Automatisation et finance (le fil rouge)

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Quelques notions d’économie politique

1. Développement et profit
2. Chute du taux de profit
3. L’automatisation
4. Les ‘illuminati’ et le réformisme
5. Le capitalisme sénile
6. Le luxe et sa face cachée
7. Capitalisme en transition
8. Finances : l’autonomisation du capital
9. Le cadavre marche encore
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« Avant que le premier caillou ait été façonné par la main de l’homme pour en faire un couteau, il a dû s’écouler des périodes au regard desquelles la période historique connue de nous apparaît insignifiante. Mais le pas décisif était accompli : la main s’était libérée, elle pouvait désormais acquérir de plus en plus d’habiletés nouvelles et la souplesse plus grande ainsi acquise se transmit par hérédité et augmenta de génération en génération. Ainsi la main n’est pas seulement l’organe du travail, elle est aussi le Produit du travail. »Engels, Dialectique de la nature.

Comme largement expliqué par le marxisme, le capitalisme produit les conditions nécessaires et suffisantes à l’avènement du communisme qui, avant Marx, ne pouvait être qu’« utopique »1.

Le communisme est une réalité tangible qui n’a rien de subjectif.Mais tant qu’existent les classes, la société et ses contradictions internes n’avancent sur le plan politique que de manière saccadée à travers heurts, catastrophes, guerres et révolutions.

Le prolétariat moderne est un produit nécessaire et antagonique du mode de production bourgeois. Son travail et ses luttes économiques se transforment, à un certain niveau, en action politique et militaire dirigées contre les lois
capitalistes, pour l’instauration d’une société sans classes. Ce mouvement de la société bourgeoise montre qu’à un moment donné celle-ci, après avoir été révolutionnaire, cesse d’être révolutionnaire et devient conservatrice avant de pourrir puis de mourir. L’écroulement du capitalisme n’est pas automatique’, c’est le travail de la ‘taupe’ prolétarienne qui développe au sein de la production actuelle de gigantesques forces productives (surproduction) qui font éclater les rapports économiques et sociaux capitalistes devenus trop étroits pour contenir l’ensemble des richesses produites par le travail du prolétariat. Nous voulons dans cet article illustrer cette dynamique en mettant en lumière les contradictions produites par le capitalisme, base de sa destruction.

Développement et profit

Sous la poussée des luttes concurrentielles et du besoin vital de réduire les coûts de production des entreprises,celles-ci sont obligées de se développer de manière continue. Celles qui n’y parviennent pas sont condamnées…

Au cours de l’évolution du capitalisme la concentration du capital a constamment évolué jusqu’à la situation actuelle où un nombre réduit de groupes économiques contrôlent des milliers de petites et moyennes entreprises reléguées au rôle de simples ‘ateliers’ au service des grands groupes. La diminution du nombre d’usines ne signifie pas une réduction de l’importance du modèle industriel organisé par entreprises. A l’époque capitaliste le modèle industriel organisé par entreprises correspond à la division du travail, il est donc présent dans tous les secteurs, de la
production industrielle à la production agricole, de la distribution aux services.

La manufacture, la grande industrie et les industries informatisées modernes représentent les étapes successives d’un processus de développement qui a vu l’application de technologies différentes aux procès de productions. Ces technologies, potentiellement réductrices du temps de travail humain et d’amélioration des conditions de travail dans la société capitaliste, servent en fait à un renforcement de l’asservissement du prolétariat et de l’espèce humaine dans son entier, par la soumission au parasitisme socio-économique bourgeois généré par le ‘monstre’ capital.

Le ‘développement’ capitaliste, lié en ultime instance au profit, produit cependant son antithèse : le développement et la composition organique du capital toujours croissante, amènent en conséquence la baisse du taux de profit.

Chute du taux de profit

La composition organique du capital est le rapport entre capital constant (c) et capital variable (v). Le capital constant correspond à la valeur du capital incorporé dans la valeur des produits finis utilisés dans le processus
productif. Le capital variable est la fraction du capital utilisé pour les salaires de la force de travail.Ce rapport mesure donc la valeur des machines utilisées par rapport au nombre d’ouvriers employés à un certain salaire dans le processus productif. Si la part de capital utilisée à l’achat de machines et de matières premières augmente, la composition organique augmente. Au contraire toute augmentation du capital variable la fait diminuer, faisant ainsi augmenter le taux de profit. Ce dernier peut être défini comme le rapport entre plus-value et capital investi.De par sa nature le capital est poussé à toujours accumuler de nouveaux moyens de production (la composante (c) de la composition organique du capital). L’augmentation du capital variable (v) (l’unique composant générateur de plus-value) trouve lui des limites physiques et sociales (l’augmentation totale de la population ouvrière, etc.). Il s’ensuit que sur une longue période le taux de profit est destiné à diminuer, c’est pourquoi nous parlons de la chute tendancielle du taux de profit 2

Pour la gauche marxiste cette contradiction produite par le capitalisme se résume dans cette formule : le travail mort (les machines) dévore le travail vivant (les travailleurs). Cette ‘grande bouffe’3 rend le capitalisme
obsolète et malade. C’est en même temps la démonstration que le communisme n’est pas une idée mais une force matérielle, c’est le nouveau qui se fraye son chemin et combat l’ancien.

L’automatisation

Pour survivre, les entreprises doivent croître (concentration et monopole). Elles sont donc contraintes à affronter la concurrence en réduisant les coûts de fabrication. A cette fin, elles recherchent constamment à obtenir des
systèmes productifs dont le but unique est d’augmenter le profit et non d’améliorer les conditions de vie des prolétaires. C’est ainsi qu’on doit lire l’introduction de technologies informatisées qui ont ouvert la voie à un taux
d’autonomisation élevé dans de nombreuses phases de la production de marchandises les plus variées.

Nous ne parlerons pas d’une nouvelle révolution industrielle. Si nous devions croire la bourgeoise nous en serions à une version 4.  4 La vieille société bourgeoise a un besoin irrépressible de montrer qu’elle est dynamique.
Plus elle vieillit plus elle recourt à des stratagèmes pour cacher ses rides sous des tonnes de botox…

L’avènement de la société capitaliste s’est accompagné d’une unique révolution industrielle qui voit aujourd’hui son apogée dans l’automatisation par la robotique, qui entre à pleinement dans le capital constant (les machines). Le capital, et donc la bourgeoisie, ne peut plus avoir de rôle révolutionnaire dans aucun domaine. Le capital peut accélérer, s’étendre, mais il reste ce qu’il est 5. La dynamique de ses contradictions font qu’aujourd’hui ses innovations effectives ne font que confirmer son inutilité. Sur le plan général il ne faut pas oublier que l’essentiel de la recherche est aujourd’hui liée à l’industrie militaire. Celle-ci canalise toutes les prétendues ‘inventions’, d’internet aux ondes sonores (par l’étude de la théorie du chaos), de la robotique et l’intelligence artificielle jusqu’aux greffes cybernétiques sur le corps humain.

Par ailleurs la technologie, dirigée et contrôlée par le capital, possède pour la bourgeoisie une fonction politique, celle de contrôler et de lutter contre les travailleurs 6. La recherche du profit le plus élevé est à la base de l’organisation du travail, comme la naissance des chaînes de montage de Ford ou le toyotisme de Ohno (production par îlots) 7.  Toutefois, au sein de la recherche du profit, existe aussi la prévention contre la lutte de classe. Ford pensait que placer en alternance sur les chaînes de production des ouvriers parlant des langues différentes aurait permis à la production d’accélérer parce que les ouvriers n’auraient pas pu se parler et donc s’organiser. Le livre de Ohno sur le toyotisme dédie un chapitre entier à la question syndicale et pose comme sa condition nécessaire la disparition du syndicat ouvrier.

Nous ne parlons pas d’un ‘plan’ du capital contre la classe ouvrière, théorie subjectiviste et complotiste à la fois, mais il existe bien au sein de la logique de recherche du profit une composante politique, celle de la lutte de
classe qu’exerce les patrons, et celle-ci se manifeste dans les différentes stratégies d’encadrement de la classe ouvrière que les patrons voient, potentiellement, comme antagonistes au capital lui-même.

 

Robots capables d’apprendre eux-mêmes, imprimantes 3D, capteurs capables de diriger, contrôler et élaborer des données tout au long de la filière industrielle, sont les développements du vieux ‘métier à tisser’ qui transforme les mains en appendice de la machine et met en connexion productive des êtres humains. Le robot intelligent, capable d’apprendre à travers ses interactions avec d’autres machines et les êtres humains, est proche de substituer le travailleur (déjà véritable appendice de la machine) non seulement pour les tâches manuelles et répétitives mais aussi, en bonne partie, pour les plus qualifiées. Les professions qualifiées qui pensaient être à l’abri du remplacement de leur travail par des robots ne le sont plus.

Le ‘monde artistique’ lui-même peut commencer à s’inquiéter… Il existe aujourd’hui des robots dotés d’une intelligence artificielle capables de créer des ‘oeuvres d’art’ 8, qui mettent fin au prétendu ‘génie de l’artiste et de
l’individu’ férocement moqué par Marx 9.

Le capitalisme se caractérise par une augmentation drastique de la surproduction de marchandises invendue et du chômage de la force de travail. Les technologies et les systèmes de production que nous avons rapidement décrit sont à la base de la substitution de capital variable, c’est à dire la force de travail humaine, par du capital constant,c’est-à-dire des machines.

Ce développement continuel du progrès technique ne se traduit pas par un progrès social mais par une plus grande ouverture des ciseaux, rendant toujours plus ‘misérable’ 10 et névrotique la vie des êtres humains écrasés par ce “progrès technique”. Si nous prenons comme exemple la question du logement et de l’urbanisme en général, nous voyons qu’aujourd’hui des millions d’êtres humains sont contraints de vivre dans des espaces de plus en plus petits au sein des villes modernes.

Les ‘illuminati’ et le réformisme

Lors du processus de développement des forces productives les bourgeois deviennent superflus. De même que les ouvriers perdent en autonomie avec le machinisme les bourgeois en perdent face au capital. Ce n’est pas un hasard s’il existe toute une littérature concernant de supposés groupes et cercles de ‘puissants’ dominant et guidant le monde.C’est la tentative pathétique de donner un rôle à une bourgeoisie qui jour après jour devient de plus en plus obsolète,destin qui fut précédemment celui de son ennemi de classe, la noblesse. Cette ‘mode’ du complotisme, des intrigues qui feraient l’histoire, prend aujourd’hui des proportions inimaginables. Plus le caractère historique de la bourgeoisie perd de son sens et plus celle-ci cherche des stratagèmes pour défendre son rôle. Les démocrates de gauche des années 30, démontrant là aussi leur rôle opportuniste et mystificateur, parlaient des 200 familles qui commandaient la France. Aujourd’hui ils parlent de banquiers perfides et de lobby secrets… Nous avons donc de nouveaux présumés ‘superhéros’, de nouveaux ‘princes’ du bien ou du mal, suivant le point de vue, comme Soros ou Bremer 11.

Les économistes regardent avec préoccupation l’ouverture des ciseaux entre production et travail. La tendance montre que l’augmentation des investissements et la croissance de la productivité sont accompagnés de la perte de postes de travail. Cette préoccupation naît exclusivement de la peur que des fractions de la société ne redeviennent des ‘classes dangereuses’.

Le chômage n’est pas réabsorbé et le système économique rencontre des difficultés croissantes à faire face à la nouvelle demande de travail, avec en conséquence l’augmentation du nombre de jeunes à la recherche d’un premier emploi. Cette situation semble se gripper et le secteur tertiaire tant vanté ne semble plus en état d’absorber l’excédent croissant d’êtres humains en âge de travailler. La concentration urbaine et l’industrialisation relative de l’agriculture accélèrent le phénomène. Les métropoles modernes augmentent constamment de population, élargissant le nombre des prolétaires sans réserves 12.

En reprenant la question des rapports de force entre les classes nous avons deux premières explications sur le fait que les entreprises ont eu besoin d’un changement du cadre idéologique et normatif concernant les lois du travail :l’utilisation massive de contrats ‘atypiques’ directement proportionnels à l’incapacité du système à absorber une force de travail en augmentation constante. Précarité par ailleurs utile pour extraire de la force de travail employée des profits plus élevés.

Les raisons profondes des modifications des rapports de force doivent être recherchées dans l’accélération de la circulation du capital caractérisant la phase actuelle du capital qui se traduit sur le plan productif par la flexibilité.Cette accélération fait vaciller la stabilité du capital qui à son tour exige la déstabilisation de toute rigidité du travail.

La réduction du coût du travail, l’augmentation des prix plus forte que celle des salaires, une politique fortement antisyndicale ainsi que les ‘délocalisations’ d’unité productives dans les pays où le coût de la force de
travail est le plus bas ne constituent pas des attaques voulues par de mauvais patrons mais sont une nécessité du capital lui-même. A l’évidence ce sont les travailleurs et les prolétaires qui en payent le prix, mais des couches toujours plus importantes des classes moyennes13 sont aussi concernées.

 

En étudiant les évènements des deux dernières guerres mondiales on voit que le développement du capitalisme, mais également la ‘misère’ croissante produite par le capitalisme et plus généralement la nocivité et la
destructivité ‘naturelle’ de ce système se résume ainsi : capitalisme égale système de destruction de l’espèce humaine.

Le processus productif actuel est donc un facteur d’accélération des contradictions internes socioéconomiques du capitalisme et de ses effets dérivés. La surproduction de marchandises et la force de travail au chômage raccourcissent le chemin poussant à la solution traditionnelle de la crise, à savoir la destruction de la suraccumulation de capital (sous forme de marchandises et de machines) et de la force de travail en excès : la guerre
impérialiste.

Les contre-tendances élaborées par la bourgeoisie sont un mélange de vieux populisme et de keynésianisme.On a les grands de l’industrie et de la politique, effrayés par les taux de chômage et les inégalités sociales qui se
profilent à l’horizon et proposent de taxer les machines, de ‘contrôler’ la finance jusqu’à en arriver à ceux qui parlent directement de protectionnisme économique. Après des années de ‘moins d’Etat et plus de marché’, presque tous sautent sur le char de ‘plus d’Etat et moins de marché international’, oubliant que l’Etat est et a toujours été l’instrument du système capitaliste depuis ses origines libérales. Le dirigisme d’Etat, né après 1929 et donc après la grande crise, n’a pas réussi à éviter les nouvelles crises et accélérant même les heurts de la seconde guerre mondiale 14.

Le débat entre protectionnisme (étatique) et ‘libéralisme’ n’est pas nouveau. Marx déjà en 1848 met en lumière les ambiguïtés d’une telle opposition dans son texte Discours sur la question du libre-échange renversant l’ordre des facteurs en utilisant l’arme de la dialectique : « Ne croyez pas, messieurs, qu’en faisant la critique de la liberté commerciale nous ayons l’intention de défendre le système protectionniste. On se dit ennemi du régime constitutionnel, on ne se dit pas pour cela ami de l’ancien régime.

D’ailleurs, le système protectionniste n’est qu’un moyen d’établir chez un peuple la grande industrie, c’est-à-dire de le faire dépendre du marché de l’univers, et du moment qu’on dépend du marché de l’univers on dépend déjà plus ou moins du libre-échange. Outre cela, le système protecteur contribue à développer la libre concurrence dans l’intérieur d’un pays. C’est pourquoi nous voyons que dans les pays où la bourgeoisie commence à se faire valoir comme classe,en Allemagne, par exemple, elle fait de grands efforts pour avoir des droits protecteurs. Ce sont pour elle des armes contre la féodalité et contre le gouvernement absolu, c’est pour elle un moyen de concentrer ses forces, de réaliser le libre-échange dans l’intérieur du même pays. Mais en général, de nos jours, le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l’extrême l’antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C’est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je vote en faveur du libre-échange ».

 

Il existe une corrélation entre Etat et Capital : l’Etat agit en tant que superstructure politique (le monopole de la violence) et pour tenter de contrôler l’anarchie naturelle du marché produite par le capital lui-même. Cette corrélation existe également entre le capital fictif (la finance) et le capital productif. Au sein du système capitaliste l’un ne peut exister sans l’autre.

Dans l’analyse du mode de production capitaliste Marx l’appelle capital fictif en opposition mais dans le même temps en relation avec le capital employé dans la production de marchandises : le cycle de valorisation argent-marchandise-argent-nouvelles marchandises-plus d’argent.

L’ ‘humanité’ retrouvée par certaines fractions de la bourgeoisie est plus nauséabonde que ceux qui parlent honnêtement de tout faire payer par les prolétaires et la planète 15. Ce sont les vieilles sirènes démocratiques du
réformisme et du localisme. Nombre de prolétaires et de révolutionnaires sont morts (politiquement et physiquement) écrasés par ces rochers pour avoir écouté ces sirènes mortelles. Tout comme les marins de l’Odyssée les prolétaires ont intérêt à se boucher les oreilles et à naviguer au plus vite loin de ces écueils, oui bien, s’ils veulent tout de même écouter leurs boniments, en s’attachant au mat du navire comme Ulysse le demanda à ses marins.

Le capitalisme sénile

Les bourgeois ne peuvent pas changer le cours de l’économie, déterminé par les lois inexorables du capital.Lorsque Marx parle de ‘tendance historique de la baisse du taux de profit’ et admet qu’elle peut être freinée, il ne le
fait pas pour laisser place à l’indéterminisme ou au libre arbitre. Il le fait pour souligner que cette loi – comme toute loi– est une moyenne, certes ‘abstraite’ mais inexorable, et qui, étant donné les multiples contradictions du capitalisme,ne se réalise qu’avec de profondes variations. La réalité est toujours pire que la loi. Au lieu d’aplanir les inégalités le capital fait tout pour les susciter. Par exemple freiner la chute du taux de profit ne signifie pas qu’elle se réalise de manière égale pour tous mais renverser la tendance pour l’un aux dépends de l’autre, et ceci pour une période, pour un secteur d’activité, pour une nation, etc., préparant ainsi une nouvelle chute plus grave, la moyenne s’abaissant inexorablement. Toute ‘intervention’ d’un côté aggrave la situation de l’autre.

Le capital, du fait d’un taux de profit toujours en baisse, ne peut faire autrement que d’accumuler une masse toujours croissante de profits et est obligé de surproduire pour compenser la chute par une augmentation de la masse des profits. Ceci permet de ralentir les crises mais entraîne une surproduction dont l’industrie militaire constitue l’exemple le plus évident. La surproduction devient explosive. La violence potentielle se transforme en violence active et explose à l’improviste suite à des faits insignifiants16 sur le plan historique comme un assassinat banal dans un coin reculé de l’Europe en 1914. Mais la violence potentielle n’est pas moins forte que la violence réelle. Les crises, au cours des périodes de paix du capitalisme, sont à peine moins graves que celles des périodes de guerre. Le grand bussiness, pour le capitalisme hégémonique, les Etats-Unis, reste comme toujours celle de la guerre.
Cependant ce qui distingue la période sénile du capitalisme de son enfance n’est pas la guerre ou la paix mais le ralentissement de la croissance suite à la chute tendancielle du taux de profit. La production industrielle du
capitalisme jeune croît rapidement, celle du capitalisme âgé lentement.

 

La maladie du capitalisme sénile entraîne la transformation en rente d’une part croissante de la production. Mais alors que dans le passé les oscillations dues aux crises cycliques permettaient le reprise de l’accumulation soit par des investissements alternatifs (finance, immobilier, marchés étrangers) soit en détruisant une bonne partie du capital fictif les choses sont différentes aujourd’hui. Les expédients utilisés pour sauver le capital in extremis, que ce soit les guerres mondiales, les politiques d’intervention étatiques, l’augmentation de la productivité, la création de
monnaie dans l’illusion de stimuler la consommation, sont de moins en moins efficaces. Nous pouvons parler d’un capitalisme drogué qui ne répond plus à aucun traitement. Dans cette situation le recours classique à la ‘pierre’, c’est-à-dire au marché immobilier considéré comme le plus sûr, ne fonctionne plus.

 

L’agitation des bourgeois sous influence des ‘illuminati’ est risible et est une preuve supplémentaire de leur inutilité. A travers leurs propositions de taxation des machines il voudrait redevenir le patron de la vapeur. Mais le
capital, par l’intermédiaire de la finance et de l’automatisation, rend la bourgeoisie superflue, ce qui pour le prolétariat est la confirmation du marxisme et de ses lois historiques.

 

Le luxe et sa face cachée

Les massacres et les destructions font partie des affaires et permettent un déblocage de la situation chronique de surproduction. A côté des considérables moyens militaires servant à la destruction des forces productives trop fécondes, il y a un moyen encore plus efficace pour détruire, à peine sorti de la production, le produit des forces
productives dangereusement développées pour assurer la survie du capital : la société de consommation, ou, pour mieux le dire, du gâchis. Société de consommation veut dire liquidation de tout ce qui vient d’être produit pour laisser le champ libre à l’exploitation frénétique du travail vivant. La montagne de production d’aujourd’hui ne doit pas constituer un obstacle à celle de demain. Pour l’idéologie dominante de la bourgeoisie parasitaire il faut consommer : consommer veut dire jeter aux ordures et donc détruire.

Le remède est vieux et Marx le cite dans le Capital : développer l’industrie de ‘luxe’ en dilapidant les produits créés par les ouvriers au lieu de les réinvestir dans la production.

Marx expliquait, à une époque où le capitalisme n’était pas encore dégénéré, que la sous-consommation correspondait exactement à la surproduction, mais il notait qu’avec le développement du capitalisme la surproduction créait toujours moins de marchandises capables de satisfaire les besoins de l’humanité. Surproduction de produits inutiles, et dans le même temps de pacotille et dangereux pour la consommation humaine. Nous avons une nouvelle divergence entre surproduction et subsistance, ou bien, dit de manière plus simple, plus de riches inutiles et plus de pauvres et sans réserves.

Une des principales conséquences est la minéralisation de la planète, la destruction de la terre par le capital, auxquelles font suite les soi-disant ‘catastrophes naturelles’.

L’obsolescence, soit la durée de vie des produits, est une autre conséquence de ce système. Les biens sont produits non pour qu’ils se détériorent à la suite de l’utilisation mais par l’obsolescence du modèle lui-même. De nouveaux modèles d’ordinateurs, de téléphones, de voitures sont proposés sans qu’il n’y ait la moindre nouveauté mais par une obsolescence créée pour pousser la consommation. Tout ceci produit une masse toujours croissante de déchets. Pour écouler les gigantesques masses de produits vomies par les usines le capitalisme doit imposer la consommation forcée qu’il obtient en élargissant toujours plus le champ de la production parasitaire et superflue 17.

Ce cercle vicieux de la production et de la surproduction est rendu possible par la loi fondamentale de l’économie qui impose que les richesses produites hier n’ont plus de valeur aujourd’hui afin que les prolétaires de la
Terre puissent produire à nouveau la plus grande quantité de nouvelles valeurs. De là la véritable raison de la surexploitation de la Terre et des horaires de travail interminables. Les forces productives laborieusement créées dans le passé ne servent pas d’appuis au travail contemporain actuel mais sont détruites pour permettre la formation de nouvelles valeurs dans la plus grande quantité possible. Et ceci de manière de plus en plus compulsive pour freiner la chute du taux de profit.

 

Capitalisme en transition

Toute société est historique, y compris le capitalisme. L’idée qu’il existe une succession inévitable de systèmes économiques et sociaux n’est pas une nouveauté introduite par Marx. De nombreux bourgeois l’avaient précédé. Toutefois les théories précédentes n’étaient que des constatations empiriques. Marx a su insérer le ‘déclin’ du capital dans un contexte historique et scientifique. Historique parce qu’il ne décrit pas un processus général valable pour toutes les transitions. La caractéristique principale du passage du capitalisme au socialisme est celle du sujet qui se fait l’auteur de ce changement : le prolétariat qui ne forme pas un système, est la dernière des classes et pose les bases de la socialisation de l’espèce humaine et de la fin de toutes les classes. Scientifique parce qu’il décrit le fonctionnement du système capitaliste et en conclue que la baisse tendancielle du taux de profit est la preuve des contradictions sociales qui le feront renverser.

Nous pouvons parler du passage du capitalisme au socialisme en utilisant l’expression ‘N+1’18. Celle-ci nécessite l’utilisation du principe mathématique d’intégration, du cinquième axiome de Peano (‘Si un ensemble d’entiers naturels contient 0 et contient le successeur de chacun de ses éléments, alors cet ensemble est égal à N’) et le théorème de récurrence de Poincaré (‘Pour presque toutes les « conditions initiales », un système
dynamique conservatif dont l’espace des phases est de « volume » fini va repasser au cours du temps aussi près que l’on veut de sa condition initiale, et ce de façon répétée’). Elle fut utilisée pour décrire l’union dialectique de deux opposés :

1 – la continuité matérielle lors du passage d’une forme de production à la suivante : il n’y a pas de ‘création’ de nouvelles catégories à partir de rien,
2 – la rupture totale : ‘N+1’ (communisme) surpasse toutes les catégories précédentes en les transformant ou en les niant. La société future est impossible sans ces catégories mais, dans le même temps, elle donne lieu à des catégories de nature opposée à celles appartenant à ‘N’, ‘N-1’, etc., soit à celles du capitalisme et de toutes les sociétés précédentes.

Le contenu de l’expression n’est pas nouveau. Il s’agit de la formalisation rigoureuse de la méthode que Marx pose à la base de la théorie révolutionnaire de la succession des formes productives et sociales, et qu’il expose dans l’introduction de 1857 à Introduction à la critique de l’économie politique.

Un type de société vit tant que les forces productives sont restreintes dans le cadre des formes de production.A certains moments de l’histoire cet équilibre tend à se rompre. Les causes en sont variées, parmi lesquelles les
progrès de la technique, l’accroissement de la population, l’extension des communications et l’accroissement des forces productives. Ces éléments finissent par entrer en contradiction avec les formes traditionnelles, elles tendent à briser le carcan et lorsqu’ils y arrivent il y a une révolution. La communauté s’organise avec de nouveaux rapports économiques, sociaux, juridiques, et des formes nouvelles prennent la place des anciennes. L’opposition entre les forces productives et les formes sociales prend la forme d’une lutte entre les classes ayant des intérêts économiques
opposés. Lors des phases culminantes de la lutte celle-ci devient lutte armée pour la conquête du pouvoir politique.

Les inventions et leur utilisation sont liées à des rapports sociaux déterminés. L’idée de la vapeur comme énergie existait déjà dans la Grèce antique mais celle-ci n’était utilisée que comme un ‘jeu’ puisque l’énergie humaine provenant des esclaves était suffisante pour ce mode de production.

A l’intérieur du capitalisme il existe des tendances qui mettent en évidence l’opposition entre le développement des forces productives et les rapports sociaux. Ceci ne correspond pas à un socialisme ‘potentiel’ mais
aux contradictions toujours plus aigües au sein du capitalisme lui-même.

Impression 3D. Les programmes de fonctionnement de l’impression en 3D, parfois en open-source, font injecter du plastique ou du métal en fusion dans une imprimante pour former, tranche après tranche, un produit, un objet qui sort de la machine complètement formé, y compris avec des parties mobiles. L’imprimante peut être programmée pour imprimer une infinité de produits.Mis à part l’élaboration des programmes et la récupération du produit le rôle de l’homme est marginal.

 

Les programmes pour l’édition sont en majeure partie disponibles en open-source, à la disposition de tous.L’élimination de la propriété intellectuelle (pas de charge pour des brevets) a fait baisser les coûts d’impression et entraîné une croissance exponentielle et une baisse du prix des imprimantes (parallèlement à celui des téléphones cellulaires et des ordinateurs).

 

Le processus de production est organisé très différemment du processus traditionnel. On passe d’un procédé soustractif (les matériaux sont taillés, travaillés puis assemblés) avec une importante quantité de rebus, à un procédé additif, qui ne réclame qu’un dixième des matériaux nécessaires à la production basée sur la soustraction. On obtient
donc une augmentation de l’efficacité et de la productivité. Il existe de plus des imprimantes 3D qui réussissent à se
reproduire à hauteur de 50%.Economie de partage (sharing economy) : Airbnb (plateforme communautaire payante de location et de réservation de logements de particuliers), Couchsurfing (entreprise dont l’objet social est d’assurer un service d’hébergement temporaire et gratuit, de personne à personne) 19, partage de bicyclettes, partages de voitures, covoiturage, sites pour le prêt d’objets, etc… Quand l’activité économique d’une société s’approche de coûts marginaux proches de zéro, la théorie économique classique (Smith, Ricardo) et néo-classique (Pareto) n’a plus rien à dire. Si les coûts marginaux s’approchent de zéro le profit s’évanouit car le marché ne peut plus établir le prix des biens et services, ceux-ci devenant presque gratuits. Si, par hypothèse, la majorité des choses devenaient gratuites, le mode de fonctionnement du capitalisme, système basé sur la production et la distribution de biens et de services, perd toute signification. Ceci parce que le capitalisme tire sa substance de la pénurie. La pénurie de ressources, de biens et de services permet d’obtenir sur le marché des prix supérieurs à leurs coûts de production. Mais si le coût marginal de production de ces biens et services s’approche de zéro leur prix s’approche de la gratuité et le système capitaliste perd sa capacité de se servir de la pénurie pour profiter de la dépendance de ceux qui en ont besoin. Il se produit alors un double affranchissement : celui des prix, par la gratuité, et celui de la pénurie. Lorsque le coût marginal pour produire une unité supplémentaire d’un bien ou d’un service s’approche de zéro c’est le signe que l’abondance succède à la pénurie.

 

L’échange de valeurs perd alors tout sens car chacun peut se procurer une grande partie de ce qui leur sert sans avoir à le payer. Les produits et les services ont alors une valeur d’utilisation mais cessent d’avoir une valeur d’échange.Internet : la division en classes, depuis leur existence, a toujours créé des barrières à la socialisation des découvertes.Tandis que les premières (la route, le feu, etc.) ont été naturellement socialisées, sans avoir à recourir à un tribunal pour établir si les droits d’auteur devaient être versés à Apple ou à Samsung, la connaissance devient, avec la division de la société en classes, la jouissance de quelques-uns. Alors se créé l’idéologie individualiste pour laquelle le ‘génie’ est le seul à avoir produit une nouveauté. Mais le développement incessant des forces productives fait tomber cette barrière. Par exemple après la création de la presse les idées commencèrent à circuler plus rapidement, et le révolutionnaire Thomas Muntzer, pendant la guerre des paysans de 1500, voyageait dans une calèche qui transportait une presse servant à imprimer les premiers feuillets de propagande et la traduction de la bible en allemand…

Difficile d’établir qui a créé la géométrie cartésienne étant donné que trois siècles avant la publication des oeuvres de Descartes celle-ci était comprise dans les études de Nicole Oresme. Difficile de dire qui est le ‘père’ de la science moderne : Galilée ? Descartes qui connaissait des travaux du pisan ? Qui a inventé l’analyse infinitésimale ? Leibnitz ou Newton ? Pour qui sont les droits d’auteur ? Pour personne parce que dans ces années l’histoire aurait poussé à ces découvertes de toute manière. Toute ‘invention’ n’est pas le fait d’un individu mais d’une période historique donnée.

Qu’invente Marx ? Rien. Il souligne, en tant que militant révolutionnaire, que le développement du mode de production rend toujours plus évident le caractère social de la connaissance humaine. L’augmentation de rapidité des transports, des communications, ce que Marx appelle ‘l’annulation de l’espace à travers le temps’, en un mot internet, a rendu ce phénomène indéniable. Aucun contenu ne lui échappe. Tout est potentiellement à partager. Internet a rendu possible ce qui n’était encore que potentiel. Le ‘virtuel’ rend possible les potentialités du cerveau social. Seule la division en classes permet encore d’empêcher que tous puissent avoir accès au réseau.

 

L’automatisation toujours plus rapide de la production permit à Marx de souligner le côté social et collectif de la connaissance humaine. Ce qui ne veut pas dire que ce n’était pas déjà le cas avant la révolution industrielle. Le cerveau de l’espèce a toujours été ‘social’. L’homme a aujourd’hui les instruments qui le rapprochent toujours plus du ‘cerveau social de l’espèce’ potentiel.

 

Voir dans les imprimantes 3D la solution à l’anarchie du marché est une erreur. Le retour à de petits noyaux de producteurs semblables à des artisans anarchiques n’est pas seulement réactionnaire mais impossible du fait de l’interconnexion où en est arrivée l’humanité. Le passage du règne de la nécessité à celui de la liberté ne signifie pas un retour à de petites communautés, mêmes liées entre elles, et basées sur l’autonomie et l’autosubsistance. Mais au contraire un plan de l’espèce humaine qui seul pourra faire face aux questions liées à la production d’énergie, à
l’écologie et à la dissipation des ressources sur la base des technologies déjà disponibles aujourd’hui. Le développement de l’impression 3D nous montre plus simplement que nous assistons au développement d’un système où les procédés de fabrication peuvent utiliser différentes matières premières et que ce sont les moyens de productions qui se déplacent vers les hommes et non l’inverse comme cela se produit sous le capitalisme. C’est dans cette inversion que nous pouvons voir la sénilité du capitalisme.

L’économie de partage, comme l’ancien mutualisme, ne résout pas les contradictions du système capitaliste mais démontre que ce n’est qu’à travers la pénurie que le capitalisme peut exercer la loi de la valeur !

Internet ne résout pas les problèmes de la communauté humaine mais rend toujours plus obsolète les barrières imposées par la société capitaliste. Internet est l’évolution de la presse, de la socialisation des savoirs. L’invention de la presse a révolutionné le monde mais, dans le même temps, en a dégradé une partie. Prenons par exemple l’introduction de la presse dans l’empire ottoman. Parmi les opposants nous trouvons, en plus des ‘sages’ religieux
considérant blasphématoire de reproduire les paroles du prophète par des machines, la caste des scribes. Les scribes recopiaient le coran et les documents de la cour du sultan par la plume et jouissaient grâce à cela d’une position dans la société ottomane. Ils se transformèrent en simples ouvriers ou disparurent. L’arme de la dialectique permet de
distinguer, pour internet, d’un côté la socialisation potentielle des savoirs, et de l’autre, aujourd’hui, un système de
contrôle et de sélection du flux des informations et des savoirs (les programmes déterminant les moteurs de recherche par exemple.

L’informatisation des cycles industriels présuppose une plus grande ‘socialisation’ du processus productif lui-même, une plus grande flexibilité de la production, des stocks zéro, et donc aboutis à une plus grande fragilité du cycle. Prenons par exemple le cas de l’usine italienne Maschio Gaspardo, productrice de machines agricoles à Padou20. En 2017 la totalité de l’usine et des magasins (ceux-ci liés au transporteur TNT), soit 600 employés, ont été bloqués plus d’une semaine. L’ensemble du site (machines à contrôle numérique, robots), les magasins, le service commercial, etc. étaient connectés entre eux par un programme informatique qui faisait ‘bouger’ l’ensemble du cycle. C’est l’irruption du virus Petya21 qui a tout bloqué. Les hackers ont demandé une rançon pour permettre à l’usine de reprendre son activité. De la même manière qu’existaient les grèves tournantes, un seul service en grève permettant l’arrêt de tous les autres (permettant ainsi à la majorité des travailleurs de ne pas perdre de salaire), aujourd’hui ce type d’action permettrait d’avoir une arme encore plus puissante.

Finances : l’autonomisation du capital

Un processus parallèle à l’automatisation du système productif est l’autonomisation du capital.
A l’époque impérialiste le capital financier se rend autonome du capital productif de marchandises et le subordonne.
Le capital fictif grandit plus vite que le capital réel (moyens de production, technologie, force de travail, produits et
autres facteurs de l’économie réelle). Ainsi, dans la société moderne, le capital fictif est bien plus influent que le
capital réel. Il surclasse et domine le capital réel (le capital employé dans la production de marchandises) au grand
désespoir et incompréhension des matérialistes vulgaires qui s’obstinent à soutenir que les idées sont créatrices de
modèles et de transformations moins efficaces que les bombes ou les porte-avions.

Dans sa phase pourrissante et parasitaire marquée par une baisse de la production et donc une chute du taux de profit, le capital se voit obligé de maquiller sa bonne santé en trouvant des sources de valorisation fictives et en tentant d’occuper une partie de sa population. Il se farde alors d’une multitude d’emplois dénués de sens, les bullshits jobs, principalement dans les domaines du marketting, des ressources humaines et de la formation.Quiconque a déjà participé à un module de formation professionnelle s’est apperçu de la vacuité, voire de l’absurdité, de ses contenus et a observé des formateurs se débattant avec le néant pour justifier leur emploi. Les exemples sont inépuisables : un mois de formation en entreprise pour entrer des chiffres dans un tableau Excel ou 36 heures de formation en « démarche de projet » 22 dans la formation des professeurs des écoles…

La spéculation financière, les bulles financières, le gonflement du capital financier et de ses opérations sont
des stratagèmes qui ralentissent l’explosion de la crise de l’économie réelle. La masse du capital fictif, en se gonflant
(et elle doit se gonfler sans cesse pour qu’elle puisse se déverser dans la spéculation), donne lieu à un moment ou à un autre à des crises réelles de dimension gigantesque, ce qui démontre bien que le capital fictif est bien actif.
Marx a noté dès ses premières études de critique de l’économie politique, que les crises financières avaient
leurs propres racines dans les crises de surproduction de marchandises et de capital. Le développement du mode de
production capitaliste permet l’autonomisation des éléments de la circulation. Les marchandises et l’argent suivent des cycles autonomes d’où l’exigence d’un système de crédit qui serve de médiateur à l’anarchie de la circulation. De la circulation monétaire simple on passa à une circulation capitaliste, ce qui réclamait un développement des instruments financiers capables de recueillir et d’anticiper les capitaux nécessaires à l’industrie et au commerce. Dans le chapitre 20.  Rappelons-nous encore une fois : le système industriel ne se réduit pas à la seule usine. Le système industriel est le modèle de développement qui concerne toute la planète alors que les usines sont les espaces où l’on produit physiquement. Le système industriel inclut l’agriculture, les services, les transports, etc. 21

Petya est un logiciel malveillant de type rançongiciel (ransomware). Il apparaît pour la première fois en mars 2016.
22 Notons par ailleurs que la « dimension projecturale » est présente dans toutes formations : nous sommes maîtres de notre destin, à nous de nous mettre en valeur en communiquant sur nos désirs, manière une nouvelle fois de maquiller l’essouflement du système en « responsabilisant les professionnels ».

 

Sur l’argent des Grundrisse Marx part de cette première constatation pour en arriver à travers l’analyse de la forme
argent et de ses métamorphoses successives à ébaucher le processus d’autonomisation de la valeur à travers le poids
toujours croissant du système financier.

La première fonction formelle de l’argent est la mesure universelle de la valeur des marchandises, tandis qu’à
un niveau supérieur d’abstraction, plus inhérente au capitalisme mûr, il prend une seconde fonction : l’argent
dématérialisé est inséré au sein de la structure du crédit où se réalise la différence entre accumulation réelle (profit) et accumulation monétaire (intérêt). Cette dernière prenant le dessus le lien entre production, certes toujours
indispensable, devient lointain et invisible, tant et si bien qu’on en arrive à la fin à une situation où on ne voit plus la
différence entre profit et intérêt, c’est-à-dire la transformation des profits en rente. La financiarisation est donc un fait réel, nécessaire et prévu par la théorie de la rente de Marx et constitue la prémice indispensable à la fin du capitalisme.

« Le propre du capitalisme est, en règle générale, de séparer la propriété du capital de son application à la
production; de séparer le capital-argent du capital industriel ou productif ; de séparer le rentier, qui ne vit que du revenu qu’il tire du capital-argent, de l’industriel, ainsi que de tous ceux qui participent directement à la gestion des capitaux. L’impérialisme, ou la domination du capital financier, est ce stade suprême du capitalisme où cette séparation atteint de vastes proportions. La suprématie du capital financier sur toutes les autres formes du capital signifie l’hégémonie du rentier et de l’oligarchie financière; elle signifie une situation privilégiée pour un petit nombre d’Etats financièrement ‘puissants’, par rapport à tous les autres. On peut juger de l’échelle de ce processus par la statistique des émissions, c’est-à-dire de la mise en circulation de valeurs de toute sorte. » Lénine, L’Impérialisme.

La financiarisation de l’économie est une énième contradiction des fondements du système capitaliste. Dès
que le travail, sous sa forme immédiate, cesse d’être la source de la richesse, le temps de travail cesse et doit cesser
d’être sa mesure. Donc la valeur d’échange doit cesser d’être la mesure de la valeur d’usage. Mais si le capital n’est ce
qu’il est qu’en tant qu’il s’oppose au travail vivant, en tant qu’il perpétue cette relation antithétique (l’extraction de
plus-value) la financiarisation peut aussi se lire comme une forme de mystification par rapport à son rapport
fondamental. Un hallucinogène pour fuir la réalité.

Cette séparation de la finance d’avec la base productive n’est pas planifiée par les gouvernements ou par des
groupes financiers sans scrupules comme nombre de réformistes veulent nous le faire croire. C’est le résultat matériel du développement des forces productives de capital au-delà des limites (c’est-à-dire lorsque l’augmentation des forces productives devient indifférente pour le capital) dont parle Marx. La découverte de cette contradiction explosive n’est pas nouvelle, elle rentre comme ligne de principe au sein de la théorie marxiste du profit : le capital n’est tel que parce qu’il a une tendance continue à s’accroître. Si l’industrie traîne la jambe et que la plus-value produite diminue en proportion du capital anticipé, le capital doit trouver d’autres sources de valorisation, fictives autant qu’on veut… et ensuite on verra. En ultime analyse c’est la base sur laquelle se développe le nouveau paradigme économique. Cette masse de capitaux voyageurs, capables de faire s’effondrer des économies entières, se concentre dans les mains de quelques puissants groupes qui, s’ils ne trouvent pas de possibilités de valorisation, se reportent massivement sur l’achat de biens patrimoniaux, l’immobilier et le marché des actions, en en faisant grimper les prix. Il se forme un cercle vicieux : l’augmentation de la valeur des actions fournie aux personnes privées permet d’utiliser ce levier financier et donc d’accroître la demande d’actions en en faisant encore grimper le prix… le tout fonctionnant jusqu’à ce que la bulle éclate.

Lors du dernier quart de siècle l’augmentation de la valeur des actions a largement dépassé le taux de
croissance de l’économie réelle. La croissance du prix des actions est donc largement inflationniste : l’inflation
contamine les actions car la valeur des actions dans les pays avancés représente un multiple élevé de la valeur du
produit national. Le fait que ce prix soit inflationniste signifie qu’une bonne partie de la valeur est fictive sans
correspondance avec les marchandises. Les dérivés eux-mêmes peuvent être vus comme des facteurs de couverture
des risques mais également comme des facteurs d’augmentation des risques potentiels. Comme le disait Marx la
résolution des contradictions du système ne fait rien d’autre que les reporter dans le temps en les agrandissant.
Les capitaux sortent de la production et du commerce pour aller vers les prêts, l’intermédiation financière et la
spéculation. Les investissements accomplis vers les nouveaux secteurs de production, les nouvelles technologies, la
robotique, etc., n’ont pas compensé le déclin général des secteurs traditionnels. Le soi-disant boom des années 80 n’a pas ses racines dans le développement de l’électronique mais de la finance et de l’expansion du crédit. Dans ce sens la financiarisation de l’économie est un dernier facteur amplifiant les écarts sociaux et augmentant l’armée industrielle de réserve.

Le cadavre marche encore

Aujourd’hui il existe toujours plus de biens en surabondance si bien qu’offre et demande perdent leur
signification (loi de dématérialisation de la production et processus de financiarisation). La mission des monopoles
devenant un obstacle au libre accès à l’abondance. Utiliser la dialectique signifie renverser les termes.
L’automatisation du processus productif et l’autonomisation du capital entraînent d’un côté le chômage pour des
millions de prolétaires et indiquent d’un autre la sénilité du système.

Les processus en cours et leurs conséquences matérielles représentent la manifestation de la lutte titanesque
entre le vieux et le nouveau, la liberté contre le besoin, l’abondance contre la pénurie.Lénine dans son texte L’impérialisme parle expressément de parasitisme et de putréfaction du capitalisme et de ses limites intrinsèques. Dialectiquement il utilise le terme de capitalisme de transition. Le défi aujourd’hui n’est pas de pleurer sur les horreurs du capitalisme mais de découvrir à l’aide de sondes l’émergence du nouveau qui  commence à se manifester et entre toujours plus en contradiction avec l’ancien, de donner une organisation à la lutte de classes lorsque celle-ci se radicalise, en d’autres termes d’en prendre la direction.

Pour pouvoir exploser cette contradiction a besoin d’un accélérateur, d’un liquide inflammable, la révolution
prolétarienne : anonyme, terrible et violente, qui cassera le monopole de la violence de l’Etat bourgeois. Ce n’est que
par ce passage que le nouveau aura la force de se débarrasser finalement du vieux.

Quelle que soit la durée de la lutte révolutionnaire pour abattre le monstre bourgeois, le système capitaliste est
entré dans sa phase sénile, parasitaire et droguée, un cadavre qui marche encore mais qui ne peux pas venir à bout de sa surproduction. Qui n’est plus en état de se régénérer, en un mot qui a épuisé sa ‘mission’ historique. La
condamnation à mort du capitalisme est pour nous une loi, et la démonstration du caractère transitoire du capital se
trouve dans la succession des modes de production de l’humanité. La bourgeoisie est née avec son propre fossoyeur, le prolétariat, qui représente la société communiste. La contradiction entre les forces de production et les rapports
sociaux rend toujours plus obsolète le système lui-même. Cette contradiction fondamentale du capital entre la
production sociale et le mode de production privé s’appuie sur les superstructures juridiques, politiques, militaires,
culturelles et idéologiques de l’Etat qui sont nécessairement en conflit avec la société communiste. La vie naît de la
production, ou mieux du travail, qui, à son tour, provient du prolétariat et va, au sens communiste, vers la
socialisation. Les superstructures juridiques, politiques et administratives, l’Etat, étant tous liés au mode de
distribution privée du capitalisme, se détachent toujours plus de la production désormais socialisée, et même si elles
grossissent monstrueusement (comme aujourd’hui), elles sont éloignés de leur base vitale, la production. La vie
abandonne progressivement et inexorablement le capitalisme, qui entre dans sa phase de dissolution finale. Le travail associé et combiné créé la base communiste et fera éclater l’enveloppe morte de l’appropriation privée bourgeoise.

Lénine disait qu’il fallait rêver et donner forme à ses rêves, et le rêve est le signe d’une réalité plus profonde :
« La nouvelle classe dominante vit avec terreur une paraphrase de cette prophétie cosmique dans la prophétie sociale de Marx : étant donné les rapports économiques et sociaux entre les classes et leurs contradictions, les mouvements qui firent passer le pouvoir des féodaux aux capitalistes, nous sommes en mesure d’établir les lois du passage futur du pouvoir de la bourgeoisie au prolétariat, et la destruction de la forme économique capitaliste.»

 


 

NOTES

1-L’utopie n’est pas ‘négative’, c’est l’anticipation d’une réalité en devenir, elle agit comme plus tard la science-fiction par rapport à la science. Un socialisme utopique existait avant le socialisme scientifique que nous pouvons retracer dans la mémoire de l’espèce humaine, liée au communisme primitif et donc aux premières communautés connues par l’homme lors de sa naissance en tant qu’espèce.

2Chapitre 23 du Capital : la loi générale de l’accumulation capitaliste.
3La Grande Bouffe (La grande abbuffata) est un film franco-italien réalisé par Marco Ferreri en1973. Le film raconte l’histoire de
quatre hommes, au beau milieu de l’hiver, qui, fatigués de leurs vies ennuyeuses et de leurs désirs inassouvis, décident de
s’enfermer dans une villa pour ce qu’ils appellent un «séminaire gastronomique» mais pour en fait se livrer à un suicide collectif en
mangeant jusqu’à ce que mort s’ensuive.
4De la révolution industrielle, Robin Goodfellow, 2014.
5La dynamique impérialiste entraîne elle un ralentissement du progrès technique : « Nous l’avons vu, la principale base
économique de l’impérialisme est le monopole. Ce monopole est capitaliste, c’est-à-dire né du capitalisme ; et, dans les conditions
générales du capitalisme, de la production marchande, de la concurrence, il est en contradiction permanente et sans issue avec
ces conditions générales. Néanmoins, comme tout monopole, il engendre inéluctablement une tendance à la stagnation et à la putréfaction. Dans la mesure où l’on établit, fût-ce momentanément, des prix de monopole, cela fait disparaître jusqu’à un certain point les stimulants du progrès technique et, par suite, de tout autre progrès ; et il devient alors possible, sur le plan économique, de freiner artificiellement le progrès technique. » Lénine, L’Impérialisme

6-Un des documents historiques de l’ ‘ouvriérisme italien’ rédigé par le comité ouvrier de Porto Marghera (Venise) en 1969
exprimait bien ce concept : En travaillant, nous, ouvriers, produisons le capital : « Avant tout, le capitalisme est substantiellement
tendu vers la conservation de ce rapport de pouvoir contre la classe ouvrière et il utilise son développement pour renforcer
toujours plus son pouvoir. Cela veut dire que toutes les machines, les innovations technologiques, le développement de l’industrie,
le sous-développement même de certaines régions sont utilisés pour contrôler politiquement la classe ouvrière. (…) Les ouvriers
ne sont donc pas contre les machines, mais contre ceux qui utilisent les machines pour les faire travailler : A celui qui dit que
travailler est nécessaire, nous répondons que la quantité de science accumulée (regarder par exemple les voyages sur la Lune) est
telle qu’on peut réduire tout de suite à un fait purement à l’extérieur de la vie humaine, au lieu de la concevoir comme « la
raison même de l’existence de l’homme ». A celui qui affirme que l’homme a toujours travaillé, nous répondons que dans la
Bible, il est écrit que la Terre est plate et que le soleil tourne autour et que, jusqu’à Galilée, c’était la vérité, c’était une chose
acquise depuis toujours, c’était le point de vue scientifique. Mais le problème n’est pas de donner des explications scientifiques,
mais de renverser l’ordre social existant en imposant les intérêts de ceux qui ont matériellement créé les conditions de ce qui
existe, c’est-à-dire la classe ouvrière. C’est seulement en affirmant ses intérêts, en balayant le pouvoir politique qui s’y oppose,
qu’on peut créer les conditions d’existence d’une société meilleure que la présente. » (dndf.org/?p=12040).
Ce texte n’est pas dépourvu de nombreuses erreurs. Il suffit de penser au ‘subjectivisme’ extrême qu’il finit par défendre. Il y est
dit qu’existe une volonté consciente du parti de la bourgeoisie, au-dessus du capital lui-même, et que cette volonté se modifierait
continuellement et uniquement sous la poussée de la classe ouvrière. La lutte de classe est bien le moteur de l’histoire mais elle est
dialectiquement liée au mode de production, lui-même traversé par les contradictions de l’antagonisme entre le développement
des forces productives et les rapports sociaux. Rompre ce lien veut dire nier la dialectique marxiste entre la dimension objective
des rapports de production et la lutte de classe. En poussant à l’extrême nous avons d’un côté les ‘tranquilles’ qui défendent
l’objectivité des contradictions du capital et son écroulement, arrivant à nier la fonction de la lutte des classes, et de l’autre les
‘agités’, comme dans le document cité, qui finissent par nier les contradictions internes du système, présentant ainsi le seul côté
‘subjectif’ de la lutte des classes, sous-estimant la succession des formes de production dans l’histoire et donc aussi le sens du
communisme vu en ultime analyse comme uniquement un acte de volonté et non comme le plan de vie de l’espèce humaine. La
société communiste se différencie du communisme primitif par la socialisation des forces productives, dont les conditions ne sont
rendues possibles que par le système capitaliste.
7Ohno, Taiichi (1995), Toyota Production System : Beyond Large-Scale Production, Productivity Press Inc.
8Un tableau conçu par un programme d’intelligence artificielle adjugé 432 500 dollars, Le Monde, 26\10\2018.

9Dans les années 30 déjà les surréalistes vendaient leurs livres au kilo, et nous ne pouvons pas oublier cette puissante et corrosive
page de Marx : « La concentration exclusive du talent artistique chez quelques individualités, et corrélativement son étouffement
dans la grande masse des gens, est une conséquence de la division du travail. A supposer même que dans certaines conditions
sociales chaque individu soit un excellent peintre, cela n’exclurait en aucune façon que chacun fût un peintre original, si bien que,
là aussi, la distinction entre travail « humain » et travail « unique » aboutisse à un pur non-sens. Dans une organisation
communiste de la société, ce qui sera supprimé en tout état de cause, ce sont les barrières locales et nationales, produits de la
division du travail, dans lesquelles l’artiste est enfermé, tandis que l’individu ne sera plus enfermé dans les limites d’un art
déterminé, limites qui font qu’il y a des peintres, des sculpteurs, etc. Qui ne sont que cela, et le nom à lui seul exprime
suffisamment la limitation des possibilités d’activité de cet individu et sa dépendance par rapport à la division du travail. Dans
une société communiste, il n’y aura plus de peintres, mais tout au plus des gens qui, entre autres choses, feront de la peinture. »
Karl Marx – L’idéologie Allemande – 1846.

10« En effet, la lutte de Marx n’est pas dirigée contre la misère et ne vise pas à la richesse du travailleur, ce qui ne s’effectuerait
que par le vol de grand chemin contre les bourgeois ventrus. La misère de l’ouvrier n’est pas le bas niveau du salaire et le haut
niveau du coût des produits qu’il consomme. La victoire du capitaliste dans la lutte de classe n’est pas la réduction, le recul du
niveau réel du salaire qui, indiscutablement, s’élève en général dans l’histoire d’une période progressive, pacifique et guerrière
impérialiste à l’autre. Dans notre dictionnaire économique marxiste, misère ne signifie pas basse rémunération du temps de
travail. On comprend que, s’il monopolise des forces productives telles qu’il peut avoir le même produit avec dix fois moins
d’ouvriers, le capitalisme peut, d’un coeur léger se vanter d’avoir élevé les salaires. La plus-value relative et absolue s’est
énormément accrue et l’accumulation de la masse de plus-value croît également; mais chaque chose à sa place. Misère signifie au
contraire «aucune disposition de réserves économiques destinées à la consommation en cas de besoin». La diffusion
«progressive» de ces conditions parmi les populations est la caractéristique historique fondamentale de l’époque capitaliste ».
Marxisme et misère, Battaglia Comunista, n.37, 1949, http://www.sinistra.net/lib/bas/battag/ceju/cejumkizuf.html

11Là aussi la social-démocratie a anticipé et fournis les propositions des mouvements politiques fascistes qui se sont succédé.

12Sur cette question nous renvoyons au chapitre ‘De la vague au tsunami’ du texte ‘Vagues et barrières’ sur le n°3 de cette revue.

13La fonction des classes moyennes, de Aux fondements des crises, Robin Goodfellow, 2013. Pour la définition et la compréhension de la catégorie des ‘classes moyennes’ nous renvoyons au texte publié par les camarades de Le prolétaire :Marxisme et classes moyennes, Le Prolétaire, 2017 http://www.pcint.org/40_pdf/18_publication-pdf/FR/36_marxisme-clmoyennes-2017-w.pdf

14Il est important de signaler que « la crise de 29 était une crise de chômage et de bas salaires, la grande crise qui viendra d’ici quelques années sera celle de la surproduction folle et de la menace de guerre : chômage et impitoyable hausse des prix », dans ‘L’économie des Etats-Unis : cours de la production et récession’, Il Programma Comunista n.12/1958.

15Google, Facebook, Amazon, Apple, Oracle et autres ‘géants des marchandises légères’ (coût insignifiant par rapport aux prix de
vente) semblaient être les interprètes d’un nouveau monde meilleur, parlant de la fin des conflits sociaux tandis qu’ils s’avéraient
être des entreprises classiquement occupées à drainer le maximum de plus-value de leurs employés. Lesquels travaillent dans des
ambiances ultra modernes avec des modalités attractives mais où le taux d’exploitation est très élevé. Amazon expédie 24
milliards de paquets par an, Google possède 90 % du marché des moteurs de recherche, Facebook possède le plus gigantesque
réseau d’informations corrélées. Les travailleurs mènent des luttes dans ces entreprises mais même les Etats qui accueillent ces
géants ont des problèmes. Ces entreprises ne paient pas d’impôts ou bien trouvent des expédients pour les réduire au minimum. Ils
produisent des émules qui influencent tout le système. Ces entreprises sont énormes et ne permettent à personne de briser leurs
monopoles. Et monopole veut dire rente, rente veut dire absorption du profit des autres. Ce sont des monstres centralisés qui ne
valent pas le centième de la valeur qu’ils affichent mais sèment de la dynamite au sein du capitalisme.

16 Dialogue avec les morts, dans «Il Programma Comunista» Nr 5, mars 1956

17Prenons par exemple le développement vertigineux du packaging, tous ces emballages finissant dans la mer et créant de
véritables îles de plastique, comme le GPGP (pour Great Pacific Garbage Patch), grande comme la péninsule ibérique. Le vortex
de déchets du Pacifique nord est une zone du gyre (tourbillon d’eau océanique) subtropical du Pacifique nord.

18Expression utilisée par la Gauche Communiste en 1958 dans un article sur la succession des modes de production : ‘Les luttes de
classes et d’Etats dans le monde des peuples de couleur, champ historique vital pour la critique révolutionnaire marxiste’.

19 Les personnes proposant simplement un lit ou un canapé pour dormir (une nuit le plus souvent) en étant eux-mêmes présents
dans leur logement et les personnes cherchant un hébergement sont mises en relation via un service en ligne. Ce projet,
initialement établi aux États-Unis en 2004 sous forme d’association à but non lucratif, est depuis 2011 une société commerciale.

20Rappelons-nous encore une fois : le système industriel ne se réduit pas à la seule usine. Le système industriel est le modèle de
développement qui concerne toute la planète alors que les usines sont les espaces où l’on produit physiquement. Le système
industriel inclut l’agriculture, les services, les transports, etc.
21Petya est un logiciel malveillant de type rançongiciel (ransomware). Il apparaît pour la première fois en mars 2016.
22 Notons par ailleurs que la « dimension projecturale » est présente dans toutes formations : nous sommes maîtres de notre destin, à
nous de nous mettre en valeur en communiquant sur nos désirs, manière une nouvelle fois de maquiller l’essouflement du système
en « responsabilisant les professionnels ».

23 http://www.quinterna.org/lingue/francais/historique_fr/fils/relativite_determinisme.htm

Relativité et déterminisme, Il Programma Comunista, n.9 195523.
Le Fil Rouge 2019

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