La fable du Thorium

  • Les lobbys pro nucléaires ne manquent pas d’imagination.

    Devant les effets catastrophiques provoqués par la catastrophe du 11 mars 2011, certains espèrent encore une nouvelle technologie nucléaire qui serait sans danger.

     

    Mais les bonnes idées font parfois long feu, il arrive même qu’elles deviennent, avec le temps, de très mauvaises idées.

    Au début du siècle dernier, en référence à la première pile atomique française, appelée Zoé, on vantait les mérites d’un soda atomique… lien

    Dans la même logique, ils avaient aussi inventé une crème irradiante « tho-radia » censée donner une beauté à celles qui l’utilisaient.

    « Tho-Radia » était une marque qui déclina par la suite toute une gamme de produits : du lait de toilette aux dentifrices, en passant par les rouges à lèvres, sous l’appellation « méthode scientifique de beauté » : le slogan publicitaire était à l’avenant : «  la science à créé Tho-Radia pour embellir les femmes. A elles d’en profiter ou de rester laides  ». lien

    Pourtant dans cette crème « miraculeuse », il y avait non seulement du radium, celui là même qui à couté la célébrité (et la vie) à Marie Curie, mais aussi du Thorium, et cette potion magique était censée effacer les rides du visage…à l’époque, on n’imaginait pas qu’elle puisse aussi poser des problèmes de santé.

    Personne n’a oublié que Marie Curie est en effet décédée suite à une accumulation de radioactivité, alors qu’elle était convaincue par exemple que l’introduction dans les veines, ou les articulations de solutions contenant du radon permettaient de guérir.

    En 1915 les docteurs Viol et Cameron éditaient même un livre à la gloire du Radium lequel était censé guérir des tas de maladie, des rhumatismes au cancer. lien

    La folie nucléaire s’était emparée de nombreux commerçants qui, en Allemagne vendaient du chocolat dans lequel avait été ajouté du bromure de radium radioactif. lien

    Des bougies de voiture étaient perfectionnées avec du polonium 210 censé ioniser le mélange avant de l’allumer. lien

    Un spécialiste britannique en « soins de cheveux » vendait un tonique capillaire radioactif, considérant que c’était « l’une des plus importantes réalisations scientifiques de ces dernières années  ». lien

    Les sous-vêtements «  iradia » permettaient de procurer une « saine chaleur » puisque dans les fibres, étaient incorporés des matières radioactives. lien

    Ils allaient même jusqu’à préconiser des engrais radioactifs pour améliorer la croissance des plantes, et chacun pouvait aussi boire de l’eau radioactive grâce a des fontaines à radium.

    Ces « fontaines bienfaitrices » avaient un principe de fonctionnement assez primitif : une capsule de sels de radium était placée à l’intérieur de l’appareil, et l’eau devenait radioactive.

    Aux coins de l’Europe, ce fut une ruée vers les sources d’eau radioactives, afin de prendre des bains, d’en boire, de s’en faire des bains de bouche, espérant lutter contre la tuberculose, et les affections des voies respiratoires. lien

    C’était l’époque ou les scientifiques étaient convaincus que le radium n’avait aucun effet toxique, ni sur le corps humain, ni sur la nature en général.

    Histoire ancienne, et pourtant, personne n’a oublié l’échec cuisant du « révolutionnaire » Superphénix, solution magique devait fabriquer son propre combustible, en nous débarrassant des déchets nucléaires ; Il a finalement posé plus de problèmes qu’il n’en a résolu, et une petite fortune aura été gaspillée en vain.lien

    Aujourd’hui le « fameux » EPR, nouveau « fleuron » de l’industrie nucléaire, s’achemine de plus en plus vers un échec cuisant et couteux, (lien) avec 7 ans de retard dans le nez, (lien) un budget en croissance exponentielle dépassant toute proportion (lien), et accumulant les défauts de construction : conduites fissurées, béton dégradé…lien

    Aujourd’hui, en Chine et ailleurs, la solution s’appellerait Thorium.

    On se souvient des montres qui nous étaient proposées dans les années 50, avec des aiguilles phosphorescentes et que l’on pouvait donc voir même en pleine nuit.

    On sait aujourd’hui qu’elles posaient un vrai problème, car le matériau utilisé pour permettre cette luminescence était du Radium, et que les cadrans émettaient jusqu’à 600 Rem/h mettant ainsi en danger le porteur de la montre.

    On se souvient aussi de l’idée « lumineuse » qui avait été de placer une source radioactive à la pointe d’un paratonnerre afin de permettre à la foudre de s’y diriger plus facilement.

    Ce procédé dont l’efficacité demandait à être confirmée, a pourtant été breveté.

    Même si aujourd’hui un arrêté de 1983 interdit ce genre d’installation, il reste aujourd’hui en France 30 000 paratonnerres radioactifs sur les toits de nos maisons, et ce n’est pas tout.

    Les amateurs de camping ne doivent pas tous savoir que le manchon posé sur les lampes à gaz destinés à produire de la lumière comporte du Thorium, émettant aussi de la radioactivité, jusqu’à 360 Rem/h lien

    C’est justement ce Thorium que les marchands de nucléaire proposent pour un nouveau type de centrale soi-disant propre et sans danger.

    Nous devons cette technique à Carlo Rubbia, ancien directeur du CERN.

    Son concept « Rubbiatron  » est basé sur le principe de produire suffisamment d’énergie pour approvisionner l’accélérateur de particules, permettant une plus-value énergétique. lien

    Alors la Chine a décidé de se lancer dans cette technologie nucléaire d’un genre nouveau. lien

    Il s’agit d’utiliser ce Thorium, plus abondant que l’uranium sur notre planète, pour en faire de l’Uranium 233.

    C’est l’un des problèmes, car cet uranium à une période (ou demi-vie) de 159 000 anslien

    En fin de cycle, cette installation produit aussi de l’uranium 233, lequel a une demi-vie plus courte (70 ansquand même) mais qui est de loin plus toxique que le plutoniumlien

    Le thorium 232 est très radiotoxique, à preuve la limite fixée par inhalation (90 Bq/an) alors que leplutonium, dont la période est de 24 400 ans voit sa limite annuelle par inhalation repoussée à 300 Bq/an.

    Sur le papier, cette technologie semble « très jolie » et Kirk Sorensen, expert en Thorium, affirme que dans les centrales au Thorium, une explosion à l’hydrogène, telle celles qui se sont produites àFukushima, ne peut arriver, puisque ce type d’installation « fonctionne à la pression atmosphérique, et qu’il n’y aurait eu dans ce cas aucune fuite de radioactivité » lien

    Mais il oublie au passage qu’une explosion d’hydrogène peut avoir lieu, qu’il y ait, ou pas, de pression atmosphérique.

    Si une réaction chimique se produit, il y aura impossibilité de fuite de cet hydrogène et au-delà d’une concentration de plus de 5%, le mélange explose.

    Le professeur Robert Cywinksi, de l’université d’Huddersfield affirme « le thorium peut être bombardé de neutrons pour produire une fission, mais sans que cela crée une réaction en chaîne. La fission cesse dès que l’on arrête le rayon de photons ».

    Sur le principe, on comprend donc que la réaction devrait s’arrêter d’elle-même en cas d’accident.

    Des physiciens se sont penchés sur cette filière et ils démontrent toute la complexité de cette technologie, pour laquelle ils dénoncent un manque d’expérience.

    Si dans les années 70, le Canada et l’Inde, qui avaient adopté la filière eau lourde/uranium naturel, ont étudié le remplacement de l’uranium par le Thorium dans leurs réacteurs « Candu », ils ont vite abandonné cette piste, en évoquant que les « temps de doublement » ont été jugés trop longs en comparaison avec ceux des réacteurs rapides.

    Il y a bien eu, à Oak Ridge en 1965 un prototype mis en œuvre, mais ces physiciens pensent que le cycleThorium manque cruellement des « quelques 5 décennies de recherche et de développement dont à bénéficié le cycle uranium ». Lien

    En fait ce type de centrale ajoute au risque nucléaire, le risque chimique.

    Bref, le thorium ne fait pas mieux que les autres.

    Retournons à Fukushima.

    On atteint des sommets : l’eau de la piscine du N° 4, en est à 20 000 becquerels/kg continuant de menacer le reste du Japon, voire au-delà (lien) et le sol s’affaisse. photo

    Les stocks de déchets radioactifs s’accumulent, et le gouvernement a déjà en charge 42 000 tonnes de cendres et de boues radioactives mesurées à 8000 Bq/kg.

    Alors le gouvernement a choisi de déposer 9000 tonnes de ces déchets en pleine foret, dans la commune de Yaita, ce qui ne fait pas l’unanimité, on s’en doute : l’idée est de creuser 10 mètres sous terre, avec des murs et un fond bétonné, d’y déposer des milliers de containers, puis de recouvrir le tout d’argile, et de béton, et d’un toit, et le tout serait mis sous surveillance.

    On pourrait aussi se pencher sur le sort tragique des condamnés du nucléaire. lien

    Quand à l’eau contaminée provenant du site, elle continue à fuir ou à être stockée dans d’énormes citernes, et il va falloir en installer de nouvelles en attente de solutions improbables. lien

    Rien n’est encore fini, la saison des cyclones arrive, et comme dit mon vieil ami africain : « celui qui confond la chaleur d’un foyer avec les flammes de l’enfer risque de le payer cher ».

    L’image illustrant l’article provient de « www.influenzah5n1.fr&nbs… ;

    Merci aux internautes de leur aide précieuse

    Olivier Cabanel

    Sites à visiter

    Le blog de Fukushima

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