Des « fiertés » en marche comme s’il en pleuvait

LE YETI

Assez agacé, un de mes amis Facebook, après la Gay Pride parisienne de samedi :

« Bon, être fier d’être homo, déjà le concept je trouve ça bizarre. On est homo point barre c’est très bien comme ça. Mais la Gay Pride derrière ses revendications légitimes pour l’égalité des droits des homosexuels ne peut s’empêcher d’être un défilé des pires clichés qui contribuent à maintenir l’homophobie. »

La Gay Pride vue comme resucée branchée de la Cage aux folles, bon, fallait l’oser. Un autre ami de réseau, homosexuel, répliqua :

« Je suis homo. Ce n’est pour moi ni une fierté ni une honte, je n’ ai jamais participé à une Gay Pride. Je suis néanmoins un peu énervé qu’on puisse s’indigner devant la fête que représente ce moment pour beaucoup de gens. Après tant de mois à subir les pires attaques, la communauté homo a eu besoin de se détendre, non ? »

La discussion allait déclencher les passions entre les amis :

« Être fier d’être gay est tout aussi absurde que d’avoir honte de l’être.
— C’est aussi con que d’être fier d’être breton !
— Tout dépend si l’on parle d’être breton d’ethnie ou de culture, parce que dans le second cas, ça peut être un choix, et après tout on peut être fier d’un choix… mais pas d’un état de fait…
— Je suis fière d’être hétéro mais ça tout le monde s’en fout.
— La “Gay Pride” c’est l’expression dans le langage courant parce qu’officiellement la manifestation a un nom bel et bien francisé en “Marche des fiertés”.
— “Marche des fiertés” ? Bah finalement mieux vaut rester en anglais ! »

Trop de fiertés particulières

Ce qui frappe dans cet échange, c’est l’omniprésence un brin étouffante des mots “fier(e)”, “fierté”. Nous vivons une époque où tout le monde revendique sa petite fierté particulière. Fier d’être policier, d’être charcutier, d’être fa, d’être antifa, d’être français… Il y a même des banquiers véreux et des politiciens “salopards” qui se croient obligés de fêter ça régulièrement dans de lancinantes G8 Pride.

Raison gardons, il y a tout de même une petite différence entre la joyeuse bamboula de nos potes homos et les bouffées belliqueuses de la Catho Pride (en français “Manif pour tous”) : les premiers revendiquent leurs droits à la différence, les seconds prétendent généraliser leurs “différences” à eux en interdisant celles de tous les autres.

Mais il est une autre différence entre revendiquer (légitimement) ses droits et en être fier jusqu’à l’ostentation. Le déroulement d’une Gay Pride en Russie ou dans des pays de confession musulmane comme la Turquie peut ainsi paraître bien plus justifié que celles survenant aux lendemains de l’acquisition de ces droits (même si, d’accord, il en reste encore quelques-uns à déloger sous le tapis).

Fêter ce qui rapproche plutôt que ce qui distingue

Quand il eut fait triompher (en revendiquant l’usage de la violence) la cause des noirs contre l’apartheid qui étouffait son pays, Mandela se garda bien d’organiser une Black Pride.

On rétorquera à juste titre qu’il y a encore une grosse différence entre la situation de l’Afrique du sud d’alors et celles des homosexuels d’ici (quoique…). Mais l’exacerbation outrancière des droits aux différences particulières, ce symptôme fiévreux des époques malades, aboutit souvent à des résultats inverses de ceux escomptés en exacerbant inutilement en retour des montées d’intolérance.

Dans un discours prononcé jadis devant un parterre d’étudiants japonais, Pierre Bourdieu revendiqua la quête de ce qui rapprochait, facteur de paix, plutôt que de ce qui distinguait, facteur de conflit, puis de guerre.

Alors les filles, les gars, si vous tenez tant que ça à faire à la fête, organisez-nous donc quelque chose comme… comme, je ne ne sais pas, une “Free Pride Together”. La liberté pour tous, pas de quoi être plus fier que ça de quelque chose de tout à fait normal. Mais ça ne mange pas de pain et ça donnera l’occasion de trinquer ensemble.

3 pensées sur “Des « fiertés » en marche comme s’il en pleuvait

  • avatar
    12 juillet 2013 à 10 10 45 07457
    Permalink

    En réalité on devrait tout réunir en une seule fierté celle d’être totalement abandonné à un culte de l’imbécillité. C’est copié-collé sur la culture américaine, tous ces fiertés insignifiantes.

    Répondre
  • avatar
    13 juillet 2013 à 0 12 24 07247
    Permalink

    Je n’ai que des questionnement a offrir suite a cette article…: Si, être homosexuel est différent d’être homme ou femme, pourquoi ces derniers imitent-ils(elles) les comportements, attitudes, vêtements, gestuelles de ces deux genres bien distinct ?

    et

    Pourquoi ont-ils/elles besoin d’utiliser un autre nom qu’homosexuel/le pour se qualifier…si ils/elles sont si fières ?

    Répondre
  • avatar
    13 juillet 2013 à 6 06 47 07477
    Permalink

    Attiré par la photo de l’article, je me suis rendu compte que c’était de la fausse représentation. 🙁

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *