Amazing Grace : plus qu’un cantique ou une mélodie, un hymne !

11 septembre 2011 à New York. Sur le site de Ground Zero une jeune fille joue de la flûte traversière dans le cadre des cérémonies de commémoration de l’attentat du World Trade Center. Elle interprète dans un impressionnant silence le très émouvant « Amazing Grace »…

En écrivant les paroles de ce cantique chrétien vers 1760, le prêtre anglican John Newton était bien loin d’imaginer qu’il allait populariser un très vieil air celtique, probablement d’origine irlandaise ou écossaise, au point de lui conférer, deux siècles plus tard, un statut d’hymne dans toutes les nations anglo-saxonnes, des îles britanniques jusqu’en Amérique du Nord en passant par les lointaines Australie* et Nouvelle-Zélande.

Drôle de personnage que ce Newton, passé de l’état de capitaine négrier à celui de prêtre abolitionniste après avoir cru périr dans un naufrage lors d’une terrible tempête. Mais il était écrit qu’une « Grâce merveilleuse » sauverait son âme de pécheur et lui montrerait la voie de la rédemption. C’est cette métamorphose qu’il raconte dans les édifiants couplets de son chant.

Au delà de la rédemption évoquée par John Newton dans son texte, ce sont des valeurs de fraternité et de paix qui sont désormais portées par cette mélodie, devenue au fil du temps un véritable hymne des minorités celtiques, à côté de l’incontournable Old Land of my Fathers (le Bro Goz va Zadou breton).

Mais si ce dernier garde une forte symbolique identitaire celte, Amazing Grace tend progressivement à dépasser les limites communautaires pour devenir un hymne universel sous l’impulsion notamment de la diaspora irlandaise. Très implantée à New York, la communauté irlandaise compte d’ailleurs de très nombreux pompiers au sein du FDNY et de policiers au sein du NYPD**. Durement frappés par les attentats du 11 septembre, ces deux corps, avec 454 morts, ont payé un lourd tribut au terrorisme ce jour-là. C’est la raison pour laquelle, outre l’hymne américain, chanté par une chorale locale d’enfants, Amazing Grace a pris toute sa place dans cette douloureuse commémoration.

Très souvent joué, Amazing Grace est incontournable dans tous les grands rassemblements celtiques. Impossible par exemple de ne pas l’entendre lors d’une commémoration de la Saint Patrick (St Patrick’s Day), ou dans le cadre du Festival Interceltique de Lorient, interprété ici par les cornemuses d’un Pipe Band écossais, là par des sonneurs irlandais de uilleean pipes, ailleurs par les binious et les bombardes d’un bagad breton, voire d’une formation galicienne. Mais en marge de sa destinée celtique planétaire, Amazing Grace n’en a pas moins gardé sa dimension religieuse, et cette émouvante mélodie aux fortes paroles reste un cantique très populaire chez les protestants nord-américains, notamment sous la forme d’un gospel très prisé des communautés noires.

Il ne reste plus qu’à l’écouter (ici ou ), sans oublier, pour les personnes émotives, de sortir préalablement leur mouchoir.

En Australie, Amazing Grace, fréquemment interprété, ne bénéficie toutefois pas de la même place qu’ailleurs dans le monde au sein des communautés d’origine britannique. La faute à un autre chant très émouvant, Waltzing Matilda qui évoque la terrible bataille de Gallipoli durant la première Guerre mondiale.

** De nombreux policiers, mais aussi des pompiers d’origine irlandaise, choisissent, lorsqu’ils partent en retraite, de revenir s’installer au pays de leurs parents. Parfois en se regroupant. C’est notamment le cas dans Achill Island, une île du Comté de Mayo, sauvage et rude à l’image de ces hommes.

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