Vélo volant, et médailles volées

OLIVIER CABANEL:

Le 29 juin 2013, le Tour de France a pris son départ pour la centième fois, avec son lot de fatals dopés, ses inévitables sponsors, et pour gagner du temps, on en viendrait à avoir envie de ne plus compter que ceux qui sont propres, en se demandant : « à qui le Tour ?

Le dernier aveu en date vient de Jalabert, rendant obsolète la vieille déclaration (« à l’insu de son plein gré) d’un certain Richard Virenque, lequel Jalabert répondant à un journaliste qui l’interrogeait sur son possible dopage : «  je ne peux pas dire que ça soit faux, mais je ne peux pas dire que ce soit vrai ».vidéo

Comme l’a proposé Anne Roumanoff dans sa chronique quotidienne, il vient peut-être d’inventer deux mots nouveaux : « le frai et le vau ». lien

Avant lui, il y en eu tant d’autres que la liste complète serait fastidieuse, voire interminable : Yann Ulrich, Laurent Fignon, Lance Armstrong, Raymond Poulidor, Greg Lemond, Jacques Anquetil, Bernard Thévenet, Marc Madiot, Laurent Brochard, Johan Museeuw, Eddy Merckx…  lien.

Dans le camp des cyclistes, on crie au complot : « c’est toujours la même chose, quelques jours avant le départ du tour, on nous sort une affaire de dopage » se plaint Richard Virenque, Bernard Hinault… dramatisant sur l’antenne d’Europe 1 : « on veut tuer le Tour ! ». lien

Pourtant on en vient à se demander si le dopage n’est pas partie intrinsèque du Tour, voire du sport, car que ce soit en athlétisme, en tennis, en foot, en rugby…etc, bien malin qui pourrait dénicher un sport ou le dopage n’est jamais pratiqué, d’autant que lors d’un sondage récent, sur plus de 25 000 participants, ils ont été près de 90% à penser que tous les cyclistes du Tour étaient dopés. lien

L’ex champion Lance Armstrong, déchu de ses titres, en a profité pour enfoncer le clou, juste la veille du départ du tour en déclarant : « il est impossible de gagner le tour sans dopage »…et il pose la question qui tue : « c’est bien d’effacer mon nom du palmarès, mais le Tour a bien eu lieu entre 1999 et 2005, n’est-ce pas ? il doit donc y avoir un vainqueur. Qui est-il ? Personne ne s’est manifesté pour réclamer mes maillots.  » lien

Réflexion qui mérite le détour, car en effet, ça laisse supposer que celui qui deviendrait premier, en prenant sa place, se devrait d’être irréprochable… laissant croire que ce n’était pas le cas.

Alors, même si comme tous les ans, on nous affirme en haut lieu que « le dopage, c’est fini », certains en viennent à se demander si le gagnant ne serait pas plutôt le laboratoire pharmaceutique qui aura produit le produit dopant le plus indétectable possible ?

Prenons par exemple l’ACTH, (Adreno-Cortico-Trophic-Hormone) stimulant la sécrétion d’hormones, vendu sous le nom de synacthène, totalement interdit depuis 2004, il a été indétectable jusqu’en juillet 2009.

On peut évoquer aussi l’Actovegin, une amphétamine à base de sérum de veau, qui aurait été utilisé par l’équipe US Postal, de Lance Armstrong lors du Tour de France 2000l’Aicar, un cardio-protecteur qui améliore l’endurance, interdit depuis 2009, et indétectable jusqu’à l’été 2013 (?), l’Andriol, l’Androstenin, des stéroïdes anabolisant…sans oublier les produits masquant, que les coureurs dans leur jargon appellent des « antiradars »….

La liste est longue…(lien) et à ceux qui pensent que le dopage est un phénomène relativement récent, on peut rappeler les confessions des frères Pélissier, qui, lors du tour de France 1924, avouaient sans complexe au grand journaliste Albert Londres qu’il y avait dans leur besace de la cocaïne, duchloroforme, des gélules, résumant le tout dans une phrase sans ambigüité : « nous marchons à la dynamite ». lien

Du coup, certains en viennent à suggérer qu’il serait plus simple de légaliser le dopage et que les coureurs soient sponsorisés par des groupes pharmaceutiques

Il est vrai que l’enjeu financier est de taille.

Le Tour de France représente  15 millions de bénéfices, pour un budget d’environ 100 millions d’euros, et la France entière, ou presque, est prête à fermer les yeux pourvu qu’on ne lui gâche pas son plaisir. lien

Les 15 millions de spectateurs qui s’entassent, quitte à prendre des risques, le long des routes, grappillant les 15 millions de cadeaux lancés par la caravane publicitaire, n’ont pas oublié que c’est l’un des rares sports restant gratuit, même si le passage de leurs « champions » ne dure que quelques secondes. lien

D’autres, près de 2 milliards, se dopent à leur manière, se limitant à siroter des bières devant leur TV.lien

Pour tenter d’améliorer l’image dégradée de ce tour, les communicants viennent de se tourner vers la défense de l’environnement, prônant pour chaque jour, la promotion d’un thème écologiste.

Le premier jour, c’est sur la posidonie qu’un coup de projecteur a été mis : cette plante aquatique dont dépend entre autre la stabilité de nos belles plages, et qui sert d’abri aux poissons.

Sauf que la posidonie est en régression depuis des années, et qu’il ne suffit pas d’en parler pour régler le problème. lien

Sa disparition est liée en grande partie à la qualité de l’eau, et tant que l’eau de la grande bleue sera polluée, la posidonie continuera de reculer, faisant diminuer d’autant la superficie de nos plages. lien

Et ce serait oublier les pyramides d’immondices diverses et variées que 15 millions d’aficionados du vélo laissent au bord des routes.

On considère généralement que pour 100 km de routes, on trouve 1 tonne de déchets, (lien) mais lors duTour de France, la concentration des millions de supporters le long des 3404 kilomètres (lien) devrait générer beaucoup plus que les 34 400 tonnes supposées, sans oublier les particules de gasoil et les gaz d’échappement des véhicules de la caravane publicitaire, et des équipes techniques qui accompagnent fatalement le tour, relâchés sous le nez des coureurs…et sous celui des supporters.

Plutôt que de parler de posidonie, imposer par exemple à tous les véhicules du Tour la motorisation électrique serait bien plus positif.

Rien donc de nouveau sous le soleil.

Oublions donc le Tour de France, tout en restant sur le vélo.

On connaissait le vélo en carton, voici venu l’heure du vélo volant, le FBike  : 3,50 mètres de long par2,50 mètres de large, ce vélo électrique équipé d’une batterie au lithium, compte aussi sur les muscles du cycliste pour s’envoler, puisque le pédalier actionne 6 hélices.

Pour l’instant, les 3 sociétés qui se sont donné la main pour sa réalisation (Technodat, Duratec etEvektor) n’ont d’autre but que de démontrer leur capacité technologique, mais qui sait…lien

C’est aussi l’occasion d’évoquer les « indignés du nucléaire  », cette caravane cycliste d’information citoyenne composée de Belges, Hollandais, Allemands, et français, partie le 26 juin, qui va parcourir lesArdennes et traverser les frontières afin de convaincre les populations locales qu’il est possible de vivre sans nucléaire. lien

Une autre manifestation est à signaler, toujours à vélo, électro-solaire celui là : le Sun Trip 2013, course électro-solaire : lancée le 15 juin grâce entre autres à Florent Bailly, et à Guillaume Beuzelin, cet étudiant chambérien de 24 ans, issu de l’ESC (école supérieure de commerce de Chambéry), et qui s’est spécialisé dans la gestion de l’événementiel. lien

C’est une première, et il s’agit de joindre la France et le Kazakhstan entre le mois de juin et celui deseptembre, le départ ayant été donné du Technopole Savoie Technolac, dans la banlieue de Chambéry.lien

Ils sont 29 à avoir payé 10 000 €, et de leur personne, pour se lancer dans une aventure qui leur fera traverser 10 pays, sans assistance, parcourant 7000 km…et sans dopage, choisissant leur trajet pour un périple de 80 jours. . lien

Dans la liste des participants, on peut noter la présence de Thomas Papay, un paraplégique habitué à réaliser des exploits sportifs en handbike ou en ski de fond, celle de Sébastien Quéré, jeune prof breton d’histoire géo, profitant de son passage à « questions pour un champion  » pour faire la promotion duSun Trip, mais aussi de 2 couplesCorinne et Sébastien, ou Guillaume et Angélique, en tandem ceux-là…tout comme celle d’Annick-Marie Bouchard, une blogueuse Québécoise, le benjamin étantGuillaume Bruyr, un ingénieur belge qui a construit lui-même son prototype, couvert quasi intégralement de panneaux solaires et le plus âgé, Jean Marie Marquer, jeune retraité de 56 ans, prouvant une fois de plus qu’il y a « une vie après le travail ». lien

Bonne route à tous, et rendez-vous dans un peu plus de 2 mois sur la ligne d’arrivée.

Sur ce lien, on peut suivre en direct le positionnement de chacun des participants.

Il est aussi possible de les suivre sur Facebook sur ce lien.

Pour finir par un autre challenge original, on peut découvrir un vélo qui l’est aussi, construit sur 2 niveaux, et qui se dirige avec son cycliste vers Bure, l’un des lieux de la convergence anti-nucléaire, puisque c’est là que l’on voudrait enfouir pour des milliers d’années des déchets très radioactifs. lien

Comme dit mon vieil ami africain : « la voie est sous vos pieds  ».

L’image illustrant l’article provient de « m.tinngan.vn »

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *