Vous entrez dans une zone d’exclusion

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OLIVIER CABANEL :

On le sait, les élus municipaux se retrouvent avec toujours plus de responsabilités, mais peut-on leur rappeler qu’il est de leur devoir, pour ceux dont la commune se trouve dans le périmètre d’exclusion d’une centrale nucléaire, d’indiquer par panneaux qu’en cas d’accident majeur, leurs administrés se trouveront dans une zone d’évacuation ?

En effet, la signalisation fait partie des attributions d’un maire, tout comme de celles du préfet, et indiquer aux habitants de la commune qu’ils sont dans une zone à risque est, semble-t-il, la moindre des précautions à prendre.

Pourtant, tout autour des centrales nucléaires, on pourra chercher longtemps pour trouver des panneaux indicateurs signalant, de par la proximité d’une centrale nucléaire, que les habitants seront évacués, en cas d’accident majeur, et que leur lieux de vie devront être abandonnés pour plusieurs générations.

Il est déjà curieux de constater que les assurances se refusent à prendre en compte dans leurs contrat, le risque nucléaire, mais ne l’est-il pas encore plus que les édiles, pourtant rarement avares en matière de panneaux de signalisation, n’aient pas envisagé la pose de panneaux de zone d’exclusion ?

Ajoutons que ceux qui envisageraient d’habiter dans une de ces villes devraient être prévenus par avance, avant de louer, ou de construire une maison qu’ils courent le risque de se trouver dans la zone d’exclusion…or il n’en est rien, et il s’agit donc clairement d’une faute administrative.

C’est pour cette raison que quelques citoyens responsables ont pris les devant, et ont installé dans la zone située autour de la centrale nucléaire du Bugey plusieurs panneaux afin de pallier aux manquements des autorités.

Il reste par contre à établir l’étendue de cette zone, puisque l’on sait qu’elles sont divisées en 4 secteurs : celui de la zone fermée, zone dans laquelle la radioactivité est supérieure à 40 curies de césium 137 par km², celui de la zone de contrôle permanent, zone dans laquelle la radioactivité atteint 15 à 40 curies par km², puis la zone de contrôle périodique (moins de 15 curies par km²) sachant que cela correspond à 555 kBq/m², soit une dose externe d’environ 4 mSv/an, et enfin la zone dite faiblement contaminée. lien

C’est du moins ce qui a été établi autour de la centrale dévastée de Tchernobyl.

On sait aujourd’hui que la radioactivité peut tuer à faible dose. lien

Dans le cas de celle de Fukushima, les données ont évolué, ce qui est manifestement dû à l’importance du drame, vu que 3 réacteurs, au lieu d’un à Tchernobyl, ont rendu l’âme, mais aussi au fait que certains fonctionnaient avec du Mox, et donc ont relâché du plutonium, en plus du césium « habituel ».

Pour comprendre l’importance de la différence, il faut savoir que la période (ou demi-vie) du Césium est de 30 ans, ce qui signifie que le site aura des problèmes pour un siècle…alors que le plutonium à une période de plus de 24 000 ans.

Dans le cas du Bugey, des citoyens responsables avaient déjà organisé en octobre 2012 une marche fictive des réfugiés, lesquels quittaient précipitamment la zone d’exclusion fixée à 30 km autour du site. lien

Mais c’est sur l’étendue de la zone d’exclusion qu’il faut s’interroger.

En effet, les Suisses, connus pour leur précision et leur prudence, l’ont élargie à 80 km autour du site, et c’est aussi le chiffre de 80 km qui est souhaité en France par de nombreux citoyens, conscients du danger couru, et convenant que suivant le sens des vents, la pollution radioactive peut s’étendre largement au-delà des 30 km. lien

Tchernobyl, puis Fukushima en ont fait la démonstration, puisque l’on sait que la contamination nucléaire à touché Tokyo, qui se trouve largement au-delà des 80 km.

En effet, le docteur Shingeru Mita a fait état de mesures prises dans les 23 districts de la métropole de Tokyo, rappelant que la partie orientale de cette ville a été polluée à hauteur de 1000 à 4000 Bk/kg, alors que la partie occidentale était touchée à hauteur de 300 à 1000 Bq/kg. lien

Par comparaison, lors de Tchernobyl, l’Allemagne était à polluée à 90 Bq/kg (césium 137 seul), l’Italie à 100 et la France à 30 Bq/kg en moyenne, même si dans les Alpes de Haute Provence, et en Corse, des mesures prises sur le thym a révélé une contamination atteignant les 27 000 becquerels par kilo de thym. lien

Pour revenir à la prévention des risques, et à la manière d’organiser l’évacuation, rien n’est vraiment préparé efficacement en France, et ailleurs, comme on a pu le constater lors des tentatives de simulation.

Bien sur, des exercices ont été effectués ici où là, une école par ci, un quartier par là…mais quels sont les moyens réellement disponibles pour évacuer rapidement 1 million de personnes ?

Il faut être conscient que pour l’instant, rien de cette importance n’a été envisagé, et donc, rien n’est prévu.

De plus les exercices d’évacuation tournent régulièrement à la mascarade, comme on a pu le constater à Gravelines le 18 janvier 2011. lien

Le gymnase qui devait accueillir 350 personnes n’en a reçu que 25, et un centre de regroupement qui devait recevoir 1600 réfugiés n’en a accueilli que 41…dont ¼ était des employés de mairie. lien

Au Japon, lors de la catastrophe nucléaire, les habitants, souvent laissés à leur triste sort, ont fait comme ils ont pu, et certains, convaincus d’échapper à la radioactivité en quittant leur village, se sont retrouvés sans le savoir, dans une zone encore plus dangereuse que celle qu’ils quittaient.

Pourtant les autorités avaient mesuré les taux de radioactivité des différents secteurs, mais n’avaient pas fait suivre l’information localement.

En France, pourquoi en serait-il autrement ?

Ce n’est qu’en 1991, après la catastrophe de Tchernobyl, que 170 balises ont été installées par l’IRSN à proximité des centrales nucléaires dans un rayon de 10 à 30 km faisant des mesures toutes les 10 minutes, complétant le dispositif installé par EDF, lesquelles ne sont positionnées que dans un rayon restreint de 0 à 10 km, et portant à un millier le nombre de balises, mais est-ce suffisant ?

Devant le danger latent, constatant que ces balises n’étaient pas assez nombreuses, l’IRSN a décidé d’augmenter son parc de balises pour le porter au nombre de 400, mais la question de la transparence reste posée. lien

Il faudrait en effet que des balises soient installées dans chaque commune concernée par le risque d’un accident nucléaire majeur, et que les populations puissent consulter ces balises.

Or tout dépens de l’élargissement ou non, à 80 km autour des sites nucléaires, ce que souhaitent de nombreux citoyens responsables, et inquiets, dont l’association « Sortir du nucléaire ». lien

On se souvient que les autorités américaines avaient fait évacuer leurs administrés qui se trouvaient à moins de 80 km de la centrale nucléaire dévastée de Fukushima. lien

On pourrait penser que tout ça n’est que noircissement illusoire d’une situation improbable, et qu’il s’agit seulement d’inquiéter des citoyens tranquilles, mais est-ce bien responsable de plonger la tête dans le sable, façon autruche, en ânonnant « jusqu’à présent, tout va bien », alors que l’on sait que notre pays, et pas que, n’est manifestement pas préparé à gérer une situation de crise nucléaire, n’envisageant pas un accident nucléaire majeur, alors que qu’une grande majorité de responsables scientifiques envisage aujourd’hui sa probabilité.

Interrogé quelques jours après la catastrophe japonaise, Jacques Repussard, patron de l’IRSN reconnait à demi mot l’impréparation française : « Nous sommes, il me semble bien préparés à des rejets radioactifs de faible envergure. Mais s’agissant d’un accident de première importance comme à Fukushima avec la diffusion d’un panache contaminant sur plusieurs dizaines de kilomètres, je crois très franchement que notre doctrine d’intervention reste à consolider ». lien

Même au niveau de la distribution des pastilles d’iode, réponse bien insuffisante mais nécessaire en cas d’accident nucléaire majeur, rien de bien précis n’existe dans les PPI (plans particuliers d’intervention), comme on peut le constater sur ce lien (page 68)

Les zones d’exclusion sont bien trop modestes, les accueils de réfugiés aussi, et les moyens mis en place pour évacuer les personnes en danger paraissent bien dérisoires face à la menace, d’autant que le confinement des habitants est préféré parfois à l’évacuation.

La centrale nucléaire du Bugey est typique de l’impréparation des autorités, car située à 30 km de Lyon, et de son million d’habitants, rien n’est prévu en réalité pour mettre hors de portée des rayonnements radioactifs tous les habitants.

La comparaison entre la France et le Japon n’est pas à l’avantage de notre pays, car même si le Japon n’a pas toujours été exemplaire, (et ne l’est toujours pas aujourd’hui) 215 000 personnes y ont tout de même été évacués…bien loin du PPI prévu autour de la centrale de Dampierre et de ses 25 000 évacués potentiels. lien

Alors à ce stade on peut considérer les simples lanceurs d’alerte comme de dangereux paranoïaques catastrophistes, mais est-ce une attitude bien rationnelle ?

Comme dit mon vieil ami africain : « si tu entres parmi les borgnes, ferme un œil ».

la photo illustrant provient de « stop Bugey »

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

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