« Capitulards, traîtres » : réponses sur le terrain du gouvernement Tsipras

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NON grec contre NON allemand

LE YETI :

« Capitulards, traîtres ! » ont hurlé à l’unisson les revanchards du système et la sphère gauchiste à l’adresse des nouveaux gouvernants grecs après la signature de l’accord avec l’Eurogroupe. Condamnations trop empressés pour être honnêtes.

Passons sur les motivations des battus institutionnels de droite. Toutes les occasions sont bonnes pour eux d’ébranler la popularité dont bénéficient les nouveaux élus du peuple (soutenus par plus de 80 % de la population selon les derniers sondages).

L’oukase gauchiste n’en est guère non plus surprenante de la part de groupuscules qui, n’ayant jamais exercé le moindre pouvoir nulle part, ont du mal comprendre qu’il faut nécessairement plusieurs mois pour imposer un “Grand soir” et un peu plus d’oxygène qu’il n’en circule dans leurs officines confinées.

Quatre mois pour conforter son pouvoir de l’intérieur

Quatre mois d’oxygène, c’est ce que vient d’arracher à l’Eurogroupe, sans trop encore de définitives compromissions, le gouvernement d’Alexis Tsipras. Histoire déjà de conforter son pouvoir dans son propre pays.

Car enfin, chacun sait la capacité de nuisances d’une administration hostile rechignant à mettre en application la politique de leurs gouvernants. À l’heure qu’il est, Yannis Stournaras, l’actuel gouverneur de la Banque nationale de Grèce, est un ancien ministre des finances de la coalition Samaras. Et tous les rouages décisifs de l’administration grecque sont ceux mis en place par les équipes précédentes, qu’elles soient de droite franche ou de gauche mollassonne.

On se rappellera aussi que les forces de police grecques tapaient encore joyeusement sur la figure des manifestants à la veille des élections du 25 janvier. Et que le 21 février, les forces anti-émeutes continuèrent de gazer sans complexe les opposants au camp de rétention d’Amygdaleza, malgré l’interdiction formelle de ce genre de munitions prononcée quelques jours auparavant par leur ministre de tutelle.

Incriminer l’imprévoyance ou la carence du nouveau gouvernement dans ce cas est juste irresponsable. Faute de passer illico par les armes les empêcheurs de gouverner en rond, ou de les expédier croupir dans quelques sinistres goulags, Alexis Tsipras et son équipe n’auront pas trop de quatre mois pour s’assurer le contrôle des rouages du pays.

Impossible, c’est fichu d’avance ! pronostiquent en chœur et sans attendre les perdants de droite et les jamais gagnants (mais néanmoins “révolutionnaires”) de gauche. D’ailleurs, l’Allemand Wolfgang Schäuble n’a-t-il pas dit qu’il n’y aurait pas un sou pour les Grecs sans réformes imposées préalables ?

Mandela grec ou copie de Papandréou

Tant pis, vient de leur répliquer en substance jeudi le ministre Alekos Flambouraris. La Grèce doit rembourser 1,6 milliards d’euros au FMI en mars. Mais sans aide, tintin, les caisses grecques sont vides, pas de remboursement. Les créanciers devront attendre.

Pour bien enfoncer le clou de la détermination hellène, Zoé Konstantopoulou, présidente du parlement, annonçait le même jour la création d’une commission d’un audit de la dette, conformément à une promesse électorale de Syriza que les oiseaux de mauvais augures jugeaient enterrée par l’accord avec l’Eurogroupe.

Enfin, vendredi, troisième coup de massue, le ministre Kostas Ysichos déclarait à Athènes vouloir exclure des marchés publics, pour transactions frauduleuses avérées, trois sociétés, deux allemandes et une franco-allemande : Siemens, Rheinmetall et Airbus Helicopters (ex Eurocopter).

Reste Alexis Tsipras qui a désormais le choix entre devenir un Mandela grec imposant sa ligne avec subtilité ou la pâle copie d’un navrant Papandréou. Pour l’instant, le leader de Syriza semble tenir bon en refusant toujours l’apartheid financier d’un troisième “plan de sauvetage” :

« Certains ont parié sur un troisième plan de sauvetage, sur la possibilité d’un troisième plan de sauvetage en juin. Je suis tout à fait désolé mais encore une fois, nous allons les décevoir. Qu’ils oublient toute idée d’un troisième plan de sauvetage. Le peuple grec a mis fin aux plans de sauvetage avec son vote » (Alexis Tsipras, vendredi 27 février 2015).

Pas plus que les battus aigris du système ou les “révolutionnaires” rageant de voir d’autres qu’eux réussir ce qu’ils ont toujours raté, nul ne peut aujourd’hui prévoir comment tourneront les choses pour le seul gouvernement anti-institutionnel d’Europe. Mais qui, au vu de ces derniers développements, peut déjà sérieusement le condamner sans rémission et conclure à une capitulation sans conditions ?

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