LEs victimes du Bataclan : « des dégénérés ! »

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FERGUS :

S’il n’a pas prononcé ce mot, le prêtre lyonnais Hervé Benoît l’a très fortement pensé. Il l’a même exprimé de manière particulièrement immonde dans une tribune publié sur un blog traditionnaliste, pour ne pas dire intégriste…

Riposte Catholique ne fait en général pas dans la dentelle en matière de prises de parole d’allumés fondamentalistes, voire intégristes. Ce blog l’a encore démontré en donnant la parole le 20 novembre à un prêtre catholique de la basilique de Fourvière. Sous le titre « Les Aigles (déplumés) de la mort aiment le Diable ! », ce blogueur aux idées dignes du pire obscurantisme médiéval se met à l’unisson du sulfureux imam de la mosquée Sunna de Brest. Certes, il ne promet pas à ses ouailles d’être transformées en « porcs » ou en « singes » si elles s’adonnent à la musique, mais la vision qu’il donne des victimes du Bataclan n’en est pas moins hallucinante de crétinerie religieuse.

On peut comprendre que le nom du groupe Eagles of Death Metal interpelle ce dévot de manière négative, particulièrement lorsque celui-ci chante sur des accents de hard-rock « Qui va aimer le Diable et sa chanson ? » Ce n’est évidemment pas là un cantique dédié à la vierge de Fourvière. Mais cet égaré de Dieu oublie – ou ne veut pas voir – que la transgression mise en musique et en scène par ce genre de musique n’est qu’une manière de vivre avec intensité, et sous une forme transposée inoffensive, un moment de détente hors du carcan des religions ou des lois sans tomber pour autant dans la négation des valeurs humaines ou dans la célébration du Mal.

Oh, Hervé ! descends de ta chaire et pars à la rencontre des générations de gens qui, à mon image, ont pris du plaisir à écouter du Metallica, du Iron Maiden ou du Motörhead sans jamais verser dans la dépravation ou dans le rejet de l’humanisme. Et tu pourras constater que malgré les « tee-shirts », les « tatouages » ou les « pochettes de disque » qui agressent ta vue, bien peu des amateurs de cette musique sont concernés par ces « codes partagés de la culture de masse » que tu désignes dans ta tribune en énumérant « violence… sexe… défonce… jouissance… vacarme… » Désolé de te le dire ainsi, Hervé, mais il semble que l’eau bénite ait des effets nettement plus dévastateurs sur les neurones et les synapses que les pétards consommés ici et là – le plus souvent avec modération – par une minorité des spectateurs des concerts de hard-rock.

Et lorsque tu écris « Ces pauvres enfants de la génération bobo, en transe extatique », je te renvoie au spectacle de tous ces croyants hallucinés qui, de tous temps et en tous lieux, non seulement se sont trouvés – et se trouvent encore trop souvent – « en transe extatique », mais ont mis leurs actes en harmonie avec cet état pour délivrer les pires messages d’intolérance et d’anathème, voire se livrer aux exactions les plus monstrueuses.

De même, lorsque tu qualifies de « morts-vivants » les spectateurs du Bataclan avant d’écrire « leurs assassins, ces zombi-haschishin, sont leurs frères siamois » au motif que les victimes du concert seraient, tout comme les barbares armés de kalachnikov, dénaturés par les mêmes pertes de valeurs, tu pètes gravement les plombs, pour parler trivialement. Et tu oublies que si les tueurs du 13 novembre étaient avant tout des minables en pertes de repères ou des petits délinquants instrumentalisés, les spectateurs du Bataclan étaient avant tout des personnes éduquées, intelligentes, bien dans leur peau et bien insérées, tant dans la société que dans leur milieu professionnel. Rien à voir avec les dégénérés minés par un message musical destructeur que tu prétends décrire. Les victimes du Bataclan étaient aimées et reconnues pour leurs qualités humaines, comme l’ont montré ces derniers jours les innombrables messages de solidarité que leur mort inutile a suscités.

En prononçant ces stupides amalgames, on croit avoir lu le pire. Eh bien, non, tu vas encore plus loin dans l’ignoble en écrivant ceci : « 130 morts, c’est affreux ! Et 600 morts, c’est quoi ? C’est le chiffre des avortements en France le même jour […] Où est l’horreur, la vraie ? » Ainsi devrait-on considérer les victimes du Bataclan comme des morts de seconde catégorie, victimes d’elles-mêmes du fait de leur penchants pour une musique satanique et dépravée. Oh, Hervé ! crois-tu vraiment que ton « Dieu d’amour » puisse approuver de tels dérapages alors que son délégué lyonnais, le patron de l’archidiocèse, a lui-même a été abasourdi par ton message obscurantiste ?

Tu t’en expliqueras avec lui, et très franchement, l’on se fiche de ce qu’il adviendra de toi. Ce dont on ne se fiche pas, en revanche, c’est de penser qu’il puisse encore exister au sein de l’Église de France – mis à part dans le nid d’intégristes de Saint-Nicolas-du-Chardonnet – des prêtres capables de tenir des propos aussi profondément débiles, et cela alors même que tous les morts du Bataclan n’ont pas encore été inhumés. Je serais catholique, j’en vomirais de honte !

Une pensée sur “LEs victimes du Bataclan : « des dégénérés ! »

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    3 décembre 2015 à 11 11 57 125712
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    La marche du progrès de la société de consommation à l’américaine, c’est fabuleusement lumineux? Quant à la culture française américanisée, c’est franchement dégénérée.

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