Pierre Rahbi, une vision inquiétante pour le monde de demain.

Par Janine Chauvel.  Le 1.02.2017. Pour   http://www.les7duquebec.com 

 

Il n’y a pas que les marxistes qui se préoccupent de l’avènement d’une autre société. Parmi les myriades de pensées alternatives et sous couvert d’écologie et de fraternité se profile un fascisme vert à caractère pseudo religieux : l’anthroposophie.

 

Il s’agit d’un mouvement créé par Rudolf Steiner au début du 20ème siècle. Le problème de ce mouvement, c’est que ses adeptes avancent souvent masqués et que leurs idées séduisantes mais souvent tronquées par rapport à leurs objectifs réels pour mieux entraîner l’adhésion, semblent en phase avec des problématiques très actuelles : décroissance, retour à une vie plus écologique, création d’autres rapports au monde que la domination capitaliste, fraternité, agriculture bio, etc…

 

Le chantre le plus médiatique de ce nouvel art de vivre est Pierre Rahbi, dont on oublie de mentionner les connections floues avec le milieu anthroposophique. Avec son air de vieux sage, et ses paroles philosophiques de bon aloi, il remporte bien des adhésions. Son influence se retrouve dans de nombreux autres livres que les siens ou dans des reportages qui mêlent de façon habile (alors qu’un fossé les sépare) les idées de ces anthroposophes à d’autres idées en lien avec les projets de société alternative. Le succès remporté par le livre et le film DEMAIN en est l’exemple le plus frappant. Lorsqu’on ne connait pas ce milieu et les idées profondes qu’il véhicule, on ne remarque rien. Mais dès qu’on connait un tant soit peu leurs obsessions et les pensées sous-jacentes qui les animent, tout devient très clair.

 

Cette mouvance est moins inoffensive qu’elle n’en a l’air. Les anthroposophes  ne sont pas de simples utopistes illuminés, mais des personnes qui visent à instaurer progressivement un monde régit selon leurs idées. Dans ce monde, seules les personnes qui ont une valeur spirituelle reconnue à l’aune de leurs critères peuvent diriger et décident ce qui est bien pour tous. La société est répartie en une « tri articulation» où chaque groupe prédéterminé travaille dans le domaine qui lui est assigné. Comme ils croient au Karma, on n’éduque que dans le sens de ce que l’on est. Pas de contestation puisqu’il s’agit d’un ordre divin, régit par des personnes éclairées qui détiennent la Vérité. Même si pour l’instant ils ne paraissent pas aussi dangereux que d’autres extrémistes religieux, il s’agit pour eux de gagner du pouvoir et de l’influence en infiltrant progressivement la société civile. D’ailleurs ce mouvement à caractère international (le siège mondial est situé à Dornach, à côté de Bâle en Suisse) commence à prendre de l’ampleur et du poids par le biais de grands groupes qui touchent des domaines très divers (banque, groupe pharmaceutique, associations autour du rachat des terres…) En sous-main, les anthroposophes commencent à construire leur futur empire, mais en prenant soin de se mêler à des milieux qui font office d’écran et les aident à  gagner en crédibilité et en respectabilité tout en camouflant leur véritables objectifs.

 

Pour une analyse et des exemples plus parlants, je reprends un article de Grégoire Perra, ancien anthroposophe, élevé dans ce milieu et qui est plus à même d’expliquer les implications nombreuses de ce qui n’est présenté le plus souvent que comme une « philosophie » ou une vision alternative de voir la vie.

https://veritesteiner.wordpress.com/2014/04/13/la-strategie-du-figuier-etrangleur-reflexion-sur-le-projet-anthroposophique/

 

voici ici le texte :

 

L’Anthroposophie et ses ramifications

 

La plupart des gens connaissent les émanations de l’Anthroposophie comme des choses séparées les unes des autres : écoles Steiner-Waldorf, NEF, Weleda, Communauté des Chrétiens, Biodynamie, etc. En réalité, ces institutions sont étroitement interconnectées. Leur distinction n’est qu’apparente et officielle. Ce qui les relie n’est pas seulement une doctrine commune, l’Anthroposophie, que ces institutions tentent toujours de cacher, de minimiser, ou de présenter sous un jour trompeur. Ce sont aussi des liens assurés par des personnes et une institution interne de la Société Anthroposophique : l’École de Science de l’Esprit. Le procédé est simple : certaines personnes appartenant à ce réseau secret dispensant un culte anthroposophique spécial vont s’arranger pour diriger plusieurs institutions anthroposophiques à la fois. N’ayant plus aucune vie personnelle, il leur est possible de porter simultanément plusieurs casquettes de chef. Parfois, ces personnes ne sont pas officiellement aux commandes des institutions anthroposophiques qu’elles dirigent, mais ce sont elles qui y tirent les ficelles et y font la pluie et le beau temps. Elles assurent la continuité organique entre trois réalités en apparence séparées : l’Anthroposophie en tant que doctrine, la Société Anthroposophique et les institutions issues de l’Anthroposophie.

 

Des institutions anthroposophiques qui cachent leur lien à l’Anthroposophie

Comment se présentent les institutions et les groupes issus de l’Anthroposophie ? Elles n’affichent jamais leur lien direct à l’Anthroposophie. Quand ce lien est évoqué, on présente toujours Rudolf Steiner comme philosophe et humaniste, jamais comme occultiste et ésotériste, dont l’enseignement débouche sur des pratiques magico-religieuses. Par exemple :

La médecine anthroposophique se déclare être « en complément » de la médecine traditionnelle, alors qu’en réalité elle est « en contradiction » avec elle.

La Biodynamie se présente comme un « prolongement » de l’agriculture biologique, alors qu’en réalité il s’agit d’une pratique magico-religieuse.

Les écoles Steiner-Waldorf se décrivent comme une « pédagogie alternative », désireuse de collaborer avec l’Éducation Nationale, alors qu’en réalité il ne s’agit pas d’une pédagogie mais de recettes issues d’une Révélation des Dieux à Rudolf Steiner.

La NEF ou TRIODOS parlent de leurs principes fondateurs comme des principes similaires à ceux de l’économie solidaire, alors qu’en réalité le projet de « tripartition sociale » de l’Anthroposophie n’est pas solidaire mais communautaire et constituerait une forme de retour à l’organisation sociale du Moyen-Âge, dont Steiner était au fond nostalgique.

Les firmes WELEDA ou HAUSCHKA se présentent comme des entreprises fournissant des cosmétiques issus de l’agriculture biologique, des produits « en harmonie avec l’homme et la nature », sans préciser dans leurs revues ou autres, sinon par un imperceptible astérisque, le lien avec Rudolf Steiner, présenté bien sûr comme philosophe et humaniste.

En résumé, toutes les ramifications de l’Anthroposophie veulent absolument éviter que l’on perçoive qu’elles appartiennent à un seul et même organisme !

 

Vers une civilisation anthroposophique ? La stratégie du figuier-étrangleur.

Si on observe comment se répand l’Anthroposophie et ses institutions dérivées, on remarque qu’elles essaiment toujours sous la forme de circuits parallèles, en cherchant des subventions des collectivités publiques. Se constituent ainsi de véritables « villages Steiner » !

Quel est le but de cette expansion souterraine ? Le film Il était une forêt, de Luc Jacquet, évoque le comportement d’un arbre parasite, le figuier-étrangleur, qui peut nous permettre de comprendre la stratégie anthroposophique. Il s’agit en effet d’un parasite végétal dont les graines sont amenées par les oiseaux jusqu’aux sommets de grands arbres de la forêt amazonienne. A partir de leurs cimes, le figuier-étrangleur se développe en parasitant son hôte du haut vers le bas. Peu à peu, ses branches entourent le tronc et grossissent, jusqu’à finir par se joindre les unes aux autres et enserrer l’arbre de manière à l’étouffer. A la fin, les branches du figuier-étrangleur atteignent le sol et deviennent elles-mêmes des racines, tandis que l’arbre hôte, complètement enserré, se décompose à l’intérieur, formant un creux au cœur du figuier, devenu lui-même gigantesque.

 

Tel est exactement la stratégie à long terme de l’Anthroposophie ! Au début, elle n’est qu’un parasite faisant pousser ses diverses branches : NEF, Weleda, écoles Steiner-Waldorf, Communauté des Chrétiens, Médecine anthroposophique, etc. Mais un jour elles se souderont les unes aux autres pour étouffer la société qu’elles ont parasité. Il peut y avoir des branches de l’Anthroposophie dans tous les domaines de la vie : il y a des arts anthroposophiques (Eurythmie, chant Werbeck, Théâtre, etc), mais il pourrait aussi y avoir des techniques et des industries anthroposophiques. Il y a déjà l’architecture anthroposophique, une agriculture anthroposophique (la Biodynamie), une technique d’épuration des eaux anthroposophique (les vasques vives), etc. Ce n’est pas très compliqué de constituer une technique anthroposophique. Rien ne s’oppose par exemple à créer le corps de métier des plombiers anthroposophiques. Ainsi, c’est toute la civilisation qui sera remplacée morceau par morceau, branche par branche, si elle n’y prend pas garde. A la fin, il existera une civilisation anthroposophique, laquelle aura complètement étouffé et anéanti la civilisation occidentale, du moins dans certaines de ses contrées. Elle sera aussi différente de la nôtre et singulière que l’est par exemple la civilisation japonaise.

 

Cette perspective peut paraître irréaliste au regard des proportions actuelles et à ce que représente numériquement le milieu anthroposophique. Mais que l’on observe attentivement la rapidité de la croissance de certaines composantes de l’Anthroposophie ! La firme Weleda inondait-elle d’affiches publicitaires les grandes métropoles européennes, il y a ne serait-ce que dix ans ? Trouvait-on ses produits dans toutes les pharmacies ? La NEF était-elle une banque aussi puissante ? Les écoles Steiner-Waldorf étaient-elles aussi nombreuses sur le territoire et aussi implantées institutionnellement, au point qu’il est désormais inenvisageable de les faire fermer purement et simplement ?

 

Une stratégie géniale

On pourrait se demander comment une stratégie aussi intelligente peut être mise en œuvre par les anthroposophes, alors que  l’Anthroposophie est une doctrine qui atrophie et ramolli la pensée de ses adeptes ? Mais justement, la stratégie anthroposophique ne repose pas sur l’intelligence des individus, mais sur la logique d’un ensemble. Toute l’Anthroposophie est l’œuvre d’un génie : Rudolf Steiner. Cependant, cet homme n’a pas communiqué son intelligence aux autres hommes, comme le font par exemple les grands penseurs à travers leurs œuvres, qui nous aident après eux à mieux penser. Au contraire, Rudolf Steiner a enfermé les esprits de ses disciples, tandis qu’il déversait le caractère génial et prodigieusement sournois de sa pensée dans la structure sociale organique de l’Anthroposophie.

 

La constitution d’un monde à part

Quelle serait le problème à ce que se constitue à long terme une civilisation anthroposophique et, à court terme, des « villages Steiner » ?

Tout d’abord, ce serait l’avènement d’une société où les différents domaines de la vie (qui sont lentement parvenus à prendre leurs indépendances les uns par rapport aux autres et à l’égard de la religion) rentreraient de nouveau sous la tutelle d’une nouvelle religion et devraient fusionner les uns aux autres. Quand elle dit qu’elle veut « réunir science, arts et religion », l’Anthroposophie exprime tout simplement le désir d’un retour à une forme de société où l’art, la science et la religion seraient de nouveau confondues et assujettis à une doctrine unique.

Ensuite, ce serait l’avènement d’une société où les droits sociaux disparaîtraient peu à peu, pour créer des formes d’asservissements des individus, voire d’esclavage. Je peux témoigner en effet de ces processus dans les institutions liées à l’Anthroposophie : les salariés, quand ils ont la chance de l’être, finissent par se dévouer tellement à leur école ou à leur institution qu’ils n’ont plus de vie privée. Ils deviennent ce que j’ai appelé des « esclaves spirituels ». Ce serait la mort de l’État de droits !

En outre, ce serait la constitution d’une société sans altérité culturelle, ou tout serait anthroposophique, ou tout élément extérieur serait soit perçu avec défiance, et rejeté, ou intégré et récupéré pour le rendre anthroposophique. Ce serait donc la mort de toute vie intellectuelle et culturelle digne de ce nom !

De plus, ce serait une société qui aurait non seulement une unité doctrinale, mais aussi esthétique et comportementale : une seule et unique clef de compréhension du monde, l’Anthroposophie ; une seule et même esthétique avec ses codes figés, en peinture, modelage, sculpture, architecture, chant, etc. ; une seule et même ligne de conduite comportementale : la manière de s’habiller, de parler, de se laver, de cuisiner, d’éduquer ses enfants, de se soigner, de faire l’amour, etc.  Celles des anthroposophes ! Ce serait ainsi la mort de toute singularité authentique !

Ce serait aussi un monde où se mettrait en place une ambiance relationnelle chaleureuse, souriante, dégoulinante de bons sentiments, faussement bienveillante, incestuelle, voire incestueuse, et intensément sexuelle, dans tous les rapports humains, entre adultes, mais aussi entre enfants et adultes. Ce serait la mort de toute moralité !

Enfin, ce serait une société où la pensée humaine serait peu à peu anéantie, abêtie, asservie. Ce serait la mort de la pensée !

En conclusion, la stratégie anthroposophique du figuier-étrangleur vise l’avènement d’un nouveau totalitarisme new-age !

 

 

Pour continuer à illustrer le caractère irrationnel et inquiétant de ce mouvement,  je vous conseille également la lecture de l’article de Michel Onfray concernant la biodynamie.

https://veritesteiner.wordpress.com/2015/11/02/miche-onfray-critique-de-la-biodynamie/

 

 

Cependant, de nombreux restaurants proposent des vins biodynamiques. La stratégie des anthroposophes consistant à créer un flou qui fait passer la biodynamie pour une simple culture naturelle.  C’est toute cette stratégie de l’implicite qui pose problème et se montre  dangereuse. En effet, derrière le discours rassembleur et plein de bon sens d’un Pierre Rahbi, on peut retrouver tous les grands thèmes de la droite réactionnaire pétainiste : le retour aux valeurs de la terre, de la femme au foyer, de la religion et de l’acceptation toute chrétienne de la pauvreté comme valeur suprême et avec le sourire s’il vous plait ! C’est ce qui est contenu dans le titre de son fameux livre : « la sobriété heureuse  »! Exploités, oui, mais heureux !

 

Son audience très grande en lien avec les mouvements de solidarité ou de réflexion sur l’avenir (cf le film Demain), ainsi que sa participation directe ou indirecte avec des courants économiques prônant le revenu universel, fait entrer le mouvement anthroposophique dans le monde politique. Hier, au lendemain de sa victoire aux primaires de la gauche, Benoit Hamon déclare se réclamer des idées nouvelles inspirées par le film Demain et par les discours de Pierre Rahbi  pour proposer des mesures économiques nouvelles dans son futur quinquennat s’il est élu Président.

 

Loin de paraître inoffensif, le mouvement anthroposophique imprègne peu à peu les sphères des plus hautes décisions et peut commencer à peser lourdement sur notre devenir.

 

Pour aller plus loin :

Pour plus de renseignements sur ce mouvement, je conseille vivement de parcourir le site très riche de Grégoire Perra où de très nombreux articles viennent montrer la diversité des domaines qu’englobe l’anthroposophie.

https://gregoireperra.wordpress.com/

 

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