Ebola, petite mise au point

Recherche menée par Robert Gil

L’Afrique a un taux de mortalité de 11,8 pour 1000 habitants, ce qui représente plus de 12 millions de décès chaque année sans que cela ne choque grand monde. Les politiques d’ajustement structurel, l’obligation de remboursement des dettes, les politiques ultralibérales imposées à ces pays, comme le fait l’Europe avec les Accords de partenariat économique (APE), affaiblissent et parfois détruisent les services publics et contribuent à l’effondrement des systèmes de santé de ces Etats. Les pays sont alors incapables de faire face à des épidémies, des catastrophes naturelles, ou à des attaques de milices, religieuses ou non. De nombreux Etats demeurent sous la domination de banques et sociétés géantes basées dans les pays occidentaux, lesquelles extraient de vastes profits de la richesse minérale et d’autres ressources naturelles.

En 2012, sur le continent africain, 6,6 millions d’enfants sont morts avant leur cinquième anniversaire ; pratiquement tous ces décès (99%) sont survenus dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Les principales causes de décès d’enfants de moins de 5 ans ont été : la pneumonie, la prématurité, l’asphyxie ou les traumatismes à la naissance, et les maladies diarrhéiques. Le paludisme était encore l’une des principales causes de décès en Afrique subsaharienne, avec près de 15% des décès de moins de 5 ans dans la région. Les maladies non transmissibles (MNT) ont été responsables de 68% (38 millions) des décès dans le monde en 2012, contre 60% (31 millions) en 2000. Les maladies cardio-vasculaires ont à elles seules tué près de 2,6 millions de personnes de plus en 2012 qu’en 2000.

Le nombre de décès dus au VIH était encore de 1,5 millions en 2012. La diarrhée ne figure plus parmi les cinq principales causes de mortalité mais reste parmi les 10 premières, avec également 1,5 millions de décès en 2012. La tuberculose, bien qu’elle ne figure plus parmi les 10 principales causes de mortalité en 2012, figurait encore parmi les 15 principales causes, avec 900 000 morts en 2012. La tuberculose reste la principale cause de mortalité infectieuse dans le monde. Selon un des derniers rapports de l’OMS 1,4 millions de personnes y ont succombé en 2011. Les décès maternels sont passés de 427 000 en 2000 à 289 000 en 2013, mais sont encore beaucoup trop nombreux : près de 800 femmes meurent chaque jour de complications de la grossesse et de l’accouchement.

Voila donc quelques unes des principales causes de mortalité en Afrique, causes que tout le monde connait et dont personne ne se soucie vraiment parmi les dirigeants et l’opinion publique occidentale. Et voila qu’Ebola sème aujourd’hui un vent de panique dans les riches pays industrialisés, pourquoi ? La détection de l’Ebola vers le milieu des années 1970 aurait pu être l’occasion pour le lancement d’effort intensif pour étudier le virus, analyser la manière dont il est transmis et développer des antidotes et des vaccins. Cela n’a pas pris place parce que, dans une large mesure, comme un rapport du mois dernier le suggère, des compagnies pharmaceutiques géantes qui contrôlent les recherches médicales ont estimé qu’elles avaient peu de profit à faire avec les villageois appauvris de l’Afrique rurale. Mais maintenant la crainte est que le virus ne se cantonne pas à l’Afrique, mais débarque chez nous, sans distinction entre riches et pauvres … c’est sans doute la véritable raison de cette paranoïa médiatique. Mais gageons aussi que les « Big Pharmas » ont flairé une bonne affaire, s’ils ne peuvent pas vendre leurs médicaments aux pauvres africains ils espèrent les vendre aux « riches » européens et américains !

Ce qui ne fait aucun doute, c’est que l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest est une catastrophe pour la population de la région. La mortalité pourrait être réduite par une identification précoce de la maladie, le traitement sur les symptômes, comme l’hydratation en continu, les vitamines, mais aussi les soins pour d’autres maladies contractées. Cela nécessite moyens matériels et humains que ces pays n’ont pas et que nous ne leur permettrons pas d’avoir, nous préférons continuer à les piller. D’ailleurs mettant à profit cette situation, les américains ont envoyé en Afrique plusieurs milliers de militaires avec armes et bagages … sans doute pour traquer le virus ! Biseness is biseness et les victimes sont les dommages collatéraux du système néo libéral qui régit la planète. Le système se fout bien que 66 millions d’enfants en âge d’aller à l’école y vont le ventre vide, dont 23 millions rien qu’en Afrique, alors, ce ne sont pas quelques milliers de victimes d’Ebola qui vont le perturber !

Pour un rappel plus terre à terre, le tabagisme est une cause majeure de beaucoup des principales maladies responsables de la mortalité mondiale – y compris les maladies cardio-vasculaires, les broncho-pneumopathies chroniques obstructives et le cancer du poumon. Au total, l’usage du tabac est responsable du décès de près d’un adulte sur 10 dans le monde. Le tabagisme est souvent la cause cachée de la maladie enregistrée comme la cause du décès, mais comme l’industrie du tabac génère des milliards de bénéfice pour de riches actionnaires …

Marie PHILOMÈNE

Lire : L’AFRIQUE DEVAIT ÊTRE PAUVRE POUR QUE L’AMÉRIQUE SOIT RICHE

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2 pensées sur “Ebola, petite mise au point

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    19 décembre 2014 à 8 08 40 124012
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    J’ajouterai ceci dans tout système de santé public en Occident aujourd’hui on s’attaque aux effets des maladies et non aux causes c’est tellement plus profitable. La véritable prévention des maladies serait-elle devenue tabou? Devrions-nous changer le nom de notre « système de santé » en celui de « système de gestion des maladies »?

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      19 décembre 2014 à 19 07 50 125012
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      Bien vu André ! Je rajouterais même qu’il n’y a pas qu’en médecine que ton constat se vérifie : en économie, c’est exactement pareil. Que des états de lieux, et des palliatifs ! Jamais un questionnement sur les causes de la crise.
      Tu me diras, si on osait se questionner, on supprimerait la bourse et les banques.
      Mais emmerder les 1% qui imposent aux 99 % qui subissent, c’est « juste impossible » …

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