A quand la prochaine crise financière mondiale?

Par Éliane Jacquot. Le 15.09.2018.  Sur Agoravox.

 

Les7duquebec.com n’endosse pas les idées et assertions que présentent ces articles. Mais, le texte affiche un condensé des mauvaises interprétations des économistes  à propos de la situation économico-politique actuelle. Nous indiquons par ce symbole  (**) tous les arguments et allégations qui méritent une critique … que nous présenterons en commentaires du document que nous vous prions de lire attentivement.  Si vous  vous trouvez confortable avec l’analyse de Mme Jacquot ne soyez pas inquiet, c’est le type d’analyse entendue que l’on retrouve couramment dans les médias à la solde à Radio-Canada-RDI  et sur France 2.  Robert Bibeau. Éditeur http://www.les7duquebec.com

 

Nous voici dix ans après la faillite de la banque Lehman Brothers le 15 Septembre 2008, qui a fait perdre à la planète financière en six mois l’équivalent de sept années de capitalisation boursière et dont les conséquences furent dramatiques pour l’économie réelle (**) et les finances publiques dans le monde entier.

 

À quand un nouveau retournement du cycle ascensionnel vécu depuis lors ? Rappelons ici que l’instabilité de la finance de marché est intrinsèque au système du « Capitalisme financier « dans lequel nous vivons depuis une trentaine d’années (**), porteur d’innovations financières toujours plus imaginatives et rapides que les réglementations mises en place par les régulateurs que sont les Banques Centrales (**).

 

Retour d’une situation géopolitique mondiale préoccupante

En cette rentrée, les marchés émergents,dont essentiellement la Turquie, l’Argentine et le Venezuela fragilisés par la hausse du dollar et la surchauffe de l’économie US, (**) enregistrent une forte volatilité de leurs devises, en repli de 20% depuis le début de l’année. Dans un univers où les États-Unis conservent des avantages structurels qui maintiennent leur statut de première puissance financière mondiale, (**) le rôle incontesté du dollar comme devise internationale conduisent la FED (Réserve Fédérale américaine) et Wall Street à orienter l’économie mondiale. (**)  De plus Donald Trump envisage de surtaxer une grande partie des importations chinoises, visant à la contenir dans un espace régional restreint à la Mer de Chine (**).

 

Il y a un risque d’escalade, et la menace d’une guerre commerciale totale aurait de terribles répercussions sur l’économie réelle (**). Dans la zone Euro, à la veille des élections en 2019 de larges doutes subsistent sur l’avenir du projet européen dont les citoyens sont toujours exclus et dont le projet initial de social démocratie a perdu son âme. Dans ce monde incertain et globalisé, quelles sont les conditions pouvant conduire à l’éclatement d’une nouvelle bulle financière, au travers d’une chute du prix des actifs  (**)?

 

Il convient ici d’identifier un certain nombre de risques non exhaustifs, mais à caractère inquiétant

 

Risques liés au système bancaire

On a assisté dès 2009, à l’issue de réunions du G8, G20 réunissant les dirigeants des grands pays à une mise en place de nouvelles réglementations visant à renforcer la gouvernance du système financier international (**). Plus de fonds propres, plus de contrôles, plus de sanctions à l’égard des banques systémiques. C’est ainsi que l’Union Bancaire Européenne garantit que le contribuable ne sera plus obligé d’aller au secours de banques en situation de faillite… (**)  ce qui n’a pas empêché l’effondrement de la banque italienne Monte dei Paschi di Siena, en décembre 2016. Cet exemple isolé montre que le foisonnement des mesures réglementaires se révèle insuffisant à éviter une prochaine crise (**).

 

Shadow Banking

Une place de plus en plus importante est attribuée au «Shadow Banking» ou Finance de l’ombre, système bancaire parallèle qui, par l’intermédiaire de la titrisation de produits complexes, transfère les risques des bilans bancaires vers d’autres institutions, telles que sociétés d’assurances, fonds de pension et fonds d’investissements. En expansion très rapide sous l’effet des innovations financières (**), le Shadow Banking représente environ 45000 milliards de dollars dans le monde à la fin 2016, selon un rapport en France du Conseil de stabilité Financière, soit au moins 13,4 % de la totalité des actifs financiers. Ces activités sont logées dans des pays à la fiscalité avantageuse (**), aux EU pour 31,3% du total mondial, en Chine pour 15,5%, aux Îles Caïman pour 10,3% (**). Et pour près de 90% de leurs encours, ces entités de la finance de l’ombre ne font pas l’objet de supervision, parce que l’on ne peut réguler que ce que l’on maîtrise (**).

 

La crainte des pouvoirs publics vis-à-vis de ces produits opaques, est que l’accumulation des risques dans ce secteur peu régulé ne se répercute sur l’ensemble du système financier en cas de crise. Mais la question qui se pose ici est qu’il n’existe pas de volonté politique visant à réformer en profondeur le système financier, face à l’augmentation des volumes des transactions sur ces marchés de produits dérivés, facteurs d’accélération des crises (**).

 

Subprime

Aux États-Unis le crédit subprime est un crédit immobilier à risque, délivré à des personnes peu solvables et fragiles, les conduisant à ne pas pouvoir le rembourser. La baisse du marché immobilier américain en 2006 a signé une hausse des défauts… et la bulle financière a éclaté en 2007 (**). Le système financier US a de nouveau accordé des prêts semblables à des emprunteurs peu solvables : étudiants, prêts automobiles douteux, titrisés et revendus à des investisseurs pour des volumes représentant des centaines de milliards de dollars (**).

 

Risques liés aux marchés financiers

Aux États-Unis encore, la très forte progression des marchés boursiers (x 3,5 depuis 2009 ) révèle un grand optimisme (**) et semble déconnectée de la future progression des profits des entreprises et de la croissance potentielle de l’économie. Les dix dernières années ont aussi vu l’émergence des GAFA (Google, Apple, Amazon, Facebook) qui sont passés de 7 à 20% de la capitalisation totale des actions US, dotés de pouvoirs privés gigantesques vis à vis des institutions et dont la valorisation actuelle apparaît pour le moins extravagante (**).

 

Une analyse récente du service de recherche la société Natixis (1) nous apprend que que la hausse significative des profits des entreprises des pays de l’OCDE depuis 2009, a servi, non pas à réduire leur endettement ou à financer leurs investissements, mais à réaliser des acquisitions de sociétés et depuis 2004 à racheter leurs propres actions au détriment de la compression des salaires (graphiques 1, 8).  Aux États-Unis ces rachats d’actions qui enrichissent les actionnaires en faisant monter les cours boursiers au détriment des salariés, sont une pratique courante depuis l’année 2004.

 

Est-il possible de limiter ces errements de la finance de marché en l’absence de volonté politique et réglementaire (banques centrales) au niveau international (**) ? Peut-être à l’issue de la prochaine crise, période de retournement de la hausse du cycle financier, qui ne saurait tarder (**). Il restera alors indispensable de corriger l’hypertrophie de la finance, et d’un modèle de société fondé sur l’endettement. (**) Cela passera par un rôle accru donné aux banques centrales qui n’ont pas réussi à contrôler des produits financiers dangereux de type Shadow Banking, Subprime et à contraindre les banques systémiques à isoler leurs activités de marché (**). Il faudra aussi, en se libérant du «fondamentalisme du marché» (Michel Aglietta) contraindre les entreprises du secteur public et privé à investir dans l’économie réelle au service des citoyens, face a des enjeux collectifs tels que l’emballement climatique dévastateur qui menace le XXIème siècle (**).

 


(1) Flash Économie, 29 Août 2018

 

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

3 pensées sur “A quand la prochaine crise financière mondiale?

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    18 septembre 2018 à 11 11 56 09569
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    @ L’auteure

    1) Vous écrivez ceci : « système du « Capitalisme financier « dans lequel nous vivons depuis une trentaine d’années » C’est un erreur – le capital financier existe depuis le développement du capitalisme industriel…dont il fut une émanation « naturelle » (rien à voir avec les complots des banquiers) Le capital financier-boursier est venu combler le besoin de vastes fonds capitalistiques pour financer les grands industries et les grands groupes industriels et assurer des placements rentables aux rentiers grandes fortunes commerciales – foncières et bourgeoises.

    2) CE qui est nouveau depuis 30 ans mais récurrent si on songe à la Seconde guerre mondiale c’est que ce système financier est hors contrôle – devenu autonome et les banques centrales qui lui sont assujettis n’y peuvent rien. Depuis quand le larbin mord-t-il la main qui le tien en laisse ?

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    18 septembre 2018 à 12 12 30 09309
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    @ l’auteur

    Vous écrivez ceci : « hausse du dollar et la surchauffe de l’économie US, (**) enregistrent une forte volatilité de leurs devises, en repli de 20% depuis le début de l’année. Dans un univers où les États-Unis conservent des avantages structurels qui maintiennent leur statut de première puissance financière mondiale, (**)  »

    1) La soi-disant ‘surchauffe » américaine provient de deux sources vacillantes et éphémère a) la spéculation boursière qui entraine que des firmes en faillite comme Tesla se retrouvent avec des masses de capitaux qui ne se revalorisent qu’a la bourse selon le principe de PONZI b) le pétrole en surabondance dont le prix finira par chuter dès que les guerres entretenue au Moyen-Orient se seront apaisées suite à l’intervention de la Chine et de la Russie

    2) Ces deux motifs font que sur papier financier les USA sont la première puissance financière mais déjà plus la 1ere puissance industrielle et commerciale et donc économique du monde

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