauche dont les dirigeants ont échoué à entraîner les masses et prendre le pouvoir, se sont dégradés en intériorisant la défaite. Par la suite, ils ont agi comme peuple vaincu. C’est pourquoi ils sont devenus des partis parlementaires. Dans les pays de la Nation arabe, y compris les territoires sous Autorité Palestinienne, un système de parti fait défaut. En Amérique latine, la corruption est dissimulée par une façade démocratique. Dans la Nation arabe, le vol est à ciel ouvert les dirigeants de ces régimes sans démocratie, ont les mains libres pour utiliser les richesses de la nation. Les revenus pétroliers dans les pays du Golfe sont considérés comme propriété privée familiale par des dynasties de dirigeants.

Alors que les niveaux les plus élevés de corruption ont été relevés dans des pays en période de rapide transformation économique et politique ( ex la Russie et les pays d’Europe de l’Est ), et dans les régimes despotiques (les régimes arabes) le cas de l’AP représente l’aspect le plus passif de ces derniers. Les médias impérialistes prétendent que la Russie connaît un processus de transformation démocratique, mais ce n’est pas le lieu de discuter ici si la démocratie a une chance de l’emporter sur la corruption. Dans les territoires sous Autorité Palestinienne, une vingtaine d’activistes politiques, écrivains et académiciens, ont signé un manifeste contre la corruption de l’AP, ce qui les a conduits en prison (67).

 

L’idéologie du Marché libre de l’AP est inférieure à la politique capitaliste

 

A travers ce qu’on appelle privatisation, l’AP encourage la monopolisation de l’économie palestinienne que ce soit entre les mains des compagnies étrangères ou palestiniennes. L’AP privilégie ouvertement le secteur privé, donnant de fait priorité aux capitaux étrangers (cf chapitre 5). Ce privilège se développe de façon dangereuse, offrant toutes ses chances au plus offrant. Ainsi, la famille al-Massi, (l’une des familles aristocratiques les plus riches et commerçantes du pays) n’est pas loin d’être propriétaire de l’économie du pays (68). Un niveau aussi élevé de centralisation est rejeté même aux Etats-Unis, comme le prouve l’exemple de Bill Gates (69).

En suivant aveuglément l’idéologie de marché et les prescriptions de la Banque mondiale et du FMI, L’AP a échoué à attribuer à l’Etat un rôle central dans l’édification de l’économie, c’est-à-dire à appliquer une économie keynésienne. Car le but de l’AP est de garantir de hauts revenus aux membres de l’élite politique, pas de développer l’économie de la société. Ceci a fait du pays un lieu de choix pour ceux qui rêvent de liquidités financières, de nouvelles voitures et autres biens de luxe. Selon Keynes, l’Etat est le bras armé qui peut générer la prospérité à travers une élévation des taux de croissance, une baisse des taux d’intérêt, une hausse des taux d’investissement, et une hausse de la demande et de la consommation et des biens d’investissement. Depuis que la politique de l’AP est supervisée par les USA et le FMI et la Banque mondiale, l’AP applique une nouvelle politique économique capitaliste, qui prolonge le rôle de l’Etat et le contrôle du développement de l’offre, ainsi que la dérégulation des marchés. C’est ce que l’on appelle en général, le néo-libéralisme, à savoir la négation ou la séparation finale d’avec l’économie keynésienne.

 

La corruption du gouvernement est un problème de classe. 

Selon Mushtaq Khan «  Pour comprendre les implications et l’étendue de la corruption dans différents pays, nous devons identifier les classes et groupes spécifiques qui y sont impliqués et leur pouvoir sur ce marché, dans des contextes spécifiques. »

La corruption est partie intégrante de la politique économique, sans limites au sein de l’élite dirigeante. Et afin d’occuper cette place, elle doit pénétrer l’ensemble de la fabrique sociale à travers l’élite. En passant du stade de pratique dominante à celui de comportement social, tout en détruisant la communauté, la corruption devient source de protection indirecte pour cette élite.

Comme d’autres phénomènes socio-économiques, la corruption a ses conventions. Le cas de l’AP présente ainsi des particularités par rapport à la corruption dans les régimes corrompus. En tant que régime dans un contexte de construction de la Nation, ses responsabilités sont décisives. En tant que pays n’ayant pas de véritable souveraineté, il est indispensable que l’efficacité ainsi qu’une bonne administration financière soient au Top de l’agenda. Ce défaut de souveraineté pourrait être compensé par un bon comportement politique et économique.  Et en tant que pays dans une Nation en construction, il ne devrait pas appliquer les prescriptions de la Banque mondiale  (70). Ce qui est étrange, est que c’est précisément le premier pays au monde à les appliquer depuis qu’il existe. En tant que pays faiblement doté en ressources naturelles, il ne devrait pas laisser un petit nombre de familles très riches  créer des monopoles en les laissant obtenir tous les contrats par des enchères élevées.  Et tout ceci s’ajoute à la dépendance vis-à-vis des donateurs qui sont les véritables alliés des ennemis du peuple palestinien (l’entité sioniste Israël) (71). En d’autres termes, l’économie de l’AP est une économie ouverte qui manque de bases productives. Et malgré tout cela, le régime de l’AP est corrompu.

 

Tout régime dominant est avant tout au service d’une classe dominante, même s’il a des alliances avec d’autres classes minoritaires. La classe dominante est la première bénéficiaire des instances politiques et économiques. Nombre de ces bénéfices proviennent de la corruption. Et aussi longtemps que le système politique restera non démocratique, la classe dirigeante sera de plus en plus corrompue.

 

Le cas de l’AP en est un bon exemple. La plupart des emplois, depuis les emplois politiques jusqu’à ceux de professeurs, sont détenus par des membres et supporters du Fath, le parti au pouvoir. Ses membres, en tant que membres du parti dominant, ont obtenu des emplois importants au sein du système. Dans beaucoup de cas, de nombreuses personnes sont affectées à des bureaux où il n’y a véritablement pas de travail.

En 1988/89 , 58% des dépenses ont été consacrées aux salaires, bien au -dessus des 45% en moyenne dans les régions de l’Est et de l’Afrique du nord, et environ le double de la moyenne au niveau mondial. Dans l’avant-projet de budget pour l’année 2000, ce pourcentage s’est encore élevé pour atteindre les 60%  (72).

Le Ministre de l’agriculture de l’AP, Hikmat Zaid a dit : « nous avons besoins de grandes fermes, employant beaucoup de main d’œuvre… nous devons participer au commerce mondial en exportant…ceci est préférable à un recrutement au sein des bureaux ministériels, ce qui les perturbe et incapables. Au sein  du budget général, le budget alloué en 2000 à l’agriculture,  n’est que de  1.3% ce qui ne suffit pas pour le secteur et la sécurité alimentaire (73).

Dans ce contexte, l’AP imite les régimes arabes en mettant en retrait autant que possible la main d’œuvre au sein du régime bureaucratique afin de l’empêcher de participer à des actions d’opposition. Là, ces personnes seront maintenues en tant que bénéficiaires corrompus pour les plus gradés, et opprimés et paralysés aux niveaux inférieurs et moyens. Depuis que les salariés des classes moyennes et inférieures sont au plus bas, nombre de personnes réclament des pots de vin, ce qui les fera haïr par la communauté. Cette haine les incite à soutenir le régime tout en s’opposant aux masses. Aussi longtemps que le budget de l’AP sera financé par les donateurs, les devoirs de l’AP seront minimisés. Aussi, l’AP est contrainte de mettre de l’argent de côté pour assurer la corruption et le népotisme. Par ce biais, elle est devenue assez forte pour consacrer de l’argent aux emplois qui permettent d’acheter la fidélité de ceux qui les occupent, au lieu de créer les emplois correspondant aux besoins de la population. S’il en allait autrement, et sans ce rôle douteux joué par les donateurs, la plupart des dépenses de l’AP devraient être consacrées à la création d’emplois durables et productifs, car ils sont nécessaire dans le contexte d’un » Etat » récemment créé et de la guerre contre l’occupation, qui ne s’arrêtera pas avec cette dite « paix ». La destruction par Israël de l’économie de la Cisjordanie afin de réprimer l’Intifada 2000 en est la meilleure preuve.

 

D’une manière générale, l’attribution des emplois par l’AP est partisane. La priorité est accordée à deux catégories : les cadres qui reviennent au pays, et les personnes d’origine locale qui ont été emprisonnées, même si elles disposent de leur propre entreprise. Mais à l’intérieur de ces deux catégories, priorité est donnée aux membres du Fateh ce qui constitue une discrimination vis-à-vis de la majorité de la population. Ainsi, la plupart de ceux qui ne sont pas dans le Parti n’ont reçu aucune récompense, et la plupart n’en ont jamais demandé. Le système de récompense mis au point par l’AP habitue les gens à avoir des profits en retour de leur engagement dans la lutte. Ceci n’est pas une simple corruption, c’est une destruction morale de la cause nationale. Même si l’on peut considérer que ceux qui luttent ont droit à un emploi, il faut tenir compte des compétences. Ceux qui n’ont aucune qualification, et ne peuvent pas faire une reconversion, doivent simplement avoir accès à une retraite. Une autre catégorie, ce sont les colonels, que la direction de l’AP impose à travers les associations civiles. (ce sont les dirigeants des syndicats en Cisjordanie, par exemple, qui sont 12 colonels ainsi appointés).

Les dirigeants des autres organisations de l’OLP reçoivent des bénéfices substantiels en fonction de leur loyauté envers l’AP. Leur situation et salaire évoluent en contrepartie du contrôle qu’ils exercent sur leurs propres organisations afin qu’elles ne manifestent aucune opposition au régime, en particulier lors du « processus de paix ». Ceci implique que lors de l’attribution des emplois, les qualifications ne sont pas prises en compte, ce qui pourrait expliquer l’inefficacité des institutions de l’AP. On assiste là à une corruption qui s’exerce à la fois au niveau individuel, de classe, politique.

Lorsque toutes ces pratiques de corruption ne sont pas rejetées par les pays donateurs qui maintiennent une aide malgré cela, c’est qu’il y a de fait un lien entre les donateurs et la classe dirigeante afin de ré éduquer le peuple dans le sens d’une acceptation d’un bas niveau de valeurs morales.

Il faut noter que cette expérience de la direction militaire totale par l’OLP facilite la corruption. Lorsque l’OLP était active, durant trois décades, les comptes rendus étaient rares du fait que la provenance des ressources était incertaine. Les dirigeants étaient relativement libres de leurs dons, et les membres de haut niveau pouvaient dépenser sans rendre de comptes du fait de leur position, ou du fait du travail clandestin de la résistance du mouvement palestinien dans son ensemble (74). Le même comportement s’est reproduit lorsque la direction de l’OLP est devenue l’élite dirigeante en Cisjordanie. C’est pourquoi l’OLP est le seul régime à avoir deux budgets, l’un étant public, l’autre jamais déclaré. C’est ce deuxième budget, caché, qui sert aux appointements à caractère politique et aux pots de vin.

Il existe donc une tradition de « mains libres » pour dépenser l’argent,. Avant 1990, les régimes arabes étaient la principale ressource financière, auxquels il n’était jamais demandé de comptes. Leur objectif était de corrompre l’OLP afin qu’elle ne devienne pas une organisation révolutionnaire, qui pourrait trahir leurs intérêts. L’autre source de financement du mouvement de résistance est la taxe payée les Palestiniens de la diaspora. Ces gens ne connaissent pas leur droit de demander des comptes, ou bien ont une confiance aveugle en l’OLP, les deux justifications étant également catastrophiques.

L’AP n’a pas compris que la population de Gaza et de la Cisjordanie était différente des organisations militaires de l’OLP à Beyrouth dont les membres avaient une pleine confiance en la direction de l’OLP. Ils négligeaient leur travail et travaillaient comme cadres, en tant que militants professionnels, ils recevaient chaque mois un salaire et dépendaient donc de la direction politique. Lorsque cette dernière a décidé de participer au processus de paix d’Oslo, ces gens sont restés dépendants.

La population de Cisjordanie est une société autosuffisante. En tant que telle, elle n’a pas de raison de suivre aveuglément l’AP. Il en découle deux conséquences :

-Premièrement l’AP a compris qu’il était impossible de gagner la confiance du peuple, c’est pourquoi elle poursuit sa politique de corruption afin d’obtenir des retours de loyauté. Ceci s’achève par une lourde bureaucratie d’environ 150 000 personnes (75).

-En second lieu, de nouvelles divisions traversent la société, comme celle qui oppose « les privilégiés » à ceux qui ne le sont pas, les locaux et ceux qui sont de retour, ceux du Nord, ceux du Sud, ceux de l’Est, ceux de L’Ouest, et aussi, entre Gaza et la Cisjordanie  (76). Il n’y a aucun doute que toutes ces divisions ont pour base des différences matérielles.

Selon Marx : « Tout mode de production détermine des modes de circulation, distribution et consommation, comme autant de phases de son unité » (77). La question est donc de savoir comment se passe la distribution sous l’AP. Tant que la production est de faible niveau, et même marginale, elle ne sera pas la principale source de revenus du régime de l’AP. Ce sont donc les ressources provenant de divers donateurs qui sont distribuées, et ceci, à travers la corruption.

 

Aussi longtemps que les revenus du régime ne sont pas seulement produits par la société elle-même, par les impôts, les projets du secteur public et privé, aussi longtemps que la corruption par le régime est financée même indirectement par les donateurs qui financent certains des emplois dont le régime a besoin, ce régime aura toute facilité pour aller plus loin dans la corruption.

Dans les ex sociétés socialistes, les classes dirigeantes étaient corrompues parce qu’elles contrôlaient l’économie sur le dos des travailleurs, les seuls producteurs de plus value. Les dirigeants des pays producteurs de pétrole font de même dans la mesure où ils considèrent que le pétrole est la propriété privée des dynasties régnantes. Mais alors que dans les cas pré cités, il s’agit de personnes qui contrôlent la richesse nationale, dans le cas de l’AP, le comportement est le même, mais pas la source de la richesse. L’argent qui est entre les mains de l’AP provient des impôts, des monopoles gouvernementaux, des pays donateurs qui donnent cet argent comme une indirecte récompense politique afin que l’AP évolue en direction d’un compromis avec le projet sioniste. Ce qui est ironique est que les donateurs ne protestent pas contre la corruption de l’AP. Il est évident que ces pays donateurs du Centre capitaliste, soutiennent l’AP tant qu’elle-même soutient la « colonisation de paix » impérialiste en Palestine. Ceci satisfait leur agenda politique dont la pierre d’angle est la fin du droit au retour des Réfugiés palestiniens, la normalisation des relations des pays arabes avec Israël, dans le but d’intégrer Israël à la Nation arabe, selon le principe de l’Intégration par la Domination (IOD), lequel principe est un projet israélien et non arabe.

Les remerciements que l’AP donne à ses soutiens sont sous forme d’argent supposé contribuer au développement et à la création d’emplois, ou encore permettre d’augmenter les salaires dans certains secteurs de la société, des enseignants par exemple. Cette politique est corruptrice, elle vise à acheter la loyauté envers le régime, au détriment du développement. Aussi longtemps que l’AP poursuit cette politique, davantage de subventions et de prêts par les donateurs implique plus de dépendance et de dette envers ces derniers, dont le but est un soutien au projet d’ Israël d’en finir avec la Palestine. Malheureusement, il s’agit d’une rente politique en soutien aux positions de l’AP.

 

Les formes socio-économiques de la corruption

la modernisation de la corruption traditionnelle : la corruption de classe

La corruption n’est pas un phénomène nouveau dans les sociétés traditionnelles telles que la société palestinienne. La structure patriarcale encourage par nature, la corruption sous différentes formes. L’une d’entre elles est  al wasta c’est-à-dire une troisième partie, entre les citoyens qui ont des réclamations en direction du gouvernement, et les employés du gouvernement qui ne rendraient pas service, ils reçoivent des pots de vin des citoyens. Pendant la période Jordanienne, des médiateurs sont issus de dirigeants de la société traditionnelle, partant du niveau de dirigeants locaux ( muktars ) de villages, pour accéder à des positions élevées au sein du gouvernement, en fonction du niveau et de la qualité du service rendu. Cette hiérarchie a changé lors de l’occupation directe israélienne, et les postes ont été attribués à des collaborateurs de l’occupation qui rendent service à l’ennemi en gagnant leur vie par l’exploitation du peuple. La collaboration a ses propres stratifications.  Des entrepreneurs, des sous entrepreneurs, des agents, et quelques riches citoyens qui ont accès aux facilités et privilèges israéliens.

Sous le régime de l’AP, les « al wasta » sont quelque chose de relativement nouveau. Au sein du régime, ils sont des employés de haut niveau. L’AP a réservé ces al wasta à ses anciens cadres, ou aux membres de la structure bureaucratique. En tant qu’employés de l’AP ils sont juges et partie. A côté des bureaucrates, ces al wasta sont devenus une nouvelle partie de l’élite, des riches familles compradores, des ONG de haut niveau (voir ci-dessous).

Ces nouveaux wasta et l’élite compradore qui se sont développées sous l’AP ont remplacé  ou  partagé la situation de ceux qui étaient privilégiés sous l’occupation. Personne ne connaît la liste exacte de ceux qui ont reçu des autorisations pour des sociétés commerciales d’exportation. Le Conseil législatif palestinien a demandé à son secrétaire de donner quatre noms de cette liste, mais aucune réponse n’a été fournie (78). Cet environnement corrompu pollue l’image sociale. Les gens parlent des corrupteurs de façon critique, y compris par leur nom. Mais de toute façon, à la fin, beaucoup de gens vont frapper à leur porte pour leur offrir des pots de vin. La même corruption existe dans les conseils municipaux et locaux.

Les intellectuels ont fait partie des fractions de la société paralysées par la corruption. Ils ont reçu des propositions d’emplois bien rémunérés de la part d’ONG dans le cadre des accords d’Oslo, de la part d’associations nationales et internationales, et de la part de l’AP. En faisant ainsi, les responsables de ce processus ont arraché au mouvement de masse ses intellectuels, en dépolitisant nombre de membres de la gauche.

Comme on l’a souligné plus haut, le régime propose des emplois sur une base politique. Le manque de formation des « copains » est bien connu, c’est pourquoi ils sont prêts à faire tout ce qu’on leur demande. Plusieurs d’entre eux sont issus des classes populaires ou couches moyennes.  Ils souhaitent améliorer leur niveau de vie, ce qui est humain, mais  leur but ne devrait pas être atteint de cette manière. Ils veulent montrer à leurs familles simples qu’en fin de compte ils ont gagné quelque chose suite à leur rôle passé dans la lutte,  comme si l’équation était aussi simple. Au final, chacun est décidé à se battre pour conserver ce qu’il a gagné, et la cause pour eux se résume à avoir obtenu un bon emploi. C’est pourquoi ils sont prêts au compromis sur la question du droit au retour, tout cela pour un bon emploi, une nouvelle voiture…etc. Le régime a garanti pour ses membres et soutiens un emploi comme « emploi politique », alors que de l’autre côté, une grande partie de la main d’œuvre a été jetée au chômage. Ils doivent trouver un emploi soit dans la wasta, soit en travaillant en Israël, en faisant de la contrebande, en quittant le pays… Cette situation économique de chômage, de faible croissance, de prix élevés, de stagflation, pousse la jeune génération à quitter le pays. Et on arrive au résultat souhaité par les occupants.

Outre l’occupation, l’arriération économique du pays et sa pauvreté de ressources font comprendre que le régime puisse acheter la fidélité de beaucoup. L’AP est devenue source de sécurité économique pour ceux qui recherchent un travail, cette sécurité indispensable à qui veut une sécurité sociale et politique.  Mais en monopolisant les emplois pour ceux qui lui sont acquis, l’AP prive la grande majorité de la population d’une compétition à égalité pour bénéficier des ressources du pays. Ces personnes privées d’emploi sont contraintes de se tourner vers leur famille, famille élargie (hamula) pour en obtenir un soutien économique. C’est pourquoi les relations de la société traditionnelle sont si vivantes.  La corruption approfondit le manque de sécurité sociale, économique, personnelle, tant que la loyauté envers le régime est le critère pour avoir du travail.

Aussi les soutiens de l’AP ne sont ils pas prêts à accepter la moindre critique envers elle. Ils n’ont pas réalisé que leurs dirigeants avaient décidé de partager le pays avec l’ennemi, même lorsque l’OLP a lancé le slogan d’ « Autorité nationale » en Cisjordanie et à Gaza (1972/74). Au fil du temps, le programme d’autorité nationale a fini par accepter la normalisation avec l’ennemi et par reconnaître l’occupation du pays. Ceci s’est achevé par l’acceptation de la division de ce qu’il reste de la Palestine, entre la Cisjordanie et Gaza, y compris Jérusalem.

 

La corruption judiciaire

 

Un autre aspect de la corruption est la corruption du système judiciaire qui, contrairement à tout système démocratique, est soumis à l’autorité exécutive. Cette dernière a toute liberté de s’opposer aux décisions de la Cour. Ce qui est étrange est que lorsque cela se produit, aucune protestation n’est émise (79).  Malheureusement, ceci ne donne au peuple aucun choix que de constater que ce n’est pas la loi mais la corruption qui dirige. Ainsi, ils doivent trouver leur propre chemin, s’adapter ou se défendre (80). Même dans ce contexte, la corruption n’était pas limitée à ceux qui sont placés haut dans l’AP , elle s’infiltre dans les basses couches de la société. Ainsi certains procès sont retardés par la Cour, sans raison, ce qui incite le plaignant à contacter et payer tel colonel qui, de manière informelle et illégale, résoudra le problème.

Le Conseil législatif palestinien, est composé essentiellement de membres du Fatah (81). Lorsqu’une enquête sur la corruption du Cabinet a été rendue publique, ce dernier a été soutenu par la majorité du Conseil, et il a pu rester en place.  On peut dire que le Conseil ne représente pas le peuple, mais la classe dirigeante dont  il protège le Cabinet.  Bien que le terme de mission de ce Conseil soit échu depuis deux ans, il reste en place, aucun de ses membres n’a démissionné. Tous ont accepté la prolongation par l’autorité exécutive, preuve qu’ils ne représentent pas le peuple, mais la classe dirigeante qui en fait partie en raison de ses intérêts.

Du fait que l’AP et le parti dirigeant sont corrompus, le reste de la population est contraint de travailler dans cet environnement corrompu. La corruption est devenue la norme, ce qui affecte tout individu, sauf s’il s’isole.

Le « Conseil législatif » a entériné l’existence du double budget. Trente cinq pour cents du budget déclaré finance la police et l’appareil d’Etat. Si l’on considère le grand nombre de personnes employées par l’AP (150 00 environ), leur part dans le budget, et l’ accroissement de cet appareil de personnes « fidèles au régime », on peut dire que c’est un tiers de la société qui en dépend. Ainsi, d’une manière ou d’une autre, ces gens soutiennent le régime comme étant leur moyen de subsistance. Ce dernier n’a donc aucun compte à rendre en matière de démocratie.

 

La corruption avale l’Education pour tous 

 

Les Palestiniens, en particulier les réfugiés, perçoivent l’éducation comme une arme qui permet d’affronter les défis de la vie. Cette grande valeur accordée à l’éducation vient du fait que comparé à d’autres pays, les Palestiniens ont peu de choix. Le rôle des enseignants s’est dégradé sous l’AP.  Leurs salaires vont de 300à 450 dollars par mois. Chaque professeur qui a la possibilité d’avoir un deuxième emploi l’après midi,  le soir, ou pendant les vacances, le prend. Mais la faiblesse du budget consacré à l’éducation signifie manque de formation et de développement. Alors que l’espace est limité, les classes accueillent en moyenne 35 élèves. Les écoles fonctionnent en deux équipes ce qui accroît la charge des enseignants sans augmenter leurs salaires (82).

Malgré cela, la compétition est forte pour accéder à un poste d’enseignant. Ceci s’explique par le haut niveau de chômage, le recul des emplois en Israël et dans les pays producteurs de pétrole.

La politique d’emploi de l’AP a créé un nouveau secteur, inutile, qui a contribué à éroder les salaires des enseignants, alors que ceux qui y sont employés sont bien rémunérés.

Les enseignants ont été le premier secteur à mener des grèves et réclamer des hausses de salaires. La réponse politique de l’AP est semblable à celle des régimes capitalistes corrompus : les diviser en forçant les membres du parti à affaiblir le mouvement, en préparant des diplômés sans emploi à venir remplacer les enseignants grévistes, et en arrêtant les leaders.

La Gauche n’a pas soutenu le mouvement des enseignants, car les dirigeants sont corrompus par l’AP. Un enseignant du Front démocratique de Palestine ( FDLP) a poursuivi la grève malgré l’avis de son parti, a été arrêté par l’AP et ensuite, puni par son propres parti.

Les conditions ne sont pas meilleures dans les universités. Les conférenciers ont mené des grèves pour les salaires, par rapport au coût des ouvrages, des laboratoires, et pour d’autres dépenses. A l’université de Al Quds, un homme d’affaires saoudien a proposé 10 millions pour combler le déficit de l’université et le fonds de financement des conférenciers, en contrepartie d’un changement des responsables de la gestion des fonds, accusés de mauvaise gestion. L’AP a rejeté cette proposition car ces gestionnaires appartenaient au parti.

 

La corruption et les travailleurs

 

Un des aspects importants de l’économie de la Cisjordanie sous l’occupation, est  le déséquilibre de l’équation entre le travail et le capital. De manière générale, le capital local est supposé employer (ou exploiter) la main d’œuvre locale, selon la théorie classique, car la bourgeoisie a un intérêt à faire du marché national son domaine. Et dans ce domaine, elle exploite la force de travail locale. Cette équation a été brisée par l’occupation israélienne, qui a bloqué le développement des OTS. Sous l’occupation, c’est plus de 40% de la main d’œuvre de Cisjordanie qui a fait la navette pour partir travailler à l’intérieur de la Ligne verte israélienne. A peu près le même pourcentage de travailleurs sont dans les pays producteurs de pétrole.

On pouvait espérer que le régime palestinien adopte une politique de développement qui protège la force de travail de l’exploitation et de l’humiliation nationale par les Israéliens. On pouvait aussi espérer que l’AP aille plus loin que la misérable tradition de l’OLP qui n’avait pas de politique de développement, et en élabore une comparable à la DBPP (voir chapitre 1), ou au moins, conforme à ses prétentions de faire de la Cisjordanie une zone comparable à Singapour.  Les Accords de Paris, signés entre l’AP et Israël, établissaient que ce dernier signerait des permis de travail pour 100 000 travailleurs palestiniens, afin qu’ils puissent travailler dans la Ligne verte. Cette partie de l’accord révèle d’ailleurs que la dépendance vis-à-vis de l’entité sioniste, est une part de la politique économique de l’AP.  C’est la raison pour laquelle l’AP blâme continuellement Israël de ne pas accorder d’emplois aux Palestiniens dans son économie. Des années 1990/93 aux années 1994/98, le taux de chômage s’est accru de 5.6% à 18.3 (83).

Mais est ce que le taux de 5.6% de chômage avant les accords d’Oslo est un chiffre correct ? Ce pourcentage est une fausse estimation israélienne. Et si l’emploi de ces travailleurs cisjordaniens en Israël ou dans les pays producteurs de pétrole est un emploi permanent, sans crainte d’être renvoyé sans motif, cela ne signifie pas que c’est correct sur le plan économique. La situation normale est que le capital local doit être capable d’absorber (d’exploiter) la force de travail locale. Ceci n’a jamais été le cas de l’économie en Cisjordanie.

La classe ouvrière, en fait est exploitée par Israël  et le capital local d’un côté, et dupée d’un autre côté au niveau politique national. Pendant l’occupation directe (1967/1994) et sous l’occupation indirecte, de 1994 à aujourd’hui, la direction des travailleurs était le dernier des soucis des organisations politiques petites bourgeoises et intellectuelles (qui de toute façon ne sont pas socialistes). La situation s’est détériorée lorsque la direction de la classe travailleuse est tombée entre les mains de l’AP.

Lorsque le pouvoir a été transféré des occupants israéliens à l’AP, cette dernière  a reçu la direction d’une classe travailleuse «  prête à obéir ». C’est pourquoi les syndicats se sont désintégrés  sous la direction de l’AP qui a perpétué la politique hostile aux travailleurs de l’OLP. Distribuer des pots de vin aux dirigeants haut placés, leur accorder des privilèges, des voitures neuves, des prolongations de mission et des salaires « secrets ».

Comme on l’a indiqué plus haut, l’AP a appointé des colonels pour diriger les syndicats. Lorsque les enseignants ont commencé leur grève, la direction syndicale a signé une déclaration condamnant les grévistes. Le secrétaire général des Syndicats a signé un accord avec la Centrale israélienne Histadrut (84)  au nom des travailleurs, et a reçu 8 millions de shekels comme premier paiement en déduction des salaires payés aux Palestiniens travaillant en Israël. Et les accords stipulent qu’Israël continuera à verser cette somme mensuellement. Ce fait constitue un pas de plus dans la normalisation, malgré la volonté populaire, et de plus, le secrétaire général s’est comporté de façon autoritaire. Il n’a jamais consulté aucun des autres dirigeants syndicaux, ni les équipes techniques.

L’occupation israélienne, encourageant l’AP à davantage de corruption, lui donne le contrôle du travail palestinien en Israël. Ceci donnera le pouvoir de sélectionner les travailleurs auxquels le permis de travailler en Israël est accordé, sachant que les salaires sont 300% supérieurs à ceux versés en Cisjordanie. Et de l’argent à gagner en retour.

 

Investissement versus Corruption

Ce pourrait être une exagération de faire un lien entre la corruption et le développement. C’est moins une exagération d’établir un lien entre la corruption et la croissance. Le développement, pour l’essentiel, doit se faire au bénéfice des classes populaires qui sont les principales victimes de la corruption.  Le bénéfice attendu est de leur donner le droit de participer à la planification et à la production, à la direction, et de leur donner des compensations pour leurs services. Le développement signifie que les gens méritent de profiter de leurs droits et d’être acteurs et non marginalisés, du développement socio économique et politique, et des activités culturelles.

La corruption n’incite pas les gens à faire des investissements et du développement. Ils peuvent préférer investir à l’étranger plutôt que localement, ce qui supposerait de croire en la stabilité et la continuité du système politique ce qui n’est évidemment pas le cas.

La commission latino américaine (Economical commission for Latin America : ECLA) a été le premier groupe à développer une politique de substitution d’importation. Ils ont donc pendant des années défendu l’idée qu’un taux élevé d’importations joue un rôle important dans une politique de soutien de la croissance, et que l’Amérique latine soutient un «  strong external support in order to  meet service payments.

Ce concept suppose une bonne volonté de la politique de substitution d’importations comme politique nationale de développement et d’assistance étrangère. Cette question mérite discussion. ECLA en tant qu’école réformiste, a essayé de concilier développement et corruption. Le principal argument d’ECLA est que la pratique des pots de vin n’a pas un impact négatif sur le développement, tant que les classes dominantes ne l’entravent pas. Cette attitude « positive » envers les classes dominantes  s’explique par la conviction qu’a l’ECLA que tant qu’il y a croissance, un certain retour en direction des pauvres existe ce qui atténue les tensions sociales et facilite le développement. Dans la réalité cependant, une bonne part des capitaux qui sont arrivés en Amérique latine  sous forme de prêts pour le développement, sont repartis par la porte de derrière et ont été placés sur des comptes privés dans des banques étrangères. La dernière expérience en date, et la plus claire, est la russe. Des opérations frauduleuses sont impossibles sans la complicité de managers des banques internationales.

 

Dans le cas de l’expérience palestinienne, le « Comité associé » basé à Amman, qui aide au développement dans les territoires occupés, à imposé des conditions qui ne pouvaient être accepté par personne, si ce n’est par les couches supérieures. En effet, pour obtenir un prêt, il faut être propriétaire d’une terre. Ce sont seulement les classes supérieures et petite bourgeoises qui possèdent des terres à proximité des villes.  La politique de Comités associés a consisté à développer des projets de construction à proximité de cités dynamiques  (85). Les prêts les plus importants n’ont jamais été accordés dans les territoires occupés de1967, mais déposés dans des banques étrangères.  Le but principal est de rester loyal envers la direction palestinienne, dans le sens d’un intérêt mutuel. Les riches ont bénéficié du surplus, et en échange, ont tourné leur loyauté d’avant vers la Jordanie, en direction de l’AP.

 

On pourrait en dire long sur la façon dont l’AP utilise les fonds des donateurs. Nul, de ces deux côtés, n’est intéressé par la croissance ni par le développement. L’AP est devenue un régime corrompu qui  a transféré le capital produit et gagné localement à l’étranger, et les donateurs, qui exercent un contrôle sur l’usage des fonds,  ne se sont pas consacrés au développement local   (86).

Lorsque l’OLP est arrivée au pouvoir en Cisjordanie, elle a continué avec cette tradition de non développement : « la corruption intervient dans cette carence du développement car elle semble être un indicateur important de l’échec du développement, dans nombre de pays en voie de développement » (87). Dans le cas de l’AP le problème est double : un manque de stratégie, une histoire de corruption, et le fait qu’aucun argent ne provienne des ressources locales.

Dans une lettre ouverte au Ministre du commerce et de l’économie de l’AP, des commerçants qui importent des biens de consommation depuis les marchés européens selon des licences commerciales accordées par l’AP, ont trouvé un marché saturé de biens provenant de Jordanie ( lait et fromages). La taxe d’importation de ces produits s’élève à 80% alors qu’elle n’existe pas dans les pays voisins (88).

 

Le consumérisme et la corruption

 

Le consumérisme est nouveau dans les territoires occupés de 1967. Il a été atténué mais est resté latent avant l’Intifada, dans les années 1987. En dépit du haut niveau moral de l’Intifada, les riches hommes de loi de la société n’ont jamais cessé de se procurer des biens à l’intérieur d’Israël.  Sous l’AP, malgré une détérioration du niveau de vie et la chute des revenus, le consumérisme s’est développé. Il est financé par les pays donateurs, les ONG, par la corruption des officiels par l’AP.  C’est ce qui explique le haut niveau de consumérisme dans les secteurs où sont les maisons des ministres, les bureaux des donateurs, des ONG, et les agences internationales

Ce qui ne doit pas nous faire sous estimer les deux facteurs suivants :

1 : Le penchant traditionnel de cette communauté à dépenser façon  visible, afin d’en tirer fierté.

2 : un comportement de consumériste qui a pénétré la société à travers une économie capitaliste et l’absence d’institutions combattant cela.

Plus le consumérisme rencontre des prix élevés, plus le marché local se contracte, car l’argent est dépensé pour acquérir des biens en provenance d’Israël et des marchés étrangers. La preuve en est que dans un pays pauvre, les espaces occupés par l’AP sont pleins de biens luxueux en particulier, de voitures neuves. Ces pratiques ont conduit à un étouffement de l’industrie locale naissante, et même de celle qui produit des biens élémentaires.  Ainsi, conformément aux traditions, même les classes populaires sont prises dans l’engrenage consumériste, ce qui se voit à leur manière de dépenser.

 

L’ordre mondial et la corruption.

 

Il est difficile d’imaginer un régime corrompu isolé dans son propre pays. Les régimes corrompus de la Périphérie sont tous soutenus, et travaillent pour le Centre capitaliste. En d’autres termes, les pays impérialistes soutiennent l’industrie de la corruption dans la périphérie comme l’une de leurs sources de revenu national ou encore, le Revenu national brut dans les pays de la Périphérie signifie un transfert de richesse en direction du Centre. Lorsqu’il en tire profit, le capital regarde rarement la couleur et la démocratie. C’est pourquoi la corruption est l’une des dimensions des affaires dans le cadre de la mondialisation.

L’exemple le plus récent est le soutien de la privatisation par le Centre en Russie, où les complexes industriels se sont vendus à si bon marché. Un des résultats de la transformation proclamée de la Russie en système démocratique et capitaliste, a dégénéré en corruption systématique. Une raison pour laquelle le capitalisme colonialiste et impérialiste soutient les régimes corrompus est le fait qu’il s’agit d’une extension du colonialisme sous de nouvelles formes et d’une alliance entre les classes capitalistes du Centre et de la Périphérie. En d’autres termes, le monde capitaliste est en train de réorganiser sa structure de classe, au niveau d’une remise en ordre des classes.

Il faut souligner qu’il y a des différences entre la corruption au Centre et à la Périphérie. La corruption est au Centre en tant que formation sociale transformée depuis longtemps, est institutionnalisée et alimentée par la richesse provenant de la Périphérie.  La corruption peut être atténuée dans les pays du Centre, précisément du fait du pillage des richesses en Périphérie. En conséquence, la corruption est une forme de phénomène dominant du système capitaliste mondial à l’ère de la globalisation.

Dans les formations de la Périphérie, la corruption est ouverte et stratifiée depuis les hautes classes jusqu’aux classes populaires. Et de fait, la lutte contre la corruption dans certains pays de la périphérie s’avère plus difficile encore que la lutte contre le colonialisme ou l’occupation.

« Les affaires internationales vont systématiquement dégénérer en corruption, là où il sera possible d’obtenir des parts de marché, des faveurs du gouvernement, d’autres ressources, en particulier en Afrique francophone. La France demeure le partenaire commercial le plus ancien, bénéficiant d’une économie mise en place depuis longtemps, de relations économiques, politiques, culturelles, et personnelles.

A titre d’exemple, la compagnie  pétrolière française  ELF peut accéder aux plateformes pétrolières du Cameroun, en payant des pots de vin au président Biya (89).

L’AP prétend soutenir le secteur privé en appliquant les directives de privatisation de la Banque mondiale et du FMI, la non intervention de l’Etat dans l’économie, le marché ouvert, l’absence de protectionnisme, le privilège accordé au capital étranger sur le capital local à travers les lois et régulation. L’économie de l’AP est une économie «  en stand by ». Cette même économie qui donne priorité à la spéculation sur le développement, l’emploi intensif et la production de biens élémentaires.

Une telle économie dépend des services. Ces services limités à une économie de Casino. L’AP est experte en tourisme. Bien que le tourisme stimule l’industrie touristique, il exige de nombreux services complémentaires tels que la restauration, les hôtels, les guides touristiques etc. il ne faut pas oublier que ce tourisme en Cisjordanie est temporaire. En effet, tant que l’AP n’a pas la souveraineté sur les frontières avec Jérusalem, les touristes vont de manière préférentielle en Israël.

Alors qu’un département du régime palestinien mène une enquête officielle sur la corruption réelle et concrète, l’ambassadeur israélien Martin Indek  a fait l’éloge suivant : « Nous félicitons l’AP  qui a réussi à développer au mieux divers secteurs de l’économie, en particulier la zone industrielle de Gaza » (90). Une enquête publiée dans Nesweek disait : «  La direction palestinienne était libre de distribuer de l’argent à ceux qui appliquent la ligne du parti. Il a fallu trois années d’intense pression des donateurs tels que le Fonds monétaire international, pour persuader Arafat de faire contrôler l’argent par son ministre des finances. Le FMI a également poussé Arafat à révéler les biens et propriétés d’affaires de l’AP, mais ceci reste encore connu à travers l’enquête de Price Waterhouse Cooper » (91).

Et pourquoi le FMI est il si patient envers l’AP malgré toute cette corruption, alors qu’il s’acharne sur Mr Mugabee du Zimbbwe  bien que ce pays rembourse ses emprunts dans les délais ?  Lorsque ce dernier a demandé au FMI un échelonnement des remboursements,  le directeur du FMI ne lui a pas dit de ne pas soutenir Kabila au Congo. C’est pourquoi Mugabe a qualifié le FMI d’animal sauvage. Et même l’Egypte se trouve sous pression du FMI pour dévaluer sa monnaie, bien qu’elle pousse les Palestiniens vers la normalisation et la poursuite du catastrophique « processus de paix » (92).

Les pays donateurs ont payé à plusieurs reprises les salaires des policiers palestiniens, parfois à travers les fonds de l’UNRWA qui sont destinés à apporter aide et assistance aux réfugiés. Mais aucun de ces donateurs n’a considéré qu’il faillait  payer les maigres salaires des enseignants qui ont du si souvent faire grève.

Les banques internationales ont un rôle dans la corruption des pays du Centre. En raison de l’abondance d’argent, de liquidités, ainsi que du recul de la demande locale de fonds,  les banques des pays développés ont commencé à être en compétition pour exporter du capital vers les pays de la Périphérie dont la demande était très importante, en particulier les pays les moins développés qui empruntent aux banques privées pour financer leur coûteuse économie politique.  Lorsque les pays de la Périphérie étaient en mesure de rembourser, les banques commerciales prêtaient et favorisaient la corruption (93).

Le montant de la plupart de ces prêts n’a pas été mis au service du développement, mais surtout distribué dans certains cercles corrompus. Suite à la crise des années 1980, les banques commerciales et les pays développés ont réduit leurs prêts en direction des pays de la Périphérie, en dépit de surplus disponibles dans leurs propres pays. Le montant de la plupart des prêts volés pour la corruption est retourné vers les pays du Centre, sur des comptes privés. Soharto, d’Indonésie, a connu un procès pour avoir volé et déposé dans des banques internationales un montant de 4 milliards de dollars. Récemment, le rôle des banques commerciales a été de blanchir l’argent à travers les banques et régimes du Tiers Monde.  Mais même lorsque cet argent a été blanchi, il retourne vers les banques du Centre. Dans ce cas, le blanchiment d’argent est une activité conjointe qui associe les Etats capitalistes de la Périphérie, les banques internationales, et les Etats du Centre au cœur du Système mondial (94).

 

CHAPITRE  7

 

LES ONG : au service du développement, ou de l’enrichissement individuel et d’un agenda extérieur ?

 

La définition des ONG varie selon les écrivains. Sans entrer dans une discussion poussée à ce sujet, je vais clarifier le terme par les points suivants dans ce chapitre.

 

A) Il faut tracer une ligne de délimitation claire entre  d’une part les associations locales, les syndicats, les associations charitables, les coopératives qui contribuent à des activités de la société civile d’autre part.

B) mon but est de bien différencier les ONG des associations locales qui sont fondées sur la base du volontariat de membres des classes sociales locales, et celles qui sont autofinancées  et auto organisées. L’agenda de ces dernières est généralement local ou national.

Dans cet article, le terme d’ONG est employé pour les ONG étrangères ainsi que les ONG locales qui sont créées ou dépendantes de l’étranger. De plus, elles n’ont pas de base sociale et n’ont pas d’assemblée générale, réunion des membres, mais se limitent à des bureaux et des employés. Au cours de ce chapitre, je différencierai les individus qui travaillent avec une ONG et en reçoit salaire et privilèges, et ceux qui sont des pionniers activistes , des bâtisseurs qui sont membres d’associations locales.

Ma définition d’ONG n’inclut pas les associations locales des pays occidentaux, car plusieurs ont été fondées de façon indépendante, et souvent en opposition, au régime capitaliste occidental et nombre d’entre elles sont opposées à la mondialisation.

Dans ce chapitre, le terme d’ONG désigne également celles qui sont constituées d’employés dans des bureaux et dont le but proclamé est d’aider au développement, alors qu’elles n’en font rien. Ces ONG prétendent participer au développement socio- économique et culturel des pays de la Périphérie. Elles sont composées de managers et de leurs assistants, de secrétaires et ont des bureaux  de service, de recherche, et préparent des études à la demande d’ONG étrangères  ou pour les ambassades des pays occidentaux. J’inclus également dans ce terme les ONG qui sont financées par leurs propres membres au sein des pays capitalistes c’est-à-dire des pays désignés comme « donateurs ». En somme, les ONG ici prises en compte correspondent à la plupart de celles qui interviennent dans les pays du Tiers monde.

L’évaluation des ONG est extrêmement polémique. Il semble que dans de nombreux cas, ces polémiques ne sont pas fondées sur la nature la structure et le rôle des ONG, mais sur l’idéologie et les positions politiques des évaluateurs.

Il est important de prendre en compte les relations entre les ONG étrangères et les régimes capitalistes du Centre, les buts politiques, l’histoire coloniale, et les politiques actuelles de ces régimes impérialistes. Ceci nous permettra de conclure que les ONG sont une nouvelle forme de missionnaires européens capitalistes, à la différence que les ONG actuelles qui agissent dans les pays de la Périphérie sont au service du Centre impérialiste. Et si certaines ne le sont pas, il s’agira de savoir comment faire la distinction.

Il faut noter que la tentative des ONG de dissimuler leur lien « ombilical » avec l’impérialisme, ne les aidera pas à perdre leur fragile crédibilité au sein de la population. C’est pourquoi c’est une relation fausse, sachant que l’impérialisme ne recherche pas des alliés mais des agents dans les pays de la Périphérie et, d’autre part, qu’il est difficile de cacher qu’elles sont sponsorisées par l’impérialisme.

Les ONG sont une question en débat parmi les Palestiniens de Cisjordanie. Ceux qui les soutiennent entretiennent délibérément une confusion entre la désignation par le terme ONG et le terme désignant associations locales (ahli en arabe), de la société civile et des organisations de masse. L’expansion artificielle du terme ONG a atteint un tel point qu’il désigne parfois les syndicats. Le but de cette confusion est de cacher le véritable rôle des ONG, en particulier lorsqu’il y a des doutes concernant leur financement, et leurs relations croissantes avec le capitalisme occidental. La Banque mondiale, en tant qu’institution financière internationale, encourage la corruption comme étant une partie cachée de son agenda dans les pays de la Périphérie. Elle soutient ainsi vivement les ONG implantées dans les territoires occupés, contribuant ainsi à de fausses activités, loin de ses buts déclarés. La Banque mondiale a présenté un rapport dans les années 2000 : «  de nombreux groupes non gouvernementaux, y compris des militants de partis politiques, des dirigeants religieux, des organisations charitables, des associations de commerce locales, et des ONG étrangères ont constitué le premier choix parmi les 12% qui ont survécu, dont la moitié du total provenant de partis politiques »  (95).

Le préjugé principal ici est la confusion délibérée entre ONG qui sont définies ci-dessus, et les associations locales et partis politiques. Il en va de même en ce qui concerne la confusion entre le rôle des ONG dédiées au développement. Le développement est un processus communautaire, social, politique, économique et culturel. Il est soit conduit par un régime qui représente la majorité de la société, soit encore adopté par les classes populaires sous forme de DBPP. Les ONG, quant à elles, sont financées de l’étranger et influencées par les donateurs. Et même si certaines d’entre elles visent la partie pauvre de la population, leurs budgets ne proviennent pas de leur propre société ou de soutiens. C’est pourquoi leurs motivations et agendas ne sont pas définis selon des critères locaux. Même celles qui donnent aux pauvres, ne le font pas selon une logique de classe, mais dans une optique de charité.

Il faut savoir qu’alors que toutes les ONG, au moins celles qui interviennent dans les Territoires occupés, de 1967, proclament vouloir contribuer au développement, mais sont financées par les Agences de développement Outre-mer (ODA). Leur agenda est donc décidé par la Banque mondiale, les ambassades des pays capitalistes, etc. Quelle association suspecte entre deux partenaires supposés avoir deux agendas différents, si ce n’est que l’un d’entre eux n’en tiendra pas compte. A ce niveau, et en considérant le rôle de la Banque mondiale, on peut en déduire que le mensonge est du côté des ONG. Il est surprenant de voir comment la Banque mondiale flatte le rôle des ONG dans l’aide au développement dans les Territoires occupés. Le rôle qui leur est attribué dans le rapport officiel de l’année 2000 est bien supérieur à celui qu’elles jouent en réalité (96).

Les ONG, en tant que fondées et financées par les donateurs impérialistes et la Banque mondiale, finissent par créer des alliances avec la classe dominante compradore dans les pays de la Périphérie. Les territoires contrôlés par l’AP donnent un bon exemple, à travers la compétition entre AP et les ONG afin de contrôler le partage des donations. (voir plus loin). En accord avec leurs engagements, les ONG sont une machine intellectuelle compradore, qui est elle-même alliée aux capitalistes compradores, et à travers cela, ses cadres supérieurs bénéficient de richesses et deviennent eux-mêmes capitalistes.

 

Les ONG produits d’une époque spécifique

Le phénomène des ONG est apparu dans les trois dernières décades de la Guerre froide. Il a surgi en même temps que le changement d’équilibre de pouvoir et de forces sociales, au sein, et entre, les blocs capitaliste et socialiste. Pendant les années 1970, on a assisté à la désintégration des parties périphériques  les plus isolées de l’URSS (en Asie et Afrique). Durant les années 1985/90, cette désintégration a atteint les périphéries proches (Pays de l’Est socialistes). Conduits par des classes capitalistes en train de devenir compradores, ces pays ont commencé à se détacher de leur camp et à s’attacher aux pays du Centre capitaliste et impérialiste   (97).

Les ONG ont servi de couverture aux hideuses faces des régimes impérialistes, dans les pays du Tiers monde, qui ont profondément souffert du colonialisme occidental, plus tard de l’impérialisme, et actuellement, de la mondialisation. Quelques pays occidentaux ont servi à jouer ce rôle, la Norvège et la Suède, que l’on peut dans ce contexte désigner par « Gouvernements non gouvernementaux », c’est-à-dire des pays qui n’ont pas d’héritage colonial, en tout cas pas dans les pays arabes  (98).

La Norvège sert les intérêts US dans les pays arabes, comme si elle était elle-même américaine. Ainsi, une ONG norvégienne au nom de FAFO intervient en Cisjordanie et à Gaza sous prétexte d’affiliation à un syndicat norvégien. C’est en réalité cette même ONG qui a contribué largement à préparer ces infâmes Accords d’Oslo, en s’appuyant sur une longue liste d’intellectuels palestiniens. Nombre d’entre eux sont devenus des membres des négociations d’Oslo et Madrid, et ont participé aux négociations concernant le droit au retour des réfugiés.

En réalité, les ONG sont devenues un nouvel outil de la mondialisation, le dernier développement de la domination et de l’hégémonie à travers le monde. Par cette domination, les compradores, les intellectuels, de la Périphérie se sont déchus au point d’engager leur loyauté avec les impérialistes.

L’émergence du phénomène ONG s’est produite dans la période de la crise de la dette des pays du Tiers monde, lorsque ces pays de la Périphérie ne sont plus parvenus à payer leur dette dans les années 1980 que les Nations Unies désignent comme «  la Décade du développement perdu ». Pendant cette décade, les régimes des pays pauvres étaient trop pauvres pour résister à l’attrait des sommes assez considérables que les ONG pouvaient offrir. En d’autres termes, ces sommes étaient consacrées à verser des pots de vin à des individus, pas à financer le développement pour les classes populaires. Des sommes importantes sont envoyées pour participer à la corruption (cf chapitre 6). La corruption facilite la mission des ONG pour autant que certains cercles dirigeants dans les pays pauvres acceptent un partage de l’argent dont elles disposent. Afin de faciliter leur position, les régimes impérialistes ont accru le budget des ONG au point que celui-ci excède le montant de celui de l’organisme officiel, l’Agence de développement Outre- Mer (ODA).

 

Les ONG se substituent aux  ODA

 

Les pays impérialistes ont favorisé le développement des ONG en tant que face cachée,  à travers des organismes officiels comme l’ODA. Cette priorité qui leur a été accordée confirme notre analyse selon laquelle les ONG peuvent jouer un rôle plus intéressant pour les « donateurs » que l’ODA.

« Au cours des deux dernières décades, les ONG ont remplacé les gouvernements. L’un de leurs avantages reconnus est leur flexibilité et leur petite taille, comparativement à l’organisme officiel. Actuellement, la plupart des grandes ONG gèrent des fonds similaires à ceux de nombre d’agences officielles d’aide.  En 1985 par exemple, l’aide des Services de secours catholique était de 437 millions, comparé aux 426 millions de l’aide du Gouvernement belge, celle de l’organisation CARE était de 247 millions (comparé aux 258 millions de l’Autriche, et le budget d’OXFAM Angleterre, était de 119 millions supérieur à celui de la Nouvelle Zélande (104 millions).

A ce moment -là, la taille des ONG s’est considérablement accrue ainsi que leur nombre, en particulier là où des gouvernements étaient prêts à les fonder. Le montant total des contributions philanthropiques représente environ 1.75% du Produit national brut (dont 2% pour les diverses causes des pays du Tiers-monde) et si l’on inclut les contributions publiques aux « organisations privées bénévoles », on approche les 5% (soit presque autant que les 6%consacrés à la défense). Au Royaume Uni, les contributions privées de charité atteignent 2 milliards de livres, soit 0.58% du Produit intérieur brut, dont environ 6.5% pour le Tiers monde.

De tous les pays de l’OCDE, seules la France, l’Autriche et l’Australie, ont contribué moins que la Grande Bretagne au financement des ONG. L’Angleterre étant l’un des premiers pays à soutenir les ONG. En 1971, elle a contribué pour 8% du financement officiel de toute l’OCDE, montant qui s’est abaissé à 1.6% en 1979 puis 0.6% en 1986. Alors que le financement britannique diminuait, celui d’autres pays augmentait. La réduction de financement par les pays de l’ODA a provoqué la protestation des régimes dépendants qui voulaient conserver une part du gâteau. De toute façon, il existe une compétition entre les ONG et les régimes dépendants pour ce partage des donations. C’est ainsi que les donateurs s’assurent la loyauté des deux côtés  (99).

Selon le Général brésilien Nilton Sercoza, les ONG ont dépensé 700 millions au Brésil en 1994 (100). si les ONG ont dépensé 10 millions de dollars en Cisjordanie (voir plus loin) cela signifie que le montant dépensé pour le Brésil est très modeste, si l’on compare les populations dans les deux cas. Ceci est un indicateur de la concentration des impérialistes dans les Territoires occupés. Actuellement, les ONG – en particulier les internationales- ont dépensé collectivement un montant estimé à 9 à 10 milliards par an (101).

Comme on le dit à plusieurs reprises au cours de ce chapitre, le montant croissant de la part des ONG au sein de l’aide au développement ODA, ne signifie pas pour autant que cela est suffisant pour répondre aux besoins. Ceci dément les propos exagérés du Rapport de la Banque mondiale, qui affirmait : » le niveau d’aide reflète la grande importance que les donateurs accordent au processus de paix au Moyen Orient. En fait, les 1.75dolllars US par personne versés à Gaza et en Cisjordanie sont le niveau le plus élevé de l’aide officielle versée partout dans le monde » (102).

Il est bien connu que les pays donateurs, les ONG et la Banque mondiale, souhaitent que les Palestiniens « avalent » le processus des Accords d’Oslo. Ces parties prétendent favoriser Gaza et la Cisjordanie en augmentant leur participation dans cette région. Malgré le recul général de l’aide au développement, il est clair que le budget des ONG n’est pas si conséquent et pourrait décroître à l’avenir.

Le Rapport de la Banque mondiale en 2000 établit : «  Tous ces effets pourraient à l’avenir être compensés par une réduction générale de l’aide au développement, et une répartition  croissante entre les bénéficiaires de ces rares ressources. Le montant global de l’ODA est tombé à 18% en termes nominaux, et 21% en termes réels entre 1994 et 1997 (année la plus récente pour les données). Au cours de la même période, la proportion de l’aide globale à Gaza et en Cisjordanie, s’est accrue de façon notable passant de 0.78% 0 1.24ù selon des données de l’OCDE. Le recul annoncé de l’aide aura des conséquences négatives sur la disponibilité des ressources en Cisjordanie. Et la situation pourrait encore s’aggraver par la suite, du fait de besoins nouveaux et de situations d’urgence humanitaire ailleurs dans le monde, au Kosovo et au Timor Oriental par exemple » (103).

Il faut encore ajoute que non seulement ces montants ne sont pas suffisants  pour répondre aux besoins en matière de développement, mais qu’en plus ils ne sont pas utilisés de façon adéquate (cf chapitre 6).

La raison pour laquelle les pays donateurs privilégient la Cisjordanie et Gaza, c’est pour renforcer la « fausse paix ». La question est alors, quel est le but en soutenant cette « fausse paix » ?  Que disent les donateurs, la Banque mondiale et les ONG de l’Intifada 2000 que les Palestiniens ont déclenchée contre celle-ci ?  Vont -ils changer leur attitude et punir les Palestiniens de Cisjordanie ? De fait, c’est ce qu’ils font en ne dénonçant pas l’entité sioniste. Ils sont les seuls pays au monde à ne pas dénoncer les massacres des israéliens ni les destructions à Gaza. Et même ces fameux 1.75% d’aide, reviennent ils vraiment à la population ? Et quand bien même ce serait le cas, est ce assez ? (cf chapitres 2 et 6).

Affirmer que l’impérialisme est une force motrice du sous- développement des pays de la Périphérie, ce n’est pas parler en l’air. Les pays donateurs sont un prolongement des vieux régimes coloniaux dans ces pays dont ils ont pillé les ressources et la richesse, et où ils paient leurs agents comme dirigeants dans l’ère postcoloniale. Ces dirigeants représentent des marchands qui constituent la couche compradore, qui ont joué un rôle dans le blocage du développement des pays de la Périphérie. La protection impérialiste de ces régimes n’a pas seulement contribué au blocage du développement, mais aussi à celui de la démocratie, sans parler de l’échange inégal  (104).

Il semblerait que la faiblesse du budget des ONG soit la raison du choix d’aider les pauvres et de faire la charité, plutôt que de stimuler le développement. La justification donnée est que pour le développement de ces gens, un petit capital est tout ce qui est nécessaire. Ce qui soulève les problèmes suivants : en premier point, ce type de développement encourage la culture individuelle privée, alors que ce qui est nécessaire, ce sont des coopératives économiques sociales, culturelles.

En second lieu, ces montants limités de soutien à de faibles projets qui ne peuvent pas être compétitifs sur le marché mondial. Ceci est une des raisons pour lesquelles la plupart d’entre eux ont fini par disparaître. La seule chance de succès que ces projets peuvent connaître, c’est en étant de type coopératif. De toute façon, la Banque mondiale a noté : «  dans la première moitié de l’année 1999, les ONG ont consacré 15 millions de dollars à des prêts.  Bien que cela représente moins de 2% du montant  des prêts effectués par la Banque mondiale pendant la même période, ces programmes sont ciblés sur les pauvres, qui n’ont autrement pas accès aux crédits et projets d’entreprises. Les programmes de prêts les plus importants contribuent à aider les petites et moyennes entreprises pour des services de consultants et de financement. Dans tous ces secteurs, les ONG ont un rôle important à jouer pour accompagner les initiatives et faciliter le développement du secteur privé (105).

Mais du fait que ces prêts financent des projets individuels, petits, ceux-ci disparaîtront du fait des épreuves familiales ou des difficultés financières. Les pauvres restent pauvres, mais se retrouvent en plus en dette. Aucun mot de la Banque mondiale sur les coopératives, et l’action coopérative avec les ONG. Après tout, est-il encore utile de demander qui prête à qui ? Le fait est qu’aussi bien la banque mondiale que les ONG ré éduquent le peuple à l’idéologie du marché libre.  Ce qui facilite la mission de ces équipes de l’anti développement, est le fait que la majorité des progressistes de gauche qui sont supposés être opposés à la modernisation capitaliste, sont eux-mêmes intégrés à celle-ci et s’opposent au Développement sous protection populaire (DBPP) alors que la validité de ce modèle a été confirmée lors de l’Intifada 2000.

Pendant un certain temps, les activités des ONG sont apparues comme du travail charitable. Mais après les expériences des années 1980/90, il est devenu clair que les donateurs étaient en train de « faire des affaires ». Ils collectaient les intérêts des prêts. Et lorsque la plupart des projets ont échoué, ils se sont tournés vers l’Assistance technique (AT). A ma connaissance, ce tournant s’est produit avant même l’arrivée de l’AP, à une période où j’étais proche de ce domaine  par mon travail (1990/93) pour le programme des Nations Unies pour le Développement, à Jérusalem, et le programme de l’UNRWA. Lorsque les donateurs sont apparus directement en scène, à l’ère de l’AP, ils ont encouragé l’AT car cela leur a permis d’éviter les critiques en cas d’échec des projets. Ils pouvaient récupérer les fonds « donnés » aux Palestiniens, sous forme de hauts salaires. Pour les « experts capitalistes occidentaux » ou en envoyant des Palestiniens en formation en Europe et aux USA. Ceci a poussé les officiels de l’AP qui sont bénéficiaires de l’aide des donateurs. Le Rapport de la Banque mondiale a noté : «  selon les officiels Palestiniens seniors, l’assistance technique et les activités auxiliaires peuvent représenter la moitié du soutien des donateur à tout projet. Bien entendu, la conviction existe parmi les officiels palestiniens de l’aide, que la possibilité offerte aux donateurs de faire intervenir leurs propres experts au sein du projet joue un rôle clef dans l’attribution prioritaire de fonds à ce projet  (106).

L’AT est un problème flou, qu’il est difficile d’évaluer en comparaison aux projets productifs. Les ONG remplissent là une mission charitable. Les activités que l’on ne peut évaluer sont charitables, et non ciblées sur le développement. Du fait de se limiter à ce niveau, les ONG soutiennent de fait les buts de leurs gouvernements capitalistes et impérialistes, qui sont opposés par nature au développement des sociétés de la Périphérie.

 

« Le gouvernement, à travers son ministère de l’aide, USAID a pu influencer largement la forme de la communauté des ONG et cadrer ses objectifs afin qu’ils lui conviennent : « Il y a un problème croissant du fait que le gouvernement indique aux ONG quels projets il faut soutenir, ….un signal d’alarme a été donné en 1982 lorsque les ONG ont été obligées de se prostituer pour obtenir des fonds officiels. « la corruption des ONG sera un jeu politique dans les années à venir, et l’est déjà, , ils seront corrompus au cours de ce processus car ils recevront assez d’argent pour leurs propres projets, mais tous les autres vont en souffrir » (107).

 

Sous l’ère de l’AP, le rôle des ONG n’est pas de se restreindre ni de décliner. En fait, la compétition entre elles et l’AP a été développée à l’extrême. Les deux ont des principes identiques, c’est-à-dire soutenir l’économie de marché et le secteur privé. Tous deux soutiennent également la normalisation des relations avec Israël. La différence alors porte sur les bénéfices, et sur qui contrôle l’argent des donateurs.  Est-ce la direction politique  qui met en application les Accords d’Oslo et les maintient malgré l’opposition populaire ? Ou bien est ce que ce sont les ONG « fils de l’impérialisme », dont la culture, les engagements, l’éducation, et la politique sont externalisés pour mener une politique conjointe avec les partenaires israéliens ? Le Rapport de la Banque mondiale en 2000 , tout comme d’autres publications en Cisjordanie, parlent en de bons termes des ONG qui font des tentatives délibérées pour les aider.  Cette aide des pays donateurs aux ONG a incité certains de leurs dirigeants à défier l’AP. Un des intellectuels les plus « Ongénisé » a été au point d’écrire que les ONG devraient contrôler les fonctions de l’AP  (108).

Ceci est compréhensible, si l’on sait que Zakaria Abdul Rahim, député de l’AP et Ministre de l’intérieur a déclaré : «  les ONG dans les territoires contrôlés ont reçu 400 millions depuis 1994. 160 millions de ce montant ont été dépensés pour soutenir les droits humains et des activités démocratiques. Il y a 1000 ONG enregistrées au Ministère de l’intérieur palestinien. 200 d’entre elles sont situées à Jérusalem, 35 sont étrangères … les activités de ces organisations comprennent des services sociaux, des soins pour les personnes attardées,  de l’aide éducative et  dans les domaines de la santé et de l’agriculture. Je suggère que des projets productifs soient soutenus. Le Ministère de l’intérieur ne doit pas intervenir arbitrairement dans les activités de ces ONG  (109).

On peut considérer positif qu’un gouvernement n’intervienne pas dans les activités de la société civile, mais pas dans le cas dans les pays du Centre (110).  De toute façon, le fait est qu’il n’existe pas de véritable société civile dans les territoires sous contrôle de l’AP car cette dernière n’est pas un régime démocratique. La seule raison de cette non intervention est le fait que l’AP n’a pas la capacité d’intervenir dans les affaires des ONG en raison du contrôle que les pays donateurs veulent exercer sur leurs projets.

 

Les ONG sont une infiltration dans la fabrique sociale de la Périphérie

 

Les ONG sont chargées par les régimes impérialistes de servir de couverture à leur infiltration dans la fabrique sociale de la Périphérie, en particulier dans les classes populaires et dans les organisations de gauche. C’est la raison pour laquelle les régimes au pouvoir dans ces pays facilitent leur mission. Comme nous l’avons déjà vu, les peuples des pays de la Périphérie haïssent l’impérialisme, en raison de sa brutalité durant l’ère coloniale et par la suite. C’est pour cette raison que les ONG ont été créées.

Alors que les ONG prétendent que leur cible ce sont les pauvres, les femmes, les enfants, elles n’ont de fait pas rendu de véritable service à ces groupes dans les territoires sous AP. Leur assistance ne s’est jamais tournée vers des associations communautaires locales représentatives comme les syndicats, les associations de femmes ou d’étudiants, mais plutôt vers des individus. Ce choix leur permet d’encourager l’individualisme et non des activités coopératives et de lutte politique de classe.

Les ONG interviennent auprès de deux types de groupes très différents au sein des sociétés de la Périphérie :

-le premier groupe constitué d’intellectuels, de technocrates et de membres occidentalisés de l’élite  qui sont les agents des ONG étrangères et les managers des associations locales financées par des fonds étrangers, est destiné à infiltrer les classes populaires. La taille de ce premier groupe s’élargit au détriment des organisations locales radicales. Il faut noter ici que la majorité de ceux qui travaillent avec ces ONG en Cisjordanie, ne sont pas, au moins au début, qualifiées dans leur champ d’intervention. Le but des ONG étrangères, au début, est de trouver des personnes pouvant infiltrer la fabrique de la société. Pour cela, elles embauchent quiconque montre une volonté de coopérer avec elles. Un ingénieur sera ainsi recruté pour diriger un groupe culturel, un diplômé de sciences politiques pour diriger une organisation de développement, etc.

-le second groupe inclut les strates sociales les plus pauvres. Ces couches qui sont de fait utilisé comme une étape pour la mise en place de l’agenda politique des pays donateurs.

Le fossé social, économique et politique entre ces deux groupes sociaux, est considérable. C’est pourquoi l’élite occidentalisée est en fait plus proche et même plus loyale, envers la culture capitaliste occidentale, plutôt qu’envers sa propre société. Ce fossé a été agrandi après l’augmentation des salaires des « agents » (les ONG en font partie) que les élites occidentalisées ont obtenu du fait de leur rôle dans les ONG. Les donateurs peuvent payer ces agents dans les pays pauvres, avec des bureaux confortables, du mobilier élégant, et des employés bénéficiant de profits. Dans ce cas, les agents sont occidentalisés sur le plan culturel et économique. Leur rôle est d’occidentaliser la société dans le sens du consumérisme et de l’adoption de l’idéologie du marché libre.

Afin de mettre en œuvre cet agenda, il est nécessaire que les ONG corrompent les intellectuels comme outil de corruption de la société par en bas. Dans le cas de l’AP, le régime corrompt la société par en haut, les ONG corrompent les intellectuels, les cadres de gauche, et les organisations locales. La plupart des activités des ONG sont dans le champ culturel et social.

Au niveau du développement, la politique des ONG consiste à développer de petits projets dont la plupart échouent. C’est pourquoi comme nous l’avons indiqué, la plupart d’entre elles se sont tournées vers l’assistance technique et la formation. L’efficacité de celles-ci ne peut être aisément évaluée. Les ONG peuvent, dans le cadre du régime de l’AP, intenter des procès à des clients en faillite, ce qui n’était pas le cas sous occupation israélienne.

Les  gens ordinaires travaillent dans ces organisations car elles procurent du travail, alors que les managers accomplissent ce que les étrangers ont programmé. Il s’agit des intellectuels occidentalisés et de l’élite bourgeoise éduquée. Alors que les Palestiniens de Cisjordanie ont commencé à chercher leur sécurité individuelle après la trahison de l’Intifada et de la lutte nationale, cette élite a trouvé sa « sécurité » en remplissant la mission impérialiste. Certains membres de la population locale ont pris conscience du rôle véritablement dangereux joué par ces organisations, et ont démissionné. D’autres sont devenus des instruments aux mains des ONG et ont accompli leurs objectifs, étant eux-mêmes ré éduqués, et devenant ré éducateurs par la suite.

Grâce aux ONG la plupart des conférenciers universitaires sont investis dans des recherches et écrits relatifs aux demandes des pays donateurs  (111). Une ONG à Ramallah a payé 9000 dollars une commande à un écrivain qui avait huit mois pour accomplir cette tâche. Ceci, comparé aux salaires dans la région, est un montant très élevé, d’autant plus que l’écrivain ne doit par renoncer à son propre travail pour réaliser cette tâche. Une ONG de Femmes dont le bureau est à Ramallah, finance une action en direction de jeunes femmes palestiniennes afin de «  socialiser et avoir un dialogue » avec une organisation de jeunes femmes israéliennes, c’est-à-dire mène une activité de normalisation, alors que les organisations locales la combattent.

La Banque mondiale, dans ces efforts de soutien à l’agenda caché des ONG et au « processus de paix », joue le rôle d’un outil politique pour mettre en œuvre les projets des pays donateurs et n’effectue aucun changement pour répondre aux besoins et aux priorités du peuple palestinien.  Bien que ces projets dits « défense des droits humains «  ne soient pas sur la liste prioritaire du peuple palestinien, ce sont bien ces projets que la Banque mondiale promeut et finance  (112).

Ces projets méritent discussion, car ils exigeraient une véritable lutte de la part des partis politiques. La démocratie ne peut être atteinte en « employant » des gens, mais bien par une éducation et des engagements au niveau local. En fait, les ONG attirent et corrompent des cadres de gauche, qui ont abandonné leurs partis pour travailler avec des ONG financées par l’impérialisme. Ces régimes sont opposés à tout changement social et politique dans les pays de la Périphérie. En offrant de hauts salaires à ces cadres, les ONG contribuent à la création d’une élite sociale dans ces pays. Elles ont pénétré de larges secteurs de la société, non seulement les cadres de gauche à travers la mobilisation autour de problèmes comme les droits humains, mais encore les études de genre, la formation technique, la démocratie, la normalisation avec Israël. Ainsi, le choix des prochaines priorités sera effectué par la Banque mondiale, et par les ONG.

L’élite sociale infiltrée est convaincue par la fausse image de la modernisation capitaliste occidentale qui affirme que les différences culturelles pourront être surmontées en comblant les retards, et que la modernisation permettra une universalisation des cultures spécifiques qui intègreront la société industrielle moderne. C’est ce qui a de fait permis aux ONG de jouer le rôle de ré éducation des sociétés de la Périphérie avec la culture capitaliste impérialiste. C’est ce qui leur permet de prétendre accomplir un travail de développement d’un côté, alors que de l’autre, elles assurent qu’il est possible d’atteindre la modernisation et l’occidentalisation.

Ainsi, les ONG disent « aider » le Tiers monde à se moderniser lui-même, afin de combler le fossé qui existe avec les pays de l’Ouest.  A titre d’exemple de cette modernisation, elles disent avoir pour but un accroissement de la production agricole, une amélioration des conditions de logement, des services d’éducation et de santé. Ces projets ont été conçus et planifiés à l’Ouest et importé dans le Tiers monde comme modèle propre de développement « prêt à l’emploi ». En réalité, tout ceci n’a aucun fondement local, au moins dans le domaine de l’agriculture.

L’expérience des Territoires palestiniens occupés de 1967 a démontré que les ONG ont décidé d’éviter le secteur agricole, bien que l’agriculture soit la colonne vertébrale de l’économie dans ces territoires. Cette négligence par les ONG répond à une demande israélienne. Ceci ne devrait pas leur servir d’excuse, en réalité ils se détournent de l’agriculture car ils ne croient pas en cette forme de développement.

Les ONG qui se désignent comme «  agences de crédit » ont offert des prêts aux Palestiniens désireux de créer de petites entreprises. Elles ont proposé des prêts à bas taux, de 3 à 4%, avec six mois de crédit, et un remboursement sur 3 ou 4 années.

Ces institutions se sont développées pour servir de couverture. Quelques unes d’entre elles n’ont pas nommé de directeur de suivi du projet de développement (PDO) chargé de suivre et vérifier si le crédit est réellement affecté au projet déclaré, si l’emprunter a réellement participé au projet pour lequel il a souscrit. Certains de ces agents ont offert aux managers locaux des « chèques en blanc » de dépense administrative, sans aucun contrôle. Une Agence britannique de crédit n’a pas, depuis six ans, établi de contrôle de ses dépenses administratives d’un montant de 250 000 dollars par an.

Depuis 6 ans, l’ Union Européenne a financé des Agences de crédit qui n’ont eu à soumettre leur budget aux pays donateurs. A ma connaissance, c’est en 1993 que pour la première fois les agences locales ont eu à présenter de façon formelle leur budget, alors qu’elles avaient commencé à accorder des prêts en 1984. Dans de nombreux cas, les agences, dirigées par les donateurs, n’ont offert qu’un financement partiel du projet. Le demandeur devait par lui-même se procurer le complément, ce qu’il ou elle n’a jamais fait. Il ou elle a alors démarré son projet avec des fonds insuffisants et le projet a échoué. La question est alors pourquoi les ONG ont-elles autorisé les emprunteurs à tomber dans ce piège ? Est-ce une politique délibérée de corruption du peuple, une mise en évidence de l’échec afin de créer et soutenir la dépendance ? C’est une des raisons pour lesquelles les ONG ont couvert leurs échecs successifs par de l’assistance technique.

D’autres ONG financées par l’UE ont approuvé les « prêts par quota » accordés aux emprunteurs qui étaient  nommés  par les ONG  membres de la Direction, pour assurer les priorités définies par les membres. Ces directeurs sont capitalistes. La plupart d’entre eux dirigent plusieurs agences. Et ils encouragent les emprunteurs à ne pas rembourser leurs emprunts.

« de nombreuses ONG palestiniennes ont des comptables inexpérimentés pour effectuer une estimation des coûts, un budget prévisionnel, une analyse financière et un compte rendu managérial et financier. Il existe un besoin de calcul des dépenses en équipement, logiciels, de clarification des autorités et  contrôles dans le domaine financier, La culture dominante, parmi les comptables, malheureusement, évite une comptabilité détaillée et abonde en déclaration de déficits »  (113).

Cet argument est valable.  On doit noter toutefois, que la séparation entre ONG palestiniennes et étrangères est arbitraire et trompeuse. Nombre d’ONG palestiniennes étaient, et sont encore, créées et contrôlées par des ONG étrangères. C’est l’ONG étrangère qui permet aux Palestiniens dépendants de rétribuer leurs employés en fonction de leur loyauté politique et non de leur compétence professionnelle. Ce sont également elles qui n’ont pas mené d’évaluation du projet. Nous n’allons pas dans le cadre de cet écrit aborder le manque d’études de faisabilité, le bas taux de prêt, et l’annulation « injustifiée » de remboursement de prêts. Mais en voici les conséquences :

a) de nombreux Palestiniens ont l’impression qu’il est facile de recevoir un prêt de 10 à 40 mille dollars sans remboursement.  (ce qui ré éduque le peuple dans la direction de ne pas prendre les affaires au sérieux). Mais depuis que tant de projets ont échoué, les ONG ont pris ce prétexte pour déclarer que les Palestiniens ne sont pas un peuple performant. Mais en aucun cas, les ONG ne reconnaissent avoir une responsabilité pour avoir appris à leurs clients à « ne pas être sérieux ».

b) nombre de Palestiniens sont devenus intéressés par des relations avec les organisations capitalistes bourgeoises. C’était une introduction et une invitation à la politique occidentale pour s’infiltrer dans la fabrique politique et sociale de la société palestinienne, ce qui était en réalité son but principal.

Avant 1990, par exemple, le Consulat Général US à Jérusalem n’avait pas les moyens d’établir des contacts individuels avec des Palestiniens, en dehors de quelques contacts secrets ou indirects avec des membres de l’élite. Mais depuis 1990, il a commencé à recommander aux Palestiniens des ONG financées par les USA, de se rendre dans les villages palestiniens en utilisant les véhicules officiels du consulat. Le premier point de l’agenda hebdomadaire de l’ONG américaine Projet de Coopération et Développement, toujours dirigé par un Américain, est le suivant : «  à quel point sommes nous parvenus à infiltrer les organisations locales palestiniennes » (114).

Deux jours après le cessez le feu de l’agression impérialiste en Irak,  (17 janvier 1991) le Consulat Général espagnol à Jérusalem a distribué environ 1.6 million de dollars aux ONG palestiniennes qui se sont précipitées sans hésiter pour recevoir l’argent, alors que le sang du peuple irakien n’avait pas encore séché. Il est notoire que l’Espagne a la quatrième armée par sa puissance, qui a contribué à la guerre d’agression contre l’Irak. La question se pose de savoir pourquoi ils ont décidé de distribuer de l’argent ce jour là ? Y a-t-il une autre raison que celle de ré éduquer le peuple à abandonner son engagement de défense nationale arabe, au profit d’une manne financière ? (115)

Depuis la Conférence d’Oslo (octobre 1991) toutes les ONG ont commencé à accorder la priorité aux projets conjoints israélo-palestiniens (voir détails plus loin) .Tous ces projets ont été validés, indépendamment de leur taille. Cette condition est maintenant bien connue des Palestiniens qui sont impliqués dans des projets politiques et de développement.

De nombreuses conférences d’ ONG  se sont tenues à l’étranger. Des centaines de Palestiniens ont été invités à y participer, en tant qu’experts, ce que malheureusement ils n’étaient pas, pour la plupart. Le but de tenir ces conférences à l’Ouest est de plonger ces « experts » palestiniens dans un nouveau contexte à l’Ouest. Dans cet environnement, ils ont été en proie à des sentiments confus, le premier étant un sentiment d’infériorité. Le second étant celui de leur supériorité par rapport aux ruraux. C’est là un bon moyen d’aliéner des gens par rapport à leur propre communauté, c’est un processus de déformation.

 

La normalisation de la Gauche

 

De nombreux cadres de haut niveau des organisations politiques palestiniennes sont devenus managers des ONG. Les besoins budgétaires de leurs ONG les ont rendus dépendants des ONG étrangères et des consulats de leurs pays. Et lorsque la position de leurs organisations est devenue contradictoire avec la colonisation impérialiste, les donateurs ont exercé des pressions considérables sur les cadres, afin de les obliger à réduire leur opposition au « processus de paix ». Les managers et employés des ONG ont donné leur accord. En réalité, plusieurs, si ce n’est tous, ont changé de position politique au point de défendre l’idée que leur organisation devait se convertir en ONG.

Ceci est dû au fait que cette gauche n’est pas capable de faire la différence entre un parti politique et une ONG. Un parti politique est une force organisée sur le plan social, politique, idéologique, qui représente les intérêts et aspirations d’une classe ou d’un ensemble de classes. En général, les partis politiques affirment que leur programme, au service d’une classe, défend en réalité les intérêts de l’ensemble de la société. Les partis politiques, en particulier ceux qui représentent les classes populaires, tout en réalisant leurs tâches, créent des organisations locales et des réseaux de la communauté. Ces organisations enracinées localement devraient servir de médiatrices entre les partis et les ONG. Les partis politiques sont intéressés à les maintenir actives et fonctionnelles, et elles reçoivent parfois un financement procuré par des ONG progressistes ( qui ne sont pas l’agent, direct ou indirect, de leur gouvernement). Ce sont seulement ces ONG qui peuvent jouer un rôle progressiste en maintenant le lien avec les organisations locales. En réalité, ce devrait être la seule forme de coopération entre les ONG indépendantes et progressistes et les organisations locales des pays de la Périphérie. En effet, les relations financières entre une organisation politique radicale et un parti étranger, implique que  cette organisation doit sacrifier sa radicalité.

Ce qui s’est produit dans les Territoires occupés de 1967 c’est que la gauche n’a pas réussi à créer des organisations locales, et a même perdu celles qui avaient été créées avant dans la lutte contre l’occupation. Plus encore, les partis et organisations de gauche ont perdu de façon croissante leur contenu, et ont commencé à organiser leurs activités politiques sur le schéma des ONG auxquelles elles s’identifiaient (116).

Ainsi, les organisations de gauche, à travers le financement des ONG et les pots de vin de l’AP à certains hauts cadres des organisations, ont été réduites à être des «  forces modérées » et ont entamé les Accords d’Oslo par la petite porte.

Les relatons des ONG avec les partis palestiniens, en particulier de gauche, ont commencé dans les Territoires occupés de 1967 avec le Parti communiste palestinien (CP) actuellement connu comme Parti du Peuple. C’est le premier parti de gauche qui ait reçu des donations de la part d’ONG , en particulier de l’organisation juive allemande NOVIB  à travers cette première ONG  locale du parti.  L’ONG du Parti du Peuple est devenue un empire financier en termes de capacités financières et en ce qui concerne l’économie dans les Territoires occupés de 1967. Les structures les plus importantes de ce parti, sont les ONG financées par les gouvernements capitalistes occidentaux.

Le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) et le Front Démocratique de Libération de la Palestine (FDPLP) ont suivi le chemin du Parti communiste, mais avec moins de fonds, et après coup, moins d’activités. Le PC et ces deux fronts ont formé ensemble des ONG de gauche, dans les deux sociétés, la juive et la palestinienne.

Historiquement, les ONG qui ont été créées par les régimes impérialistes comme activité politique informelle, pendant la Guerre froide, sont devenus source d’emploi et de revenus pour nombre d’intellectuels , sociologues, économistes, provenant à la fois du Centre et de la Périphérie. Pour les centres impérialistes, ces maigres fonds accordés sont quantité négligeable en rapport avec le « retour ». Ce « retour » prend différentes formes, telles que l’ONG-isation des partis révolutionnaires, la diffusion de l’idéologie du marché libre, le recrutement de personnes prêtes à défendre la politique du FMI et de la Banque mondiale. C’est pourquoi les ONG ont joué dans les Territoires occupés de 1967 un rôle de destruction des organisations politiques locales. Le rôle de ces dernières s’est en effet limité à conserver leurs bureaux et employés financés et contrôlés par les pays donateurs.

Les sources de financement des ONG ne sont pas bien définies, ni limitées à un gouvernement spécifique, à une organisation charitable, à une corporation ou a des individus. Personne ne sait pourquoi tel ou tel est sélectionné pour recevoir des fonds. Personne ne contrôle les dépenses des ONG ni à travers quel canal et selon quels montants, les fonds ont été reçus. Le véritable budget des ONG n’est pas public. Cette manière totalement libre d’attribution des fonds a incité nombre d’anciens militants de gauche à rejoindre ces organisations, en particulier après l’intériorisation de la défaite par l’OLP, et les épreuves économiques que le pays a connues. C’est à travers ce mécanisme que se poursuit la corruption des intellectuels palestiniens. Pour une société, perdre ses intellectuels dans une période de résistance, signifie que la masse perd un facteur essentiel de sont éducation au développement, à la liberté, à la résistance au sionisme et à l’impérialisme.

 

De beaux discours, mais des actes négatifs 

Les ONG ont tenu une conférence à l’école Talma Qumi de Bethléhem (29/30 juillet 1999) intitulée «  Premier prix de recherche au Moyen Orient : le rôle des ONG dans la construction de la paix entre Palestiniens et Israéliens ». La lettre d’invitation à cette conférence comportait la question suivante : avec quelle ONG de l’autre camp coopérez-vous ? On pouvait comprendre d’après le thème annoncé, que par cette coopération entre ONG des deux côtés, les Palestiniens et Israéliens travaillaient au prétendu « processus de paix », non au développement du peuple palestinien. Et toutes ces activités se développent avec Israël dans un contexte où il continue à occuper la Cisjordanie et Gaza, continue à développer sont agressive colonisation, continue à ignorer le droit au retour des réfugiés. Ceci est un exemple parfait de perte de l’engagement national, et de plein engagement avec l’ennemi de la nation.

Aux lendemains de l’Intifada 2000, et dans un désir dramatique d’améliorer leur image, des ONG palestiniennes ont demandé que toutes les ONG palestiniennes, et les institutions de l’AP réalisent des projets en commun avec des organisations israéliennes, en particulier le « Programme de peuple à peuple », du Centre Perez pour la Paix, ainsi que des projets développés par l’USAID  (117). Le réseau ONG Parti  a établi une liste d’organisations qui allaient recevoir de l’argent de l’USAID afin de le distribuer aux institutions de la société civile en Palestine et à l’étranger (118).

Jusqu’à présent, ces ONG agissent comme si elles ne pouvaient pas comprendre la réalité. Si elles comprenaient vraiment quel type de paix elles sont en train de soutenir, et de quel type d’argent elles profitent, elles devraient fermer leurs bureaux et donner au peuple cet argent qu’elles ont reçu. Et ceci, tout simplement parce que les donateurs souhaitent que cet argent est donné pour le peuple palestinien, alors que ce sont les hauts cadres de l’AP et les ONG qui en bénéficient. Cet argent doit être nationalisé, afin d’aider le peuple qui combat avec l’Intifada. L’AP va bientôt reprendre ses compromis avec l’occupation sioniste, et les ONG retourner à leur rôle d’agents de la normalisation.

Il est devenu clair que les ONG sont aptes à remplir deux fonctions contradictoires, contribuer au développement dans les pays de la Périphérie, et servir les intérêts de leur maître au Centre. En ce qui concerne les membres des ONG qui sont de bonne volonté, d’idéologie progressiste, ils doivent comprendre qu’aussi longtemps qu’ils travailleront pour les ONG, ils ne pourront pas s’éloigner de la politique des donateurs. Les ONG ne vont pas dans le sens de se mettre au service du développement économique, social, et culturel, pour une société qui se bat contre le sionisme, l’impérialisme, et le capitalisme en général.

 

REMERCIEMENTS

 

Je voudrais exprimer mes profonds remerciements et ma gratitude envers tous ceux qui m’ont aidé à écrire ce livre.

Ma reconnaissance la plus profonde, évidemment, s’adresse en premier lieu à la Nation Arabe et au Peuple Palestinien dont les souffrances m’ont ouvert le cœur, l’esprit et les yeux face à la brutalité du capitalisme, de l’impérialisme et du sionisme.

Sincères remerciements à mes amis. Massad Arbid, Sami Wassef et Abed El-Abour avec lesquels j’ai partagé en de nombreuses discussions les idées de ce livre qu’ils ont contribué à enrichir. Je suis également redevable à Carol Soudah et Mariam Mansour pour leur patience lors de l’édition du livre et leurs précieux conseils de modifications du manuscrit.

Profonds et affectueux remerciements à ma femme Enayeh qui a sacrifié du temps, de l’énergie, du confort et des ressources afin de me procurer les meilleures conditions de réalisation de cet ouvrage.

J’exprime ici également ma profonde gratitude envers ma fille Samar, mon fils, Yazan, ainsi qu’à Enayeh qui ont sacrifié, durant tout le travail exigé par ce livre, nombre de leurs droits vis-à-vis de moi, en tant qu’enfants et qu’épouse.

 

NOTES

 

 (1) ???

(2) La lutte anti-globalisation à Gênes, en Italie, (juillet 2001) et la lutte contre le racisme, les discriminations et l’esclavage en UN WCAR Conférence de Durban, Afrique du sud, (août septembre 2001) sont des signes prometteurs d’un renouveau du mouvement révolutionnaire.

(3) Le président égyptien Mubarak a déclaré que la doctrine du libre marché avait échoué et devait être reconsidérée. «   Dans les pays émergents, existe un amer sentiment d’injustice, le sentiment qu’il doit y avoir quelque chose de faux dans un système qui balaye des années de développement durement gagnées,  et le temps est venu pour nous de penser à la direction  que la planète est en train de prendre  »  Marica Merry Baker. Les « experts »ont rencontré à Davos une bande de cinglés. Executive Intelligence Revue 12 février 1999.p6.

(4) Par « non gouvernementaux  gouvernements» j’entends des pays comme la Suède, la Norvège, le Danemark etc. ces pays ne sont pas, selon la perception des pays du tiers monde, des pays impérialistes.  En même temps, ils jouent avec les pays impérialistes du Centre. Leur rôle ne diffère pas de celui des ONG.

(5) Voir Scott Peterson, la guerre du Golfe bat son plein avec l’Uranium, in Rapport sur le Moyen Orient211, été 1999.

 

(6) See James Petrasm and Henry Veltmeyer, Latin America at the End of the millennium, in Monthly Review, vol. 51, July/August 1999, p.39. See as well Daniel Singer, Who’s Millennium, Monthly Review Press, 1999, p.38. 

 (7) La visite du  dernier président US Clinton en Inde en février  2000 a davantage été la mission d’un président représentant du secteur public mondialisé capitaliste, que celle d’un représentant de la diplomatie US.

 

(8) Par exemple, l’Egypte et la Jordanie, sont dépendantes de la hiérarchie de l’ordre mondial US, mais les USA considèrent l’Egypte comme pouvoir régional, alors que la Jordanie est un simple client à un plus bas niveau.

 (9) Doug Henwood, Left Business Observer, no. 84, July 1998.

(10) CNN, 12 août 2001.

(11) Le déficit budgétaire US réel en milliards, était le suivant; 6.1 en 1974, 53.2 courant 1975, 73.8 courant 1980, 207.8 courant 1983 et 150.4 courant1987. See Leonard Santow, The Budget Deficit: the Causes, the Costs, the Outlook, 1988, p.3  

(12) Prabhat Patnaik, Capitalism in Asia at the End of the Millennium, in Monthly Review, v.51, no 3, July/August 1999, p p. 53?71

(13) Richard Freeman, America’sEconomy Recovery is a Myth, in Executive Intelligence Rview, May 21, 1999, vol 26,n°21

(14) Los Angeles Times, 22 Novembre, 2000

(15) Richard Freeman, 1999 , opcit

(16) Prabhat Patnaik, Capitalism in Asia at the End of the Millennium, in Monthly Review, v.51, no 3, July/August 1999, p p. 53, 71

(17) Selon la Banque du Brésil (1998) seuls 30% des actifs privés ont été acquis par des investisseurs étrangers (surtout US)  même si dans les secteurs des télécommunications et de l’électronique, l’investissement des entreprises étrangères est supérieur (30/40%). Le plan de redressement de vingt milliards de dollars a sauvé les spéculateurs US mais a soumis le Mexique au contrôle colonial, ses bénéfices à venir du pétrole étant hypothéqués au département US du Trésor. Il semble qu’avec ce plan, les US aient réussi à contraindre le Mexique à accroître sa production de pétrole en février 2000 afin de casser la nouvelle politique de l’OPES.

La même chose s’est produite pour l’Arabie saoudite, dont le pays entier est hypothéqué par les USA en étant « protégé » de l’Irak.

James Petrasm and Henry Veltmeyer, Latin America at the End of the Millennium, in Monthly Review, vol. 51, July/August 1999, p.39.

(18) sa’adan Hamadi, Losses of the Fallen Prices of Arab Oil, in Al-Hikmah Review, no. 3 July 1998, pp.14-41.

(19) ibid. p 19.

(20) al-Taqrir Al-Iktisadi Al-Arabi Al-Muwahad ( Arab United Economic Report), Arab League publications, Cairo, 1984, p. 296 (Arabic)

(21) De nombreux pays bourgeois disent que le monde est un Village global. Ceci peut être vrai en termes d’ouverture de frontières, de télécommunications, .Mais ce « village global » est constitué de deux camps différents et même hostiles : les bidonvilles, et centre ville, et la différence entre les deux ne cesse de s’accroître.

(22) the United States spent in 1999 on R&D 218 billion dollar, while Japan spents 118 billion dollar in the same year, New York Times, 7 August 2001.

(23) C’est le contraire dans les pays du Centre avec les politiques neo libérales. Les USA actuellement, sous l’administration républicaine, sont le meilleur exemple de réductions des impôts dont bénéficient les capitalistes, alors que sont réduits les services sociaux en direction des pauvres et classes populaires.

(24) Selon  « The World Bank Group », a Quarterly publication of the West Bank and Gaza office, January 2000, p. 1.  Une étude récente de l’Université du Texas a estimé que l’ » Economie internet » a produit plus de 300 milliards de dollars de revenus et a créé plus d’1.2 million d’emplois aux USA en 1998.

(25) De nombreux pays développés ont adopté une économie décentralisée, ce qui signifie un capitalisme sans capitalistes, et une économie de marché sans institution.  Celle-ci se limite à l’importateur, le capitaliste ne représente pas plus le capitalisme national qu’étranger, ce qui est le capitalisme de compagnies étrangères et le capitalisme monopoliste.   of foreign companies and monopoly capital. Hamid al-Jumaili, Political Centralism and the Market System, edited by Imad Abdulatif). in Majallat al-Hikmah, no 9 year 2, may 1999 p.p.38. (Baghdad).

(26) plusieurs écrivains arabes ont regardé avec optimisme le roi du Maroc lorsqu’il a nommé comme Premier Ministre le leader de l’opposition.

(27) mark Burdman and Scott Thompson, Harvard’s Hintington Promotes Descent into Barbarism. In Executive Intelligence Review, vol.26. no 36, Sep 10. 1999. Algérie Argentine Brésil Chili Egypte Inde Indonésie Iran Jamaïque Kenya Malaisie Mexique Nigeria Sénégal Sri Lanka Vénézuela Zimbabwe

(28) Mufid Hilmi, Global Challenges and the Necessities of Arab Economic Integration in , in Al-Nahj, Winter of 1999, P. 120, Quated in Ma Al-Awlamah (What is Globalization), by Sadik Jalal Al-Azm and Hasan Hanafi., (Arabic) Damascus 1999 p.p. 200-201.

(29) Fawzi Mansour, A Second wave of National Liberation, in Monthly Review, vol 50, no 9 February 1999, pp. 19-20.

(30)  « Le bas prix des matières premières est l’artillerie lourde qui renverse toutes les murailles de Chine, qui force même les barbares les plus obstinés à capituler. Il oblige toutes les nations sous peine d’extinction, à adopter le mode de production bourgeois, il contraint à introduire ce qu’il appelle civilisation en leur sein, c’est-à-dire à devenir eux-mêmes bourgeois. En un mot, il crée le monde à sa propre image ». Marx and Engels, The Communist Manifesto, ed by Samuel H. Beer . CROFTS Inc, New York, 1955. p. 14.

(31)

(32) Il en va de même avec la fausse citation suivante, qui nous impose l’idée qu’Israël est une ancienne nation: “ La corruption a toujours existé dans toutes les sociétés complexes, depuis l’Egypte, Israël, Rome et la Grèce, jusqu’à nos jours. Les politiques locales féodales, capitalistes, les économies socialistes les cultures et institutions les Chrétiens, Musulmans, Hindous et Bouddhistes ont eu l’expérience de la corruption, même si c’était dans des proportions différentes. (Corruption Culture, and Markets, by Seymour Martin Lipset and Gabriel Salmon Lenz, in Culture Matters: How Values Shape Human Progress, edited by Lawrence E. Harrison and Samuel Huntington , Basic Books, 2000, p.p112-113). Comme il s’agit de corruption dans cette citation, on peut dire qu’elle est en elle même un exemple de “corruption scientifique” faite par des intellectuels motivés par l’idéologie ou l’attente d’un bénéfice. Il est bien connu que l’Etat d’Israël n’a pas existé avant l’occupation juive sur les trois quarts de la Palestine en 1948. Ce qui existait dans l’ancien temps, était appelé Yahuda, depuis environ 70 ans. Et même cela est discutable. Les dernières recherches scientifiques montrent que la Bible et les Hébreux vivaient en tribus dans la Péninsule arabe, pas en Palestine. Ceci, en plus du fait qu’il n’y a aucune preuve que les Juifs Azkhénazi (qui ont fondé le projet sioniste de création d’Israël,) aient des relations de sang ou de tribu avec les anciens juifs de la Péninsule arabique. Ils sont connus depuis 1200 ans, au moment ou une tribu connue comme étant les Khazars…a choisi le judaïsme.( Jack Bernetein, In Racist Marxist Israel, The Noontide Printing, 1991, p.p. 5-6.

(33) La citation suivante est un bon exemple de la sionisation de la Gauche jusqu’à nos jours. L’auteur du Blackwell Dictionary a écrit : « Les Kibboutz en Israël peuvent être considérés comme une forme spécifique de conseils, et bien que leur mandat soit plus large, puisqu’il englobe toutes sphères de la vie économique et sociale, leur base est la production communautaire, organisée sous forme de démocratie directe. (Rosner. M 1976, The Kibbutz as a Way of Life. State of California: Institute for Cooperative Communities, quoted in ( The Blackwell Dictionary of Twentieth-Century Social Thought edited by William Outhwaite & Tom Bottomore Ernest Gellner, Robert Nisbet, Alian Touraine1994 p.718). Cela vaut ici la peine de relever qu’un marxiste, comme Bottemore, considère encore les Kibboutz sionistes comme des conseils de travailleurs à l’époque de la mondialisation, au centre de laquelle se trouve Israël. Alors que la plupart des régimes du Centre et de la Périphérie considèrent le sionisme en 1976 comme un mouvement raciste. En réalité, le libéral Gordon Marshal était plus honnête à travers ce propos : «  la colonisation agricole a été inspirée par les idées socialistes et anarchistes lors de la colonisation juive en Palestine. Les membres des kibboutz partageaient le travail et les tâches domestiques, y compris la prise en charge des enfants. Ils ont par la suite instauré l’emploi de travailleurs salariés, et sont devenus une petite partie du système économique israélien. Les sociologues se sont intéressés à eux en tant que première expérience de vie communautaire égalitaire ; » (Oxford Dictionary of Sociology, Gordon Marshal, 1998, p.340). The same is for the Oxford Dictionary of politics:

« le Kibboutz est un terme hébreu signifiant « rassemblement ». Une ferme collective en Israël dont les membres travaillent en coopérative, et n’ont pas de propriété privée. Ils ont été édifiés par les colons juifs en Palestine, avant la création de l’Etat d’Israël. Dans les années 1960/70, ils étaient populaires parmi les non juifs idéalistes en Occident, mais leur popularité s’est éteinte.” (Oxford Concise Dictionary of Politics. Iain McLean, Oxford, 1996, p.268).

(33)  Jalal Amin, Al-Mashriq Al-A’rabi Wal-Gharb (The Arab East and the West). Published by Markiz Dirasat Al-Wihdah Al-A’rabiyah, Beirut, 1983 p. 23.

(34) Ibid, p.19.

(35) Ibid, p.19.

(36) C’était la première fois que l’Empire Ottoman devait emprunter de l’argent à un pays européen. Rashid Pasha, opposé à ces emprunts, a déclaré qu’il ne devait pas le faire, au péril de ne jamais s’en relever. et ce qu’il avait prédit s’est effectivement produit.

(37) Jalal Amin, Al-Mashriq Al-Arabi Wal-Gharb (The Arab East and the West). Published by Markiz Dirasat Al-Wihdah Al-A’rabiyah, Beirut, 1983 p. 27. And Islamuglo Huri and Keyder Caglar, The Ottoman Social Formation, in the Asiatic Mode of Production, ed by Anne . M Baily and Joseph Lloberla. London Routledge and Kegan Paul, 1981..

(38) Lutski, Vladimir, Tarigkh al-Aktar al-Arabiyah al-Hadith, al-Farabi, publications, 1980, p.83.

(39) Amin, Jalal Opcit, p. 1983 p. 26.

(40) Cela ne dit pas que Nasser avait raison. Il devait protéger la première Union arabe moderne par la force.

(41) Amin Jalal op cit p 39

(42) Ibid, pp. 38-9.

(43) Si l’on considère les tentatives de coopération, alliance et intégration, entre les pays arabes et islamiques, dans les quatre dernières décades, on constate qu’au début les projets ont été ambitieux, mais qu’à la fin ils ne représentaient plus rien. ( Toye, J., Dilemmas of Development, Basil Blackwell Ltd, 1987 ) Voici certains de ces projets :

  1. création de nouveaux centres de développement et d’investissement.
  2. Fond arabe pour le développement économique
  3. Fond koweîtien pour le développement économique
  4. « … » Abu Dhabe
  5. Comité d’unité économique arabe
  6. Comité de coopération des pays du Golfe (GCC)
  7. Banque arabe de développement de l’Afrique
  8. Union arabe des pays du Maghreb: Algérie, Libye, Mauritanie, Maroc, Tunisie (AMU)
  9. Fond monétaire arabe (AMF), 1976
  10. Programme financier de commerce arabe (ATFP)
  11. Marché commun arabe 1964
  12. Zone arabe de libre commerce

 

(44) bu-Al-Naja, Hamdi, al-Taqanah al-Munasibah li-Muwajahat Iktinaqat al-Tanmiyah al-Arabiyah.in al-Mustaqbal al-Arabi, year 16, no:175, Sep 1993, p. 3-55.

(45) Hussein, Adel, al-Tanmiyah al-Arabiyah wa-A’amil al-Mal al-Nafti, in Dirasat al-Tanmiyah Waltakamul al-Iktisadi al-Arabi, Arab Unity Research Center, Beirut, 1985, pp. 105-106. 1985: 1985, pp.105-106.

(46) Summary on the economic development in the Arab World in 1993. quoted from the yearbook published by the German center for the East, by Al-Quds daily Jerusalem 20\10\1994.

(47) l-Taqrir Al-Iktisade Al-Arabi Al-Muwahad (Arab United Economic Report), Arab League publications, Cairo,1984, p.296 (Arabic).

(48) Hussein, 1985, opcit, p. 142

(49) Al-Afandi, Nazira, Talkhis al-Taqrir al-Iktisadi al-Arabi, al-Ahram al-Iktisdal, 22 March, 1993, p12.

(50) Ibid,p.19

(51) Al-Alwan Abdul-saheb, Azmat al-Tanmiyah al-Zira’ayah al-Arabiyah wa-Maazaq al-Amn al-Ghizaa’I al-Arabi, in al-Mustaqbal al-Arabi, year 11, no 117, November, 1988, p.92.

(52) U.N.D.P. 1992:152-15)

(53) Al-Afandi, 1993:22

(54) Arabs between the Arab and Middle East Markets. Muhammad Kamal Mansour, in Al-Nahar 21/1/1995.

(55) U.N.D.P. 1992:37

(56) Certains pays arabes imposent l’usage de 100% d’importation en provenance des autres pays arabes. C’est quelque chose que même Israël, ni aucon autre pays ne fait. The US-GCC (Gulf Cooperation Council) bilateral trade and other investment and business relations are stronger than those between the GCC and other Arab countries (Tanai Vassallo, U.S. GCC Economic Dialogue, www. Tradeline/960315

(57) U.N.D.P. 1993:152-153.

(58) « The Gulf States Discovers Unemployment ».. Al-Quds, Jerusalem 5\2\1995.

(60) (Al-Quds Al-Dawli, London, 22 June, 2001.

(61) U.N.D.P 1992:170-171.

(62) The Unified Arab Economic Report, 1985, opcit, 399.

(63) The Unified Arab Economic Report 1984, opcit, 296.

(64) Al-Afandi, 1993:26.

(65) Saudi Arabia Economy Faces Problems. Douglas Davis, in The Jerusalem Post 28\10\1994.

(66) For corruption in Egypt see, Shihata Siam, Post Liberalism:The Structure of Capitalist Mind in Egypt (Arabic) Ramtan publication, Cairo 1996 . see for Egypt and Lebanon, Jalal Amin, Al-Dawlah Al-Rakhwah fi Masr The Flabby State in in Egypt), Sina Publications, Cairo, 1993.

(67) Daniel Singer, Who’s Milliniuem, Monthly Review, 2000.  En novembre 1999 un Manifeste critiquant l’AP en tant que régime corrompu a été signé par vingt personnalités sociales, politiques, intellectuelles, de WB et Gaza. La réponse de l’AP a été de tous nous arrêter, sauf ceux qui étaient membres du Conseil législatif.

(68) Mais Masri  un  milliardaire éduqué au Texas, garde un oeil sur le territoire de Nabbus où il a participé à la création d’une Bourse palestinienne, d’une télévision moderne, le quartier général de Paltel, première compagnie privée de téléphones du Moyen Orient.. Ce sont là les éléments avancés de l’économie émergente palestinienne, réalisés avec les placements off shore destinés au futur Etat. Tous sont des rejetons de la compagnie PADICO  basée à Nablus. Les critiques locales cependant la considèrent comme de l’escroquerie, du népotisme et du protectionnisme, le tout ayant des conséquences pour le futur état. Certains voient PADICO comme étroitement lié par sa structure à l’AP d de Arafat, comme structure de base de concentration de richesse  à développer dans une société déjà largement marquée par les inégalités. William A. Orme Jr. Big Palestinian Holding Company Dominates developent in West Bank. In the New York Times, May 6, 1999.

(69) En fait dans les territoires occupés par l’AP, il n’y a rien (pas de très grande industrie) qui mérite la privatisation. Mais les médias prêchent la privatisation, et le rôle dirigeant du secteur privé. En tant que pays en construction la privatisation se développe en même temps que le régime. C’est-à-dire que l’AP offre aux individus du secteur privé l’opportunité d’avoir le monopole des grands projets. La famille capitaliste palestinienne Al Masri a le privilège de donner des ordres à de nombreuses compagnies, l’une d’entre elles étant Gaza.

(70) Un exemple de ces prescriptions catastrophiques est le prêche en faveur du marché libre, de la concentration du secteur privé, de la création de zones libres industrielles…etc.

(71) Le but et la politique des pays donateurs cad  les USA, l’Angleterre, la France, la Norvège, sont d’installer les réfugiés hors de Palestine. Ces pays, en particulier l’Angleterre avant 1967 et les USA depuis se battent aux côtés d’Israël  et contre les Palestiniens et la Nation arabe. « Un examen rapide des data du projet Mopic révèlent que l’écrasante majorité de l’assistance a été envoyée par des donateurs à l’intérieur de leur propre pays, avec leurs propres ONG et experts techniques. Bien qu’aucune estimation détaillée n’ait été faite, certains membres officiels de l’AP déclarent que 79% des du montant de ces dons est consacré aux salaires des experts, et autres formes d’acquisition.  Les chercheurs palestiniens estiment que 90% de l’assistance est dépensé par le personnel des  donateurs ou dans leurs pays. ”(JMCC1997, 46) Quoted in the World Bank Report. Effectiveness in the West Bank and Gaza, 2000, p 107 WB)

(72) Ibid, The World Bank Report , p xvIII

(73) Interview, al-Quds daily, Jerusalem 27, August 2000.

(74) L’état du Qatar a fait un procès à Jawid al Gushein le sommant de restituer la somme de 13 millions au Fonds palestinien, ce qu’il aurait dû faire en 1991/92, mais celui-ci, ex membre du Conseil palestinien, a répondu que la somme lui avait été personnellement attribuée par le bureau d’Arafat.

(75) Environ 14% de l’ensemble de la force de travail palestinienne est employée dans le secteur public (16% si l’on inclut l’UNRWA ) à comparer à 12% en Egypte, 10% en Jordanie,  (11% avec l’UNRWA ) et 10% en Tunisie. En 1997/98 , 58% des dépenses courantes de l’AP étaient consacrées aux salaires, très au dessus de la moyenne des salaires du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord.“ …”il faut ajouter que les salaires du service civil sont généralement bas, et ont été érodés depuis l’arrivée de l’AP. Les employés du secteur public n’ont pas eu d’augmentation, proposée pourtant en 1998, le partage salarial au sein du budget devant intervenir plus tard. » …

(76) The World bank Report, Effectiveness in the West Bank and Gaza, 2000, p88.

(77) K Marx Le Capital Vols 1 et 2 Moscou  Foreign languages publishing House  p 266

(78) Une interview avec Saleh Abdul Jawad, membre du Conseil législatif palestinien

(79) La Haute Cour palestinienne a énoncé 48 décisions de libération de prisonniers que le bureau de l’AP a refusé de valider, mais aucune protestation n’a été émise.

(80) Les renoncements de la Gauche palestinienne ont joué un rôle essentiel dans l’affaiblissement de la résistance sociale contre la politique de l’AP.

(81) Le Fath a gagné la majorité des sièges parce que les courants  islamistes et nationalistes de gauche ont refusé de participer à ces élections prenant place dans le cadre des Accords d’Oslo.

(82) Alors que le rapport de la Banque mondiale aborde les questions du système éducatif, il ne parle jamais des salaires des enseignants. La BM aborde cependant la question du développement soutenable, et du développement humain, mais elle ignore ce point pour les enseignants.

(83) Rapport de la Banque mondiale, OP Cit p 13

(84) Cette information provient d’une étude rédigée par des syndicalistes travaillant à Ramallah.

(85) A ce niveau, l’idée était que ce Comité offre des prêts aux personnes désirant construire de modestes petits villages dans les montagnes de Cisjordanie, où Israël envisageait des colonies. La direction de l’OLP a feint de s’intéresser à ce projet, mais l’essentiel était alors d’acquérir une  loyauté pour elle-même, contre la Jordanie.

(86) World Bank report 2000 p 107

(87) Mushtaq Husain Khan  Analyse des problèmes, la corruption (non publié ) 1999

(88) Publicité signée par Walid Anabtawi  publié dans Al Quds Daily 26/8/200

(89) Inge Amunsen, la corruption politique, les effets du régime. Non publié voir l’original page 12

(90) Al Quds daily june 2/200

(91) Newsweek May 22/2000

(92) Voir Adel Samara « idées emprisonnées ». Problèmes palestiniens, arabes et israéliens, problèmes internationaux. Etudes du centre culturel palestinien Al Mashriq al’A mil Ramallah 1998 Part 3 ch 1. Le rôle de l’Egypte : de la libération de la Palestine, au compromis compradore.  L’impérialisme US a payé l’Egypte pour jouer ce rôle de « paix «  avec Israël, dans la guerre d’agression contre l’Irak. Aussi longtemps que des régimes compradores reconnaîtront Israël, le poids de l’Egypte restera minime. Afin d’obtenir de nouveaux soutiens, elle doit s’opposer plus fort au nationalisme arabe.

(93) Entre juillet et novembre 1976 le Gouvernement argentin a déposé 23 millions par mois à la banque Chase Manhattan de NY pour en moyenne 5% d’intérêts. En juillet de la même année, il a renouvelé un emprunt de 30 millions de dollars auprès de la même banque à 8.75%. Jacob Shatan World debt who is to pay Zed book p 49 /1987.

(94) Sous l’administration de G Bush par exemple, l’administration US s’est retirée du projet et de son engagement à réformer le système des banques Offshore dont la spécialité est le blanchiment d’argent. Lucy Komisar : After dirty air, dirty money. L’administration Bush bloque tout effort de contrôle des banques offshore.  The Nation June 18/2001 p 16/17. The Economist June 23/2001. p 55/57.  Selon les informations du FMI le montant des sommes générées par le blanchiment d’argent atteint les 500 à 1500 trillions de dollars, les USA protégeant ces circuits. Pour plus d’informations voir Blanchiment d’argent chinois, by David Lague, Eastern Economic Review June 21/2001 p 56/58.www.feer.com

(95) World Bank Report « Effectiveness in the WB et Gaza 2000 p83

(96) ibidem p 17

(97) A Samara : « The collapse of the Soviet Union causes  and Lessons ; ed International Communist Seminar, Brussels Belgium  1998 p 137/223.

(98) Le centre culturel arabe en Suède a décidé en 2001 d’inclure la Catastrophe palestinienne au sein de ses activités. 53 années de problèmes pour les réfugiés palestiniens. Le Ministre suédois de la Culture a mis fin à cette activité en en refusant le financement. Al Quds Al Arabi  London 14/8/2001

(99) Voir  John Clark, Democratising Development : the role of Voluntary Orgnisations, p.p. 42-43. Kumarian Prss, 1991 Table US support to its NGOs

Contribution en millions de dollars US

US  NGO                                                         Gouvernement                       Privés              Gouv. en %

Agricultural Cooperation Development Institute                             5,882               0,149               97,5

Pathfinder Fiund                                                                    5,472               0,796               97,3

Catholic Relief Services                                                         333,0                  61,9                84,3

CARE                                                                          127,0                25,0                 83,5

Churche World Service                                                         8,8                   29,5                 23,0

Americn Friends service committee                                     0,018               18,0                   0,1

Sources Fox Thomas H. NGOs From the Unitde States in World development (Supplement) Vol.15, “Development Alternatives : the Challenge for NGOs (Oxford Pergamon 1987)

(100) Cité par Executive Intelligence Review  November 7/1997 vol 24 n° 54 p 52

(101) Tanmiya 1995 :2 Publication by Welfare Association Geneva

(102) Rapport de la Banque mondiale 2000. p 17. Soulignons ici que même si les USA procurent une aide effective pour construire infrastructure et développement, et non pour corrompre et imposer la « paix pour le capital », ce sont eux qui on donné 16 avions de combat à Israël, qu’il a utilisé pour détruire les infrastructures en Cisjordanie et Gaza durant l’Intifada 2000.

(103) Ibidem p 24

(104) Le grand espoir que le Tiers monde passe le cap de l’ère post-coloniale comme transition, a été déçu. L’ère post-coloniale a été remplacée par d’autres ères du même type, et maintenant, par la mondialisation.

(105) World Bank Report p 49

(106) ibidem p 109.

(107) John Clark 1991 op cit.

(108) Voir Rima Hamami : les ONG une profession politique en l’absence d’Opposition, dans AL SIYASAH Al  Filistiniyah N° 10 Printemps 1996. Voir la réponse A Samara dans Kana’an bu 88 janv 1998 .Cette position est en fait soutenue par les donateurs ; Le Dr Sa’ad Ed din Ibrahim en Egypte a connu la même situation, arrêté en 2000 par le régime égyptien, mais libéré sous pression du Département US d’Etat.

(109) Interview de Zakaria Abdul Rahim député au Ministère de l’Intérieur de l’AP (Al Quds Daily 11/9/200). Le nombre des ONG sous formes diverses avoisine le millier. La lettre de Tanmiya estime qu’il est entre 950/ 2500 : « Les ONG actives dans les Territoires occupés de 1967 se comptent par centaines, environ 130 Européennes et 40 d’Amérique du Nord…on estime que 30 agences locales et étrangères ont des systèmes de crédits ; certaines ONG sont spécialisées, d’autres l’incluent dans leurs activités. S’y ajoutent des ONG étrangères et 2 des Nations Unies ; dont les fonds permanents sont estimés à 25 millions probablement en accroissement. Ce sont des ONG de bureaux, non de terrain.  (Voir A Samara : « Women vs Capital in the socio economic formation in Palestine » ; 1996 Center Maahriq Al Amil.

(110) Le problème de la société civile mérite débat. Selon Gramsci il s’agit d’une nouvelle voie de domination de la classe capitaliste par son hégémonie sur les classes populaires, et non d’une « réelle indépendance » vis-à-vis des classes dominantes.

(111) Salim Tamari dans son article  « Touristes avec agenda » alerte sur le fait que les chercheurs occidentaux pourraient remplacer les Palestiniens par leurs recherches sur la Palestine, et la possibilité qu’ils puissent acheter les palestiniens car les intellectuels palestiniens, comme leur semblables arabes et occidentaux, sont prêts à se vendre en même temps que leurs recherches, au plus offrant. Middle East Report sept oct 1995 n° 196 p 24

(112) Rapport de la Banque Mondiale 2000 p 72/75

(113) Tanmiya 1995.6

(114) Interview d’un directeur d’ONG US nom non mentionné

(115) A. Samara : « Developments of Fat cats ? «  Al’ sha’ab daily  Jérusalem, 7 Fév 1991

(116) A Samara : «  Emprisoned ideas » ch 5 ; La NGO isation de la Gauche palestinienne p 131/136

(117) Shimon Peres a contribué à la première colonisation à Kadumin au cœur de la Cisjordanie.

(118) Al Hayat Al Jadida 25 Oct 2000.

 

 

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