Bolivie – Mobilisation massive contre le coup d’État fasciste et raciste

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Bolivie. Entre gouvernement putschiste et résistance populaire, Evo Morales veut “négocier”

https://www.revolutionpermanente.fr/Bolivie-Entre-gouvernement-putschiste-et-resistance-populaire-Evo-Morales-veut-negocier

Jeudi 14 novembre 2019

Philippe Alco

L’offensive raciste, proto-fasciste, de la droite a réveillé la résistance des populations indigènes, paysannes et ouvrières. Evo Morales et son parti tentent de concilier et freinent la lutte contre le coup d’État.

Les mobilisations de paysans, d’ouvriers et des populations indigènes se poursuivent en Bolivie contre le coup d’État de la droite, de la police et de l’armée bolivienne. Depuis mardi les manifestations sont massives dans la capitale, La Paz, mais aussi dans plusieurs régions du pays. La répression est énorme aussi. On parle déjà de dix morts officiels, dont huit par balle. Les images des attaques de la police envahissent les réseaux sociaux mais celles de la résistance aussi. Une situation dont le dénouement reste incertain, pouvant basculer vers une plus forte répression mais aussi vers une radicalisation des actions des masses.

Au-delà du fait que beaucoup de travailleurs et de paysans voient Evo Morales comme leur légitime président, ils ont une raison supplémentaire et sans doute plus profonde pour s’opposer à cette droite putschiste : la fierté indigène blessée. En effet, l’un des premiers actes des forces réactionnaires a été de brûler le drapeau Wiphala ; le drapeau qui représente les populations indigènes, devenu un symbole national, aussi important que le drapeau national, durant les années de gouvernement d’Evo Morales. Dans un pays où la majorité de la population est indigène ou d’origine indigène, ces actes racistes n’ont fait qu’éveiller une profonde indignation ; cela a été interprété comme « un appel à la guerre ». Ce n’est pas un hasard si dans plusieurs manifestations l’un des slogans les plus scandés ce soit « maintenant oui, guerre civile ! ».

El Alto, dans le département de La Paz, a été le principal foyer de résistance mais d’autres régions se sont jointes à la résistance comme Potosí, important centre minier, ou encore Cochabamba, deuxième ville du pays où l’armée a bloqué les manifestants pour les empêcher de pénétrer dans la ville pour y manifester. Ce jeudi, ce sont les paysans de Viacha qui ont rempli les rues de La Paz avec une manifestation impressionnante :

Nouveau gouvernement putschiste et revanchard

C’est en effet au milieu de ce scénario politiquement et socialement explosif que la présidente autoproclamée, Jeanine Áñez, a nommé un nouveau gouvernement. Ce gouvernement putschiste, dont la fonction serait d’organiser « le plus rapidement possible » de nouvelles élections, inclut plusieurs figures de la droite réactionnaire et raciste. C’est le cas notamment du ministre de l’intérieur, Arturo Murillo, homme d’affaires du secteur hôtelier et ex-sénateur. Aussitôt nommé ministre, celui-ci a déclaré menaçant : « je dis à tous ceux qui sont en sédition qu’ils vont aller en prison ».

Ces déclarations s’inscrivent dans la droite ligne du gouvernement putschiste. En effet, bien que la présidente autoproclamée Áñez ait déclaré respecter les populations indigènes et ait posé avec la Wiphala pour tenter calmer la situation et légitimer une « issue institutionnelle » au coup d’État, elle représente une aile ultra-réactionnaire du régime. Elle-même avait déclaré en 2013 qu’elle « rêvait d’une Bolivie débarrassée des rites sataniques indigènes ».

Ainsi, son gouvernement est marqué par un clair revanchisme et une offensive réactionnaire. Pour blinder l’alliance entre la droite blanche, catholique fondamentaliste et raciste et les forces répressives, l’une des premières décisions de la présidente a été de renouveler le haut commandement de l’armée (et cela malgré le fait que l’ancien commandement de l’armée avait « invité » Morales à démissionner) et d’octroyer quelques avantages à la police, pilier central du coup d’État.

Aussi, concernant les nouvelles élections, Áñez a déclaré qu’elle souhaitait que le Mouvement au Socialisme (MAS) d’Evo Morales se présente mais que ni ce dernier ni son vice-président, Alvaro García Linera, ne pourront se présenter. Sur un ton arrogant et revanchard elle a dit : « je veux dire aux membres du MAS qu’ils ont le droit de se présenter [aux élections] et [aussi] qu’ils se mettent à chercher un nouveau candidat ».

Le nouveau gouvernement putschiste cherche à proscrire ainsi Evo Morales et les membres de son parti plus ou moins influents, allant peut-être même jusqu’à les emprisonner sous des prétextes fallacieux. Une version un peu plus grotesque de la manœuvre mise en place au Brésil qui a abouti au coup d’État institutionnel contre Dilma Rousseff et à l’emprisonnement de Lula Da Silva qui a permis que Bolsonaro arrive au pouvoir. Ce n’est pas un hasard que le président ultra-réactionnaire brésilien soutienne le coup d’État en Bolivie.

Evo en appelle à la « négociation »

Dans ce contexte on pourrait croire que le président destitué pourrait appeler à une quelconque forme de résistance. Mais rien de tout cela. Evo Morales et son parti, le MAS, se sont au contraire montrés ouverts au dialogue et à la négociation avec les putschistes. Les députés du MAS ont appelé à « pacifier » la situation. Le sénateur Omar Aguilar a même déclaré : « notre objectif est de pacifier le pays, ce n’est pas de bloquer la gestion de transition de Jeanine Áñez ».

Evo Morales, depuis son exile mexicain, s’est déclaré prêt à rentrer en Bolivie pour « pacifier la situation ». Et dans un autre tweet, a fait appel à l’ONU, aux « pays amis » d’Europe, à l’Église catholique et au Pape, afin qu’ils interviennent dans la situation pour mettre fin à la violence. Insolite vraiment. Alors que la droite revancharde ne jure que de mettre en prison les membres du MAS, d’empêcher Morales de se présenter à d’éventuelles élections, alors qu’elle humilie les populations indigènes et réprime les manifestants, Evo Morales espère dialoguer avec elle.

C’est exactement la même politique de recherche d’alliances avec des secteurs de la droite qui a permis le renforcement des forces réactionnaires, certaines proto-fascistes, au sein de la société bolivienne tout au long des années de gouvernement du MAS.

Mobilisation ouvrière et paysanne et auto-organisation pour écraser la réaction

C’est pourtant tout le contraire qu’il faudrait faire en ce moment, comme des milliers d’ouvriers, de paysans, d’indigènes et de femmes mobilisés contre le coup d’État dans tout le pays sont en train de le démontrer. Face à la réaction raciste, à la répression de la police, de l’armée et des groupes proto-fascistes, les travailleurs et les paysans doivent s’organiser ; mettre en place des cadres d’auto-organisation dans les lieux de travail, dans les quartiers populaires, dans les lieux d’étude. Ce n’est qu’un tel rapport de forces qui pourrait garantir la résistance et la victoire face à la réaction.

Aux côtés de nos camarades de la Ligue Ouvrière Révolutionnaire (LOR-CI) de Bolivie nous dénonçons le coup d’État de la droite contre Evo Morales ainsi que la persécution contre les élus et militants du MAS et d’autres organisations sociales et ouvrières. Cependant, cela ne nous engage nullement dans un quelconque soutien politique au MAS et à sa politique qui a permis le renforcement de la droite et qu’aujourd’hui est en train de semer la confusion parmi tous ceux et toutes celles qui se battent contre la réaction et de trahir la mobilisation populaire.

En ce sens l’auto-organisation des travailleurs, des paysans, des indigènes, des étudiants, des femmes doit servir à décider de la direction de leur mouvement mais aussi à lutter dans la perspective d’une Assemblée Constituante Libre qui permette aux travailleurs, aux paysans et aux classes populaires de décider de toutes les questions de la vie politiques, économiques et sociales du pays.

____________

Bien à vous,
do
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En complément ce texte venu de Cuba :

Le coup d’État en Bolivie : cinq leçons

http://fr.granma.cu/mundo/2019-11-11/le-coup-detat-en-bolivie-cinq-lecons

11 novembre 2019 10:11:07

Auteur : Redacción Digital | internet@granma.cu

La tragédie bolivienne nous donne avec éloquence plusieurs leçons que nos peuples et nos forces sociales et politiques populaires doivent apprendre et graver à jamais dans leur conscience.

Voici une brève énumération, au fil des événements, et comme prélude à un traitement plus détaillé plus tard.

Premièrement : on aura beau administrer l’économie de manière exemplaire comme l’a fait le gouvernement d’Evo, en garantissant la croissance, la redistribution, le flux des investissements et en améliorant tous les indicateurs macro et microéconomiques, la droite et l’impérialisme n’accepteront jamais un gouvernement qui ne sert pas leurs intérêts.

Deuxièmement : il faut étudier les manuels publiés par diverses agences des États-Unis et leurs porte-parole déguisés en universitaires ou journalistes afin de pouvoir percevoir à temps les signes de l’offensive.

Ces textes soulignent invariablement la nécessité de ruiner la réputation du leader populaire, ce que l’on appelle dans le jargon spécialisé « character assasination », ou diffamation en le traitant de voleur, corrompu, dictateur ou ignorant.

C’est la tâche confiée à des communicateurs sociaux, des « journalistes indépendants » autoproclamés, qui, profitant de leur contrôle quasi-monopoliste des médias, taraudent le cerveau de la population avec de telles diffamations, accompagnées, dans ce cas-là, de messages haineux dirigés contre les peuples indigènes et les pauvres en général.

Troisièmement : Ceci réalisé, vient le tour des dirigeants politiques et des élites économiques qui exigent « un changement », la fin de la « dictature » d’Evo qui, comme l’a écrit il y a quelques jours l’imprésentable Vargas Llosa, est un « démagogue qui s’accroche au pouvoir ».

Je suppose qu’il doit porter un toast au champagne à Madrid en voyant les images des hordes fascistes qui pillent, brûlent, enchaînent des journalistes à un poteau, rasent une femme maire après l’avoir peinte en rouge et détruisant le procès-verbal de la dernière élection pour accomplir les ordres de Don Mario [Vargas Llosa] et libérer la Bolivie d’un démagogue diabolique.

Je mentionne son cas parce qu’il a été et il est toujours le porte-drapeau immoral de cette attaque ignoble, de ce crime sans limites qui crucifie des dirigeants populaires, détruit une démocratie et installe le règne de la terreur par le biais de bandes de tueurs à gages pour tourmenter un peuple digne qui a eu l’audace de vouloir être libre.

Quatrièmement : les « forces de sécurité » entrent en scène. Dans ce cas, il s’agit d’institutions contrôlées par de nombreux organismes, militaires et civils, du gouvernement des États-Unis.

Ils les entraînent, les arment, font des exercices conjoints et les éduquent politiquement. J’ai eu l’occasion de le constater lorsque, à l’invitation d’Evo, j’ai démarré un cours sur l’anti-impérialisme pour des officiers supérieurs des trois armes.

À cette occasion, j’ai été choqué par le degré de pénétration des slogans étasuniens les plus réactionnaires hérités de l’époque de la Guerre froide et par l’irritation non dissimulée causée par le fait qu’un Indigène était président de leur pays.

Ce que ces « forces de sécurité » ont fait, c’est se retirer de la scène et laisser le champ libre aux actions incontrôlées des hordes fascistes – comme celles qui ont agi en Ukraine, en Libye, en Irak, en Syrie pour renverser, ou tenter de le faire dans ce dernier cas, des dirigeants gênants pour l’empire – et intimider ainsi la population, les militants et y compris les responsables du gouvernement.

En d’autres termes, une nouvelle figure sociopolitique : le coup d’État militaire « par omission », permettant aux bandes réactionnaires, recrutées et financées par la droite, d’imposer leur loi. Une fois que la terreur règne et face à l’impuissance du gouvernement, l’issue était inévitable.

Cinquièmement : la sécurité et l’ordre public n’auraient jamais dû être confiés en Bolivie à des institutions telles que la police et l’armée, colonisées par l’impérialisme et ses laquais de la droite locale.

Lorsque l’offensive contre Evo a été lancée, c’est une politique d’apaisement et de non-réponse aux provocations des fascistes qui a été choisie.

Cela a servi à les enhardir et à augmenter la mise : d’abord, exiger un deuxième tour ; puis, parler de fraude et demander de nouvelles élections ; ensuite, exiger des élections, mais sans Evo (comme au Brésil, sans Lula).

Plus tard, exiger la démission d’Evo ; finalement, face à sa réticence à accepter le chantage, semer la terreur avec la complicité de la police et des militaires et forcer Evo à démissionner. Tout vient du manuel, tout. Apprendrons-nous ces leçons ? (Extrait du blog de l’auteur)

 

3 pensées sur “Bolivie – Mobilisation massive contre le coup d’État fasciste et raciste

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    20 novembre 2019 à 13 01 59 115911
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    @ Tous

    Je me suis cru ramené en 1973 – au temps d’Allende et de Pinochet. Les mêmes prises de bec – les mêmes anathèmes contre la droite fasciste réactionnaire anti-progressiste anti-nationale, impérialiste, criminelle – et ajoutez vos épithètes.

    Nous sommes en 2019 un demi siècle plus tard et c’est comme si la go-gauche réformiste n’avait RIEN appris et alors qu’Évo Morales, l’homme de la bourgeoisie bolivienne du temps de la prospérité, tergiverse et temporise, la go-gauche appel à la guerre civile qui laissera des milliers de paysans et de civils innocents sur le pavé ou emprisonnés.

    OUI à la guerre civile révolutionnaire MAIS À LA CONDITION qu’elle soit menée par le prolétariat révolutionnaire POUR SES REVENDICATIONS RADICALES. Pas une guerre civile meurtrière pour remettre à la tête de l’État fantoche le représentant de gauche de la bourgeoisie de droite.

    Ils sont en guerre dans leur propre clan – bourgeois go-gauche contre droite – Ça ne concerne pas le prolétariat bolivien

    JE LE PROUVE . VOICI UN EXTRAIT DE TEXTE CI-HAUT : « Premièrement : on aura beau administrer l’économie de manière exemplaire comme l’a fait le gouvernement d’Evo, en garantissant la croissance, la redistribution, le flux des investissements et en améliorant tous les indicateurs macro et microéconomiques, la droite et l’impérialisme n’accepteront jamais un gouvernement qui ne sert pas leurs intérêts. »

    cOMMENT cela ??? L’auteur admet que Morales a bien administré l’économie bourgeoise capitaliste CE QUI ÉTAIT DANS L’INTÉRÊT DU CAPITALISME ET DE L’IMPÉRIALISME DE DROITE COMME DE GAUCHE. La preuve – ils l’ont laissé faire pendant 13 ans.

    Aujourd’hui que la crise économique est MONDIALE – partout les sociaux-démocrates serviles – sont remplacés doucement ou brutalement – par l’aile droite du capital en prévision des coupures de service à venir. N’ayez crainte, si l’économie se rétablit et recommencer à prospérer l’aile social-démocrate de go-gauche « progressiste » sera rappelé pour l’alternance gauche-droite bourgeoise.

    Le prolétariat ne lèvera pas le petit doigt pour un Presidente incapable de réaliser la réforme agraire bourgeoise

    Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com

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    20 novembre 2019 à 19 07 16 111611
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    Robert,

    Ce n’est pas parce qu’une révolution est imparfaite qu’il faut lui tirer dans les pattes. En faisant ça, tu fais le jeu de l’impérialisme US.

    Bien à toi,
    do
    http://mai68.org/spip2

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      21 novembre 2019 à 10 10 05 110511
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      @ CAMARADE do

      Tu mets le doigt sur la plaie DO.
      S’il s’agissait d’une révolution prolétarienne (je n’ai pas écrit une révolution socialiste – social-démocrate-de libération nationale bourgeoise, bolivarienne, de démocratie nouvelle, etc.) je répète s’il s’agissait en Bolivie ou au Venezuela de révolutions prolétariennes visant le renversement du mode de production capitaliste bourgeois – de gauche comme de droite (Hollande ou Macron = du pareil au même) ALORS tu aurais raison complètement. ET jamais je ne me permettrais de dénoncer les forces prolétariennes révolutionnaires en marche.

      Mais je le dis et je le répète Morales – Maduro – Chavez – Lula le voleur – Carrera sont des chefs bourgeois DE GAUCHE comme le sénateur – presidente Allende le fut en son temps -aligné sur l’impérialisme russo-chinois et qui sont en lutte (pas en révolution) pour conserver le pouvoir étatique bourgeois pour engraisser la fesse gauche de la bourgeoisie nationale bolivienne et autres. Le clan de la fesse droite alignée sur l’impérialisme américain n’est pas mieux évidemment.

      Le fait que le Presidente Morales puisse mobiliser de pauvres paysans sans terre – sans réforme agraire – en agitant les chapeaux des gauchos et des Mapus ne change rien à mon devoir de prolétaire de dire aux ouvriers mineurs boliviens qui étaient en grève contre Morales = cette guerre des clans Gauche-Droite n’est pas la votre – n’allez pas mourir comme ces pauvres chiliens en 1973 pour défendre la fesse gauche du capital.

      Incidemment la preuve de ce que je dis fut que la Bachelet du parti de Allende pris le pouvoir des années plus tard au Chili et elle se montra l’une des plus réactionnaire qui soit.

      Camarade, je suis désolé de pourfendre les rêves naïfs des gauchistes qui dès qu’ils voient un bonnet – un lama – les Andes majestueuses accompagnés à la guitare par Simon and Garfuncel chantant EL CONDOR PASSA croient que LA RÉVOLUTION prolétarienne est en marche. CEUX là font le jeu de l’impérialisme russo-chinois et américain en définitive.

      La révolution prolétarienne viendra du prolétariat urbain travaillant dans des usines archi mécanisées – robotisées – numérisées – scientisées – sous l’impérialisme financiarisé face à des prolétaires salariés enragés.

      Ces prolétaires révolutionnaires libéreront les paysans Mapuche et tous les autres paysans de la Terre peinant sur leur araire tiré par des lamas ou des buffles ou des chameaux ou des ânes.

      Nous serons évidemment avec eux sans critiqué… d’ici là leur guerre de succession – alternante – gauche-droite n’est pas la notre.

      Robert Bibeau

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