Charlie, comment on en est arrivé là ?

OLIVIER CABANEL :

Au delà du grand rassemblement républicain et laïc de soutien à Charlie, mais aussi aux autres victimes, il n’est pas question de jeter de l’huile sur le feu, mais surtout de s’interroger sur les causes du drame que l’on sait.

C’est entendu, Charlie, le journal sera vraisemblablement sauvé, puisque le gouvernement a finalement décidé de lui octroyer l’aide financière accordée aux autres journaux, et refusée jusque là… peut-être parce que tous les médias, quasi unanimes, se sont mis en tête la solidarité pour la liberté d’expression ?

Mais comment en est-on arrivé là ?

On se souvient que lors de la publication des caricatures de Mahomet dans les colonnes de Charlie, Mohamed Moussaoui, président du CFCM (comité français du culte musulman) était « consterné » et envisageait de porter plainte (lien) alors que l’ex premier ministre Jean-Marc Ayrault, désapprouvait. lien

Or Mohammed Moussaoui, après le massacre parisien n’avait pas de mots assez durs et assez forts pour condamner l’attentat. lien

Mais écoutons aussi Salah Stétié, un grand écrivain et poète franco-libanais de confession musulmane et diplomate, s’exprimer dans l’émission de France Culture, les racines du ciel, présenté par Frédéric Lenoir et Leili Anvar, le 11 janvier à 7h du matin. lien

extrait : « je suis atterré, (…) je suis de culture musulmane, (…) ce qui s’est passé n’a rien a voir avec l’Islam, (…) que des abrutis, je ne trouve pas d’autres mots, (…) ils ont dérivés, comme un certain nombre de français arabes (…) ce sont des incultes, ce que nous avons vu hier ce faire, c’est la barbarie de 2 jeunes musulmans face à des représentants de ce qui fait le fondement de la culture occidentale ».

Évoquant des « amputés intellectuels », Stétié continue : « ces deux assassins primaires prétendaient défendre le prophète, la dignité du prophète qui a été mise en cause, disent-ils, par des caricatures, réalisées par ces gens brillants, et d’un talent exceptionnel de Charlie Hebdo. J’ai cherché dans le Coran, la position coranique, et voilà ce que dit la sourate 109 qui s’intitule les incrédules » : et Dieu dit :« oh, vous les incrédules, je n’adore pas ce que vous adorez, vous n’adorez pas ce que j’adore, à vous votre religion, à moi la mienne », et Stétié de conclure : « il n’y a donc pas d’agressivité dans le fait de n’être pas du même bord et c’est le Coran qui le dit, mais est-ce qu’ils ont lu le Coran, ces deux imbéciles ? »

Par ailleurs dans le Coran, sourate 3 verset 109, Dieu s’adressant à Mahomet, Salah Stétié cite : « si tu avais été violent et dur de cœur, ils (tes interlocuteurs) se seraient écarté de toi », donc le Coran présente le prophète comme un homme doux et comme un homme qui refuse la violence, ajoutant que l’on trouve dans le livre sacré des musulmans cette phrase : « quiconque tue une seul être, c’est comme s’il avait tué l’humanité  », dixit Stétié

C’est donc entendu, s’il faut le croire, le Coran ne permet pas ce qui s’est passé, et pourtant, à lire attentivement le livre sacré, on y découvre quelques contradictions.

En effet ce serait aussi ignorer que c’est dans ce même Coran que l’on trouve ces phrases : « ils voudraient que, comme eux, vous sombriez dans la mécréance, afin que vous en soyez au même point qu’eux. Ne les prenez pas pour alliés tant qu’ils n’auront pas émigré pour la cause de Dieu et s’ils se détournent, emparez vous d’eux, et tuez-les où que vous vous trouviez  »…lien

Mais on trouve aussi des contradictions dans la Bible également, puisque le Dieu « amour » est aussi un Dieu violent, égorgeant, par prophète interposé, les 450 prophètes de Baal(lien) ou un Christ chassant à grands coups de pompes les marchands du temple… lien

Aujourd’hui, naturellement, du coté des instances musulmanes, mais pas seulement, on demande de ne pas faire d’amalgames, (lien) réaction compréhensible, mais les responsables de cette mouvance ne devraient-ils pas faire « le ménage » chez eux… tout comme d’ailleurs les chrétiens… ?

C’est l’occasion d’évoquer l’imam Abdelali Mamoun, issu des banlieues sensibles, qui avait été évincé par l’AMG (association des musulmans de France) car il défendait un Islam modéré, ( lien) un Islam de France compatible avec les valeurs républicaines, défendant un rapport pacifié avec les Juifs de France. lien

On ne peut passer sous silence l’un des héros de cette tragédie, Lassana Bathily, ce musulman qui par sa présence d’esprit à pu sauver plusieurs juifs, ce qui lui a valu à sa sortie d’être menotté pendant 1h30lien

Au-delà de tout ça, ne faudrait-il pas aussi s’interroger sur les brimades dont sont l’objet de milliers de jeunes issus de l’immigration, dont les parents ou grand parents étaient franco-algériens, du temps de l’occupation française, et qui payent le prix fort, exclus pour beaucoup du monde du travail.

Rappelons que leur taux officiel du chômage est près de 3 fois plus élevé qu’ailleurs, avec 24,2% en 2012 (près de 50% par endroit) contre 9,9% ailleurs, et qu’ils sont poussés dans la précarité, dans la misère, tentés de tomber dans l’illégalité, de pratiquer pour s’en sortir des trafics en tout genre, ou d’aller jouer « les héros » en Syrie, ou ailleurs. lien

Ils se considèrent à juste titre comme des exclus de la République, et la tentation de rejoindre les rangs extrémistes est naturellement forte.

C’est peut être l’une des raisons essentielles des drames que nous avons connu en ce début d’année.

Face à cette réalité, que penser de la priorité donnée à la sécurité, avec 10 000 soldats déployés dans tout le pays ? Les 2 policiers qui devaient assurer la protection de Charlie étaient-ils suffisamment performants ?…

Mais réjouissons nous, pour une fois, le nombre de manifestants, 4 millions, n’a pas été contesté par « les services de la préfecture », un miracle républicain dixit Christophe Alévêque, dont les 6 minutes d’intervention lors de la « soirée Charlie » dans le nouvel auditorium de Radio France, dimanche soir, sont un modèle du genre, traitant de vraie blonde Marine le Pen, quand elle prétend que son parti n’est pas d’extrême droite, traitant de charlots tous les partis politiques du pays présents à la « manif Charlie », s’étonnant que les martyrs de Charlie aient réussi à nous faire aimer la police, se réjouissant qu’Hollande était dans la rue, et qu’il n’ait pas plu, (ce qui ne l’a pas empêché d’être touché par une merde de pigeon) (lien) et concluant en citant l’un des disparus, Charb, en la matière qui avait déclaré : « c’est pas des églises et des mosquées qu’il faut construire, mais des hôpitaux psychiatriques » lien

Comment aussi ne pas s’indigner de la présence dans le rassemblement du 11 janvier du premier Ministre turc Ahmet Davutoglu, d’Ali Bongo, de Viktor Orban (photo) de Sergeï Lavrov, ministre des affaires étrangères russe, et de quelques autres, peu connus pour être de grands défenseurs de la liberté de presse. lien

Au palmarès de « Reporter sans frontières » des plus mauvais élèves, on trouve la Russie à une peu enviable 148ème place (sur 180), alors que le Gabon d’Ali Bongo en est à la 98ème, la Turquie fermant la marche à la 154ème place. et la France n’est pas à l’abri de critiques puisqu’elle se trouve à la 39ème place. lien

il serait en effet même difficile de passer sous silence le comportement de ces chefs d’état qui, chez eux, font emprisonner, voire tabasser, ou assassiner des journalistes ou des caricaturistes à la moindre irrévérence, et qui sont venu pavoiser, versant des larmes de crocodile qui n’ont trompé personne.

On se demande comment auraient réagi les Reiser, Choron, Cavana, et Gébé, les acteurs historiques d’Hara-Kiri, déjà disparus, devant cette manifestation organisée par le ministre de l’intérieur, couronnée par les cloches de Notre Dame sonnant à toute volée ?

Marine Le Pen a tenté d’allumer la flamme de la martyre, mais sa venue à Montélimar a déçu ses fans, (lien) et si on pouvait a juste titre regretter les déclarations de quelques bien pensants de gauche, refusant de l’inviter dans la marche parisienne, la tentative de la patronne du FN de profiter de l’aubaine pour relancer la peine de mort est tombée à plat. lien

Cette marche était aussi l’occasion de sourire en découvrant les manigances de Nicolas Sarközi, qui suivant le protocole devait se trouver au 3ème rang, et qui insidieusement tenta de se retrouver au 1er rang, avant d’être démasqué, et obligé, toute honte bue, de regagner son rang. lien

Moins amusant, c’est le soupçon de maladresse qui pèse sur BFMTV qui, bien maladroitement, dans une folle course à l’audience, annonçait en direct tout ce qui se passait, accusé d’avoir mis en danger la vie des otages de l’épicerie casher, cachés dans une chambre froide…et qui s’en défend aujourd’hui, alors qu’une enquête est lancée sur le sujet. lien

De quoi pleurer, en se souvenant que, mis dans un ordre différent, Charlie peut aussi s’écrire chialer.

Aujourd’hui, mercredi 14 janvier, Charlie, tiré à 3 millions d’exemplaires fera sans doutes peu d’invendus, et on ne peut que s’en réjouir, mais pour soutenir vraiment cet hebdomadaire frondeur, libertaire, et sans publicité, ne vaudrait-il pas mieux l’acheter aussi toutes les autres semaines, si on veut vraiment le sauver ?

Comme dit mon vieil ami africain : « l’arbre dit à la hache qui lui fait mal, fallait pas m’offrir le manche !  ».

La photo illustrant l’article est de Catherine Watine

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Charlie Olivier Cabanel

Une pétition a signer pour que Lassana Bathily ait en fin la nationalité française sur ce lien

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3 pensées sur “Charlie, comment on en est arrivé là ?

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    18 janvier 2015 à 8 08 31 01311
    Permalink

    Bonjour,
    les temps sont durs à lire le post,
    mais est-ce que le miséreux est responsable de sa condition créée par des misérables ?
    La vérité est toute nue, et quelque soit sa condition, nous sommes tous doués d’entendement, et donc responsable de nos actes. Le reste n’est que mauvaises excuses arrangées à la perception de chacun.
    Au passage, il n’y aurait pas une erreur logique dans ‘l’arbre dit à la hache qui lui fait mal, fallait pas m’offrir le manche !  »
    Cordialement

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  • avatar
    19 janvier 2015 à 1 01 56 01561
    Permalink

    Je me trompe ou le proverbe africain à été inversé? Ce serait plutôt
    « La hache qui dit à l’arbre qu’il abat, il ne fallait m’offrir le manche ».

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