Ça chauffe au Tricastin

OLIVIER CABANEL :

Les riverains de la centrale nucléaire du Tricastin ont imaginé que les nombreuses explosions entendues en ce début d’année n’étaient que des pétards de fêtards…

Ils s’étaient lourdement trompés.

Mais que s’est-il donc passé dans la soirée du 31 décembre 2014, vers 19h30 ?

Comme à son habitude, l’exploitant nucléaire a publié un communiqué laconique et plutôt évasif, dans lequel apparaissait nettement la volonté de rassurer.

« Ils (ces bruits) ont été causés par un problème d’étanchéité d’une soupape du circuit secondaire qui alimente en vapeur la turbine, en zone non nucléaire (…) une équipe est intervenue et la soupape a été réparée en une heure  ». lien

Nous voilà donc rassurés… mais on sait la discrétion d’EDF en matière de nucléaire, et dont la règle est de ne surtout affoler personne, comme on a pu le constater régulièrement.

D’après Next-Up organisation, entre 10 000 et 25000 personnes ont été réveillées par des détonations et des sifflements, et ils ont pensé que ça provenait des feux d’artifice que la ville de Pierrelatte organise régulièrement en ce début d’année.

Or ce n’était pas le cas, ces bruits inquiétants et incongrus venaient de la centrale nucléaire du Tricastin qui a été contraint à 4 dégazages en 24 heures, suite à des surpressions de vapeur.

Difficile d’avoir des infos très précises venant de l’exploitant, car on constate que la communication d’EDF a été pour le moins hasardeuse, lorsqu’ils ont affirmé à la presse qu’il n’y avait eu qu’un seul dégazage de surpression de plusieurs heures, ce qui, on l’a vu, n’est pas la réalité et ce qui semble signifier que ce ne serait pas un simple problème de soupape…mais d’une montée en charge trop rapide, ce qui a provoqué plusieurs dégazages successifs, puisque, comme l’explique Next-Up, les soupapes sont tarées. lien

Le 5 janvier, à 8h49, l’exploitant de la centrale a été obligé d’arrêter d’urgence le réacteur n°4 (SCRAM), ce qui semble bien signifier que tout ça n’est pas si anodin.

Ajoutons pour la bonne bouche que la vieille centrale du Tricastin n’en est pas à ses premiers soucis : les années précédentes nous ont proposé incendie, et explosion en juillet 2011, (lien), un projet de gazoduc passant sous la centrale, (lien) du tritium radioactif incontrôlable… lien… une explosion le 28 février 2013… etc, c’était le 1000ème « incident » survenu sur le site du Tricastin depuis sa création. lien

Des mesures sont en cours pour découvrir si une pollution radioactive a été relâchée dans le secteur. lien

Mais les soucis ne se limitent pas en matière nucléaire à la centrale du Tricastin.

Pour Bugey, le réacteur n° 2 a été arrêté le 3 décembre, puis remis en marche le 7, le réacteur n°3 a été arrêté le 15 décembre, remis en marche (après un arrêt « fortuit ») le 17… ce même réacteur a subi un arrêt automatique le 2 janvier… (lien) pas très rassurant pour cette centrale nucléaire, l’une des plus vieilles, sinon la plus vieille, de France.

J’en sais quelque chose pour avoir participé à la première manifestation antinucléaire, en 1971, à Bugey, justement…lien

Les « incidents » dans les vieilles centrales nucléaires se multiplient, et c’est manifestement lié à la vétusté des installations.

En 2012, une hausse de 10% de ces « incidents » soit 830 « évènements », a été constatée. lien

Mais ça ne chauffe pas non plus qu’au Tricastin ou au Bugey… les promoteurs du projet d’enfouissement à Bures, dans la Meuse, viennent d’être pris la main dans le sac pour avoir caché la présence d’une grande nappe géothermique d’eau chaude à 66° sous l’emplacement prévu.

Cette nappe se prolonge sur plusieurs kilomètres, et se trouve 1000 petits mètres sous la station d’enfouissement prévue.

L’information était connue depuis longtemps, puisque le BRGM avait établi l’existence d’une ressource géothermique sous le site retenu, alors que la règle fondamentale de sureté n°III-2-f prévoit d’empêcher la création d’un tel site : « les sites retenus ne devront pas présenter d’intérêt particulier du point de vue de la géothermie et du stockage de chaleur ».

Les associations accusent l’Andra d’avoir délibérément dissimulé cette ressource géothermique, et portent plainte devant les tribunaux. lien

Mais revenons aux vieilles centrales, Fessenheim, dont le candidat Hollande avait promis la fermeture à la fin 2016, ne le sera manifestement pas, pour une raison toute simple.

La procédure administrative de mise à l’arrêt définitif dure 5 ans, et si elle était lancée aujourd’hui, ce qui n’est pas le cas, Fessenheim ne pourrait pas être fermée avant 2019.

D’ailleurs, récemment, la ministre de l’environnement a confirmé que la centrale finalement retenue pour la fermeture, (sans dire de laquelle il s’agirait) ne pourrait l’être qu’au moment ou l’EPR de Flamanville serait opérationnel, (lien) EPR qui ne cesse d’accumuler les retards.

Or, son démarrage prévu initialement en 2012 a été repoussé à 2017… voire 2018lien

Déniant la parole présidentielle, Ségolène Royal affirme que la fermeture de Fessenheim n’est « qu’une hypothèse »… lien

Quant au prix du chantier EPR, il est passé de 3 milliards à 8,5 milliard en 2014… et une source bien informée annonce que de nouveaux « surcouts importants » étaient à prévoir. lien

C’est sûrement pour toutes ces raisons que le nouveau patron d’Areva, Philippe Varin, envisage d’en finir avec les EPRlien

Il faut dire que l’entreprise est au bord de l’effondrement…le titre Areva plonge, la cotation a été suspendue, (lien) et la société confirme l’imminence d’un profit warning sur les résultats, et assure ne plus pouvoir garantir son objectif d’un cash-flow opérationnel libre « proche de l’équilibre »…

Si Areva n’était pas détenue à 87% par l’Etat, elle devrait déposer son bilan, dixit Bercy. lien

Ce qui n’a pas empêché François Hollande, d’affirmer, droit dans ses bottes, sur l’antenne de « France Inter », le 5 janvier 2015, qu’il respecterait sa parole de fermer Fessenheim en fin 2016lien

Engagement dont on voit le peu de réalisme…

Comme dit mon vieil ami africain : « tourne toi vers le soleil, l’ombre sera toujours derrière toi ».

L’image illustrant l’article vient de « coordination-antinucleaire-sudest.net »

Merci aux internautes, et à Next-Up, de leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

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