COMMENT ON GLISSE DU SALARIAT AU CONTRACTANT :L’EXEMPLE DES CORRECTRICES

Par Gérard Bad.

Dans un article de Courant alternatif N°277 février 2018 «L’édition mérite correction ! » Elisario, l’ auteur du texte, met en avant le combat du collectif des correcteurs précaires qui lutte depuis deux ans.

Télétravail

 

Si en règle générale les correcteurs sont plutôt des correctrices, l’ auteur nous invite à partager le long chemin qui va les amener à faire partie des emplois précaires. Il nous montre comment des travailleurs autrefois sous statut de salariés CDI plein temps, travaillant chez l’ éditeur vont se retrouver progressivement en statut de TAD travailleurs à domicile, sous la convention collective des travailleurs à domicile. Ce travail chez soi, bien que pratique pour certains est maintenant encadré par la loi, loi sur le télétravail

Par cette loi le gouvernement vise à encourager le télétravail et ses conséquences négatives pour le salariat. L’ article de Elisario est d’autant plus intéressant qu’il montre comment on glisse du statut de salarié plein temps, au salarié à la tâche, pour finalement se trouver réduit à devenir un contractant, c’ est à dire un auto-entrepreneur de soi, avec tous les affres de ce genre d’emploi.

Première offensive. Dès 1980, les lecteurs-correcteurs qui travaillaient dans les locaux des éditeurs avec un statut de cadre mensualisé ne vont plus jouir de « cette faveur » et se trouver aux prises de la concurrence capitaliste. Les éditeurs ne veulent plus payer des mètres carrés parisiens devenus trop chers. L’internet plus le télétravail arrivent à point pour précariser l’ emploi des correcteurs, pour eux c’ est le retour au travail à la tâche et le boulot à domicile avec un salaire en baisse. Pour les éditeurs c’ est une économie sur le capital constant, plus de locaux, plus de chauffage, plus de…Tout retombe sur le salarié ( il est encore salarié) mais un salarié sur le modèle anglais du zéro heure, un CDI certes, mais en heures annuelles.

Deuxième offensive. Elle émerge au milieu des années 2000

avec la mise sur le marché de l’emploi des « auto-entrepreneurs de soi », le début de ce qui va porter le nom d’ ubérisation. Ceux qui sont encore sous le régime d’un salariat bidon, commence à sentir le sol se dérober sous leurs pieds, des concurrents comme d’anciens professeurs de français en retraite et des étudiants en lettres viennent concurrencer ce salariat précarisé.

Là où un salarié coûtait plus de 2500 € par mois pour une rémunération nette de 1500€, le contractant autoentrepreneur ne va coûter que 1500 € indique l’auteur de l’article. Il est vrai que les taux de cotisations sociales de l’auto-entrepreneur sont nettement plus faible que celui du salariat et tendent à la baisse. En 2018, les taux repartent à la baisse du fait du transfert d’ une partie des cotisations sociales sur la CSG. Ce sont les retraités qui par le prélèvement de 1,7% de CSG, soit 22,6 milliards d’ euros vont assumer la promotion de l’ entrepreneuriat et la baisse des charges patronales du privé.

Toute la profession des correcteurs est menacée par l’ auto-entrepreneuriat

Nous voyons ici comment une profession se délite sous l’ effet des nouvelles technologies. Le cas des correcteurs et correctrices n’ est pas isolés d’ autres secteurs vont subir la même trajectoire, celle ou la frontière de l’ entreprise devient poreuse et pénètre dans ce que les anciens appelaient la vie privée. Récemment une émission de télé, nous montrait une entreprise de bus belges qui misait sur le travail pendant le temps de transport, on avait déjà constaté ce fait dans les TGV.

Mais la numérisation crée des emplois, des emplois comme par exemple les « micro travailleurs » du numérique. Ils et elles accomplissent de petites tâches digitales et numériques : classer des photos, analyser des images pour les algorithmes, traduire un petit texte… Payés au clic ou à la tâche, ils sont les petites mains d’une économie numérique en plein essor. Ces micro tâcherons sont plus de 90 millions dans le monde, un prolétariat précaire en pleine expansion.

Des préoccupations que n’ont pas MTurk et CrowdFlower, deux des plateformes principales qui mettent en relation les pourvoyeurs de tâches et ceux qui vont les exécuter aux quatre coins du monde. Et encore moins les « fermes à clics. » Entre le web café et l’open-space bondé, des hommes et des femmes sont rivés à leurs écrans, chargés de « liker » des pages Facebook ou Twitter, d’écrire des commentaires dithyrambiques sur des restaurants qu’ils n’ont jamais vus… le tout pour quelques centimes, sans protection sociale. Entre le Chine, la Thaïlande le Nigéria ou encore la Malaisie, on estime que les ouvriers de l’économie numérique sont près de 90 millions dans le monde.

G.Bad
Pour télécharger le numéro 278 (mars 2018) de Courant Alternatif

Par OCL. Reims. France.

 

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