100 jours de Hollande : pas « creux », tout juste calamiteux

Ça y est, c’est la rentrée. Mélenchon a mis les pieds dans le plat et dézingue sévère les cent premiers jours du règne Hollande… Pourtant Mélenchon n’est pas dans l’exacte vérité. Pas plus que le vote pro Hollande n’avait été « insurrectionnel », les cent premiers jours de sa gouvernance n’ont été ni « creux », ni « vides ». Bien pire, ils ont été calamiteux.

Orchestrée par Montebourg, la réaction socialiste à la critique mélenchonienne a été à la hauteur de l’attitude du gouvernement Ayrault : lénifiante. Pour Montebourg, on ne redresse pas un pays en cent jours, mais « au moins en cinq ans ».

Si le redressement du pays est une course de longue haleine, il faut au moins ne pas se louper au départ. La situation de crise imposait d’entrée des remèdes énergiques et des signes vigoureux. Au lieu de ça, nous n’eûmes droit qu’à quelques placebos, à des atermoiements d’autruche et à des coups de menton aussi puérils que déplacés.

1 – Politique économique : la résignation du malade

Qu’en-est-il des quelques mesurettes économiques et sociales annoncées par le candidat Hollande ? Le blocage des prix de l’essence alors que ceux-ci s’envolent ? Rien, juste une « prochaine » diminution, « modeste » et « provisoire », des taxes sur les carburants perçues par l’État. Parions qu’on attendra de même pour les prix des loyers, du gaz, de l’électricité, des transports…

La redistribution des revenus par la fiscalité ? La suppression de certaines niches fiscales et le déplafonnement limité de l’impôt sur les grandes fortunes ne sont là que contraints par le vide sidéral des caisses publiques. Et le Conseil constitutionnel a opportunément rappelé qu’une imposition à 75% (on en est encore loin !) ne saurait être que « provisoire ».

Ne restait plus à notre nouvelle équipe que quelques pansements homéopathiques pour tenter d’apaiser les douloureuses désillusions sociales : la baisse des revenus du président et de ses ministres, la hausse microscopique du SMIC, et celle, très limitée dans l’espace, de l’allocation rentrée.

L’attitude du nouveau pouvoir face à la crise financière et économique s’apparente à la résignation du malade devant un mal incurable. On prie. On espère juste un miracle en serrant les fesses. Et on oublie qu’un cancer ne se guérit pas à l’Aspirine.

2 – Politique étrangère : allégeance au désordre établi

La crise mondialisée, prétexte-t-on, ne trouvera sa solution qu’au niveau international. Or que fit notre Hollande en l’espèce ? Il courut de sommets en conclaves… en prêtant allégeance au système défaillant et à ses tenants.

Ah, on devait voir ce qu’on devait voir en matière de renégociation du traité européen de stabilité financière ? Rien du tout, la France socialiste se prépare à l’adopter tel quel, docilement (comment dit-on “finger in the nose” en allemand ?)

Qu’importe, histoire de donner le change, la France allait trouver l’occasion de faire montre de sa fermeté internationale sur d’autres fronts. Celui de la Syrie, par exemple. Le ministre Fabius se surpassa dans la tonitruance verbale :

« Assad ne mériterait pas d’être sur la terre. Le régime syrien doit être abattu et rapidement. »

On ne dissertera pas sur les défauts et qualités de cette brute d’Assad. Mais on reste pantois devant ce genre de propos, bien dans la lignée des rodomontades sarkoziennes, et que Robert Fisk, journaliste anglais et grand spécialiste du Moyen-Orient, qualifie lui de « plus infantiles que menaçants ».

3 – Politique intérieure : la morsure du roquet

Savez-vous ce que fait le roquet en situation de désarroi et d’inquiétude ? Il aboie très fort et essaie de mordre les mollets des plus faibles, par derrière. C’est ce que fit avec un zèle tout policier notre ministre de l’intérieur à l’égard des Roms.

S’il y eut une action gouvernementale qui eut un impact médiatique durant ces cent jours, ce fut bien la poursuite sans faille par Valls de la politique du bouc émissaire entamée par ses prédécesseurs Hortefeux et Guéant.

Combien sont-ils, ces malfaisants nomades, à menacer la sécurité des 65 630 692 honnêtes Français sédentaires ? Environ 13 000 selon les chiffres officiels, soit 0,01% de la population nationale.

C’est dire leur extrême dangerosité. Et la nécessité que le pays avait de s’en prémunir en violant carrément les règles européennes de libre circulation et de droit au travail pour tous les ressortissants de l’UE (dont font partie les Roms).

Un gouvernement hors course d’entrée

Tout cela est fort désolant. Un faux départ de 100 jours et c’est déjà l’élimination directe pour la course au redressement de 1800 jours. Les coureurs ne sont de tout de manière pas à la hauteur. La crise de la “Grande perdition” peut continuer à s’en donner fort aise.

Déjà les rares voix singulières de ce pouvoir tout frais éclos s’effacent derrière les entrechats des faiseurs médiatiques (ah, Montebourg et sa « Troisième révolution industrielle » !). Mais que pense Taubira des destructions de campements roms ? Où sont les Filipetti et Piketty ? Ne parlons pas de la première ministre de l’écologie, Nicole Bricq : virée pour cause de lèse-lobbies pétroliers !

Pas grave, contre toute évidence, une grande majorité d’électeurs de droite comme de gauche molle, continuera à nier la fatalité de la crise… jusqu’à ce que le gouvernement français imite ses homologues espagnols, grecs, portugais, irlandais, italiens, anglais. En baissant leurs salaires, leurs prestations sociales, leurs pensions de retraite.

Pour les autres, bon ben, rendez-vous à Najac autour d’un verre de Cauquelois. En attendant bien au chaud que passe l’orage.

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