YEMEN : « SILENCE, ON TUE ! » La guerre « oubliée ».

Éditorial par  Chérif Abdedaïm

ENGRENAGE À HAUT RISQUE

 

Le Moyen-Orient est aujourd’hui en plein chaos. Voici qu’à la guerre contre Daesh avec l’intervention terrestre de l’Iran en Irak et l’appui aérien d’une coalition internationale, s’ajoute au Yémen, les mêmes causes produisant les mêmes effets, une nouvelle guerre civile provoquée, entrainant une intervention extérieure dirigée par l’Arabie Saoudite et soutenue par les États-Unis.

 

Au conflit israélo-palestinien et aux affrontements géopolitiques régionaux pour la suprématie dans le Golfe Persique – qui opposent depuis longtemps l’Iran et l’Arabie Saoudite, soutenus réciproquement par la Russie et les États-Unis – se superposent aujourd’hui des guerres civiles confessionnelles Sunnites contre Chiites et, depuis juin 2014, la guerre des salafistes radicaux de Daesh contre toutes les autres religions et l’Occident.

 

En Syrie,  le pays est également déchiré par une guerre civile depuis quatre ans avec l’appui ou la complicité de l’Arabie Saoudite, du Qatar, de la Turquie et aussi des occidentaux dont les dirigeants ont voulu faire croire à l’opinion internationale qu’ils assistaient à un printemps arabe. Le contexte politique et militaire qui prévaut en Irak fait penser  qu’il faudrait à Baghdad plusieurs années pour chasser définitivement Daesh de son sol malgré le soutien terrestre de l’Iran et les frappes aériennes conduites par les Etats-Unis.

 

Le double jeu de la Turquie d’Erdogan, qui maintient sa frontière ouverte avec l’État Islamique, permet à Daesh de recevoir des renforts humains et de se ravitailler en échangeant le pétrole brut issu des territoires occupés contre des armes et des munitions.

 

Cette « révolution » syrienne, que l’Arabie Saoudite a initiée et soutenue, tend à se retourner contre elle. Ryad perçoit désormais l’État islamique comme une menace, à tel point qu’elle a demandé au Pakistan et à l’Égypte de déployer au moins 30 000 hommes le long de cette frontière. Mais aujourd’hui, avec la guerre au Yémen, cet effet boomerang ne se limite pas à sa frontière Nord. Israël, de son coté, espère tirer les marrons du feu : le Hezbollah engagé en Syrie et au Yémen s’affaiblit, la communauté internationale les yeux rivés sur Daesh lui laisse les mains libres pour poursuivre sa colonisation rampante de la Palestine.

 

Chérif Abdedaïm

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RÉSUMÉ DES ARTICLES

Le Yémen est mis à feu et à sang par une guerre impitoyable. On la surnomme « la guerre oubliée ». Elle oppose depuis le 25 mars 2015 une coalition sunnite dominée par l’Arabie saoudite à un mouvement insurrectionnel yéménite qui était parvenu à chasser du pouvoir Abdel Rabo Mansour al Hadi, le président contesté de la République du Yémen. Après onze mois d’opération saoudienne de « pacification », plusieurs ONG internationales s’indignent du degré de violence des saoudiens.

Ce conflit a déjà tué au moins 6 000 personnes. On estime que 82% de la population, soit plus de 21 millions de civils, ont besoin d’assistance humanitaire. Les combats au sol et les bombardements aériens ont fait du Yémen l’une des pires crises humanitaires au monde.

Plus de 2 millions de personnes ont dû fuir leur foyer. Les Yéménites de tout le pays luttent pour se nourrir chaque jour et avoir accès à l’eau potable. Les risques de maladie, de malnutrition et de traumatisme psychologique sont extrêmement élevés, surtout pour les enfants. Plus de 3 millions d’entre eux n’ont pas accès à l’éducation. Les écoles et les hôpitaux sont en train d’être détruits.

En plus de la guerre, le blocus paralyse ce pays, l’un des plus dépendants de l’importation. Il provoque des pénuries de nourriture, de carburant et fournitures médicales, augmentant la vulnérabilité de la population et affectant leurs moyens de subsistance.

L’accès à de nombreuses régions du pays est extrêmement restreint en raison des combats au sol, des frappes aériennes et de la rareté du carburant.

La guerre au Yémen a du mal à attirer l’attention du monde, car c’est une crise qui dure, dont la montée en puissance est lente et qui est inaccessible aux médias. Cependant la situation de crise perdure et les populations ont fortement besoin d’assistance humanitaire.

Cependant aucune indignation mondiale ne se fait entendre. Face à la catastrophe des réfugiés syriens qui fait actuellement la Une des médias, on ne peut qualifier ce silence que d’hypocrisie. De plus, les Etats-Unis soutiennent cette agression de la part de l’Arabie saoudite. Dans cette guerre, comme dans tant d’autres, le principe du droit international de la responsabilité de protéger est dévié en son contraire. Ce principe devrait rendre possible une intervention de la communauté internationale pour empêcher des crimes contre les populations civiles. Mais cette fois, le «gouvernement officiel» du Yémen (c’est-à-dire le président Hadi) fait bombarder son propre pays depuis son lieu d’exil.

Ainsi et loin des projecteurs médiatiques, certains observateurs s’interrogent si ce n’est pas le sort du Moyen-Orient qui y est en train de se jouer en prolongement du théâtre de jihad que constituent la Syrie et l’Irak. En effet, cette guerre n’est que le prolongement du « grand jeu » extrêmement complexe qui a lieu dans la région opposant le monde chiite et le sunnite, lui-même divisé entre salafistes-jihadistes, Frères musulmans, wahhabites saoudiens et « modérés ».

Demain,  la suite du tour d’horizon sur la guerre au Yémen par Chérif Abdedaïm.

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