UN DEMI-SIÈCLE APRÈS MAI 68 : EN FINIR AVEC LA «GAUCHE» KOLLABORATIONNISTE

Par  TML. Le 19.05.2018.   Sur  Tribune ML.

 

« Les rares personnes qui comprendront le système seront soit si intéressées par ses profits, soit si dépendantes de ses largesses qu’il n’y aura pas d’opposition à craindre de cette classe-là  ! La grande masse des gens, mentalement incapables de comprendre l’immense avantage retiré du système par le capital, porteront leur fardeau sans se plaindre et peut-être sans même remarquer que le système ne sert aucunement leurs intérêts. »  Rothschild Brothers of London, citant John Sherman, communiqué aux associés, New York, le 25 juin 1863.


 

1968, ce n’est pas seulement l’année de Mai en France…

Même si les « événements » de Mai 68 resteront en quelque sorte, et pour très longtemps, en France, la « partie émergée » d’un étrange iceberg sur lequel le vaisseau fantôme « Équilibre Mondial » est venu heurter la structure de sa carcasse déjà bien vermoulue… En réalité, effectivement, le monde de cette époque est déjà miné par une somme de contradictions et d’inégalités qui appelaient à un autre équilibre, sur d’autres bases.

Malgré la croissance encore exponentielle des économies « occidentales », mais plus pour très longtemps, et comme si les peuples de ces nations sentaient déjà la fin de cette ère initialement sensée finir à la fois le siècle et le millénaire dans une apothéose de science et de technologie, une remise en cause de ces « raisons de vivre » traversait toutes les couches de cette société où l’opulence semblait prochainement accessible à tous et pratiquement sans limites…

La gauche française, née et bercée initialement dans les utopies de la fin du XIXème siècle, n’était devenue, formellement et intellectuellement, « marxiste », que par mimétisme, sous l’influence de l’URSS d’avant-guerre, en voie de développement et de construction accélérée, puis sous l’influence, plus symboliquement ambigüe, de la bataille devenue légendaire de Stalingrad. Sans comprendre que ce que les soviétiques avaient défendu avec un tel esprit de sacrifice, ce n’était pas essentiellement la perspective d’une utopie, lucidement lointaine, pour eux, mais bien les vitales conquêtes des premiers pas du socialisme, qui les avait simplement sorti de la misère des isbas, de l’asservissement aux grands propriétaires fonciers, et surtout, finalement, de l’analphabétisme et de l’ignorance.

La véritable base initiale de la Révolution Bolchevique et celle de la gauche française appartenaient déjà depuis longtemps à deux mondes différents, mais les « élites intellectuelles » dirigeantes idéologiques de la gauche française étaient incapables d’assumer ce décalage, autant , et sinon plus, par opportunisme que par manque de lucidité…

C’est déjà cette faillite idéologique que symbolise le célèbre mot que l’on prête volontiers à Sartre :« Il ne faut pas désespérer Billancourt. »

Que le mot soit apocryphe ou non, il résume en même temps tellement bien la faillite de ce « philosophe » et de son monde qu’on ne saurait réellement le lui retirer…

C’était une époque où la gauche intellectuelle française vantait sans complexes les mérites de l’école républicaine et prétendait même encore savoir lire… Elle faisait néanmoins de Marx une lecture essentiellement utopiste, ce qui tendrait à rendre douteuse cette prétention, et généralement, de plus, en se complaisant dans d’interminables débats sur les diverses interprétations byzantines qu’elle en faisait…

A l’occasion, elle pratiquait de la même manière avec les textes de Lénine, espérant préserver par là le lien entre ses chimères utopiques et sa vision « globale » de l’URSS, qui n’était (et n’est toujours …), précisément, qu’une « vision », et « globalisante », de plus, c’est à dire aux antipodes du matérialisme historique et de la dialectique marxiste, en réalité.  Le caricatural « globalement positif », également apocryphe mais pleinement assumé par Marchais en 1979 est à la fois l’aboutissement, (23ème Congrès du PCF), et, très vite, le point de retournement à partir duquel cette même « vision globale » devient tout aussi globalement négative et toujours aussi antithétique du marxisme, mais enfin « globalement » conforme à ce que la bourgeoisie française attendait de son aile gauche…

Le « globalement positif » est significatif en ce qu’il précède de peu l’intervention armée de l’URSS en Afghanistan. 1979 est donc aussi le début du reflux des luttes de libération nationales du tiers monde, qui formaient, à l’échelle mondiale, une vaste zone d’influence de l’URSS et une résistance encore farouche au déploiement de l’impérialisme US et de ses valeurs financières et sociétales.


Quel rapport avec 1968 ?

1968 commence avec l’offensive du Têt au Sud-Vietnam. Un échec militaire mais transformé en réussite politique par son impact psychologique, essentiellement sur l’opinion public occidentale…

En réalité, c’est le tournant décisif de cette guerre, une des plus emblématiques de la deuxième moitié du XXème siècle. Elle marque un moment important de l’indécision du rapport de forces dans ce que l’on appelle encore la guerre froide.

Dans son rapport avec la gauche française le statut du rôle de l’URSS n’a sans doute jamais été aussi ambigu. Mai 68 se trouve placé, chronologiquement, entre cette offensive spectaculaire des « communistes » nationalistes vietnamiens et l’intervention de l’URSS et des troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, en Août de la même année. Si l’offensive du Têt marque essentiellement par la détermination des combattants assaillants au Sud-Vietnam, en révélant la vulnérabilité de l’Empire US, la nécessité de mobiliser aussi massivement ses troupes pour sauvegarder son influence en Europe de l’Est marque en parallèle la vulnérabilité de l’infrastructure soviétique à cette même époque, déjà. En prétendant la réformer, Khrouchtchev en avait déjà sapé les fondamentaux et Brejnev ne faisait que tenter de limiter cette désagrégation sans pour autant revenir aux fondamentaux.

Dubcek à Prague ne faisait que renouveler le réformisme khrouchtchevien et anticiper, en quelque sorte, la perestroïka… C’est à dire une désagrégation encore plus complète des derniers restes d’une économie planifiée et son glissement délibérément organisé d’un capitalisme bureaucratique d’Etat déclinant vers le libéralisme économique « à l’occidentale », même si dans une version hypothétiquement « sociale-démocrate ».

Mai 68 en France, tout comme, à l’échelle internationale, l’ensemble de la révolte de la jeunesse et le resurgissement du mouvement ouvrier, se situe en quelque sorte au point d’un équilibre mondial précaire dont les deux protagonistes essentiels, USA et URSS, sont eux-même à la fois autant sur la défensive qu’à l’offensive et fragilisés par la nécessité même de leurs propres mouvements contradictoires.

Tout était sans doute possible, à cette époque, mais encore fallait-il en avoir une conscience claire. Les contestataires en apparence les plus radicaux de l’époque n’en avaient, au mieux, qu’une conscience instinctive et éventuellement obscurcie par l’usage de psychotropes diverses nouvellement en vogue… Pour ce qui est d’une partie encore relativement marginale de la gauche française, un désir réel et puissant de subversion suffisait, le plus souvent, comme élixir…

Mais avant de creuser dans les motivations confuses et contradictoires des contestataires français, arrêtons nous encore un instant sur ce lien qui semble unir non seulement 1968 et 1979, mais aussi 1979 et notre présente époque…

En 1979 les américains avaient déjà intégré la « leçon du Vietnam », et compris que malgré leurs énormes moyens matériels ils étaient incapables de gagner frontalement une guerre réellement populaire.

En Afghanistan, on sait maintenant qu’ils avaient déjà réussi à introduire et manipuler les premiers spécimens de ceux qui allaient devenir les djihadistes répandant aujourd’hui la terreur à travers le monde… L’intervention russe était donc déjà une première tentative d’enrayer ce fléau, en réalité, et les cris d’orfraies des occidentaux, même et surtout des « intellectuels » de gauche, n’étaient déjà que le reflet de leur cécité en matière d’analyse politique.

Ce qui avait remis en cause le rapport de force avec les USA durant le quart de siècle précédent, ce n’était pas le « socialisme » en URSS, qui n’était plus qu’une coquille bureaucratique dans laquelle nichaient les Bernard-l’Hermite brejneviens et autres, mais le développement intense des luttes de libération nationales dont l’URSS était encore la seule base arrière réelle, suite à la défection de la Chine, en voie de passer du côté US, malgré ses rodomontades maoïstes gauchisantes.

Comprendre que la bourgeoisie nationale bureaucratique en URSS ne défendait plus le socialisme mais continuait néanmoins une forme importante de résistance nationale et internationale anti-impérialiste, c’eut été, de la part de la gauche, en France et ailleurs, du reste, simplement faire preuve de lucidité, et devant cette évidence réaliste, un moyen d’adapter sa stratégie, sans cultiver de non-dits, recouverts d’une phraséologie à double sens, hypocrite et alambiquée.

Passant du mythe « globalement positif » qui assimilait de façon idéaliste l’histoire de l’URSS à une seule phase, celle du socialisme, à une légende noire, celle du « globalement négatif », qui reprenait exactement tous les poncifs classiques de l’anticommunisme, la gauche française condamnait donc aussi, en réalité, le socialisme.


 

Bien évidemment, cette analyse eut été déjà à faire, non seulement en 1968, déjà, mais dès la fin des années 50, en réalité.

A travers les débuts du djihadisme en Afghanistan, on vient donc également d’aborder le lien entre cette époque et la notre, mais à propos du rôle de la Russie actuelle, celle de Poutine, on y reviendra, nécessairement, pour comprendre le fil qui la relie donc aussi bien à 1979 qu’à 1968, de par le fait. Ce qui marque le contexte de Mai 68 c’est en quelque sorte une session de rattrapage brutal de la jeunesse française par rapport à l’anglo-saxonne, déjà fortement en ébullition « radicale » depuis quelques années.

En 1968 c’est donc essentiellement la jeunesse d’un occident gavé qui s’interroge, assez massivement, sur ses raisons de continuer à vivre le modèle « consumériste » et l’ « american way of life »… Si la lutte pour la paix au Vietnam est évidemment un aspect emblématique de la contestation aux USA, c’est, plus simplement, le rejet des carcans archaïques autoritaires de l’époque qui sera le déclencheur en France.

Cet aspect anti-autoritaire se retrouvera largement dans le déclenchement de la grève ouvrière, qui, après un 13 Mai massif mais relativement encadré va prendre de court les syndicats et les déborder, dans un premier temps.

Néanmoins, il faut bien comprendre que, même dans un contexte préalable d’essor économique, de nombreuses inégalités et injustices sociales subsistaient, et restaient nécessairement mal vécues, à la base. Révolte anti-autoritaire et revendications sociales entraient donc soudainement en synergie, bousculant les bureaucraties syndicales, qui se voyaient dépossédées de leur rôle accepté de longue date comme entremetteuses sociales en quelque sorte…

Elles se trouvaient donc confrontées à la nécessité de faire à la fois de la « récupération » syndicale au niveau revendicatif et de la « récupération » politique pour endiguer ce flot d’anti-autoritarisme qui menaçait de les emporter complètement.

Toute l’ambiguïté du rôle des syndicats en France, entre action revendicative et lobby d’influence politique, était déjà posée là de manière urgente à l’époque, et même si les conditions et les termes ont changés, cette ambiguïté reste le syndrome des bureaucraties syndicales actuelles. Même délestées de l’essentiel de leurs troupes militantes et de la plus grande partie de leur influence directe, elle restent un levier indispensable au système pour tenter de légitimer ses « réformes » et ses multiples formes de reculs sociaux autrement que par la seule force de la loi imposée.

Si l’idée du retour à un syndicalisme de lutte de classe n’a pas fait florès depuis, le fait de tolérer ce genre de tendance dans leurs rangs permet aux bureaucraties syndicales de se farder d’un rouge assez pâle mais suffisant pour se présenter comme interlocutrices « légitimes » des luttes locales qui pourraient encore les déborder, et notamment celles qui prennent de plus en plus souvent un tour désespéré, engendré par la seule durabilité réellement en cours de développement, celle de la crise. Au moment même où ces lignes étaient écrites Muriel Pénicaud, Ministre du Travail, faisait une éloge appuyée de Jean-Claude Mailly, leader syndical FO en fin de mandat, en proclamant haut et fort, et manifestement avec intention, vu l’écho dans la presse aux ordres :

« On a besoin des syndicats ! » http://www.francesoir.fr/actualites-france/penicaud-besoin-des-syndicats


 

Pour en finir avec le chapitre des syndicats, il ne faut évidemment pas en conclure que toute activité syndicale est nécessairement contre-révolutionnaire, mais que l’utilisation de la forme syndicale du mouvement ouvrier, une de ses conquêtes les plus basiques, dépend entièrement du contexte politique, lui est soumise, et ne le commande pas. Son rôle dépend du rapport de force. Elle peut être un premier pas en avant dans un contexte où il n’existe pas d’autre moyen d’expression, mais, politiquement, elle ne devient « révolutionnaire » que dans un contexte qui l’est déjà et généralement pas à l’avant-garde du mouvement, qui, précisément et par définition, ne peut qu’être politique.

A terme, substituer un syndicat à l’organisation politique de masse des travailleurs, c’est lui faire remplir une fonction organisationnelle étatique qui est précisément l’antithèse de son rôle initial. Cette contradiction absolue est celle de l’anarcho-syndicalisme, une maladie ancienne et chronique de la gauche française.


 

Mais au delà de la forme, syndicale ou non, le débat des motivations du mouvement ouvrier en Mai 68 se trouve donc posé entre plus de consumérisme ou contestation du consumérisme. Il ne fait pas de doute que pour les catégories ouvrières les moins qualifiées et les moins payées, les « ouvriers spécialisés », la motivation d’améliorer leur niveau de vie est la première à entrer en ligne de compte. En un sens, c’est aussi, et même d’abord, plus d’accès à la société de consommation, alors encore en plein essor. En même temps, si le prix à payer est toujours plus de soumission au système qui les opprime déjà, la question des conditions de vie au travail se trouve également posée et le rapport à l’autoritarisme de l’encadrement technique et patronal aussi.

L’idée d’un autre type de rapports sociaux dans l’entreprise surgit donc comme un corollaire assez naturel, dans ce contexte, des revendications purement matérielles. Mais, spontanément, il n’y a pas de perception globale de cette problématique, et donc une relative séparation de la notion de pouvoir politique étatique et de pouvoir dans l’entreprise. Cela laissait donc de la place pour le développement, au moins dans l’imaginaire populaire, de conceptions sociales utopiques localistes, et parmi celles-ci, l’autogestion, qui était donc reprise par les tendances réformistes de la gauche politique et syndicale, PSU, CFDT, gauche du PS , ensuite, se parant ainsi d’une nouvelle image de contestation sociale, tout à fait apte à récupérer les espoirs nés de la grève générale.

Cette duplicité des illusionnistes de la gauche réformiste, secondés par la renaissance de l’anarcho-syndicalisme organisé, est une des plus efficaces parmi les manœuvres de récupération politique qui ont mené à l’ « alternance » Mitterrandiste en 1981. Le fait que la transformation des rapports sociaux dans l’entreprise n’avait pas de sens en dehors d’une transformation des rapports économiques et des rapports de production à l’échelle de l’ensemble de la société était largement escamoté par la plupart des intervenants politiques de ce temps.

Malgré l’ébauche d’une remise en cause du consumérisme, c’est la finalité sociale globale du système de production, dans sa réponse ou non-réponse aux besoins sociaux réels, qui n’est tout simplement pas réellement remise en cause, en dépit de l’influence supposée dominante d’un très formel « marxisme » dans la gauche française.

Le « gauchiste » moyen débat des éventuelles formes que pourrait prendre le pouvoir ouvrier, localement ou à l’échelle nationale, et même internationale, de ses formes plus ou moins démocratiques, conseil, syndicat ou autre, il discute doctement de savoir si elles correspondent ou non à la conception marxiste de la dictature du prolétariat, et même de savoir s’il faut conserver ou rejeter cette conception, mais il oublie que l’essentiel est dans le contenu social et économique du programme et non dans les formes.

Au mieux il a sa liste de « mesures » d’un réformisme plus ou moins démagogique ou « radical », genre « répartition des richesses » (… du capital), à la fin desquelles il glisse comme certificat final de « marxisme » une ou deux lignes sur la « socialisation des moyens de production », mais la finalité sociale de l’ensemble du processus de production n’y est jamais autrement définie ni remise en question.

Or si elle ne l’est pas, ou même simplement pas avec suffisamment de précision, en rapport des besoins sociaux les plus élémentaires, c’est la loi du marché qui s’imposera toujours, même si les secteurs essentiels de la production sont tous nationalisés. Et l’on ne s’éloigne donc toujours pas d’une conception économique capitaliste, en réalité.

La véritable « socialisation des moyens de production » n’est pas simplement une forme de collectivisation plus ou moins démocratique ou plus ou moins étatique.

Ce que le socialisme prolétarien interroge, en réalité, ce n’est pas la forme, plus ou moins démocratique, ni du pouvoir d’État, ni même de la gestion des entreprises, mais la finalité sociale du travail lui-même.


 

Le mythe de l’ « autogestion » opposée au « socialisme «étatique » est particulièrement emblématique et symptomatique de ce faux débat qui a traversé la gauche française depuis Mai 68 et a rendu son discours inaudible et inopérant en regard des problèmes sociaux réels engendrés par la crise, concrètement inaugurée, en réalité, dès le début des années 70 et le premier « choc pétrolier », son premier symptôme spectaculaire.

La finalité « démocratique » de l’autogestion ne change rien au cadre général dans lequel se situe l’entreprise, ni son rapport à l’ensemble des autres entreprises et de la société, car il ne l’extrait nullement de la logique du marché, de la loi du marché, et en aucun cas elle ne saurait le faire, du reste, sans se nier elle-même, et d’abord dans son principe d’autonomie de gestion.

En commençant à donner une finalité sociale et non marchande au travail et à l’entreprise, le socialisme contraint nécessairement la gestion des entreprises à s’inscrire dans un plan collectif de correspondance entre le travail et les besoins sociaux définis collectivement, et il limite donc l’autonomie de gestion des entreprises en les extrayant totalement de la logique du marché pour satisfaire ces besoins sociaux urgents, indépendamment des valeurs de marché, devenues caduques, tant au sens littéral qu’au sens figuré et « culturel » du terme, alors qu’une entreprise réellement autonome et « autogérée » ne peut évidemment sortir du cadre de ces valeurs sans se condamner elle-même, pratiquement, à la faillite à brève échéance.

 

La situation n’est pas tellement différente pour une « socialisation » ou « collectivisation » conçue comme un ensemble de « nationalisations » étatiques, avec ou sans indemnisation des capitalistes.

 

Ce que le socialisme interroge, en fin de compte, c’est la correspondance entre les valeurs d’usages crées par le travail et les besoins sociaux réels et urgents. Cette question, dans un premier temps, celui de la transition, non seulement n’exclut pas, mais implique la notion d’échange d’équivalents entre travailleurs producteurs, même si en tenant compte des besoins sociaux collectifs de l’ensemble de la population, y compris en dehors du secteur productif.

Il y a donc là une notion collective d’utilisation de la valeur d’échange, et de la loi de la valeur, donc, telle que définie par Marx, au demeurant, dès les premières lignes du Capital, et telle que reprise dans sa non moins célèbre et controversée Critique du Programme de Gotha.

En dépit de ses litanies et rodomontades marxisantes, c’est donc l’ensemble du discours de la gauche française, même dite « extrême », anarcho-syndicaliste, trotskyste, maoïste, etc… qui se situe en dehors de toute critique réelle et sérieuse du capitalisme, et notamment en dehors de toute critique marxiste.

Aujourd’hui comme hier, l’ « anticapitalisme » de la gauche française n’est qu’une phraséologie gauchisante de pacotille, mais du moins la gauche de la fin des des années 60 avait-elle fait sa part dans le travail de rejet de l’interventionnisme US au Vietnam et elle avait donc contribué à ce que le rapport de force dans le monde penche en faveur des luttes de libération nationale, et notamment contre l’impérialisme US. Elle avait donc joué au moins en partie son rôle internationaliste et anti-impérialiste, et contribué, même si sans une conscience suffisamment claire, à ouvrir la brèche qui allait craqueler la structure du système à l’échelle mondiale, et avec un point particulièrement chaud en France, en Mai 68.

Bien entendu, et tout comme aux USA, et notamment dans le mouvement de la jeunesse, l’essentiel de ce mouvement était le pacifisme, et non un soutient actif aux luttes de libération, sauf de façon très marginale. Néanmoins, le refus de combattre, de la part de la jeunesse US, exigeait déjà un très grand courage et contribuait directement à l’évolution du rapport de forces, sur le terrain.

C’est la somme de toutes ces révoltes qui a eu une importance stratégique et contribué à établir un lien entre anti-impérialisme et anticapitalisme, même si de façon indirecte et non réellement consciente. Il y avait assez souvent une synchronicité des deux aspects de la contestation sans que cela soit de propos délibéré une stratégie, et encore moins, une méthode d’agit-prop basée sur une synergie, qui s’établissait pourtant, de fait.


 

Aujourd’hui, un demi-siècle après, non seulement le lien entre anti-impérialisme et anticapitalisme n’est toujours pas établi, même de façon approximative, y compris dans les vagues restes du mouvement ML, mais la notion même d’impérialisme est devenue tout à fait subjective et sans aucun rapport avec sa définition marxiste-léniniste d’origine.

Au delà de protestations « pacifistes » de pure forme et sans aucune conséquence militante concrète, chacun, chaque secte et groupuscule décrète « impérialiste » le pays qu’il veut voir défait dans les conflits en cours, au gré de ses intérêts et des alliances qu’il espère nouer, de quelques subsides circulant éventuellement en dessous de table, et en dehors de toute analyse basée sur des critères d’appréciation économique et financière réels, de données réelles correspondant à la définition basique de l’impérialisme.

 

Il est vrai qu’à l’époque le mouvement maoïste avait déjà bien inauguré ce bal des masques réversibles en créant le concept de social-impérialisme soviétique qui lui permettait de jouer provisoirement sur plusieurs tableaux, feignant, à partir d’un hypothétique « non-alignement », une fausse neutralité qu’il espérait transformer en nouveau leadership du tiers-monde, avant de passer avec armes et bagages dans le camp US, ce qu’il fit dès le début des années 70, mais sans entrainer le retournement général espéré…

 

Ce retournement spécifique de la Chine, à lui seul, néanmoins, déjà préparé par les luttes de factions internes au PCC, sous le masque grotesque de la « Grande Révolution Culturelle Prolétarienne », avec également un tournant essentiel en 1968, est néanmoins une grande victoire stratégique des USA, aux « bons soins » du Dr Henry Kissinger, et amorce la reprise de contrôle de la situation mondiale par l’impérialisme US.

Il est à noter que la seule révolte prolétarienne réelle en Chine « socialiste », le seul moment d’un éphémère pouvoir prolétarien, celui de la Commune de Shanghai, se termine en Avril 1968, écrasée par l’armée alors contrôlée par Lin Biao, et sur ordre de Mao, alors que la jeunesse maoïste française des beaux quartiers parisiens commence à peine à jeter sa gourme à Nanterre et au Quartier Latin. Mao est, en Mai 1968, quarante ans après Tchang Kaï-chek, le plus grand massacreur de la classe ouvrière de Shanghai…

Compte tenu de la difficulté de circulation des infos entre la Chine continentale et l’occident, à l’époque, on veut bien admettre que ce fait ne fut pas immédiatement saillant pour les maoïstes français en Mai 68. Néanmoins, la remise en ordre générale sous la tutelle de l’armée était tout à fait officiellement annoncée. Ainsi que l’envoi « à la campagne » des gardes rouges, pour une durée à priori indéterminée…

 

Trois ans plus tard, la véritable nature des accords Chine-USA, sous l’égide de Nixon, ne pouvait être tenue pour une simple « entrevue diplomatique de reconnaissance », compte tenu des premières mises en vente à la bourse de Hong Kong de titres sur les entreprises chinoises continentales.

 

C’était bel et bien la mise en place d’une affaire juteuse pour les deux parties et le début de la mutation de la bourgeoisie « nationale » maoïste du PCC en une bourgeoisie néo-comprador, entièrement vendue à l’impérialisme US, indépendamment de ses luttes de fractions internes.

Ce fait, encore peu connu aujourd’hui, était pourtant, même à l’époque, facilement accessible, en termes d’infos, pour nos « dirigeants » maoïstes français, essentiellement issus de la bourgeoisie et proches des milieux d’affaires, dans leurs contextes d’origine.

Mais la duplicité de ces « dirigeants », en France, n’était précisément qu’un pâle et morbide reflet de celle de Mao Zedong lui-même, et dès lors que la base militante en France ébauchait réellement l’amorce d’une résistance prolétarienne anticapitaliste et anti-impérialiste, en opérant notamment une fusion avec la solidarité populaire pour la lutte de résistance palestinienne, leur stratégie manipulatoire et putschiste se trouvait en échec, la lutte échappant à leur contrôle, et il leur fallait la casser rapidement pour réintégrer à temps le giron de leur classe d’origine.

Bien entendu il n’existe pas de catégorie réellement définie pour ce genre de pratique politique manipulatoire, mais la génération des « gardes rouges » quasiment déportée pour plusieurs années en Chine s’est trouvée sacrifiée sur l’autel des règlements de comptes entre factions maoïstes et l’on pourrait légitimement définir ce fait comme un « génocide générationnel », même si la violence y est plus psychique que physique.

Pas de telle contrainte, en France, mais les quelques éléments populaires et prolétariens qui ont servi de masse de manœuvre « militante » à ces manipulateurs se sont trouvés tout autant rejetés par le mépris et le cynisme de ces « gosses de riches » ayant juste fini de jeter leur gourme. La violence de la désillusion, la marginalisation et le suicide devenait au mieux, pour les manipulateurs, un sujet d’étude sociologique, sinon carrément l’amorce d’un business spectaculaire marchand.

Il ne s’agit pas ici de stigmatiser particulièrement la « trahison » des « dirigeants inspirés » de telle ou telle tendance, maoïste ou autre, qui n’ont fait qu’agir selon leur véritable nature de classe, mais bien de comprendre que le réalignement de plus en plus formel et généralisé qui gagne, à partir du début des années 70, l’ensemble de la gauche française en faveur de l’impérialisme US et du sionisme, s’enracine en réalité profondément dans les carences de la critique qui en avait été précédemment formulée, aussi virulente et radicale qu’elle ait pu paraître, dans sa forme.

Il ne s’agit pas non plus, à l’occasion de ce cinquantenaire, de refaire un exposé des principes de base, mais au moins de bien montrer jusqu’à quelle dérive aussi absurde et systématique, et surtout, ultra-réactionnaire, leur « oubli » a pu mener la gauche française.

Le fait est, basique et malgré tout nécessaire à rappeler, que l’impérialisme n’est pas un phénomène « extérieur », comme une sorte de « supplément d’âme » particulièrement noir, du capitalisme, mais bien une évolution logique et incontournable de sa nature profonde, reposant sur la domination, tout aussi logique et incontournable, du capital financier et spéculatif, et sur sa capacité à asservir d’autres nations et d’autres peuples en captant leurs ressources et le fruit de leur travail par l’exportation massive de capitaux.

L’utilisation de la force militaire n’étant qu’un corollaire fréquent mais ni indispensable ni symptomatique par lui-même. Le nombre de pays qui sont réellement des pôles financiers d’envergure mondiale et exportateurs massifs de capitaux reste en réalité assez restreint et n’évolue que très peu, d’une époque à l’autre, même à un demi-siècle d’écart, et aucune confusion ne devrait être possible, en dehors de la cécité volontaire des « idéologues » stipendiés de la gauche au service du système.

Les rapports de force à l’échelle mondiale ont certes évolué en passant par diverses phases caractéristiques, mais si l’ouverture et la « compradorisation » du marché chinois a permis le rétablissement de la suprématie US, elle n’a fait qu’accentuer la vassalisation des autres acteurs majeurs, France, Allemagne, Japon, Grande-Bretagne, au suzerain USA.

 

Dans un deuxième temps, la constitution d’un capital financier chinois suffisamment autonome a permis à la Chine de se poser aujourd’hui en challenger N°1 de l’impérialisme US, loin devant les quatre vassaux principaux, qui le restent donc, plus que jamais.

 

En un demi-siècle la physionomie économique et sociale de la planète a certes considérablement évolué, mais pas au point d’être méconnaissable pour un hypothétique « voyageur temporel »… Sur ce plan, le surgissement de la Chine est l’événement majeur, tandis que l’effondrement du capitalisme national-bureaucratique en Russie et en Europe de l’Est n’a fait que renforcer la domination US sur ce continent.

Après une brève période de « compradorisation » chaotique, la Russie tente, ni plus ni moins, que de reconstituer son capital national, sans y parvenir encore de manière efficace, et donc encore très loin d’approcher le stade impérialiste, évidemment, et cela quoi qu’en disent les phraseurs de la gauche française, même « extrême », et larbins plumitifs du système.

Cette réalité est ce que nous révèlent les relents de « guerre froide » qui parcourent à nouveau le monde, et semblent à s’y méprendre constituer un tragique « remake » de l’époque, et sans même l’illusoire notion de « coexistence pacifique »… !

La différence réelle et profonde étant donc l’apparition du challenger chinois pour la domination économique et financière, tandis que la Russie constitue à nouveau le pôle de résistance des nations qui refusent la soumission à l’impérialisme, mais délesté de la plus grande partie de sa zone d’influence diplomatique et géostratégique, qu’elle tente donc de reconstituer.

 

L’alliance Russie-Iran constitue pratiquement, et également sur le terrain, une quasi-ligne de front entre les nations et les peuples qui refusent la soumission et les régimes vassalisés, néo-colonisés et compradors diverses. Cette ligne de front est aujourd’hui une ligne de rupture et de fracture géostratégique entre l’ensemble de ces peuples et nations et l’impérialisme US. Cet ensemble comprend notamment la Nouvelle Russie (Donbass), la Syrie, la Palestine, le Yémen.

 

L’ensemble des nations refusant actuellement le diktat de l’impérialisme US est particulièrement hétéroclite en raison des différentes vagues d’agressions impérialistes et de tentatives de résistance dont elles sont en quelques sorte les survivantes.

 

Même si la mémoire de l’URSS reste un fond diffus dans l’arrière plan culturel et idéologique de nombre de ces nations, ce n’est jamais que l’héritage de la bourgeoisie nationale bureaucratique de l’époque Khrouchtchev-Brejnev, et non celui de la période socialiste de l’URSS, et il n’y a donc aucune nostalgie à cultiver envers de chimériques “rescapés du camp socialiste”, ce qui ne serait qu’un nouveau concept idéaliste globalisant et confusionniste, favorisant uniquement les manipulations et les intérêts du nouvel impérialisme chinois.

 

La plupart de ces régimes reposent sur une alliance de la bourgeoisie nationale, de la petite-bourgeoisie et très rarement, avec la participation d’une partie de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre, mais qui n’en sont jamais une avant-garde réellement constituée. Il n’y a donc pas d’ambiguïté idéologique à cultiver, et ces régimes doivent être caractérisés pour ce qu’ils sont, et soutenus pour ce qu’ils sont, et uniquement dans la mesure de leur résistance à l’impérialisme.

Bien évidemment, l’attention première des anticapitalistes et anti-impérialistes conséquents doit se porter sur la constitution d’organisations d’avant-garde prolétarienne et sur le soutient aux très rares qui existeraient encore.

Mais dans la situation de carence actuelle sur cet objectif en France et dans la plupart des pays, ne pas soutenir clairement, ouvertement et activement, sur le plan politique, la résistance des nations en lutte contre l’impérialisme n’est pas seulement un déni formel de tous les principes de lutte, mais une attitude de Kollaboration objective, et même de Kollaboration active, dans les faits.

 

Ce ne peut être que dans une dynamique générale de lutte contre l’impérialisme que peut renaitre le mouvement ouvrier, en France, en Europe et ailleurs. Un demi-siècle après, c’est l’une des leçons essentielles de Mai 68, et l’une de celles qui n’a toujours pas été “comprise” par la gauche française, même dans ses composantes supposées “extrêmes” et soi-disant “marxistes-léninistes”.

 

Mais au bout d’un demi-siècle, “incompréhension” n’est sans aucun doute nullement le terme adapté en ce qui concerne la plupart des responsables politiques de la gauche française et de son fiasco permanent, qui ne fait que s’approfondir au fil des générations et des luttes, en fait de “révolution permanente” telle que sporadiquement remise au goût du jour par les trotskystes, dont c’est l’une des prétentions idéologiques d’origine.

Emblématique de ce type d’attitude Kollaborationiste, celle du NPA et de son porte-parole médiatique, Olivier Besancenot : Après avoir ouvertement soutenu l’agression impérialiste en Libye, avec le résultat que l’on connait, à savoir, avec le retour de l’anarchie capitaliste primitive, du chaos et de la violence, celui de l’esclavagisme, Besancenot et le NPA “remettent le couvert” pour le dépeçage de la Syrie et vont même jusqu’à se poser en quasi-”conseillers politiques” de l’interventionnisme impérialiste en préconisant plus d’armement pour les factions militaires qui ont enclenché le processus de “guerre civile”, en réalité déjà manipulés et téléguidés par leurs commanditaires occidentaux. S’il prétend affirmer quelques doutes sur les récents bombardements impérialistes, ce n’est pas sur l’indépendance bafouée de la nation syrienne que porte son indignation, mais sur l’effet “contre-productif ” de ces frappes pour les intérêts occidentaux :

« On est dans cette situation où aujourd’hui on va avoir une déstabilisation supplémentaire de la région et qui risque finalement paradoxalement de rendre un grand service à Assad, c’est à dire de solidariser une partie de sa population sur le thème de l’anti-impérialisme”

Tout comme les autres intervenants au service de ces criminels, il est incapable de comprendre que la défaite de l’impérialisme est déjà consommée, pour l’essentiel, en Syrie, et que ces frappes d’arrière-garde ne visent qu’à en ralentir la libération totale et à sauver la face des assassins stipendiés par le capitalisme financier international. Mais Besancenot affirme donc sans vergogne savoir mieux que les impérialistes ce qui serait encore bon pour eux !!

Difficile de descendre plus bas dans l’échelle de la duplicité…

Besancenot n’était certes pas encore né en 1968, mais toute son évolution politique, comme celle de son parti NPA, reflète la dérive générale de la gauche française, inaugurée avec les faux débats de l’après-Mai 68, évitant soigneusement la remise en question de la finalité sociale du travail, susceptible de saper la base idéologique et économique du capitalisme et de l’impérialisme.

Assez logiquement c’est ce genre de “leader” que les médias du système mettent en avant comme “représentatif” des mouvements de contestation sociale en 2018, à l’approche du cinquantenaire de Mai 68. On comprend aisément pourquoi…!

La structure du capitalisme financier était ébranlée, en 1968, tant par les contradictions internes de la dynamique expansionniste du dollar que par le surcoût et l’inefficacité de la guerre impérialiste, double syndrome aboutissant à la liquidation des accords monétaires de Bretton Woods, en 1971.

Au même moment, le retournement de la Chine est venu apporter un très gros ballon d’oxygène à l’impérialisme US, mais aujourd’hui il menace de lui éclater à la figure et la crise financière de 2008 n’a trouvé que des solutions palliatives fragilisant durablement la structure du système.

La multiplication des guerres par procuration est le seul moyen réel de survie du capitalisme financier, à l’heure actuelle, et le seul moyen qu’il a de se relégitimer, par le truchement du développement “incontrôlé” du terrorisme.

 

Faire le choix de soutenir politiquement et activement les luttes anti-impérialistes en cours, c’est le seul point de départ possible pour la renaissance réelle des luttes anticapitalistes et le début de construction d’une alternative.

 

Source : https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/04/29/un-demi-siecle-apres-mai-68-en-finir-avec-la-gauche-kollaborationniste/

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

8 pensées sur “UN DEMI-SIÈCLE APRÈS MAI 68 : EN FINIR AVEC LA «GAUCHE» KOLLABORATIONNISTE

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    24 mai 2018 à 10 10 15 05155
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    @ TML

    Quelques questions de manière à engager le débat plus avant

    1) Si ce que vous écrivez est la vérité – vrai ici : « mais bien les vitales conquêtes des premiers pas du socialisme, qui les avait simplement sorti de la misère des isbas, de l’asservissement aux grands propriétaires fonciers, et surtout, finalement, de l’analphabétisme et de l’ignorance. » COMMENT SE FAIT-IL QUE lors du coup d’État – lors de la révolte de palais de Kroutchev des millions de ces émancipés russes libérés ne se sont pas dressés comme un seul prolétaire pour défendre leurs acquis ???

    2) si ce que vous écrivez est la vérité – vrai ici : « 1979 est donc aussi le début du reflux des luttes de libération nationales du tiers monde, qui formaient, à l’échelle mondiale, une vaste zone d’influence de l’URSS et une résistance encore farouche au déploiement de l’impérialisme US et de ses valeurs financières et sociétales. » pourquoi tous les pays-États-nations qui ont remportés leur « libération nationale  » avant ou après 1979 – sont tous « revenus » sans aucune exception (la Corée est la dernière illusion en décomposition) dans le giron de l’impérialisme US ou chinois ou russe poutinien ou français ou britannique etc.

    3) J’avoue avoir beaucoup de mal à vous suivre dans votre mise en relation entre l’offensive du Têt – Dubchek – Kroutchev – Brejnev – Gorbatchov et MAI-68 en France mais néanmoins si je vous lie ici : « En prétendant la réformer, Khrouchtchev en avait déjà sapé les fondamentaux et Brejnev ne faisait que tenter de limiter cette désagrégation sans pour autant revenir aux fondamentaux. » Le matérialisme historique nous recommande de faire reposer les rapports de production sur le développement des forces productives – en prétendant que des gens SAPENT LES FONDAMENTAUX D’UNE ÉCONOMIE PLANIFIÉE DITES-VOUS NE PLACEZ-VOUS PAS LES RAPPORTS DE PRODUCTION – L’IDÉOLOGIQUE ET LE POLITIQUE comme fondamentaux de l’économie (planifiée par dessus-le-marché)

    4) il est dommage que dans cet extrait vous leviez un coin du voile mais sans nous expliqué les causes – vous teniez pourtant un filon quand vous écrivez ethniquement ceci :  » le contexte de Mai 68 c’est en quelque sorte une session de rattrapage brutal de la jeunesse française par rapport à l’anglo-saxonne, déjà fortement en ébullition « radicale » depuis quelques années. » Je dis ethniquement parce que cet écart – nécessitant ce rattrapage comme vous dites n’est pas une caractéristique ethnique MAIS ÉCONOMIQUE. La première puissance économique mondiale – hégémonique – les USA (peu importe leur langue c’est sans importance dans ce débat économique) encaissait la première l’éclatement des contradictions du mode de production capitaliste – tout comme l’URSS dans l’autre camp capitaliste et la FRANCE (peu importe la langue nationale) était déjà une économie intégrée – mondialisée – globalisée et RATTRAPAIT EN EFFET COMME VOUS LE DITES son retard comme l’Italie le fit un peu après. Ce fut une affaire de mode de production et non une affaire sexuelle – ethnique – raciale – générationnelle et autres fadaises dont raffolent les sociologues bourgeois

    5) Une dernière : D’abord rappelez-vous toujours camarade que pour un révolutionnaire prolétarien = matérialiste dialectique = il y a un fondamental = l’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte de classe CE N’EST JAMAIS L’HISTOIRE DES GRANDS HOMMES (sic) ou l’histoire des peuples – des nations ou des GRANDES PUISSANCES qui ne sont jamais que des manifestations des luttes de classe. Ceci dit que faut-il penser de ceci : Vous écrivez : « resurgissement du mouvement ouvrier, se situe en quelque sorte au point d’un équilibre mondial précaire dont les deux protagonistes essentiels, USA et URSS, sont eux-même à la fois autant sur la défensive qu’à l’offensive et fragilisés par la nécessité même de leurs propres mouvements contradictoires. » Une formulation complexe – dialectique – direz-vous – mais qui revient à laisser entendre que les 2 protagonistes sont L’URSS ET LES USA – CE QUI EST VRAI si on ne considère que le camp capitaliste divisé en deux camps qui plus tard fusionneront (1989-1990) mais il serait bien que vous donniez votre appréciation non ethnique sur le 2e camp antagoniste (non pas marxiste-léniniste) mais prolétarien révolutionnaire

    Merci pour ton texte qui permet de brasser les idées

    robert bibeau http://www.les7duquebec.com

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    24 mai 2018 à 19 07 33 05335
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    En deux mots et comme d’hab, M. Bibeau fait l’ « âne » pour avoir le son de son « débat », toujours le même, et pour ressortir ses « arguments », des plus approximatifs, et toujours les mêmes…

    Mais pour ses lecteurs qui ne connaîtraient pas encore la chanson, quelques précisions effectivement non-incluses dans cet article déjà assez long…

    __1_Le propre du révisionnisme,c’est précisément de se faire passer pour ce qu’il n’est pas, que ce soit Khrouchtchev ou n’importe quel « gourou » ou « would-be » d’une secte pseudo-ML, française, canadienne ou autre.. M. Bibeau sait donc très bien, de par son propre vécu politique, en tant qu’ancien militant « ML », ce qu’il en est !

    Le propre du révisionniste étant donc même de se prétendre meilleur communiste que les autres, la manipulation n’est pas forcément évidente pour le prolétaire moyen, et même engagé politiquement.

    Pourtant, la sanction de l’histoire se fait, à terme, avec le vécu, et si Staline reste très populaire en Russie, ce n’est pas le cas de Khrouchtchev, malgré son « réformisme » apparemment bon enfant, au départ !

    __2_Conséquence logique, une lutte de libération nationale qui n’a pas de direction prolétarienne ou qui la perd est vouée à être récupérée, à terme et dans la plupart des cas, par une faction plus ou moins opportuniste et finalement, comprador, comme cela s’est produit, notamment, avec Mao en Chine, sujet abordé mais non développé, car évidemment seulement périphérique par rapport au sujet « Mai 68 » !

    __3_La dialectique n’est précisément pas un truc à sens unique, même si un sens domine l’autre, y compris, effectivement, au cours de l’histoire de l’URSS. La question de la base économique du révisionnisme en URSS n’a, ici encore, qu’un rapport assez indirecte, pour le moins, avec le « Mai 68 » français, mais M. Bibeau n’ignore pourtant pas qu’elle a déjà été traitée sur TML dans les nombreux sujets « histoire de l’URSS » !!

    __4 et 5_M. Bibeau s’invente des questions « ethniques » sans rapport avec le texte de l’article, pour pouvoir y faire des réponses qui le satisfassent ! Pourquoi-pas ?

    D’une manière générale, concernant la situation internationale à cette époque, l’article aborde, comme facteur important du contexte, la montée des luttes de libération nationales, anti-impérialistes, mais fortement conditionnées par l’influence du révisionnisme, pour ce qui concerne leurs composantes populaires et prolétariennes. Un simple constat, dont une étude détaillée et spécifique est là aussi, un autre sujet, manifestement !

    Pour ceux que l’histoire de l’URSS intéresse :

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/octobre-1917-2017-centenaire-de-la-russie-sovietique-pour-les-proletaires-lhistoire-comme-drapeau/

    A la suite de l’article, de nombreux liens sur le sujet.

    Plus récent :

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/05/17/marx-200-ans-quelle-signification-de-son-detour-russe/

    Qui reprend l’essentiel de la question :

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/06/le-marxisme-etait-il-a-la-base-du-socialisme-en-urss-et-quelles-lecons-peut-on-en-tirer/

    Sur la Chine :

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/chine-capitalisme-ou-socialisme-aux-racines-du-maoisme/

    Avec de nombreux liens à suivre, également !

    Bonne lecture à tous !

    Luniterre

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  • Ping :Un demi-siècle après Mai 68 : En finir avec la « gauche » Kollaborationniste | tribune marxiste-léniniste

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    25 mai 2018 à 21 09 37 05375
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    @ Luniterre

    Chaque fois je m’illusionne et chaque fois je suis déçu. Chaque fois j’espère un débat d’idée – de concepts – de fait avéré et chaque fois je me vois personnellement invectivé – alors que je ne suis rien qu’un prolétaire qui réfléchit et ne se dit SURTOUT PAS MARXISTE NI MARXISTE-LÉNINISTE ni communiste ni etc… autres étiquettes QUE CE SOIT CLAIR – je suis prolétaire révolutionnaire qui puise chez tous les penseurs ce qui est bien – s’il y en a et rejette ce qui ne l’est pas confronté aux faits avérés. Ainsi, en ce moment je lis Ocalan (pas fameux je dois en convenir)

    Sortant du cas de l’URSS (sur lequel nous ne nous entendrons jamais j’en conviens puisque moi je dis que ce fut une révolution bourgeoise pour abolir le mode de production féodal – paysans – aristocratie – et construire le mode de production capitaliste industriel prolétaire – bourgeois) bref la révolution française mais 128 ans plus tard et dirigé non par des jacobins mais par des marxistes-léninistes

    Mais que dire de toutes – toutes les autres révolutions nationalistes bourgeoises dans des dizaines de pays souvent dirigées par des communistes des etc…. placé l’étiquette de votre choix mais toutes ces révolutions ont aboutit sans exception au mode de production capitaliste

    Cette régularité systématique des dizaines de fois renouvelés n’a rien pour vous ébranler ?

    Allez pour une fois cessez de faire le bébé acrimonieux vis ç vis Bibeau qui n’a rien d’important ici et donnez votre avis sur ce fait historique ou alors donnez des exemples de pays qui brisent la règle (L’Albanie, le Vietnam, la Corée, Cuba, l’Éthiopie, la Palestine, le Kurdistan, l’Iran…) allez une exemple de pays communiste qui a réussi ???????

    Merci de parvenir à surmonter ton animosité pour un débat d’idées

    Merci pour ta réponse

    Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com

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      27 mai 2018 à 14 02 23 05235
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      Le débat a déjà eu lieu, et assez longuement…

      Les éléments sont dans les liens, et je présume que les lecteurs de votre blog sont assez intelligents pour les suivre et en remonter le fil, si cela les intéresse…

      Ici, je pointe simplement à nouveau, si cela n’était pas assez clair, le fait que M. BIbeau, en tant que chroniqueur ayant anciennement pratiqué son art au nom du ML, et même, plus précisément au sein de l’OCF (*), où il passait pour une sorte d' »inspirateur », sait donc parfaitement de quoi il parle, et se moque de ses lecteur en prétendant en quelque sorte « faire l’ignorant » de positions politiques qu’il prétendait alors défendre, pour pouvoir aujourd’hui tenter de les dénigrer…!

      Il y a d’autant moins de « refus du débat d’idées », de ma part, que celui-ci avait déjà commencé, entre M. Bibeau et moi, dès cette époque, où il m’apparaissait déjà que le qualificatif de ML était tout à fait usurpé de sa part… Aujourd’hui, il a nettement renié cette prétention à un engagement idéologique ML, mais son comportement dans le prétendu « débat » qu’il veut recommencer à tout propos n’en est pas plus clair pour autant :

      « Cette régularité systématique des dizaines de fois renouvelés n’a rien pour vous ébranler ?
      Allez pour une fois cessez de faire le bébé acrimonieux vis a vis Bibeau qui n’a rien d’important ici et donnez votre avis sur ce fait historique ou alors donnez des exemples de pays qui brisent la règle (L’Albanie, le Vietnam, la Corée, Cuba, l’Éthiopie, la Palestine, le Kurdistan, l’Iran…) allez une exemple de pays communiste qui a réussi ??????? »

      Même s’il n’avait alors rien compris aux fondamentaux du ML, cela semble donc n’avoir pas changé, vu qu’il ignore, ou feint d’ignorer, qu’aucun de ces pays n’a jamais prétendu avoir réalisé le communisme !

      Divers aspects d’une phase de transition socialiste ont été tentés, notamment et principalement en URSS, et ont été détruits par le révisionnisme et la réaction sous diverses formes. Chaque cas, chaque histoire est particulière et établir une généralité à partir de cas aussi diverses c’est purement et simplement de l’idéalisme bourgeois, le plus réac qui soit, et il suffit aujourd’hui de le caractériser comme tel, et non pas de rentrer dans de pseudos « débats » purement byzantins et scolastiques, qui ne sont qu’une perte de temps. Le débat sur les questions de fond ayant déjà eu lieu, il est donc inutile de revenir dessus pour simplement tourner en rond dans les méandres de la pensée confuse de M. Bibeau !

      Luniterre

      (* https://humaniterouge.alloforum.com/site-organisation-communiste-france-t3455-1.html

      https://bourgoinblog.wordpress.com/2014/08/08/le-socialisme-seule-alternative-au-capitalisme-document-programmatique-de-locf/

      http://www.oulala.info/2013/06/le-socialisme-seule-alternative-au-capitalisme/ )

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      • avatar
        27 mai 2018 à 21 09 46 05465
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        @ Luniterre

        1) Prend soin rappelle-toi de ne pas inscrire trop d’hyperliens dans tes réponses notre anti-spam jettera tes messages – alors si tu as 10 ou 15 de tes textes à nous référer envoi 4 ou 5 messages différents pour éviter cet écueil. MERCI.

        2) Je vous lis cher monsieur – ceci : « Divers aspects d’une phase de transition socialiste ont été tentés, notamment et principalement en URSS, et ont été détruits par le révisionnisme et la réaction sous diverses formes. Chaque cas, chaque histoire est particulière et établir une généralité à partir de cas aussi diverses c’est purement et simplement de l’idéalisme bourgeois, le plus réac qui soit, et il suffit aujourd’hui de le caractériser comme tel, et non pas de rentrer dans de pseudos « débats » purement byzantins et scolastiques, qui ne sont qu’une perte de temps. »

        3) Ca ressemble à une esquive cette réponse ci-haut – Justement ce que je demande depuis des années – et pas seulement à vous monsieur – à tous ceux qui prétendent qu’un camp socialiste à exister – de généraliser – de systématiser – c’est cela faire un travail scientifique = tenter de reconnaître le principe – la loi qui s’active – derrière les particularités qui sont le plus souvent anecdotiques et sans principes – NOTAMMENT LES -ML- AIMENT BEAUCOUP EXPLIQUER LES LOIS DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE PAR les particularités d’un chef adulé – d’une personnalité à qui ils vouent un culte – Bref les ML affichent des comportements anti-marxistes = anti-scientifiques = anti-matérialiste. L’Histoire est observable – analysable et elle est régie par des lois d’économie politique.

        Merci beaucoup pour votre grande patience camarade Luniterre.

        robert bibeau Éditeur du webmagazine international http://www.les7duquebec.com (:-))

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          28 mai 2018 à 19 07 23 05235
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          Un post complémentaire, non publié, comprenait, outre le correctif des « méandres » que M. Bibeau a fort gentiment effectué, une allusion quelque peu ironique à sa liste des pays « communistes », qui inclut la Palestine, le Kurdistan (??), l’Iran… !!

          Et il nous dit :

          « c’est cela faire un travail scientifique = tenter de reconnaître le principe – la loi qui s’active – derrière les particularités qui sont le plus souvent anecdotiques et sans principes »

          On se demande bien, effectivement, quelle « loi » pourrait être commune à cette liste des plus hétéroclites, et incluant le fantomatique « Kurdistan »…

          Et il conclut :

          « L’Histoire est observable – analysable et elle est régie par des lois d’économie politique. »

          S’il en existe pour le socialisme, il faut les chercher dans l’expérience concrète de l’URSS, de 1917 à 1953, et guère ailleurs…

          Les pays d’Europe de l’Est ont à peine eu le temps de se reconstruire avant de passer sous la coupe du révisionnisme.

          Dans la mesure où le socialisme a été détruit, cela consiste donc essentiellement à chercher les causes de cet échec.

          Cela reste un échec relatif, dans la mesure où l’URSS a connu un développement économique et un progrès social très rapides durant ses premières décennies, et dans la mesure où cela a laissé une trace positive dans la mémoire populaire russe, contrairement à ce qui se dit en occident, et pour cause…

          Lorsque nous avons ébauché cette recherche, sur TML, concernant ce qui pourrait être le principe d’une économie de transition, en tenant compte de l’expérience de l’URSS (*), M. Bibeau poussait des cris d’orfraies !

          Aujourd’hui, il semble donc revendiquer lui-même la nécessité de faire une telle démarche… C’est, selon une expression peut-être mal connue au Canada, « l’hôpital qui se moque de la charité » !

          Luniterre

          (* >>> voir les liens du post : Luniterre 24 mai 2018 à 19 07 33 05335

          >>>+celui-ci, directement accessible sous le titre du blog « Tribune Marxiste-Léniniste » :  « ___ Marx au banc d’essai de l’Histoire (Contre la « Wertkritik », trois articles sur l’économie politique du socialisme ___ » )

          ******************

          Répondre
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