Timbuktu : La souillure Doha Film Institute

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RENÉ NABA :

Non le scandale ne provient ni du fait que le réalisateur du film TIMBUKTU Abderrahmane Sissoko soit conseiller d’un président putschiste, qu’il ait à ce titre bénéficié de facilités de tournage dans un camp de réfugiés dans le nord de la Mauritanie, ni, non plus, sur le sous paiement des figurants ou leur mise à l’écart des cérémonies officielles de projection qui se sont déroulées dans leur pays.

Non le scandale ne provient pas de ces péripéties inhérentes à ce genre d’activités et des polémiques qu’un film hyper-primé suscite habituellement.

Le mal est plus grave et plus profond.

Projeté au Festival de Cannes devant la quintessence des cinéastes et des critiques, primé aux Césars, l’équivalent français des Oscars, TIMBUKTU souffrait d’une tare congénitale qui ne pouvait échapper même au spectateur le plus distrait, mentionnée d’ailleurs à la dernière ligne du générique, à deux reprises.

TIMBUKTU a en effet bénéficié d’une aide matérielle de DOHA FILM INSTITUTE, l’office chargé de la production cinématographique du Qatar. Oui, du Qatar, c’est à dire le parrain des Ansar Eddine, dont le film se proposait de dénoncer leurs agissements djihadistes.

Oui de DOHA FILM INSTITUTE, c’est écrit en toutes lettres en bas du générique, c’est à dire le parrain des bourreaux des victimes du Nord Mali, dont le patrimoine, les stèles historiques de TOUMBOUCTOU, la capitale de l’Islam Noir, ont été saccagés par ses protégés.

TIMBUKTU, là aussi le générique en fait foi, a aussi bénéficié de l’assistance du ministère français de la défense, c’est à dire du maître d’œuvre de l’opération Serval chargé de bouter hors du Mali, précisément les Ansar Eddine de sinistre mémoire.

Bourreau et victimes sur le même plan pour une opération de blanchissement des turpitudes du meilleur ami de la France dans le pré-carré français de l’Afrique? A «l’insu du plein gré» du réalisateur? Du producteur? De l’agence sur recettes des films français? Du ministère de la défense? Du quai d’Orsay, si pourtant chatouilleux de la réputation de la France «Patrie des droits de l’homme»? De la foultitude des intervenants dans la chaîne de production d’un film?

La caste des critiques est-elle à ce à ce point blasée? Les éditocrates si absorbés par la ventripotence de leurs soliloques planétaires? Les experts par le champ de leur expertise? Comment autant de digues et de filtres ont cédé au conformisme de la béatifiante concélébration??

TIMBUKTU… la souillure réside, là, dans la connivence entre bourreaux et victimes scellée pour le beau spectacle. Elle réside, plus grave, dans la cécité des vigiles de la profession tant journalistique que cinématographique.

On ne se lasse jamais d’une bonne lecture des génériques des films, l’ADN de la production et de la profession. La radioscopie d’une corporation. L’image d’une époque. Et là on ne se fait pas un film

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René Naba

Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l’information, membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme et de l’Association d’amitié euro-arabe. Auteur de « L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres » (Golias), « Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français » (Harmattan), « Hariri, de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres (Harmattan), « Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David » (Bachari), « Média et Démocratie, la captation de l’imaginaire un enjeu du XXIème siècle (Golias).

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