"Boss" ou l’implacable point de non-retour du pouvoir

Boss.jpgQue se passe-t-il encore au cinéma ? En fait pas grand chose. Des déclinaisons des grandes œuvres passées. Quelques lueurs passagères. Avec plus ou moins de bonheur. Par contre, en attendant une renaissance de l’art cinématographique à travers la révolution numérique, reste les séries TV. Ma fille vient de m’en faire découvrir une nouvelle à couper le souffle : “Boss”.

Sont incroyables ces Américains, il faut reconnaître. Des prodiges pour ce qui est de l’invention. Et surtout une manière d’ausculter leur propre corps social au scalpel. Et sans ménagement. “The Wire”, “The Sopranos”… et aujourd’hui “Boss”.

Citizen (Tom) Kane

La première saison comporte huit petits épisodes seulement. Mais alors, à vous mettre à genou ! Elle traite d’un sujet tout à fait d’actualité : le pouvoir quand il atteint un point de non-retour.

“Boss” raconte l’odyssée du maire (fictionnel) de Chicago, Tom Kane, atteint d’une maladie dégénérative. Neurologique, mais pas seulement, comme vous le découvrirez en regardant cette aventure réellement coup de poing.

Oui, oui, je vous vois venir, vous faites, vous aussi, la référence, pas si déplacée, avec le bon vieux “Citizen (Charles Foster) Kane”  d’Orson Welles. Sans doute comme le voulait l’auteur de la série, l’Américain d’origine iranienne (produit détonnant, isn’t it ?) Fahrad Safinia.

« Il avait compris quelque chose de fondamental sur tous ces gens. Ils veulent être dirigés ! Ils veulent qu’on règle leurs litiges. Ils veulent qu’on négocie leurs traités, qu’on leur fournisse leurs emplois, qu’on réprime leurs révoltes. Ils veulent qu’on récompense leur fidélité. C’est à ceux qui les mènent où ils veulent qu’ils confient le pouvoir. »

Des rapports avec le cinéma dont ces séries TV restent très proches tout en en renouvelant la force d’invention, “Boss” en présente quelques autres. À commencer par un de ses “executive producers”, Gus Van Sant, qui réalise d’ailleurs le premier épisode pour donner le ton.

Eh non, la série n’est pas encore diffusée à la télé française. Mais je suis sûr que ça ne saurait tarder. Quelqu’un de nos chères chaînes pour lire cette, j’espère, alléchante petite chronique ?

Un final d’anthologie

Hé hé, je sens que vous vous impatientez. Vous voudriez en savoir un peu plus sur l’intrigue, n’est-ce pas ? Eh bien je ne vais rien vous dire ! Ou plutôt si, vous donner les ingrédients de la recette : une élection, la lutte pour le pouvoir, un lourd secret… Vous voyez, aussi banal que le sel, le poivre ou un oignon piqué d’un clou de girofle…

Mais l’originalité de la recette, le plat réalisé à partir de ces ingrédients passe-partout ! Et l’apothéose cataclysmique de la fin, oulala ! À mesure que progresse l’intrigue, vous vous sentez cloué à votre canapé, lourd, marqué par le même destin que les protagonistes de la série. Parce que vous aussi vous sentez que vous êtes embarqué dans une aventure qui vous amène à un même point de non-retour.

Une sorte de… oui, oui, une sorte de “Grande perdition” d’anthologie. À ce terme, j’en sais qui vont s’étrangler, sortir becs et ongles pour nier ou discréditer le virus urticant. Pour les autres, personne pour s’en tirer vraiment dans cette série… sauf vous, si vous avez su monter à temps dans le bon wagon. Ou ne pas rester dans le mauvais train.

« Qu’est-ce qui a changé ? — C’est vous. Vous avez commencé à vous comporter dans un sens de préservation personnelle. Rester en place à tout prix. Je ne voyais plus cette fin qui justifiait nos moyens. Parce que ce qui vous importe aujourd’hui, c’est vous. Votre survie personnelle. »

Mais je vous laisse, je cours voir le premier épisode de la saison 2. Pour vous faire saliver, je vous laisse le “trailer” de la saison initiale… en anglais (tant pis pour vous !).

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