Jacqueline Sauvage : la honteuse inertie du Président

 

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FERGUS :

Condamnée le 3 décembre en appel à 10 ans de réclusion criminelle par la Cour d’Assises du Loir-et-Cher, Jacqueline Sauvage espère une grâce présidentielle pour enfin sortir d’une prison où son calvaire n’aurait jamais dû la conduire. Hélas ! François Hollande reste sourd à cette demande de grâce…

Dans un article du 6 décembre 2015 – Femmes battues : un choquant verdict –, je relatais pourquoi Jacqueline Sauvage, maltraitée, battue, humiliée, et soumise à des agressions sexuelles répétées de la part de sa « victime », avait un jour tué Norbert Marot de trois coups de fusil.

Pas seulement pour s’affranchir enfin, dans un geste désespéré, de ce calvaire qu’elle endurait depuis 47 ans, mais aussi pour punir celui qui avait également agressé sexuellement et violé deux de leurs filles en profitant de ses absences ; celui qui, en outre, avait également battu et humilié leur fils. Un fils, employé par son père dans l’entreprise de transport familiale, qui avait fini par se pendre pour échapper à sa condition de souffre-douleur la veille du « meurtre ».

Comment les jurés du Loir-et-Cher n’ont-ils pas compris qu’en condamnant à 10 ans de prison ferme cette femme – qui ne pouvait en aucune manière être un danger pour la société –, ils la maintiendraient encore longtemps, beaucoup trop longtemps derrière les barreaux de sa cellule ? Il eût pourtant suffi, comme je l’écrivais en décembre, de condamner cette femme de 68 ans à une peine couvrant sa période de détention pour qu’elle sorte libre et retrouve ses enfants et petits-enfants après 2 ans et demi de détention.

Les jurés de Blois, possiblement instrumentalisés par un président de Cour d’Assises privilégiant la rigueur froide du droit à la dimension humaine, n’ont pas saisi cette opportunité, et nul ne pourra obtenir d’eux une explication de ce honteux verdict, eu égard au secret des délibérations auquel sont tenus par la loi tous les membres du jury.

Dès lors, la seule possibilité de libérer cette femme violentée durant des décennies de l’implacable application d’une interprétation glaçante du droit, résidait, comme je l’ai écrit dès le 6 décembre, dans une grâce présidentielle. Une demande de grâce qui, bien évidemment, n’a pas manqué d’être introduite auprès des services de la Présidence par les avocates de Jacqueline Sauvage, Me Janine Bonaggiunta et Me Nathalie Tomasini. À ce jour, sans réponse de l’Élysée.

François Hollande se tait, retranché derrière le verdict. Et cela malgré une mobilisation importante dans tout le pays en faveur de Jacqueline Sauvage. Non seulement de citoyens indignés dont près de 350 000 ont d’ores et déjà signé la pétition lancée sur le site Change.org, mais également de dizaines d’éditorialistes de tous bords politiques – français et étrangers –, choqués tout autant par l’incroyable dureté du verdict que par le silence de la Présidence.

Certes, Jacqueline Sauvage a tué son compagnon de trois balles tirées dans le dos, peu après une énième manifestation de violence de Norbert Marot. Mais il convient à l’évidence de voir dans le déroulement de ce drame l’acte de libération d’une femme ayant atteint le bout de la souffrance mentale et physique. Un acte de survie pour celle qui, de plus en plus, était persuadée qu’elle était en sursis face à son bourreau.

Curieux pays que la France : en décembre 2015, Jacqueline Sauvage est condamnée à 10 ans fermes de réclusion criminelle pour avoir ôté la vie d’un tortionnaire violent et violeur ; en janvier 2016, un policier est acquitté pour avoir abattu, lui aussi de plusieurs tirs dans le dos, un délinquant qui s’enfuyait. N’y a-t-il pas là une insupportable et monstrueuse différence de traitement judiciaire entre la victime lambda martyrisée durant des décennies dans la campagne du Loiret et un policier protégé par son appartenance à une institution de la république ?

Tandis que Jacqueline Sauvage s’étiole et désespère dans sa cellule, loin de ses filles et de ses petits-enfants qu’elle ne voit pas grandir, Le Président de la République n’en finit pas d’occuper le terrain en fracturant la cohésion nationale avec son inutile et inefficace gadget constitutionnel : la « déchéance de nationalité ». Qu’une femme exposée durant 47 ans à des sévices physiques et psychologiques croupisse en prison semble en revanche le laisser complètement indifférent, si l’on s’en tient à son assourdissant silence.

Une grâce présidentielle ne coûterait pourtant rien en termes d’image à François Hollande. N’est-il pas le président de tous les Français, y compris ceux que la société condamne à la double peine d’une vie de sévices suivie d’une peine de prison révoltante ? Nous sommes des centaines de milliers à attendre cette grâce. Ne pas l’accorder serait sans aucun doute une grave faute morale et une tache dans le bilan du présent quinquennat. Dès lors, l’on pourrait à juste titre clamer haut et fort : « Honte sur François Hollande ! »

Précédents articles en rapport avec la justice :

Femmes battues : un choquant verdict (décembre 2015)

Un syndrome effrayant : l’« effet du témoin » (septembre 2015)

Procès d’assises : des délibérations sous influence ? (octobre 2013)

Procès d’assises : délibération, mode d’emploi (novembre 2012)

Nouvelle réforme de la Justice : le jugement erroné de Sarkozy (avril 2011)

Justice : doit-on remettre en cause le huis-clos ? (octobre 2010)

Procès Ferrrara : un juré d’assises à la barre (octobre 2010)

Justice : de Monchal à Hortefeux (septembre 2010)

Justice : un coupable peut en cacher un autre (novembre 2009)

Violée, humiliée… Détruite ! (octobre 2009)

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