Caricacatutures

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A. E. BERGER : En soi, une caricature n’est rien. Rien qu’un dessin rapide illustrant un personnage en utilisant ses signes distinctifs : ici, un voile et une auréole. Mais c’est la mise en scène, l’histoire que la caricature raconte qui fait décoller celle-ci : une sainte-vierge violée, ça n’est plus rien. Cependant, sans la caricature, l’histoire ne décollerait pas non plus. Essayez donc avec une sainte vierge violée et photographiée : soudain ce n’est plus jamais drôle, tandis qu’en dessin ça pourrait bien l’être. En fait, j’ai l’impression que le trait comique déréalise son objet en l’idéalisant ; alors l’image devient idée, la scène fait discours, et la satire apparaît.

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C’est alors, dans la fracassante vélocité de la phrase dessinée, que se niche l’outrance, l’amalgame qui pourrait bien faire sortir le lecteur de ses limites habituelles – de croyance comme de tolérance. Une satire, en caricature, secoue toujours au moins un peu les barreaux de la cage, et ça c’est vraiment utile : d’abord ça fait réagir, et si l’on n’est pas trop abruti on peut même se mettre à refléchir sur la réaction qu’on vient d’avoir. Il y a toujours du bon à prendre, que le dessin soit perçu comme pertinent ou stupide. Ici, apparemment, le dessinateur a voulu montrer que les femmes ne se positionnent pas volontairement dans un cadre prescriptif, mais que ce sont les hommes qui les y maintiennent tandis qu’elles sont soumises, mineures dans leurs droits. Est-ce toujours vrai ? Ça se discute, et donc c’est bien d’avoir ce dessin.

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La quantité de satires dessinées qui disent des pages entières de discours en une seule image est proprement phénoménale. Les images de ce billet ont été récoltées au hasard de mes molles plongées dans Twitter, sur quatre jours. J’ai très modérément trié. Je n’ose imaginer ce qu’on récolte en un mois.

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Le rire sort assez facilement du tragique. Il est donc normal qu’une situation affreuse puisse être énoncée dans un envoi comique, avec tous ses sous-entendus, tout à fait fidèlement. Mais l’on sent combien cet exercice est périlleux, comme il est facile de se planter et de produire un dessin maladroit qui franchit les limites de l’humour pour se gaufrer dans ce qui sera vu comme une moquerie sale. Faire rire de l’horreur est tellement difficile ! Mais les réussites sont ici suprêmes.

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Ci-dessus, voici un dessin engagé, partisan, dont la thématique a été depuis longtemps explorée par l’auteur. Celui-ci maîtrise parfaitement le sujet ; il n’est pas en train de réagir à un fait inhabituel. On ne dira pas cela à propos du dessin qui suit.

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L’auteur tient une chronique dessinée. Il est donc habitué à dégainer vite sur n’importe quelle actualité. Mais c’est sans filet. Ici, on dénonce la récupération du prétexte Charlie-terrorisme pour espionner les citoyens. Notre ministre français de l’intérieur vient de dire très clairement qu’Internet est un pays où règnent l’horreur et la barbarie, et qu’il faut y mettre beaucoup, beaucoup de surveillance. Le fait que les assassins n’aient en rien utilisé « Internet » pour commettre leurs crimes n’a aucun poids dans le discours qu’on veut nous voir avaler. Le « tout-à-l’égout de la démocratie » ne saurait accoucher que de monstres.

Galerie de monstres issus d’Internet

La femme et la religion :

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Le caricaturiste a toujours tort :

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La religion comme carburant des frappadingues :

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Concours de quenelles intégristes :

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La pruderie :

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Celle-ci est de tous les temps, et de toutes les religions.

Ensuite, il y a des gens qui n’ont pas du tout envie de rire, et qui caricaturent quand même :

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Les abrutis criminels ne savent pas à quel point il est dangereux de tuer des dessinateurs. L’effet Streisand bat immédiatement son plein, et c’est l’avalanche. On a même fait une chanson sur eux, dont voici une variante d’extrême-droite : « Coulibaly, Couli-ballot… » Explications dans les commentaires avec Chien Guevara.

FIN

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Allan Erwan Berger

Le grand point est d’avoir l’oeil sur tout.

4 pensées sur “Caricacatutures

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    22 janvier 2015 à 19 07 51 01511
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    Pas mieux que Paul : absolument excellent !

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      22 janvier 2015 à 20 08 02 01021
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      Sauf le lien final vers Couli-ballot, qui me dérange et me met mal à l’aise, quelque part …

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        23 janvier 2015 à 4 04 24 01241
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        Oui, c’est méchant. Et les Coulibaly rasent les murs aujourd’hui. Je laisse le lien parce que la page qu’il cible dérange, et l’on peut donc réfléchir sur sa pertinence, d’autant qu’il s’agit d’une mauvaise imitation, digne des brutes qui l’ont assemblée. Ceci dit, il était fatal que les fachos s’y mettent ; la caricature, bonne ou mauvaise, n’est pas que de gauche. Voyez les dessins sur Jaurès, Dreyfus, Mendès-France etc.
        Voici l’original, non trafiqué, chanté par Frédéric Fromet : Les attentats expliqués aux enfants. Cliquez sur le son du 16 janvier. C’est très méchant aussi, et ça ne sera pas impérissable.

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