Ces tout-petits humains

 

OLIVIER CABANEL :

C’est entendu, l’espèce humaine est supérieure à tous les autres animaux, par son intelligence, et sa volonté de tout vouloir contrôler, régenter, domestiquer, voire asservir.

Pourtant à y regarder de plus près, face à tous les autres animaux, nous pourrions avoir un peu plus de modestie.

Nous sommes fiers de notre technologie qui fait actuellement des avancées de géant, et pourtant nous sommes bien loin des records technologiques proposés par exemple par l’araignée, qui fabrique un fil d’une résistance à toute épreuve.

L’araignée Darwin fabrique un fil dont la résistance à la rupture en traction est d’environ 1600 MPa (Méga-Pascal), mesure qui se situe entre celle de l’acier (500 MPa) et le Kevlar (3000 Mpa), ce qui lui permet de fabriquer des toiles géantes pouvant atteindre 3 m² avec des fils longs de 25 mètres. lien

Dans le domaine du sport, par exemple, les records de nos champions font bien piètre figure face au saut du puma, qui franchit allègrement les 4 mètres de haut, et qui d’après certaines observations pourrait même atteindre les 12 mètres, (lien) ce qui n’est rien par rapport au saut de la sauterelle, capable de faire des bonds de 300 fois sa taille, ce qui représente à notre échelle 300 mètres. lien

La puce n’a rien à lui envier, puisqu’elle saute aussi 300 fois sa taille, ce qui représente des sauts de 540 mètres (lien)…reléguant les champions olympiques très loin de ces records avec les petits 2,33 atteints pas le Russe Ivan Ukhov en 2012…à peine un peu plus que sa taille. lien

Ce champion s’était illustré en 2008 pour être arrivé ivre lors d’une compétition. lien

Il ne risque pas d’être détrôné par le koala, ce petit marsupial aborigène, dont le nom signifie « celui qui ne boit jamais », lui-même dépassé par le Dipodomys spectacularis, le rat-kangourou à queue en bannière, qui fait partie avec certaines gerboises, et quelques antilopes, des mammifères qui ne se désaltèrent pas. lien

Restons dans le sport, pour découvrir l’étonnante championne de plongée qu’est la Baleine de Cuvier, puisque Peter Tyack et son équipe de scientifiques a prouvé qu’elle atteignait quasi 1900 mètres de profondeur. lien

Mais le cachalot fait encore mieux, il est capable de plonger sans difficultés jusqu’à 3000 mètres de profondeur.

Selon une hypothèse partagée par un grand nombre de scientifiques, sa capacité d’atteindre cette profondeur, (les scientifiques ont mesuré des temps d’apnée de 46 minutes en plongée) et d’y rester ensuite longtemps immobile, guettant sa proie favorite, le calamar géant, serait due a un organe blanc, située dans sa tête, et contenant jusqu’à 2,5 tonnes d’une huile appelée le spermaceti. lien

La pieuvre, qui est avec le calamar l’une des proies de prédilection du cachalot, est dotée d’une intelligence surprenante, mais le plus étrange c’est qu’une partie de ses neurones, plus de la moitié, se trouve dans ses tentacules, et qu’elle possède un don étonnant à résoudre les casse-têtes les plus complexes.

En moins de 2 minutes, elle est capable d’ouvrir un bocal munie d’une fermeture vissée, afin de récupérer une crevette. lien

Dans le domaine de l’intelligence, le perroquet gris n’est pas, lui non plus, mal placé.

Les experts affirment que l’on peut se débrouiller dans la vie de tous les jours en se limitant en utiliser 300 mots, et que les 500 mots les plus fréquents représentent 90% de n’importe quel texte, alors que nous en utilisons moins de 5000 en moyenne, (lien) le perroquet gris est capable de comprendre plus de 300 phrases, il sait compter, et il reconnait les couleurs. lien

L’éthologue et psychologue Irène Pepperberg s’est occupée particulièrement de l’un d’entre eux, prénommé Alex, qui nous a quitté le 7 septembre 2007.

Il était capable d’identifier 50 objets différents, connaissait 7 couleurs, reconnaissait 5 formes, pouvait dire plus de 100 mots, en comprenait plus de 800, savait compter jusqu’à 6, et aurait dit à la scientifique, la veille de sa mort : « on se voit demain, sois sage. Je t’aime  ». lien

La communication ne serait donc pas le seul apanage des humains d’autant que Kanzi, un bonobo, est capable de répondre, à l’aide d’un clavier, pour communiquer avec le docteur Sue Savage-Rumbaugh, de l’Université d’Etat de Géorgie, en utilisant près de 400 symboles qu’il a mémorisé, (video) lui permettant de construire des phrases. Il comprend plus de 3000 mots anglais parlés, sait faire du feu, cuire des aliments, (vidéo) et réalise des tableaux qui se vendent jusqu’à 1500 euros. lien

Kanzi n’est pas le seul artiste, une éléphante, prénomée Starlet, réalise des toiles, tenant le pinceau à l’aide de sa trompe, et ses toiles attirent de nombreux amateurs de peinture. lien

Sur la question de l’intelligence, il faut évoquer les dauphins et bien sur les orques.

Ces mammifères déploient des astuces étonnantes pour se nourrir, s’adaptant à leur milieu : en Amérique du Sud, ils suivent les barques de pécheurs pour s’emparer de leurs prises, alors que ceux de l’Arctique font bouger des bouts de banquise afin de faire tomber les otaries. lien

Nos facultés de mémorisation semblent bien pâlottes face à celles de nombreux animaux, si on se compare à un geai d’Amérique du Nord, le casse-noix de Clark, capable de se souvenir des 30 000 cachettes où il planque discrètement son butin.

Le biologiste Yves Christen avance une explication : « cette mémoire, c’est la capacité d’effectuer un voyage mental dans le temps, c’est-à-dire de se projeter dans l’avenir ».

L’homme est parfois doté d’intuition, mais elle est sans commune mesure avec celle des animaux qui perçoivent des catastrophes bien avant qu’elles n’arrivent.

Le biologiste Rupert Sheldrake à publié un livre qui, preuves à l’appui, démontre la véracité des pouvoirs inexpliqués des animaux, et leur incontestable 6ème sens. lien

Le docteur Philippe de Wailly a recueilli des centaines d’histoires, démontrant que les animaux peuvent pressentir la mort d’un proche, et qu’ils sont parfois capables de « lire » dans nos pensées. lien

Comment expliquer la fuite de ces éléphants, bien longtemps avant l’arrivée meurtrière d’une vague de tsunami en Thaïlande  ? lien

Lors du tremblement de terre du 28 février 1969 qui a ravagé Lisbonne et fait plus de 60 000 morts, à 4 heures du matin, plusieurs minutes avant celui-ci, tout ce que la ville comptait de chiens, de chevaux, de poules… s’était mis à faire un bruit infernal qui aurait dû alerter les populations du danger imminent. lien

Alors que nous cherchons depuis des lustres le moyen de nous rendre immortels, nous avons commencé à tenter d’allonger la durée de nos vies, en remplaçant, petit à petit, tous nos organes défaillants…mais ça doit bien amuser les coraux, dont la durée de vie peut atteindre les 4000 ans(lien) et le lézard dont la queue coupée peut repousser et inlassablement. lien

Il y a mieux, il existe une espèce de méduse, découverte en 1988, la turritopsis nutricula, dont on sait depuis 1996, qu’elle serait la seule espèce animale considérée comme immortelle.

Un chercheur japonais, Shin Kubota, tente, pour l’instant en vain, de percer le secret de son immortalité, mais il sait déjà qu’il s’agit d’une forme de clonage, les cellules de cette méduse se renouvelant à chaque cycle. lien

Du Japon à la radioactivité, il n’y a qu’un pas, que la catastrophe de Fukushima nous permet de faire, et intéressons nous aux scorpions, aux cafards qui ont une capacité de réparation de leur ADN bien meilleure que la notre, et qui résistent étonnamment à d’énormes doses de radiations. lien

Cette faculté, qui nous serait bien pratique en ce moment, serait du au fait que les cellules des cafards, scorpions et autres arthropodes ne se divisent qu’au moment de leur mue, rendant le risque nucléaire plus faible que pour les hommes et les autres animaux, dont les cellules sont sans cesse en division. lien

C’est d’ailleurs ce qui a été constaté à Tchernobyl, faisant aussi apparaitre que les espèces sauvages, dont la chaine ADN est différente de celle des espèces domestiques, résistaient mieux à la radioactivité.

L’exemple du cheval de Prjevalski est frappant : il a 2 chromosomes de plus que le cheval domestique, et avait été introduit dans la zone irradiée.

Or, alors que sa population se fragilisait dans son territoire traditionnel, elle s’est multipliée dans la région largement pollué suite à la catastrophe nucléaire. lien

Mais à quoi bon vivre immortels si nous ne changeons pas de comportement ?

L’homme est manifestement le seul animal, hors prédation alimentaire, à donner la mort à son prochain pour des motifs discutables.

Les autres animaux n’en viennent jamais à ses extrémités : lorsqu’ils se battent pour la conquête d’un territoire, ou pour gagner le cœur d’une femelle, le vaincu s’en va, et il n’y jamais de mise à mort.

Alors bien sur, l’être humain s’est inspiré à mille reprises des facultés déployés par les autres animaux, mais sur le chapitre de la fraternité, de la solidarité, et de l’intelligence, il semble qu’il y ait encore beaucoup à apprendre de nos frères animaux soi-disant inférieurs.

Comme dit mon vieil ami africain : « celui qui voyage sur le dos de l’éléphant ne craint pas la rosée »

L’image illustrant l’article vient de « demotivateur.fr »

Merci aux internautes de leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

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Une pensée sur “Ces tout-petits humains

  • avatar
    22 décembre 2013 à 9 09 30 123012
    Permalink

    Époustouflante ! cette vision, que la nature nous offre. Si on analyse profondément les causes avec leurs effets. Alors qui est derrière tout cela ? Probablement une intelligence unique et indivisible! Au faîte, la nature offre à qui ?. Et bien à l’homme. Ce qui voudrait dire qu’il serait taré, par rapport à l’unité Divine. Cette volonté de recul, sur la création, que l’on a hériter, nous donne un objectif; c’est d’imiter l’intelligence unique ! Alors que peut-on dire de tout cela ?

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