Ce pouvoir qui rend fou!

De Kadhafi à Napoléon, en passant par Henri IV ou Louis XIV, les hommes de pouvoir ont souvent eu un problème avec le sexe, et le récent livre d’Annick Cojean sur les frasques sexuelles de Kadhafi, éclaire utilement la question.

Il est vrai que le tyran libyen avait placé la barre très haut, commettant une « consommation de femmes » dépassant l’imagination, allant jusqu’à faire capturer des fillettes de 14 ou 15 ans, afin de les dresser à des activités perverses, après les avoir droguées,  torturées, et bien sur violentées.

Il se flattait de tenir son peuple par la terreur sexuelle, et avant de finir ses jours, il avait, d’après Annick Cojean, grand reporter au journal « Le Monde », approvisionné ses mercenaires en viagra, en les enjoignant de violer tout ce qui portait une robe, des plus jeunes comme aux plus âgées, tentant ainsi d’empêcher son peuple de le renverser.

La journaliste, dans son livre « les proies » affirme  que pour Kadhafi, « le viol était une arme de pouvoir » et pour dominer les hommes, il lui fallait posséder leurs épouses, et leurs filles.

Sa perversion dépassait les frontières, puisque celui qui se voyait « roi des rois d’Afrique » avait aussi eu des relations sexuelles avec plusieurs femmes ou filles de chefs d’état africains, qu’il séduisait avec des bijoux et des valises bourrées d’argent, afin d’avoir un ascendant sur ces chefs d’état.

Son appétit sexuel ne se limitait pas aux femmes, et il avait même une rabatteuse, Mabrouka Cherif, qui alimentait ses nuits en femmes mais aussi en hommes.

Les révélations de la journaliste ouvrent d’autres questions, car il parait improbable que tous les dirigeants du monde entier aient pu ignorer ce scandale, d’autant qu’un diplomate français lui avait confié être au courant lorsque la rabatteuse « faisait ses courses ». lien

Comment imaginer que, si un diplomate était au courant des pratiques sexuelles du tyran libyen, d’autres n’aient pu être au courant, et pourtant  jusqu’à la sortie du livre, un silence médiatique était posé comme une chape de plomb sur la question.

On sait peut-être moins que notre cher empereur français, Napoléon, pour ne pas le nommer, n’était pas exempt de critiques sur le sujet.

C’est Henri Guillemin, le fameux historien, qui le raconte en long, en large, et en travers, dans une de ses conférences, heureusement sauvegardée par l’INA.

L’empereur avait en effet un appétit sexuel assez prononcé, le moins qu’on puisse dire, et Guillemin a tenté de dresser la longue liste de ses « succès » féminins, voire masculins : d’abord des actrices de théâtre, puis les femmes de ses ministres : mesdames Savary, Marais, Duchatel, Junot…il avait lui aussi des rabatteurs tels Talleyrand, Junot, Murat, Duroc, qui lui procuraient des femmes « du monde » (Talleyrand se plaignait d’ailleurs que Napoléon soit incapable de se passer d’une relation sexuelle à chaque étape)

Ajoutons à la liste, les sœurs de Napoléon, comme l’évoque Joséphine ou madame Rémuzat qui dans ses mémoires déclare : « les 3 sœurs de Bonaparte lui ont proposé leurs faveurs », et d’ailleurs comme le dit Guillemin, Caroline était très fière de dire qu’elle avait couché avec son frère…

Et puis, il y a l’homosexualité, puisque selon l’historien Arthur Chuquet,  Laugier de Bellecour, surnommé « la nymphe » et Napoléon s’était aimés à Brienne. lien

Pourtant pour Napoléon, l’amour n’existait pas.

Il avait écrit, lorsqu’il avait 22 ans « je fus jadis amoureux, mais je sais maintenant à quoi m’en tenir, je n’ai plus besoin de définitions métaphysiques qui ne font qu’embrouiller les choses (…) je nie l’existence de l’amour, je fais même plus que la nier, je dis que quand un homme s’imagine que l’amour existe, ça ne peut être que nuisible à son bonheur ».

Pour lui, comme le dit très bien Henri Guillemin, les femmes sont un objet, et il en pense autant des hommes.

Il faut pour s’en convaincre lire ce texte de la main même de Napoléon : «  je n’aime personne…les femmes je les compte en rien…je suis l’homme du calcul sec » et Chaptal son ministre de l’intérieur de conclure : « c’était cet éloignement total qu’il avait pour les êtres qui rendait sa société si sèche ».

A l’égard des hommes, il avait une opinion très tranchée : il pensait qu’il y a 2 ressorts, la crainte et l’intérêt, alors il avait une tactique claire : « éblouir et corrompre ».

Alors il distribuait les médailles à tire larigot, et pour corrompre, il aimait à s’entourer de canailles.

Il avait d’ailleurs déclaré « les gens honnêtes ne sont bons à rien » et il était convaincu que tout pouvait s’acheter…lien

Il est probable que les affirmations fondées d’Henri Guillemin ne feront pas plaisir aux adorateurs du petit empereur.

Mais cette appétence phallique est-elle toujours liée avec l’exercice du pouvoir ?

Il semble, comme l’écrivent dans leur livre « sexe et pouvoir » (les dessous de la vie des chefs),  Dimitri Casali et Antoine Auger, que le pouvoir agit sur eux comme un aphrodisiaque : « Empereurs, dictateurs, monarques, présidents, la liste est longue de Caligula à John F. Kennedy, en passant par Louis XIV, et le tyran Bokassa, de ceux qui ont connu l’ivresse de ce cocktail infernal». lien

Ils y évoquent aussi Mao Tse Toung, surnommé « l’empereur aux milles vierges », qui était convaincu que plus sa libido serait débridée, plus son règne serait long.

Et celui-ci a effectivement duré longtemps…

Comment ne pas évoquer aussi les soirées Bunga Bunga de Berlusconi, (lien) ou le bien nommé « vert galant », Henri IV, longtemps persuadé que son pénis était un os ?

Pourtant comme le pense Jean-Marie Constant « on se demande si les français de l’époque n’étaient pas rassurés lorsqu’ils voyaient leur souverain multiplier ses descendants et engendrer autant d’enfants ? Ne le regardaient-ils pas alors comme une sorte de Dieu de la fécondité ? »

Henri IV a eu tant d’aventures féminines que les spécialistes de l’histoire n’ont jamais pu les dénombrer totalement. lien

D’Henri IV à Louis XIV, il n’y a qu’un pas et Alain Baraton, dans son livre « l’amour à Versailles » (Grasset2009) décrit les frasques sexuelles d’un monarque que toutes les femmes de la cour veulent honorer. lien

Les allées de Versailles sont un tel lupanar qu’à l’image des activités du Souverain, le peuple se prend une passion pour la prostitution, laquelle se développe tant dans les bois environnants que le monarque va se décider à la punir, oreilles et nez tranchés pour les hommes, et femmes fouettées en place publique, à la chasser des bois, la faisant déplacer involontairement vers des hôtels particuliers, lesquels seront signalés par des couronnes de lauriers.

De là viendrait la chanson : « nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés »…

Louis XV continuera sur la lancée de son prédécesseur, et trouvera chez la Pompadour une alliée de poids, allant jusqu’à créer un lieu « le parc aux cerfs », ou on élèvera des filles toujours plus jeunes, afin de contenter l’appétit insatiable du roi. lien

N’oublions pas non plus dans la liste VGE, au sujet duquel le journal « Le Monde » s’inquiétait de la bonne gouvernance d’un pays dirigé par un amateur de turpitudes nocturnes, suite à un accident que Giscard avait eu au petit matin, percutant une camionnette de laitier au volant d’une Ferrari. lien

On se souvient qu’il avait un penchant pour les africaines, au point d’avoir séduit l’épouse de l’empereur Bokassa, lequel le lui fera payer cher en révélant dans les colonnes du « canard enchaîné » l’affaire des diamants. lien

Mitterrand, ou Chirac, n’étaient pas non plus les derniers à courir le jupon…

Au sujet de Mitterrand, dans le journal « Jeune Afrique », Daniel Gamba résume assez bien les pulsions de l’ancien président dans cet article.

Chirac aimait exercer ses talents de dragueurs et ce n’était un secret pour personne. lien

Quand à Kennedy, il souffrait d’une maladie très rare, la maladie d’Addison, qui le poussait à assouvir ses pulsions quotidiennement, au point qu’il lui fallait une femme différente chaque jour.

Christine Deviers-Joncourt s’est longuement expliqué sur les rapports sulfureux qu’il y avait entre le sexe et le pouvoir, et elle s’épanchait récemment dans son livre (ces messieurs d’en haut » (éd Jean-Claude Gawsewitch): « évitez les hommes de pouvoir, nombreuses sont celles qui s’en mordent les doigts » concluant « le pouvoir conféré à nos dirigeants leur fait perdre tout sens des réalités. Le pouvoir et l’argent les rendent fous ». lien

Le psychiatre et psychanalyste Jean-Pierre Friedman pense lui aussi que le pouvoir et le sexe relèvent de la même libido, et que ceux qui en sont possédés perdent la tête.

« D’une manière générale, l’addiction au sexe traduit une grande ambition, servie par un énorme tempérament ». lien

Notre nouveau président, qui se veut normal, échappera-t-il à ces dérives du pouvoir ?

L’avenir nous le dira.

Car comme dit mon vieil ami africain : « la pointe de la cravate indique souvent la direction du cerveau de l’homme ».

L’image illustrant l’article vient de « mairie-emerainville.fr »

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Olivier Cabanel

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