Trump, agent chinois ?

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze

Président de Betbeze Conseil

La chose va finir par se savoir : Donald Trump travaille pour la Chine, en dépit des trésors d’imagination qu’il déploie pour mettre la Russie en avant. Certes, le conseiller spécial Mueller, ancien patron du FBI, retrouve les liens, réunions et démarches, depuis l’avocat Cohen jusqu’à Cambridge Analytica, qui ont aidé, sinon permis, l’élection de Donald Trump. Certes, on mesure ce qu’il a fallu d’intelligence analytique dans l’utilisation des données Facebook et d’extrême bêtise dans les messages envoyés à tel ou tel, pour le convaincre de « bien voter ». Mais criminaliser Moscou protège évidemment Pékin, qui ne dit rien. Poutine est le bad guy politique, Xi Jinping le partenaire commercial. Avec lui, il faut réparer les relations déséquilibrées entre les deux pays, héritées de ce mou nommé Barack Obama.

Donc tout le monde regarde Poutine et salue les actions de Trump. Plus Trump frappe fort et montre que c’est l’ennemi, plus Poutine endure avec son sourire de service secret. Mais ce qui se passe avec la Chine est bien différent. C’est la deuxième économie du monde et le plus important détenteur extérieur de bons du trésor américains. Il faut donc agir avec prudence avec elle, avec Trump qui l’aide en l’affaiblissant en apparence. Une démarche toute dialectique, qui peut échapper aux analystes qui ne voient que coups de boutoir et de menton. Et pourtant les faits parlent d’eux-mêmes.

L’histoire commence par le Yuan vis-à-vis duquel Donald Trump a établi sa seule ligne rouge : il doit monter par rapport au dollar. Toute tentative de manipulation à la baisse sera suivie, critiquée et sanctionnée : le dollar est encore, et pour longtemps, la première monnaie du monde. La sous-évaluation du Yuan, entre 20 et 30%, doit se résorber. Un duopole mondial sera établi, les autres pays largués. Qui osera critiquer Trump pour réduire la manipulation de la monnaie chinoise ?

L’histoire continue avec la volonté américaine de diminuer son déficit extérieur avec la Chine. La Chine doit donc acheter plus de produits américains, pour sauver la face américaine et surtout développer sa production interne, pour répondre à sa demande. La Chine doit devenir autant fermée que les États-Unis, avec des échanges autour de 15% de son PIB, presque comme eux (11%). Ainsi isolés, les deux sont à la fois plus puissants et stables que tous les autres.

La pression américaine ne s’arrête pas là, au contraire. Ainsi, Donald Trump augmente les droits de douane sur l’aluminium et l’acier. Le coup est d’autant plus astucieux qu’il est indirect. En effet, Trump sait bien qu’il affecte surtout le Canada et l’Europe. Ils devront réduire leur activité et chasser ailleurs, l’aluminium et l’acier étant en surproduction mondiale. La Chine devra, à son tour, fermer ses usines, mais moins qu’eux, car ses coûts sont plus faibles. Ce seront donc « les alliés » des États-Unis (comme on dit), qui vont souffrir le plus. Du billard à trois bandes, comme on dit dans « l’art du deal ».

L’opération Corée du nord n’est pas mal non plus. Tout le monde suit les allers-retours, les insultes et les embrassades, mais on se doute que ceci finira par la dénucléarisation de la péninsule, avec l’effondrement de la montagne où Kim Jung-un faisait ses essais. C’est donc le départ d’une bonne part des troupes américaines, avant celui de Kim lui-même (modalités à voir). Son rôle historique de cerbère avec les États-Unis n’aura plus de raison d’être. La Chine aura pacifié la péninsule, pour l’acheter peu à peu, Trump dira qu’il a économisé des milliards et sera Nobel de la Paix (avec Kim, avant sa retraite) !

Mieux avec la bataille des droits de propriété. Elle consiste à faire mal à l’autre, autrement dit à montrer ses points de faiblesse. Contre les États-Unis, l’Europe attaque le bourbon et la Harley Davidson : quelle violence ! Mais Trump bloque les puces de ce voleur de ZTE ! L’équipementier coté à Hong Kong et Shenzhen plonge en bourse. Pour le sauver, il trouve un accord avec Xi Jinping, accord que le Congrès devra accepter (pas facile, histoire de montrer son effort). Surtout, la Chine comprend. Xi Jinping demande à ses experts de rendre le pays autonome dans ce type de produits ! Bientôt, après les GAFA, les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) vendront des produits moitié moins chers pour un marché domestique énorme : la Chine, puis les émergents, puis nous. Puis ce sera l’écriture des normes mondiales.

Trump espion chinois ? Si au moins c’était vrai !

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

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