Les « pierres droites » de Monténeuf

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FERGUS :

C’est dans un environnement de landes parsemées de bouleaux et égayées par les ajoncs et les bruyères en fleurs, que l’on peut, aux beaux jours, admirer les mégalithes de ce site méconnu, non seulement des Français, mais également de la plupart des Bretons. On savait pourtant depuis 1842 qu’il existait des menhirs en ce lieu, mais personne n’avait entrepris d’explorer les broussailles pour en dresser une cartographie et un inventaire.

Il a fallu que des incendies ravagent en 1976 puis en 1981 les landes de cette contrée pour que l’on prenne la mesure de l’importance du site en découvrant sur ces terres calcinées les pierres jusque-là dissimulées par les broussailles et l’humus. Les 3 menhirs observés en 1842 surgissaient de la cendre, mais ils n’étaient pas seuls, loin de là : après un recensement effectué, à partir de 1989, par des équipes d’archéologues sous la conduite de Yannick Lecerf, conservateur du patrimoine au Service régional de l’Archéologie, c’est un remarquable ensemble de menhirs, de dolmens et d’allées couvertes qui a pu être recensé à Monténeuf. Au total : 420 pierres réparties sur 7 hectares.

Parmi ces « pierres », une majorité de menhirs, principalement alignés sur 6 rangs dans le sens est-ouest, mais aussi quelques dolmens et allées couvertes. Des mégalithes en l’occurrence des plus discrets : abattus autour de l’an 1000* sur ordre des autorités ecclésiastiques de l’époque, soucieuses d’éradiquer toute référence aux cultes païens, les « pierres droites » avaient, au fil des siècles, été soustraites à la vue des hommes par le développement de la végétation, à l’exception des 3 rescapées.

Par chance pour les archéologues, les fouilles ont pu mettre à jour les fosses de calage de plusieurs dizaines de ces menhirs. Dès lors, un remarquable travail de relevage a été entrepris. À tel point que, de nos jours, ce sont 42 menhirs qui dressent à nouveau leur masse de schiste vers le ciel morbihannais. 42 « pierres droites » qui offrent aux regards des visiteurs le spectacle de monolithes érigés là vers l’an 3200 avant JC*, autrement dit il y a plus de 5 millénaires, à la fin de la période néolithique.

Autre découverte de choix sur le site : un menhir en cours d’extraction a permis aux spécialistes de mieux comprendre le travail des lointains carriers en charge de cette besogne. Des hommes qui maîtrisaient assurément les notions de veine de la roche et savaient en exploiter les fissures à leur profit, probablement en ayant recours à une technique de choc thermique – des feux de bois et de bouse séchée brusquement refroidis par de l’eau froide – plutôt qu’à la technique plus classique des coins enfoncés dans la roche, peu adaptée à la nature du schiste.

D’autres « pierres », encore enfouies, restent à découvrir. Elles feront l’objet des prochaines campagnes de fouilles qui, n’en doutons pas, seront planifiées dans les années à venir pour parfaire la connaissance du site. Inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis le 16 juin 1997, le site mégalithique de Monténeuf attire chaque année plus de visiteurs. En accès libre, chacun peut y contempler ce témoin majeur de l’activité des hommes du Néolithique, soit par l’observation des « pierres droites » proches des lieux de stationnement, soit par celle des monuments épars (menhirs, dolmens ou allées couvertes) que l’on peut découvrir en parcourant les sentiers balisés environnants dans des paysages d’une grande quiétude.

Outre la découverte libre du site et la lecture des panneaux explicatifs, il est possible d’assister régulièrement à des visites commentées (notamment pour les scolaires), voire à des démonstrations d’extraction ou de levage de menhir dans les conditions du Néolithique (renseignements sur l’Archéosite de Monténeuf).

En attendant de découvrir ce lieu si propice à la rêverie, voire à la méditation, et pour se mettre dans l’ambiance celtique, écoutons An Durzhunel (La tourterelle), un vieux chant breton interprété ici par l’excellent groupe irlandais The Chieftains. Kenavo !

* Datation effectuée grâce à la technique du carbone 14 sur les charbons de bois relevés sur les lieux.

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