À propos de liberté

Colonne de la place de la Bastille, à Paris : le génie de la Liberté, avec une caméra de surveillance ! Image de Vassil, domaine public.

Allan Erwan Berger : Reprise des ouvrages “sérieux”. J’entame maintenant une série de billets sur les trois mots de la devise de la république française. Je n’aurai pas l’outrecuidance de prétendre dispenser ici de généreux rayons d’un savoir inaltérable car je ne suis pas Bernard-Henri Lévy (1) ; tout au plus puis-je revendiquer un certaine pondération dans mes petites études lexicales, mais cela ne met évidemment personne à l’abri d’écrire de grosses bêtises, raison pour laquelle je vous demanderai de bien vouloir me corriger si vous le jugez nécessaire.


(1)    BHL : philosophe omniscient et omnipotent (livres, télés, films, guerres), fondateur d’un réseau dont le nom seul est déjà tout un programme : La règle du jeu. Je vous mets, sans l’activer, le lien vers le site de l’Irremplaçable : bernard-henri-levy point com. Il est possible que monsieur fasse un jour de son nom une marque déposée – Alain Delon l’a bien fait.

Raison et salaisons :

Ceci n’est pas le titre d’un nouveau Jane Austen donc restez assis. Tout simplement je fus cet été chez ma cousine, quelque part dans une campagne, en compagnie de chiens, de chats, de poules, de lapins, de patates, poireaux, tomates et laitues (les tomates font d’excellents fruits de compagnie car elles sentent bon et se balancent avec grâce). Au milieu de cette arche allait et venait le mari de ma cousine, un homme qui est très soucieux de tout construire de sa vie : il a retapé des tracteurs, il bûcheronne et tronçonne ses propres arbres pour se chauffer, il mange ses légumes et ses fruits, ses œufs, ses confitures. Il remonte ses granges, plante ici une piscine en toile, là un barbecue, rêve à une véranda ou peut-être à une serre, tend des hamacs un peu partout sous les fruitiers et répare ma voiture. Ces activités intenses ne l’empêchent pas d’améliorer ses clapiers, de retaper un Ford T, de collectionner les calbombes et de participer à diverses associations dont celle des amis du boudin. En outre, il est commercial et donc tout le temps sur les routes.

Vous sentez que ce citoyen dispose d’une boîte à outils comme vous n’en aurez probablement jamais. Du reste, elle tient à peine dans une grange et il n’y a rien, absolument rien, qui ne puisse repousser l’intérêt de ce monsieur. Une catastrophe nucléaire le trouverait en train d’établir avec succès un système de mise en bouclier de tout son domaine. Bref, je lui confierais mes enfants les yeux fermés et le cœur absolument tranquille, tant je sais que cet individu fait et fera toujours tout pour assurer la plus épanouissante des existences à toutes les âmes (sauf celles des lapins, qu’il échange contre la gnôle et les saucissons du voisin) qui viennent à passer sur son territoire (les poules ont leur petit cimetière). Mon cousin aime par dessus tout sa liberté, à laquelle il consacre la quasi intégralité du temps qu’il ne travaille pas à gagner sa vie. Et c’est un homme profondément de droite.

Cette constatation, qui me contrarie toujours un peu, m’a lancé, un soir que nous dégustions un saucisson de la proximité, sur la piste de ce qui m’a semblé être une découverte majeure. Nul doute que s’il avait eu à choisir, dans le petit dessin d’il y a deux semaines, que je vous remet ci-dessous, entre construire son propre rempart (un des cercles individuels de gauche) ou collectiviser l’effort avec des concitoyens entassés dans un village (cercle collectif de droite), mon cousin aurait choisi la solution de gauche et aurait refusé sans hésitation la solution de droite. Du reste, suis-je bête, c’est ce qu’il fait tous les jours : il vit très exactement dans un des cercles de gauche, et lui ne l’a pas raté.

Quentin Skinner, citant le Hobbes du De cive, 1640, à propos de la liberté fondamentale : « C’est la liberté que chacun a d’utiliser ses facultés naturelles pour poursuivre ses propres fins (2) ». Cette liberté est évidemment restreinte par les conditions d’existence qui sont déployées autour de l’individu par la nature et surtout par la société : car, citoyens, nous sommes toujours sujets à une autorité, fût-elle idéalement celle de tout le peuple – or toute autorité impose et, en imposant, réduit l’éventail des mouvements possibles.

Mon cousin, en se bâtissant sa petite île personnelle où il règne avec un minimum de contraintes extérieures, s’est mis le plus possible à l’écart de cette société « dont par ailleurs je ne méconnais pas les bienfaits » remarqua-t-il. Il finit en me disant : « Mais j’aime tellement ma liberté que, plus le temps passe, plus il m’est insupportable de devoir la restreindre sous la pression de l’État. » Puis il me tendit la planche à saucisson.

Sois et agis à ta guise, loin des barrières et des carcans, premièrement afin de ne dépendre que le moins possible d’autrui et ne lui devoir que le minimum, et deuxièmement afin de ne pas te retrouver empêtré dans les entraves de lois et règlements qui, réputés bénéfiques dans le cas général, s’avèrent ou pourraient s’avérer tout à fait contrariants dans certaines configurations – voir, de Diderot, son Entretien d’un père avec ses enfants ; le cher papa conclut au respect absolu qu’on doit en toute circonstance à la loi…


(2)    Quentin Skinner : Hobbes et la conception républicaine de la liberté, Albin Michel, 2009.

Et donc, une intuition me vint :

Si tu n’as pas l’intention de te laisser tondre et grignoter par une bande de parasites, la Liberté est ton but, ton amer, ton Orient chéri. Si par hasard tu places cette liberté – « assez bourgeoisement conçue » me dit Laurendeau – au-dessus des petits conforts qu’amène la vie en société, et que donc l’État te pèse, tu voteras plutôt à droite et ta devise sera : Chacun pour soi, et Dieu pour tous. Voici du reste la grande phrase de mon cousin : « S’il n’y avait qu’une chose à dire à ton fils, c’est la suivante : démerde-toi. Démerde-toi ! »

Faut-il être de droite pour aimer la liberté ? Assurément non. Mais se pourrait-il que les gens de droite préférassent le mot “Liberté” au mot “Fraternité” ?

Entendons-nous bien : préférer A ne veut pas nécessairement dire abhorrer B ou le mépriser ; préférer, ce n’est que préférer, c’est reconnaître en soi une tendance. Ainsi, dans la devise de la république française, moi qui suis de gauche je tends à préférer, eh oui, le mot qui est situé à droite : “Fraternité”. Les gens de droite préféreront-ils alors le mot “Liberté”, qui est situé à gauche ? C’est mon intuition. Qu’en pensez-vous ?


Image de la devise par Jef-Infojef (CC BY-SA 3.0)

 

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Allan Erwan Berger

Le grand point est d’avoir l’oeil sur tout.

31 pensées sur “À propos de liberté

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    9 janvier 2014 à 12 12 29 01291
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    Je suis en parfait accord avec votre cousin. 🙂
    Quelles qu’en soient les « conséquences », c’est le « moi » qui en sera le responsable. C’est la seule chose qui soit importante.

    Amicalement

    André Lefebvre

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        9 janvier 2014 à 13 01 20 01201
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        Vous l’avez très bien fait vous-même que pourrais-je ajouter?

        André Lefebvre

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    12 janvier 2014 à 21 09 56 01561
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    Mon cher Erwin,

    Vous admirez ce mari de votre cousine. Il est exceptionnel, comme vous l’avez décrit.

    Cependant, je gagerais ma chemise que cet homme n’a pas une place à lui dans la maison. Quand je dis à lui, je veux dire où il est seigneur et maître ayant même une clef d’une pièce et où votre cousine n’a pas sa place sous aucune considération.

    Donc le fait de choisir la configuration de gauche s’explique. Celle de droite est en ligne directe avec la matricité c.à.d. le parasitage dont vous faites mention.

    Si cet homme était célibataire, ce serait une toute autre paire de manche.

    Salutations.

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      13 janvier 2014 à 4 04 39 01391
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      Houlà, vous gardez votre chemise et gagnez un voyage à Maurice !
      Effectivement, le cousin n’est point Barbe Bleue ; nul endroit en lui est exclusivement réservé. Bien que la cousine n’aille jamais fourrer son nez dans les établis de monsieur, elle dispose tout de même du droit d’y aller à sa guise.
      Vous êtes en train de me dire que, puisque le choix de la configuration de gauche est une sorte de sauvegarde établie par le gars contre l’envahissement de son univers, alors, étant donné qu’il n’a pas eu l’envie ou la possibilité de s’organiser un petit royaume interdit in domo, il l’étend à tout le territoire familial, la quantité compensant ainsi la densité ?

      J’en viendrai à la matricité et au parasitage jeudi prochain, en introduisant quelques réflexions sur la nature de la fraternité, d’où jailliront immanquablement, soit dans les commentaires, soit dans un autre billet, les considérations sur les parasites.

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        13 janvier 2014 à 8 08 22 01221
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        @ Erwin,

        Vous m’avez bien compris.

        La reine du foyer prend toute la place. L’homme n’ayant pas d’espace intime « in domo », se construit un patio avec BBQ, etc. à l’extérieur. Maman fouille partout, inspecte tout, lit tout, contrôle tout, n’a aucun respect pour l’intimité de personne. Ça vient de loin.

        Votre cousin ne le réalise même pas et peu le réalisent. « Barbe Bleu » est certainement un conte misandre.

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    13 janvier 2014 à 10 10 38 01381
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    Je me demande quelle peur intérieure personnelle peut pousser un homme à vouloir l’exclusivité d’un espace dans SA maison?

    C’est un questionnement très « en amont » d’une opinion.

    Amicalement

    André Lefebvre

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      14 janvier 2014 à 12 12 09 01091
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      @ Lefebvre,

      Pourquoi pensez-vous qu’il s’agit d’une peur intérieure personnelle ?

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        14 janvier 2014 à 12 12 16 01161
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        Parce qu’il me semble qu’un « endroit exclusif » est un refuge coupé de l’environnement où l’action se passe. Se réfugier démontre, à mes yeux, la présence d’une peur quelconque.

        Je ne sais pas vraiment, puisque je peux « méditer » n’importe où, quel que soit l’environnement.

        André Lefebvre

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          14 janvier 2014 à 12 12 31 01311
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          @Lefebvre,

          Les moines ont donc peur intérieurement et se réfugient dans une cellule d’un monastère ?

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            14 janvier 2014 à 12 12 40 01401
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            🙂

            Mon opinion, se réfugier dans un monastère est d’avoir peur de la vie. 🙂

            Se réfugier dans la cellule d’un monastère est d’avoir peur de la vie et des moines en plus. 🙂 🙂

            Remarque que de se « réfugier » en Dieu est d’avoir peur de quelque chose; sinon…

            Amicalement

            André Lefebvre

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            14 janvier 2014 à 18 06 19 01191
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            @ Lefebvre,

            Et tous ces capitalistes, entrepreneurs, intrapreneurs, artisans qui se réfugient dans une « compagnie », loin de leur « gère-mène » 16 heures par jours ils ont peur de quoi ?

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            14 janvier 2014 à 18 06 39 01391
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            Ils ont peur de manquer d’argent « viande à chien ».

            Mais je suis un peu d’accord avec toi. Je me rappelle, lorsque je revenais à la maison retardé par le traffic, je gueulais contre ceux devant moi en disant: « Cou-donc, vos femmes sont bin laides et malcommodes pour ne pas être pressé d’arriver chez vous, Joual-vert! »

            Donc il doit y avoir queck chose de vrai dans ce que tu insinues.

            André Lefebvre

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    13 janvier 2014 à 13 01 18 01181
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    La foreteresse de Tiffauges, en Vendée, est installée sur un très vaste plateau qui fut occupé jadis par un oppidum, avant de recevoir sa première tour (en bois) au onzième siècle. Au début quinzième, Gilles de Retz (associé depuis à la figure du fameux « Barbe-Bleue ») aménage le donjon, les logis, la cuisine. Cela devient une très jolie résidence pour l’époque, et toute la fortune du gars y passe.
    Cet individu avait un endroit secret, où il s’amusait avec ses très nombreuses victimes. Tueur d’enfants en série. « Ne pas déranger », signé Gilles de Rais.

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      13 janvier 2014 à 15 03 16 01161
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      Merci de la précision.

      I stand corrected.

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        13 janvier 2014 à 16 04 50 01501
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        Bon, et selon la légende, dès que les femmes y glissaient leur nez, crouîc.

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          13 janvier 2014 à 18 06 54 01541
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          Vous êtes honnête : « Selon la légende. »

          Mais votre cousin, c’est contemporain.

          Me dites-vous, implicitement, que les femmes sont les « gardes fous » du système ?

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            14 janvier 2014 à 3 03 26 01261
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            Euh…. Irais-je jusque là ?
            Ne généralisons pas !!! Je lis ceci, d’un auteur égyptien : « La sagesse inébranlable de ma propre femme me rend souvent dingue, et je rêve d’un placard dont je posséderais la clé et la propriété. Mais cela n’existe pas, et je demeure sous sa garde. » Voilà pour les garde-fous. Ceci pourrait être une addition facétieuse à l’Ecclésiaste. Le gars semble avoir vécu à Thèbes.

            Sinon, voyez Guitry, qui s’en tire en faisant toujours le malin. Et puis n’oublions jamais qu’il y a, de par le monde, une infinité de foyers où c’est l’homme qui empêche la femme de simplement respirer comme elle l’entend. Il semble qu’il y ait souvent des garde-chiourmes, en somme…

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            14 janvier 2014 à 12 12 21 01211
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            @Erwin,

            Pauvre petit garçon à sa maman.

            En ce qui concerne les « gardes-chiournes » j’avais un grand-père normand, alors. Mais en son absence, les souris dansaient.

            Mais, recentrons-nous sur votre cousin. Ce qui exclu les légendes et autres « histoires ».

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            14 janvier 2014 à 12 12 27 01271
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            @Irwin,

            Le mari de votre cousine, pas votre cousin.

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    13 janvier 2014 à 14 02 59 01591
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    Votre cousin ressemble étrangement a mon beau-père.

    Lui et ma belle-mère sont , cependant, maître de chacun leur royaume; la maison pour l’un et le garage pour l’autre . Chacun pénètre dans le royaume de l’autre sur la pointe des pieds, 🙂 !

    Elle n’as pas les clefs du garage mais vous pouvez parier que si l’un d’entre a des problêmes mécanique ou autres , fesant appel a l’expertise du bonhomme, il suffit de passer par la mignonne et ce dernier ne pourra pas y échapper….

    Bonne journée

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      13 janvier 2014 à 15 03 11 01111
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      🙂
      Certains couples sont vraiment « beaux ».

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      14 janvier 2014 à 12 12 24 01241
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      @ peephole,

      À qui appartient la maison et le garage, je parle du titre de propriété qui ne résistera pas en cas de divorce.

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    14 janvier 2014 à 13 01 59 01591
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    La liberté ne se trouve pas plus dans le cercle de gauche ou de droite. Nous sommes dans un monde de dualité où notre mental ne peut qu’approcher les choses par le « 2 ». Un entrant automatiquement en opposition, par notre mental mécanique et rudimentaire qui ne sait pas faire autre chose que séparer, diviser, fragmenter toutes choses. Le jeu de la dualité ne conduira jamais à l’Unité, encore moins à l’Absolu et à la Liberté. Et la Liberté réelle, inclusive et authentique ne se trouve que dans l’Absolu. Il faudrait d’abord fusionner le cercle de gauche avec le cercle de droite, et ultimement, même, être transcender par l’Absolu, au-delà de tout cercle et de tout enfermement, là seul se trouve la Liberté, la Vraie. Et notre mental est impuissant, à l’aide du connu, de la connaissance humaine, d’approcher même, ce qui est inconnu. La liberté est au-delà de tout connu, de toute compréhension, de toute connaissance. Seul l’inconnu pourra élever le connu et le rendre libre.

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    15 janvier 2014 à 3 03 46 01461
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    Well well well… Kameraden, j’ai la nette impression que l’on s’éloigne de l’étude de la liberté en politique pour s’approcher de celle de la liberté en son domestique. J’ai rigolé un peu avec Barbe-bleue qui, très libre dans sa forteresse, s’est quand même pris une condamnation très politique (il semble que certains compagnons de Jeanne d’Arc aient eu de sacrés ennuis).
    Cette soif d’indépendance et de paix autour de soi, qui peut aboutir à construire tout un monde pour soi et sa famille peut, comme le note J-F. Belliard, faire fuir un individu dans la construction d’un espace privé extérieur entourant l’espace domestique intérieur partagé où règne le conjoint.
    Une autre fuite peut être la plongée dans son écran d’ordinateur, qui ouvre sur des immensités. On ne construit plus alors un domaine où l’on est maître, sauf à vouloir régner aussi sur les commentaires de ses blogues.

    Quels sont les moteurs qui nous poussent à rechercher plus de liberté ? J’entens restreindre la question au concept de liberté « bourgeoise » dont me causa Laurendeau pendant l’élaboration de ce billet, car Bidi relève très finement que la liberté ultime, si elle existe, étant consubstantielle à la notion d’Absolu, nous mène en pratique sur des chemins par trop asymptotiques pour pouvoir être commentés avec des mots dont les sens soient universellement reçus. Tout au plus pouvons-nous rappeler alors qu’une personne attachée à cet orient est tout à fait capable de s’accommoder d’une vie très entravée : ses cieux restent de toute façon ouverts.

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      15 janvier 2014 à 8 08 07 01071
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      @ Erwin,

      Vous interprétez mon commentaire: Le 12 janvier 2014 à 21 h 56 min, comme suit:

      « Cette soif d’indépendance et de paix autour de soi, qui peut aboutir à construire tout un monde pour soi et sa famille peut, comme le note J-F. Belliard, faire fuir un individu dans la construction d’un espace privé extérieur entourant l’espace domestique intérieur partagé où règne le conjoint. »

      Ce n’est pas une fuite ni une soif d’indépendance et de paix c’est tout simplement un besoin vital, primaire d’avoir un espace intime, personnel à soi, par exemple un studio de peinture, une chambre à soi, un lit à soi, ou un compte Facebook à soi.

      Notre enfance nous a même enlevé la conscience de cela, l’école à continué. Nous avons tous été investi au sens militaire par les autres. Lorsque le dehors est dedans, pour en sortir c’est en sortant le dehors du dedans.

      L’artiste Personne exprime très bien cette situation dans le lien suivant :

      http://www.lejournaldepersonne.com/2014/01/les-chiens-de-garde/

      Salutations.

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        15 janvier 2014 à 8 08 38 01381
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        Vous avez raison, j’interprète mal.

        « Lorsque le dehors est dedans, pour en sortir c’est en sortant le dehors du dedans. » Belle phrase. Le respect de soi, l’estime juste de soi, et sa propre construction attentive passe par ce décrassage des injonctions extérieures.
        Une autorité interne se met en place, et l’on peut alors condescendre à se plier à certaines règles, ou assumer leur refus.

        Ernst Jünger parle du recours aux forêts, intimes souvent, tel que décrit dans Eumeswil par exemple, où l’anarque se planque dans le personnage de Manuel. Celui-ci sert le tyran, sans exploser sous la contradiction, apparente, qu’on devine entre ce que seraient des impératifs idéologiques et l’acceptation du service à la Casbah. Je fais ce que je veux.

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          15 janvier 2014 à 10 10 55 01551
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          Voilà.

          En toute connaissance de cause. L’Interdépendance assumée.

          Est-ce possible avec un tyran ? Relation dominant/dominé.

          Liberté ?

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            15 janvier 2014 à 11 11 51 01511
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            De plus en plus intérieure. Je ne sais pas s’il y a des exemples ; avec un tyran, on se doit de rester discret. Et puis bon, c’était un roman de Jünger vieux déjà, qui fouillait profondément là où il avait commencé à creuser avec d’autres histoires de ville, dont jadis les Falaises de marbre, qui l’ont mis sur la trace de cette proie. Je veux dire par là que son étude de l’anarque n’était probablement pas terminée, alors que le temps passait ! Le modèle est-il donc viable ? Le nom est-il bien choisi, seulement ? J’ai un doute.

            Or, de plus en plus, les résultats des recherches de ce vieil homme me semblent devoir ne pas être écartés comme obsolètes. Devrons-nous devenir encore plus invisibles pour ne pas être punis ? Bref, j’abandonne les papotages maintenant, pour me pencher sur le billet de ce jeudi qui vient (je n’ai encore rien écrit !!!)
            Alors, justement, sur quoi écrire : Égalité ou Fraternité ?

            Hop, une pièce… tingueding : Face = Fraternité. Vive les danses grecques.

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      15 janvier 2014 à 9 09 32 01321
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      …liberté ultime, si elle existe, étant consubstantielle à la notion d’Absolu, nous mène en pratique sur des chemins par trop asymptotiques pour pouvoir être commentés avec des mots dont les sens soient universellement reçus. Tout au plus pouvons-nous rappeler alors qu’une personne attachée à cet orient est tout à fait capable de s’accommoder d’une vie très entravée : ses cieux restent de toute façon ouverts…

      La liberté ultime n’existe pas, elle Est, déjà, avant toute mise en existence, avant toute manifestation. La mise en existence ne traduit qu’une tentative désespérée du jeu de notre mental pour retrouver la liberté perdue, et mettre un doigt dessus. Tenter de la comprendre, de l’atteindre, de la toucher, est impossible! C’est Elle qui nous touchera lorsque ce mental réalisera qu’il est impuissant à la cerner, à l’approcher. Lorsque le mental capitulera, Elle sera là, naturellement, sans effort, puisque qu’Elle a toujours été là, nous l’avions simplement oublié.

      Donc, cette liberté projetée par le mental sur le mur de notre conscience, ne constitue qu’un facsimilé, qu’une mauvaise copie, de ce qu’est la Liberté, ultimement. Et pourquoi devrions-nous rechercher ce que nous sommes déjà initialement, avant d’entreprendre toute recherche.

      La Liberté, comme vous le dites si bien, de peut être commenté par des mots, de peut être approché à l’aide de notre connu, de nos expériences et de notre histoire. La Liberté, la vraie, est déjà là, au-delà de toute dualité, au-delà de toute Unité. Elle est inclusive, et contient Tout.

      Le Libéré vivant, serait donc libre déjà à l’intérieur de son corps, libre de cette vie matérielle, de cet éphémère, de cet enfermement, et dès lors que son point de vue n’est plus le même, il ne s’enfarge plus, comme vous le dites, ou n’est plus dupe, du jeu de la dualité, et de cette poursuite insensée, puisqu’elle est transcendée, d’un coup, en un instant. Seul cet Être est Liberté. Celui qui va et vient dans le reflux des éphémères de ce monde, se croit Libre, mais c’est une illusion. Un jeu qu’il se jouât!

      Donc, la liberté sur ce monde n’est pas réelle. C’est une « liberté » trafiquée! Un substitut. Un semblant. Une mauvaise copie. Un rudiment. Voir un mensonge! Une arnaque! Une escroquerie! Une carotte pour l’âne! Nous l’avons confondue avec la Vraie, par que nous l’avons mise en existence nous-mêmes, et ne cessons de l’entretenir encore, pour ne pas mourir à la Vraie. Il faut la réfuter et Elle se rétablira naturellement d’Elle-même, sans notre concours. La Vie n’a pas besoin de nous pour Être. Elle ne nous a jamais quittée, c’est nous qui s’en était éloignée. Et cette Vie et cette Liberté, c’est ce que nous sommes tous, initialement.

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