Des racines et des arbres

OLIVIER CABANEL :

Ou… déraciner des arbres ?…

Alors que nous autres, humains, sommes condamnés à disparaitre, au mieux après un petit siècle de vie, l’arbre, ce multi centenaire, n’a pas dévoilé tous ses secrets.

A ce jour, ce serait le Chêne, qui en France aurait décroché le pompon avec une vie de 2500 ans  ; on peut le découvrir à Pessines, (lien) en Charente Maritime, même si un Olivier lui dispute la place du coté de Gatin-la Foux, (lien) et au niveau mondial, le Larrea Tridentata ou Créosotier, appelé King Clone, a déjà cumulé 11 700 ans de vie sur notre planète bleue. lien

Bien sur, les arbres ont aussi leur maladies, mais ils sont quasiment parés pour toutes les juguler, les unes après les autres, et les moyens qu’ils utilisent font preuve d’une forme « d’intelligence instinctive », forgée au fil des siècles, qui font que, contrairement aux humains, ils prennent en compte leurs expériences passées.

Comme le dit le biologiste Francis Hallé, «  être intelligent, c’est effectuer des choix avec le risque de se tromper. L’arbre lui ne se trompe pas. Parlons plutôt de stratégie, c’est plus neutre » ajoutant « chaque arbre, depuis des millions d’années a mené une batterie d’essais, ne gardant que l’essai concluant ».

Nous autres être humains, devrions en tirer une leçon, puisque nous recommençons régulièrement les mêmes erreurs.

Francis Hallé était, avec les arbres qu’il vénère, la vedette du film sorti le 13 novembre dernier « il était une forêt  », réalisé par Luc Jacquet, le réalisateur de « la marche de l’empereur  », ce film sur les manchots, récompensé par un oscar récemment.

Au sommet de son « radeau des cimes », ou sur le sol des dernières forêts primaires, Hallé tente d’attirer l’attention du monde des humains, en portant aux nues ce «  sommet de la diversité biologique de la planète », comme il aime à le marteler.

Dénonçant cette destruction insensée des forêts primaires, patrimoine de toute l’humanité, pour des raisons lucratives, le commerce des bois rares, la construction d’un barrage, Hallé tente de nous alerter, en vain, semble-t-il.

Il a vu des forêts entières de Cote d’Ivoire disparaitre en moins de 4 ans, réalisant que de massacre est payé par une partie de nos impôts, puisqu’il suffit d’aller voir l’agence française de développement pour obtenir les financements pour mener à bien cette déforestation indigne.

Il espère encore que, sous la pression populaire, nos politiques pourraient changer de cap, mais cet optimisme n’est-il pas illusoire ? lien

L’arbre rejette, tout comme l’humain, des excréments, appelés exsudats racinaires, et comme la nature est bien faite, elle a inventé les champignons, lesquels débarrassent l’arbre de ses rejets encombrants, s’en nourrissent, puis nourrissent l’arbre à leur tour lorsqu’ils meurent, d’où l’importance de ne pas écraser les champignons, même lorsqu’ils sont mortels. lien

Encore mieux, lorsque l’arbre est agressé, il peut par une transformation biochimique se rendre toxique, obligeant ainsi les animaux à se détourner vers d’autres proies.

En effet, l’arbre est capable d’émettre des COV (composés organiques volatils) qui vont prévenir les autres arbres du danger potentiel.

C’est ce qui se passe avec les Acacias d’Afrique du Nord, qui lorsqu’ils sont menacés par des chèvres, et autres ruminants, rendent leur feuilles toxiques.

Et Hallé de conclure avec humour que l’arbre, dépourvu, comme on le sait, de cerveau, est capable de manipuler les animaux qui en ont un.

Mais s’il est donc possible aux arbres de se soigner, ils peuvent aussi s’occuper de notre santé.

Chacun connait l’expression « toucher du bois », sorte de superstition censée nous protéger du mauvais sort.

Pourtant cette pratique est peut être moins illusoire qu’elle ne pourrait le paraitre.

Les bucherons aiment, parait-il, se frotter le dos contre le tronc d’un arbre pour, disent-ils, « se défatiguer  ».

Pourtant cette pratique, qui amènera sans doute des sourires amusés, et bien qu’elle n’ait pas de réalité scientifiquement prouvée, mérite de s’y attarder.

Sur ce lien, la méthode que chacun pourra, ou pas, expérimenter, et en tirer ses propres conclusions. lien

Sakura Dojo est en tout cas convaincu que l’arbre peut nous donner de l’énergie, nous guérir de notre mal être éventuel et qu’il suffit pour cela de l’enlacer, voire de lui parler, et qu’il est même possible de dialoguer avec lui. lien

Mais l’arbre a d’autres moyens de nous soigner.

D’abord la forêt produit près de 5 fois plus d’oxygène qu’elle ne consomme de co² et ce qui est bon pour la planète est par conséquence bon pour l’homme. lien

Ce qui est moins connu, c’est que les arbres font aussi tomber la pluie, et c’est grâce à une équipe de scientifique de l’université d’Oxford, dirigée par les professeurs Lindon et Hamilton, qui, en 2004 est arrivée à cette conclusion.

Ils ont constaté que les arbres émettent des microbes qui secrètent une sorte de sulfite, lesquels provoquent l’arrivée de la pluie.

Si la légende veut que Saint Louis rendait la justice sous un Chêne, certains affirmant même qu’il ne la rendait pas comme un gland, il est moins connu que l’écorce de chêne mélangé à la camomille et la gentiane peut remplacer le fameux quinquina qui soigne les états fébriles, d’où l’expression « se requinquer  ». lien

Quand à son fruit, il est non seulement comestible, mais l’écorce du chêne soigne les maux de gorge, prise en décoction en se gargarisant, ce que permettent aussi les Sapins, les Pins, grâce à leur sève, soignant la gorge et les voies respiratoires.

Un grand nombre d’arbres soignent les rhumatismes, la goutte, tel le Bouleau, dont la sève, proposée en élixir, permet l’élimination de l’acide urique, alors que ses feuilles, en infusion, épurent les reins, que ses fleurs cicatrisent ulcères et plaies, et que ses bourgeons s’occupent du foie et de la vésicule biliaire. lien

L’Orme, en quasi disparition, soulage aussi les rhumatismes, (lien) et ses bourgeons soignent l’acné, eczémas, et autres dermatoses….les fruits bouillis du Hêtre sont vermifuges, le Noyer, fait fuir les insectes, son écorce permet de blanchir les dents, et son huile est efficace contre l’hypertension, la dépression, les problèmes cardio-vasculaire, la maladie d’Alzheimer, riche en vitamine B6, cette huile revitalise les cheveux,

Le Frêne a des feuilles anti inflammatoires, diurétiques. Anti-oxydantes, qui permettent de soigner rhumatismes, œdème, arthrose, goutte. lien

Et quid du Buis, toxique par sa buxine, mais utilisé en homéopathie, il permet de combattre la fièvre, les rhumatismes, les inflammations mais aussi soigner une dépression nerveuse ? lien

Les infusions de fleurs de l’Aubépine soignent les maux de gorge, régularisent le rythme cardiaque, agissent contre l’hypertension, sont anxiolytique, antidépressives, et les bourgeons de l’Aulne désintoxiquent le corps, stimule la concentration, la mémoire. lien

Chacun connait le pouvoir relaxant des fleurs de Tilleul, et celui de ses feuilles qui font du bien à nos yeux, (lien) mais rares sont ceux qui connaissent les propriétés du Cèdre, très efficace dans le traitement du cuir chevelu, mais aussi pour soigner les dermatoses, l’acné, l’eczéma, et qui combat la chute des cheveux. lien

Quand au vinaigre de Sureau Noir, à ne pas confondre avec le Sureau nain (yeble) qui est toxique, il est idéal pour soigner la goutte, les rhumatismes, ses fleurs séchées soulagent la toux, les maux de gorge, sont purgatives en infusion, la confiture de baies de sureau purifie le sang, et le sirop de sureau soigne la grippe. lien

Finissons cette liste qui pourrait s’allonger, par le Châtaignier, qui au delà de ses fruits, riches en glucides potassium, calcium magnésium, vitamines, il a des feuilles qui peuvent soigner la toux.

L’arbre est immobile, c’est ce qui fait sa fragilité, mais pourtant tous les arbres ne le sont pas, tel le Cashapona, (socratea exorrhiza) ce palmier d’Amérique du Sud d’une vingtaine de mètres de haut, qui grâce à ses racines échasse, se déplace lorsqu’un obstacle lui pose problème : il produit de nouvelles racines, et finalement il s’installe un peu plus loin. lien

Mais tous les arbres ne peuvent pas échapper à la voracité des lobbys mondiaux qui mettent en danger les forêts du monde.

En Russie, par exemple, le groupe Vinci a décroché un appel d’offre pour la construction d’une autoroute, laquelle sonne le glas d’une bonne partie de la forêt de Khimki, et malgré l’avis d’un comité d’experts indépendants concluant que « le tracé était l’un des pires parmi plusieurs alternatives », le gouvernement n’abandonne pas le projet, d’autant qu’un certain Tristan Lecomte, fondateur d’Alter Eco, mandaté par Vinci pour « superviser les aspects environnementaux du projet  », a conseillé aux opposants de lever le camp contre un soutien financier. lien

Le 10 décembre 2013 l’indien Raoni, qui se bat pour sauver sa forêt amazonienne, portera très haut les couleurs de son peuple menacé, en manifestant à Paris, lors de la journée d’action internationale « stop Belo Monte ». lien

Pour toutes ces raisons, il est temps de s’investir pour freiner la déforestation mondiale, cette déforestation visible maintenant grâce à une application Google, et au travail du docteur Matthew Hansen de l’Université du Maryland qui a permis l’élaboration des premières cartes détaillées des forêts du monde. lien

Comme dit mon vieil ami gitan : « si tu es au fond du trou, arrête de creuser  ».

L’image illustrant l’article vient de « jardinature.net »

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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Un site pratique pour aller plus loin.

Ici, les photos des arbres les plus vieux, les plus grands, du monde.

A lire : ces arbres qui nous guérissent.de Sylvie Verbois

A découvrir, l’encyclopédie du savoir relatif et absolu de Bernard Werber

Une pensée sur “Des racines et des arbres

  • avatar
    15 décembre 2013 à 8 08 57 125712
    Permalink

    Merci M. Cabanel
    Votre article tombe à point pour moi. Je suis propriétaire de 50 acres de boisé incluant une petite érablière de quelques centaines d’entailles. Je viens justement d’avoir le résultat d’un plan d’aménagement forestier et à ma surprise il y a une multitude d’essence d’arbre que je ne croyais pas avoir dans un si petit boisé. Grâce au informations et lien de votre article, j’ai de quoi passer l’hiver à préparer mes connaissances pour tirer le maximum de bénéfice de ce boisé.
    Encore une fois merci

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