Contre la loi travail, l’Attac dérisoire

Par Maxime Vasseur*

Hélas, les bons vieux concepts plutôt « occupés » par la gauche : réforme, changement, évolution, transformation, modernisation, progrès… ont été repris par les « conservateurs » qui ont réussi le tour de force de faire de la gauche une force « réactionnaire », de résistance à la modernisation, à l’évolution, aux réformes « nécessaires », au progrès… C’est d’autant plus facile après le passage de la gauche au pouvoir qui a signé l’abandon de ses idéaux donnant sens et contenu à ces mots-là, donnant crédit à son projet. Et pas seulement en France bien sûr. Cela concerne toutes les expériences d’un pouvoir de gauche, au moins dans les pays riches. La gauche a ainsi soigneusement forgé l’épée qui l’a mise à mort dans l’arène.

Les luttes dérisoires.

Et que propose la gauche survivante aujourd’hui ? Une critique parfois radicale et prometteuse…. et des actions de résistance très souvent dérisoires lorsque ce ne sont pas d’hallucinants voeux pieux lancés en l’air. Par exemple : « il faudrait qu’un jour nos responsables et nos élus se rendent compte de leurs erreurs… « .  Attac, le Monde Diplomatique et quelques sites d’informations sociales et politiques critiques sont passés maîtres dans le genre. La manifestation la plus navrante de cette résistance, se trouve par exemple sous la forme de pétitions aux députés (à la « majorité Macronienne ») pour tâcher de « conserver » l’ancienne situation déjà bien abîmée par quelques décennies de néo libéralisme de droite et de gauche. Ou qu’il s’agisse de « lettres ouvertes »… à des ministres du même gouvernement. Voir ci-dessous « La lettre d’Attac. D’autres actions de « résistance » à peine moins désespérées se situent dans les rassemblements devant la préfecture, la sous-préfecture… aussi maigres que bien télévisés par FR3, ravie au fond à cette occasion de faire son boulot d’information. Or, ce qui est ainsi défendu et peu à peu perdu, ce sont des acquis issus de luttes collectives (d’abord ouvrières) et pas via de maigrichonnes et désespérées pétitions, lettres ouvertes ou rassemblements.

Des progrès issus de luttes contre l’État « bourgeois » et les patrons.

L’Etat n’est pas autre chose que cela, à moins que l’on veuille nier cette nature jamais démentie. Des luttes offensives et conquérantes parce que ceux et celles qui les menèrent avaient en tête un projet politique de transformation radicale. Celui-ci avait le mérite de cimenter une conscience collective pour ne pas dire de classe. Et le ciment fonctionnait aussi dans l’autre sens. Un tel projet n’est plus aujourd’hui dans les têtes. La gauche s’est mise à aimer l’Etat assimilé au social, au bien commun et aux services publics, oubliant que nous ne garderons ces acquis et ne les améliorerons que dans un projet politique de rupture avec une représentation électorale qui est sans issue pour ces progrès-là et pour un changement social et politique majeur. La gauche veut oublier que les élections sont toujours gagnées (au moins aux niveaux décisifs du pouvoir) par les idées et les personnes conservatrices du système en place, du capitalisme et de son régime représentatif tel qu’il est.

Maintenir l’engouement maximum pour les élections. Les gauches aident…

Le développement mondialiste de ce système a besoin de maintenir l’engouement maximum pour les élections de manière à légitimer la poursuite de l’installation d’un projet de société à l’échelle planétaire. C’est central mais ça ne marche plus. Malgré la propagande faisant feu de tous bois, ce maintien ne se réalise pas. Le régime représentatif exsangue chemine vers une crise de légitimité, pour dire les choses de manière très nuancée. Curieusement, plus le projet conservateur « s’épanouit », plus l’abstention augmente et plus la gauche (les gauches) se passionne(nt) pour les grandes élections. Plus elle participe à les légitimer. Plutôt qu’en conclure « Comprenne que pourra », je préfère cette paraphrase empruntée à Gustave Parking : « je nous laisse réfléchir là-dessus »… Réfléchir à une éventuelle relation entre ces faits.

Est-il encore nécessaire de qualifier ce projet des dominants, son évolution, ses réformes ?

Conservateur de l’ordre économique, des inégalités sociales et du pouvoir politique qui le défend, humainement réducteur (développement du fatalisme, entre autres par destruction du collectif et de sa culture, opposition modeste…). Ecologiquement et dangereusement destructeur, néo totalitaire avec un cheminement vers des élections spectacles sans portée politique, etc. Pessimiste, ce point de vue que je présente et qui est partagé par pas mal d’individus quand même ?

et son devenir ?

Aucun sentiment pessimiste ni même optimiste. C’est plutôt une réflexion sur la soutenabilité de ce projet. Il n’est pas un projet « de et pour la France », « de et pour l’Europe ». Ces expressions couramment véhiculées, cachent (mal) qu’il s’agit du projet des élites politiques et sociales.

Il ne peut réellement aboutir. Pas seulement parce qu’il n’est pas soutenable écologiquement, mais peut-être surtout parce qu’il engendre déjà une frustration croissante (en attendant mieux). Une frustration dont l’extrême-droite a toujours nourri son merdier et dont la gauche ne sait pas vraiment quoi faire d’autre que ce qu’elle a toujours fait. Une frustration aussi que des individus bien plus nombreux que les électeurs convaincus du FN, expriment en désertion électorale croissante*, en refus de légitimer ce projet en marche par le seul petit pouvoir politique qu’ils ont dans ce système. Le vote Mélenchon ou de quelques autres trublions, les votes « contre » de plus en plus nombreux, tout cela ne contredit pas le fait que de la croissance de la désertion va se poursuivre.

Cette désertion n’est pas le but. Mais elle est un signe qu’un autre projet à forme inédite et à contenu plus concret qu’idéologique est une priorité. Hors compétition pour le pouvoir dans les termes du système actuel, répondant au désir de sécurité et d’avenir ouvert, ce projet doit prendre en compte la manifestation de ce désir montant (bientôt majoritaire ?) d’une certaine rupture. Un projet désirable qui ne craint pas de regarder l’histoire, mais sans sacralisation ni mimétisme, hors fantasmagorie. En particulier l’histoire révolutionnaire. Même si on ne sait pas encore comment faire concrètement, reconnaître qu’il est une priorité où nous devons placer nos énergies et qu’il doit nourrir de manière centrale nos rencontres et nos engagements. C’est un sacré remue-méninges personnel et collectif, c’est absolument certain. Mais c’est une perspective enthousiasmante de lancer peut-être (enfin) l’écriture d’une autre page d’histoire… de réformes vers un vrai projet humain choisi par tous celles-ceux qui voudront s’y impliquer. Et nous serons toujours assez nombreux pour le lancer si nous acceptons de bousculer (révolutionner) nos  esprits habitués aux divisions et à la fréquentation sélective de nos alter egos militants ou alternatifs ou spriritualistes etc. On s’accordait à plusieurs personnes il y a quelques jours pour dire qu’une révolution commence toujours à 2 ou 3. Dans notre présent, ce sont de multiples auto divisions et une culture de l’auto limitation et de l’auto inhibition, qui empêchent un déjà vaste mouvement de naître.

 

* voir mon blog   www.novote-notears.eklablog.com

 

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

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