Contre la citoyenneté à responsabilité limitée

Aux innocents les mains pleines

Vous vous rappelez tous cette excuse définitive du criminel de guerre :

« J’ai agi sur ordre. Je faisais mon métier. »

Bon d’accord, un trader n’est pas un criminel de guerre. Celui-ci nie d’ailleurs d’avance toute responsabilité pour ses actes. Il fait son boulot, voilà tout. Tout juste admet-il qu’il ne se lève pas le matin en se disant qu’il va « agir pour le bien de l’humanité ».

Ceux qui agonissent aujourd’hui son métier, au prétexte qu’il est « contre-productif pour l’humanité », ne sont (clame-t-il) que des « populistes » en chasse de « boucs-émissaires », abondamment relayés « par une grande partie de la presse ».

Qu’on le pousse dans ses derniers retranchements en insistant sur la nocivité et l’inutilité sociale de sa tâche, le voilà qui prend la mouche et déclare — un classique — qu’il est très fier de l’exercer.

« Les gens avec qui je travaille sont des personnes intègres et de valeur, qui sont fières de payer leurs impôts en France, impliquées socialement et politiquement (et pas toujours du côté auquel on s’attend). »

Une grande Sarl mondialisée

À croire que notre monde est régi par une vaste Sarl (Société anonyme à responsabilité limitée). Personne n’est responsable de rien, encore moins coupable. Chacun se planque dans la grille hiérarchique préétablie, à la place qui lui est allouée. Et renvoie aux échelons supérieurs ou en appelle à son devoir quand il passe dans le collimateur.

Le préfet qui envoie, selon son époque, des Juifs ou des Roms se faire pendre ailleurs. Le policier du Vel d’Hiv ou celui des sinistres évènements du 17 octobre 1961. Le syndicat qui défend l’industrie de l’armement pour les emplois qu’elle procure. La région, son usine de retraitement nucléaire. L’employé qui coupe l’électricité, le gaz ou l’eau d’une famille dans la dèche.

C’est marrant, j’ai la naïveté de penser que tout citoyen est un adulte. Que tout adulte est responsable de ses actes par définition. Du commanditaire à l’exécutant. Des dirigeants à la masse des électeurs qui les ont élus pour les représenter. Le coup du “peuple” abusé ou manipulé me hérisse le poil, tant celui-ci met de zèle à se laisser avoir.

À une question sur les conséquences de la spéculation sur les matières premières, notre fier trader répond que les producteurs de matières premières agricoles ne furent guère à plaindre, que les principaux perdants dans l’affaire furent « les actionnaires des banques ».

Mais rien, absolument rien sur les consommateurs. Et encore moins sur les moins que consommateurs. Ceux qui, pour rafraîchir les idées à œillères de notre saint-innocent, menèrent les émeutes de la faim en 2008.

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