Chômage, le pari possible de Hollande

OLIVIER CABANEL :

C’est Thierry Pech, le patron d’alternative économiques qui expliquait, le 2 septembre dernier, sur l’antenne de France Culture, comment et pourquoi François Hollande pourrait, contre toute attente, gagner le pari risqué qu’il a fait récemment, assurant que la courbe du chômage pourrait s’inverser d’ici la fin de l’année.

 

Ça ressemblerait plus à un conte de fée, car en Juin, on en était au 26ème mois de hausse consécutive, avec la barre des records atteint, puisque 3,279 millions de personnes étaient à ce moment sans activités en métropole. lien

Le chef de l’état répétait, le 26 juillet dernier à Arles que ce serait « dur », mais qu’il était convaincu de gagner son pari. lien

Alors qu’un sondage réalisé fin août nous assure que près de 90% des français ne croient pas un seul instant à cette inversion de la courbe, ils commencent à être quelques uns, spécialistes es-économie, à y croire, tel Thierry Pech. lien

En effet, ce chroniqueur explique les raisons pour lesquelles, le président de la République, pourrait bien gagner son pari, mais hélas, si la courbe du chômage s’inverse, ça ne serait pas du à la création d’emplois.

Car si on a pu constater des frémissements inespérés dans la croissance lors du 1er semestre 2013, ils ne sont pas de nature à laisser espérer la création de beaucoup d’emplois, d’autant que l’économie française à contribué à détruire plus d’emplois qu’elle n’en a créé.

Si Hollande gagne son pari, d’après le chroniqueur, ce sera surtout grâce aux emplois aidés : les contrats d’avenir, les contrats de génération…etc, lesquels représentent un potentiel de 130 000 emplois.

Au premier semestre, seuls 15% de ce potentiel avait été atteint, et tout laisse croire que la tendance va s’accélérer d’ici la fin de l’année.

En aout, ils atteignaient les 50 000, et rien n’empêche d’espérer qu’ils soient encore 80 000 a êtres créés d’ici fin décembre, offrant au premier personnage de l’état un cadeau inespéré sous son sapin de Noël.

Un autre facteur est à considérer, donnant une crédibilité à cette inversion de courbe : la population de notre pays a cessé de croitre, notamment par rapport à de nombreux pays européens.

Alors qu’en 2012, ils étaient 200 000 candidats à l’emploi à se bousculer sur le marché, leur nombre va tomber à 130 000 cette année.

En effet, les effets du baby boom s’estompent dans le temps, et cette année, ils seront nombreux ceux qui atteindront les 65 ans, âge d’une retraite bien méritée, offrant du coup plus de possibilité d’emplois pour les jeunes qui arrivent.

Le chroniqueur ajoute que les jeunes, devant l’ampleur de la crise, sont moins enthousiastes à postuler pour une place, et préfèrent prolonger leurs études, attendant des jours meilleurs.

Ajoutons que certains candidats à l’emploi finissent par désespérer, et perdent leur droit au chômage, faisant baisser ainsi les statistiques…même s’ils restent chômeurs, et l’on comprend alors aisément le raisonnement de Thierry Pech. lien

Cette réflexion commence à être partagé par d’autres économistes, tels Leïla de Comarmond, journaliste qui dans les colonnes des « échos » fait le même constat.

Elle remarque que les statistiques que le ministère du travail a publié en juillet sont encourageantes. lien

Un autre expert, Eric Heyer, de l’OFCE, remarque « qu’il y a toujours un décalage de 3 trimestres entre le redémarrage de la croissance et sa répercussion sur le marché de l’emploi », confirmant que l’inversion de la courbe du chômage ne se ferait pas par le secteur privé, mais surtout par le secteur public notamment grâce aux emplois aidés. lien

L’avenir nous dira bientôt si leurs réflexions tiennent la route, mais une autre question pourrait être soulevée : la croissance est-elle la solution incontournable pour sortir le pays du marasme dans lequel il est plongé depuis des années, ou y-a-t-il d’autres possibilités ?

Quid de l’obsolescence programmée, contre laquelle une pétition a été lancée ? lien

Ce sont des Etats-Unis que nous est arrivé, dès 1930 cette contestable pratique, qui a visé au début l’automobile et qui s’est élargie plus tard à d’autres secteurs. lien

Une machine à laver peut tomber en panne au bout de 5 ans, un téléviseur peut nous lâcher au bout de 3 ans, et ne parlons pas des imprimantes dans lesquelles une puce a été intégrée pour la rendre caduque au bout d’un certain nombre de copies. lien

Fort heureusement, de petits astucieux ont trouvé la parade en remettant à zéro les compteurs de certaines imprimantes. lien

Sur ce lien, d’autres conseils.

Normal dès lors que le CEC (Centre Européen de la Consommation) s’en soit ému, produisant un rapport accablant qui dénonce ces pratiques malhonnêtes. lien

Dans son livre « bon pour la casse », (éditions « les liens qui libèrent ») Serge Latouche à classé en 3 catégories cette obsolescence : technique, (nos appareils devant toujours s’améliorer) psychologique, (les effets de la mode) et programmée, catégories qui s’interpénètrent constamment. lien

Si le premier point est acceptable, le 2ème l’est moins, et le 3ème ne l’est plus du tout.

En diminuant les besoins de consommation du citoyen, tout en lui garantissant une meilleure pérennité des « outils du progrès », on opterait pour une solution plus raisonnable que celle qui consiste à consommer toujours plus, et toujours moins bien.

Il faut en effet savoir que les français consacrent 31% de leur budget à l’achat d’électroménager, de produits d’entretien, et de meubles, soit  11 000 € par an, et que l’électro ménager représente à lui seul 256 euros par ménage et par an. lien

En effet, le seul marché de l’électroménager, c’est environ 55 millions d’appareils vendus par an dans notre pays. lien

Ajoutons-y le marché automobile, pour lequel les ménages français consacrent 5700 € par an, dont 2700 à 3880 € destinés à l’achat de carburant, à l’entretien et à la réparation des véhicules, et l’on comprend que mettre en place un programme de lutte contre l’obsolescence programmée améliorerait considérablement le pouvoir d’achat des français. lien

Il en serait de même pour des appareils électroménagers toujours moins gourmands énergétiquement ce qui est une réalité aujourd’hui de plus en plus présente.

Alors pourquoi ne pas mettre en effet en place une nouvelle économie, moins gaspilleuse, qui ne considèrerait plus la croissance comme remède à tous nos problèmes, d’autant que la décroissance n’est surtout pas un retour à l’âge de pierre ?

D’une façon pragmatique, on pourrait prendre exemple le principe de la rénovation de l’habitat, destinée à améliorer l’isolation des habitations, faisant ainsi diminuer la consommation énergétique, améliorant nos bugdets, tout en créant des centaines de milliers d’emplois.

Pour en revenir à la lutte contre l’obsolescence programmée, on avance très doucement, puisque Jean Vincent Placé, le sénateur vert, est porteur d’une proposition de loi.

Cette loi, débattue le 23 avril 2013 se propose de pousser la garantie concernant les objets de consommation de 2 à 5 ans d’ici 2016, d’obliger les fabricants à disposer de pièces de rechange pendant au moins dix ans, et de considérer comme délit l’obsolescence programmée.

Il couterait au fabricant une amende de 37 500 € assorti d’une peine de 2 ans de prison. lien

On trouve aussi au niveau européen quelques directives de nature à lutter timidement contre l’obsolescence, prévoyant la présence de piles, ou batteries amovibles, encourageant l’éco-conception des appareils…mais il reste pas mal de chemin pour de vrais mesures efficaces.

Comme l’écrit Serge Latouche « aujourd’hui, il ne s’agit plus de croitre pour satisfaire les besoins, mais de croitre pour croitre (…) celui qui croit qu’une croissance infinie est compatible avec une planète finie est soit un fou, soit un économiste… ». lien

Le 20 août 2013, c’était le jour du dépassement global, jour où l’humanité à épuisé le budget écologique de la planète…et chaque année, cette date recule un peu plus. lien

Il y a dix ans, ce jour tombait le 22 septembre

Alors quel sera le choix de ce gouvernement : continuer à croire à un improbable retour de la croissance, ou chercher d’autres pistes ?

L’avenir nous le dira.

Comme dit mon vieil ami africain Pierre Rabhi : « la croissance est un problème, pas une solution ». lien

L’image illustrant l’article vient de « lelibrepenseur.org »

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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