ÉIisabeth Vigée-Lebrun : un hommage mérité !

 

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FERGUS :

Depuis le 23 septembre 2015 et jusqu’au 11 janvier 2016, ÉIisabeth Vigée Lebrun est l’invitée d’honneur du Grand Palais à Paris. Une occasion, pour tous ceux qui ne connaissent pas l’œuvre de cette artiste, de découvrir son remarquable talent…

ÉIisabeth Vigée-Lebrun est incontestablement la femme peintre la plus connue du 18e siècle. Et cette position dominante n’est sans doute pas très juste pour sa « rivale » Adelaïde Labille-Guiard, tant l’immense talent et les capacités d’innovation de celle-ci auraient dû lui valoir une notoriété au moins équivalente à celle de sa consœur. En l’occurrence, ÉIisabeth a plutôt bien tiré son épingle du jeu, les artistes femmes n’ayant, à de très rares exceptions près dans l’histoire, pu rivaliser en termes de notoriété durable avec leurs confères hommes avant l’époque contemporaine. Et si ÉIisabeth Vigée-Lebrun a pu emboîter le pas à des portraitistes comme Jean-Baptiste Greuze et Quentin de La Tour pour entrer au panthéon de la célébrité picturale, tel n’a pas été le cas d’Adelaïde Labille-Guiard dont le souvenir s’est estompé au fil du temps dans la mémoire collective. La vie est parfois très injuste. Surtout pour les femmes !

Adélaïde délaissée, cela n’enlève rien à la reconnaissance du très grand talent d’ÉIisabeth. Née à Paris le 16 avril 1755, cette fille d’un pastelliste assez réputé, membre de l’Académie de Saint-Luc, est très tôt formée aux techniques du dessin, du pastel et du portrait par son père lorsqu’elle n’est pas au couvent où les religieuses se montrent désolées de la voir privilégier le dessin à toute autre activité éducative. Louis Vigée prématurément décédé, c’est ensuite le médiocre Gabriel Briard qui prend le relais de l’éducation artistique de la jeune fille, alors âgée de 12 ans. Un enseignement peu utile : la jeune fille est déjà capable de réaliser des copies de Rembrandt ou Rubens ! En réalité, ÉIisabeth suit sa voie de manière assez largement autodidacte jusqu’au moment où, devenue professionnelle – dès l’âge de 15 ans ! –, elle reçoit les conseils avisés des très célèbres Horace Vernet et Jean-Baptiste Greuze. Cerise sur le gâteau, la fréquentation de ces artistes renommés lui ouvre les portes des salons de l’aristocratie.

Parmi les personnalités rencontrées figure le Comte de Provence. Ce frère du roi Louis XVI devient son premier client prestigieux dès 1776, année où ÉIisabeth Vigée épouse Jean-Baptiste Lebrun. Durant l’automne, ÉIisabeth est admise à la Cour dont elle devient rapidement l’une des peintres favorites. Cette enviable position lui permet, en 1778, de faire le portrait de la reine Marie-Antoinette. Une aubaine en un lieu où les courtisans se plaisent à imiter les puissants. Comble de félicité pour ÉIisabeth, il naît de cette rencontre une véritable amitié entre les deux femmes qui vaut à l’artiste de devenir la portraitiste officielle de la Reine.

L’avenir matériel d’ÉIisabeth est assuré, mais cela ne lui suffit pas : en quête de reconnaissance pour son talent, elle souhaite être admise au sein de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture. Malheureusement pour elle, les femmes ne sont pas les bienvenues au sein de cette institution. Tout juste en tolère-t-on quatre sur les soixante-dix membres de l’Académie. Or, voilà qu’en 1783, deux des quatre places féminines sont libérées. Quarante femmes peintres, venues pour la plupart de l’ex-Académie de Saint-Luc, postulent pour l’un de ces deux sièges. La concurrence est rude, et les controverses enflammées dans les luttes d’influence qui se mettent en place. Un pamphlet anonyme va même jusqu’à accuser de vie dissolue les deux principales prétendantes : ÉIisabeth Vigée-Lebrun et Adelaïde Labille-Guiard. Respectivement soutenue par la Reine pour la première, et par « Mesdames » les tantes du Roi pour la seconde, ce sont elles qui, le 30 mai, sont enfin admises au Saint des saints de la peinture française.

Dans la nuit du 5 au 6 octobre 1789, quelques heures après la « Marche des femmes », des révolutionnaires pénètrent dans l’enceinte du château de Versailles et tuent puis décapitent des gardes nationaux aux cris de « Mort à l’Autrichienne ! ». Cette même nuit, ÉIisabeth Vigée-Lebrun, menacée par sa proximité avec la Reine, fuit la capitale avec sa fille et un petit pécule. Après un périple qui la conduit à Rome, Milan, Vienne, Prague et Berlin, elle se fixe durant 6 ans à Saint-Pétersbourg où sa flatteuse réputation lui vaut de nombreuses commandes de l’aristocratie russe. Entretemps, ÉIisabeth a été déchue de sa nationalité du fait de son statut d’« émigrée » ayant fui la Révolution.

ÉIisabeth Vigée-Lebrun revient à Paris en 1802, deux ans après que son nom ait été rayé de la liste des « émigrés ». Elle s’installe au château des Sources à Louveciennes avant de voir sa propriété réquisitionnée par les Prussiens en 1814. Portraitiste sous la Monarchie puis sous l’Empire, elle continue de l’être sous la Restauration, mais jamais elle ne retrouve l’ambiance légère de ses années d’avant la Révolution. Peu à peu, elle peint moins et tient salon. Âgée de 87 ans, elle meurt le 30 mars 1842 dans son appartement parisien, victime d’une attaque cérébrale. ÉIisabeth est inhumée à Louveciennes. Elle laisse derrière elle au moins 660 portraits et autoportraits d’une immense qualité ainsi qu’environ 200 paysages de moindre ambition.

Principalement constituée de ces fameux portraits qui ont fait sa réputation dans l’Europe entière, l’œuvre d’ÉIisabeth Vigée-Lebrun est caractérisée par un grand raffinement, une représentation quasiment sensuelle – et incontestablement idéalisée – de ses prestigieux modèles, ainsi que par des couleurs chatoyantes en harmonie parfaite avec son goût pour la bonne humeur et les beaux objets. Voilà qui tombait bien, les clients fortunés d’ÉIisabeth entendaient en avoir pour leur argent : leur portraitiste s’en acquittait à merveille !

Pour en savoir plus sur cette grande dame de la peinture, rendez-vous dès le samedi 3 octobre sur Arte qui diffusera un docu-fiction intitulé « Le fabuleux destin d’ÉIisabeth Vigée-Lebrun ». Mais c’est surtout dans les salles du Grand palais que l’on peut le mieux saisir ce que fut l’univers pictural d’ÉIisabeth Vigée-Lebrun : pas moins de 130 de ses œuvres (huiles, pastels, dessins) et de nombreux documents d’archives permettent de mettre en lumière le destin de cette femme d’exception. Une exposition à ne surtout pas manquer !
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Autoportrait d’Elisabeth Vigée-Lebrun

Bande-annonce de l’exposition.

Informations pratiques

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