Avis de gros temps pour Sarkozy

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FERGUS :

L’« Affaire Nadine Morano » l’illustre de manière éclatante : Sarkozy est entré dans une période de turbulences qui risque fort de mettre à mal ses ambitions en vue de la « Primaire de la droite et du centre ». Qu’ont donc tous ces caciques estampillés « Les Républicains » à lui mettre des bâtons dans les roues ? À multiplier les obstacles sur sa route ? À saper son autorité ? Seraient-ils mus par une triviale ambition alors qu’ils disposent d’un leader messianique ?

Si Sarkozy était le nom d’une zone maritime, c’est ce type de bulletin qui eût été émis par la Météo marine avant la réunion le mercredi 7 octobre de la Commission Nationale d’Investiture de LR : « Avis de grand frais avec houle de force 7 fraîchissant en début de soirée en coup de vent force 8 à 9. »

Ce n’est pas encore la tempête dans le parti de Sarkozy, mais cela commence à y ressembler, et de menaçants nuages s’accumulent, toujours plus nombreux, sur la route de la Primaire. Le ton a été donné au cours de cette réunion de la CNI dont la tenue a été pour le moins houleuse, de l’avis des participants. Les témoins sont formels : on y a vu s’affronter, toute rancœur dehors, Morano et Copé, Copé et Sarkozy, et bien sûr Morano et Sarkozy. Entre les références acides à la « race blanche » de l’ex-Pucelle* de Meurthe-et-Moselle, aux « petits pains » de l’Amer de Meaux, et à la « fuite d’eau » du président matamore, les échanges ont été des plus virulents.

Au final, Nadine Morano n’a rien lâché, et si elle perd l’investiture LR en Meurthe-et-Moselle au profit de son presque clone Valérie Debord, elle estime, non sans raisons, avoir marqué des points importants en vue de la Primaire où elle entend bien jouer les trouble-fêtes et, sinon se qualifier pour la Présidentielle, du moins se positionner pour l’avenir avec un score de nature à la rendre incontournable. Peut-être même se voit-elle un destin à la Valls ? Une Morano ne doute jamais de rien !

Le problème pour Sarkozy est qu’en s’affichant sur une ligne très droitière, Morano entend chasser sur les terres de son ex-mentor qui espérait préempter le vote des sympathisants de la droite dure dont il aura le plus grand besoin pour se qualifier au 2e tour. Un mauvais coup pour Sarkozy, et l’on comprend d’autant mieux la valse-hésitation à laquelle il s’est livré en tentant de ménager tout à la fois les tenants d’une ligne dure et les alliés centristes, particulièrement remontés contre la députée européenne.

Morano candidate avec l’intention publiquement déclarée de « dézinguer Sarkozy », Copé en embuscade pour pourrir la vie du même Sarkozy sur fond d’« Affaire Bygmalion », voilà qui augure une campagne difficile pour celui qui entend retrouver les ors de l’Élysée, histoire sans doute d’y faire ce qu’il a été incapable d’y réaliser en 5 ans d’un mandat médiocre et ponctué d’âneries, à l’image de la campagne de Libye aux conséquences si désastreuses en termes de migration et d’armement des djihadistes. .

Une campagne d’autant plus difficile pour Sarkozy que ses rapports avec Fillon sont exécrables et que Juppé sait qu’il détient là une chance unique d’accéder à la magistrature suprême, avec le renfort probable d’un électorat centriste qui ne veut plus voir se rejouer le match Sarkozy-Hollande, les deux présidents pouvant être renvoyés dos à dos pour leur gouvernance indigne de la 5e puissance mondiale. Quant à Lemaire, il entend bien ne pas être en reste et tirer son épingle du jeu en ne faisant aucun cadeau à l’ex-président.

Pourquoi d’ailleurs les candidats déclarés lui feraient-ils des cadeaux ? Outre le fait que Sarkozy les a tous méprisés et insultés, outre cet autre fait qu’il peut être « dézingué » à tout moment par une procédure judiciaire, l’animal politique a manifestement perdu son flair et multiplie même les bourdes. Écoutons à cet égard Morano – encore elle –, citée par Le Canard Enchaîné : « Sarko, il a perdu les pédales depuis longtemps. La preuve, en juillet, on ne l’a pas entendu sur la crise grecque, il a préféré aller au Cap Nègre, sans réunir le Bureau politique. Et sur les migrants, pareil : il a préféré aller en Corse. Si ça continue, les gens vont finir par lui dire « ʺCasse-toi, pauv’ con !ʺ »

Allez, Nadine, ne tente pas les Français d’avoir recours à une formulation aussi vulgaire, et laisse les voter lors de la Primaire. Entre tous ceux que Sarkozy a traités de « connards », d’« abrutis » et même d’« enculés », autrement dit les fonctionnaires, les chercheurs, les Bretons, les diplomates, les syndicalistes, les magistrats, ses adversaires politiques, ses « amis » politiques, et même ses collaborateurs, cela fait pas mal de monde qui aimerait le voir mordre la poussière. Et que dire de tous ceux qui, depuis des années, sont victimes d’inondations ? Que penseront au moment du vote tous ces gens en se rappelant que Sarkozy, quelques mois avant Xynthia, affirmait de manière péremptoire : « Il faut rendre constructibles les zones inondables » ?

Le problème de Sarkozy est qu’il n’est plus équipé mentalement pour affronter le gros temps. Hollande non plus, au propre comme au figuré. Les Français comprendront-ils qu’il faut tirer un trait définitif sur ces deux-là ? À gauche, cela semble d’ores et déjà écrit. À droite, tout se jouera lors de la Primaire des 20 et 27 novembre 2016. Avec une Morano revancharde, et sans doute plus harpie** que jamais.

* Depuis 1975, le nom de Pucelle a été officiellement changé en Pugelle.

** Nadine Morano : Harpie Birthday ! (novembre 2011)

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