Crise de civilisation : la question de la violence

Policiers français avec des masques de tête de mort, Nantes 2 novembre 2014
Policiers avec des masques de tête de mort, Nantes 2 novembre 2014

LE YETI :

Les événements de ND-des-Landes et de Sivens, les manifestations houleuses à la mémoire de Rémi Fraisse, les récents propos de Mathieu Burnel sur l’insurrection, ont remis en avant le thème de la violence en politique. Incontournable ?

Les longues périodes de transitions historiques entre deux mondes, deux civilisations, ne font jamais l’économie d’explosions de violence. Mais ces violences d’origine humaine peuvent être de natures fort différentes, souvent antagonistes.

La violence du système comme réflexe de survie

La première de ces violences est d’abord et toujours celle exercée par tout système finissant pour tenter de retarder son échéance fatale. Qui ne le voit à travers l’équipement et les excès de comportement de ces forces dites “de l’ordre”, ces robocops glaçants, de plus en plus militarisés ?

Mais de Nantes ou Sivens récemment, à Ferguson au Texas il y a quelques temps, en passant par à peu près tous les coins échauffés de la planète aujourd’hui, ces escadrons surarmés révèlent in fine tous les signes morbides de dégénérescence frappant l’ordre qu’elles sont censées défendre (cf. photo ci-dessus).

Bien naïf celui qui penserait que le vieux système néolibéral va céder sans violence une once de son autorité finissante, fusse sous la contrainte d’un vote démocratique. S’ils parviennent au pouvoir, Podemos, Syriza ou les indépendantistes catalans feront inévitablement le constat de ce réflexe de survie d’un système aux abois, et qui peut mener jusqu’à la guerre.

La violence du désespoir et de la frustration

Les traversées de crise sont aussi propices à des explosions sporadiques de violences aveugles, destructrices, suicidaires. Certaines mues par le désespoir : les révoltes de banlieues sinistrées où l’on brûle ses propres voitures, ses propres écoles, où l’on souille ses propres cages d’escalier.

D’autres motivées par un trop-plein de frustration et de dépit : les dernières manifestations de paysans organisées par la FNSEA, avec ce consternant massacre de ragondins et ces projections de merde sur des bâtiments publics, à Nantes et à Toulouse.

Répétées et incontrôlées, ces bouffées nihilistes et suicidaires ne peuvent mener qu’au chaos, donner des prétextes de crispation aux autorités du système contesté, ou pire encore, favoriser l’émergence de forces régressives prônant de vieilles valeurs rances et la haine de l’autre.

La violence insurrectionnelle sur les ruines de la démocratie

Mais la violence peut aussi apparaît aussi comme une arme citoyenne de légitime défense. En décembre 2012, dans une tribune publiée par Le Monde, trois “zadistes” de ND-des-Landes posaient crûment le problème :

« Ceux-ci [les partisans de la non-violence, ndlr] semblent toujours estimer que, quand bien même on viendrait piétiner nos maisons et nos cultures, il nous faudrait rester calmes et polis. Si nous ne nous étions pas défendus, il n’y aurait probablement plus grand monde pour parler de la ZAD aujourd’hui, moins encore pour y vivre. »

Le fait est que dans un monde en crise, où la démocratie est aussi ouvertement étouffée et pervertie, la violence peut être aussi l’arme de minorités quand les majorités s’égarent ou se terrent. Mandela lui-même dut se résoudre à recourir à la violence insurrectionnelle pour faire triompher une cause dont plus personne n’ose contester la légitimité aujourd’hui.

Au-delà de toutes considérations morales, ce billet tente d’établir le constat d’une logique implacable, d’un terrible engrenage social et politique, fut-il choquant. Faire l’autruche, nier que l’on est en train de changer de monde, et que ce changement de civilisation se fait, comme à chaque fois dans l’histoire, dans la brutalité, c’est se condamner à d’humiliantes déconvenues, à la honte.

Car au point critique où notre société en est de son histoire, la qualité du monde d’après dépendra très probablement de la nature de la violence qui l’emportera sur les autres.

« Je ne dirai pas qu’il faut supprimer toute violence »

Laissons le mot de la fin sur ce sujet très sensible à Albert Camus :

« Ce n’est pas me réfuter en effet que de réfuter la non-violence. […] Je ne pense pas qu’il faille répondre aux coups par la bénédiction. Je crois que la violence est inévitable, les années d’occupation me l’ont appris. Pour tout dire, il y a eu, en ce temps-là de terribles violences qui ne m’ont posé aucun problème.

Je ne dirai donc point qu’il faut supprimer toute violence, ce qui serait souhaitable, mais utopique, en effet. Je dis seulement qu’il faut refuser toute légitimation de la violence, que cette légitimation lui vienne d’une raison d’État absolue ou d’une philosophie totalitaire.

La violence est à la fois inévitable et injustifiable. Je crois qu’il faut lui garder son caractère exceptionnel et la resserrer dans les limites qu’on peut. »

9 pensées sur “Crise de civilisation : la question de la violence

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    11 novembre 2014 à 7 07 24 112411
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    « La violence est à la fois inévitable et injustifiable. Je crois qu’il faut lui garder son caractère exceptionnel et la resserrer dans les limites qu’on peut. »

    J’ajouterai qu’il a des temps pour la patience de la parole et de l’action douce et pacifique; des temps d’urgence pour la parole et l’action violente. Dans ces temps d’urgence nous n’avons pas tellement le choix que de se servir de la violence pour faire avancer le bien commun contre le bien de quelques uns même si l’emploie de la violence semble injustifiable et illégitime pour autrui.

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    11 novembre 2014 à 12 12 38 113811
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    Pourtant, Gandhi a chassé les Britaniques des Indes en pronant la non violence, malgré toute la violence de ces derniers.
    C’est la violence des motards et du crime organisé qui as été opposée au mouvement ‘peace and love’ des années ’60-70 .

    La violence est l’outil du pouvoir, a l’échelle du couple ou de la planète et elle possède plusieur visages. Elle engendre la peur, la vengance et d’autres violences.
    Un continuum, un cercle vicieux duquel l’homme semble incapable de sortir car elle est l’outil du pouvoir.

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      12 novembre 2014 à 19 07 07 110711
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      Voir Gandhi comme la seule cause du départ des britanniques des Indes c’est de la simplification à outrance et surtout de la mystification populaire. La plupart du temps il y a plus qu’une cause à des phénomènes sociaux et politiques.

      Le mouvement hippie des années soixante devient une faillite culturelle dès le début des années soixante-dix sauf pour les commerçants. Le mouvement punk l’a dénoncé comme étant qu’une naïve fantaisie et avec raison.

      La violence n’est pas un monopole du pouvoir, elle est entre autre engendré par la peur de ce qui est différent de soi mais elle peut être engendré par d’autres phénomènes, un tigre qui s’attaque à une proie pour se nourrir est un bon exemple de violence.

      Le problème numéro chez la plupart des humains c’est la pensée dualiste, je te conseille de faire des recherches là-dessus ça pourrait faire une petite révolution dans ta tête.

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        13 novembre 2014 à 3 03 57 115711
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        Non, pas la seule cause, mais la cause première.

        J’ai vécu la guerre des motards a l’endroit des hippies pour le controle du lucratif marché de la drogue.
        Le mouvement punk en est un de violence,donc vous confirmez !?

        Bien sure, la violence a plusieur visage et bien entendu je fesais référence a la peur induite par le système pour controler les gens, je ne croyais pas avoir a le spécifier .

        La dualitée, oui, comme par exemple vos commentaires opposés aux miens…ai-je bien compris ?

        J’émet une facon de voir les chose, elle n’est pas coulé dans le ciment. Pour aujourd’hui c’est cela. 5000 ans d’histoires écrites ont vus beaucoup de détenteur de la véritée perdre toute crédibilitées.
        Je n’ai aucune prétention et encore moin les moyens d’en avoir.

        La révolution pour tous, lol !

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          13 novembre 2014 à 10 10 56 115611
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          En effet le mouvement punk était un mouvement violent ça personne ne peut le nier, ça ne veut pas dire que j’approuve tout ce qu’ils ont affirmé ou fait parce que je cite une de leur affirmation. La pensée hippie était vraiment naïve et irresponsable. C »était peut-être le mouvement culture que tu préférais dans ta jeunesse, si ça te permet d’être plus gentil avec les autres alors tant mieux pour toi. Ça n’a jamais fait partie de ma culture personnelle.

          La pensée dualiste c’est bien/mal, blanc/noir, capitaliste/communiste, démocrate/terroriste, eux/nous, droite/gauche, etc… C’est aussi prouves-moi que j’ai tord en me prouvant que le contraire de ce que je t’ai dit est vrai, c’est carrément ridicule et n’apporte aucune solution aux problèmes que nous avons en commun. La pensée dualiste nous est enseigné dès notre enfance par nos parents, le système d’éducation publique et la télé le renforcent. C’est difficile de s’en défaire, moi-même j’ai de la difficulté de me défaire de ce poison mental. Pour finir, la pensée dualiste est une composante essentiel de notre culture occidentale judéo-chrétienne agressive et conquérante.

          Je ne suis pas la vérité éternelle tout comme toi, je fais des erreurs d’interprétation sur la réalité tout comme toi, je ne suis qu’un faible humain tout comme toi, donc ne t’en fait pas trop de ce que j’écris, c’est pas coulé dans le béton comme tu l’a si bien écrit, il y place pour la révolution dans nos tête.

          Je souhaite une bonne révolution dans vos têtes, cher lecteurs de ce blog, je vais fumé une bonne pipé de marijuana à votre santé.

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            13 novembre 2014 à 18 06 38 113811
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            Allez, je vais jeter un pavé dans la marre : le mouvement punk d’origine n’a jamais été violent qu’en parole ; et encore, même pas … ils prônaient la paix.
            Par contre qu’il y ait eu des abrutis bagarreurs qui se revendiquaient de ce mouvement, sans l’avoir réellement compris, je veux bien le croire.
            Moi aussi, j’ai mis du temps à comprendre le mouvement punk, d’autant plus que les skins (d’extrême droite) s’en sont revendiqué aussi. Mais il suffit d’écouter les paroles de Clash, groupe phare des années punks, pour comprendre que les punks voulaient la paix partout dans le monde.
            Je vous recommande un petit lexique que j’ai lu, par curiosité, plus que par affinité, et qui m’a conforté dans la position que je vous affirme ce soir : http://www.rytrut.com/la-philosophie-du-punk-craig-o-hara/

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            13 novembre 2014 à 21 09 31 113111
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             »…prouves-moi que j’ai tord en me prouvant que le contraire de ce que je t’ai dit est vrai… » . Vrai, comme dans : vraie/faux , vérité/mensonge, réel/irréel, subjectif/objectif?

            J’ai émis une opinion personnelle, tu as droit a la tienne tant quelle ne concerne que toi et que tu évite de l’imposer en y imposant ta Véritée. Et cela dans le respect de celui qui émet cette opinion. C e qui est ‘opposé’ se trouve a l’autre extrémité du spectre dans la dualitée.

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