Énergie, la transition immuable

OLIVIER CABANEL :

C’est entendu, Hollande l’a promis, la transition énergétique est en marche.

On ne demande qu’à le croire, mais en attendant, on constate que cette transition attendue fait du surplace…quand elle ne recule pas.

En effet, on cherche en vain une cohérence dans les décisions prises par le premier ministre, lequel tout en assurant que le nucléaire laissera pour une bonne part la place aux énergies propres et renouvelables, vient de décider de prolonger la vie des vieux réacteurs, en leur allouant plus de 55 milliards d’euros… des milliards destinés à rafistoler les centrales nucléaires françaises dont l’état est de plus en plus préoccupant. lien

Un peu comme si on changeait le moteur d’une voiture ayant dépassé depuis longtemps la date de péremption, sachant que sa boite à vitesse, ses amortisseurs, vont se mettre en drapeau bientôt, ou que la rouille aura finalement eu raison du vieux véhicule.

Jean Marc Ayrault assure que « nous mobiliserons également une partie des gains financiers perçus sur le parc nucléaire existant…  » à la destination des énergies propres.

On sait que nos réacteurs ont été conçus pour durer 30 ans… les prolonger pour qu’ils tiennent le coup pendant 50 ans n’est-il pas faire preuve d’une grande irresponsabilité ?

D’ailleurs, le 2 octobre, lors de la conférence énergie de « l’Usine Nouvelle », Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN (autorité de sureté nucléaire) a déclaré que la France ne devait pas compter sur ses réacteurs nucléaires au-delà de 40 ans, mais le premier ministre ne semble pas vouloir en tenir compte. lien

En tout cas, Ayrault ne pourra pas compter sur l’Europe pour financer sont très cher nucléaire, puisque Bruxelles vient de renoncer à encadrer les aides publiques au nucléaire. lien

Alors, a-t-il fait le bon choix ?

On sait, depuis le mois d’août 2012 que des soupçons de fissures existent sur les cuves de 22 réacteurs nucléaires. lien

Cette découverte, révélée par l’AFCN (agence fédérale de contrôle belge) concerne la Belgique, mais aussi les Pays Bas, la Suisse, l’Allemagne, l’Espagne, la Suède, mais aussi les Etats Unis.

Mais revenons en France.

Vu l’âge de nos centrales, les accidents s’y multiplient.

La longue liste de ceux-ci est sur ce lien, et s’il est logique d’en accepter le principe, commun à toutes les activités industrielles, il faut rappeler que les conséquences d’un accident nucléaire sont considérables, que son coût pourrait atteindre, selon l’IRSN (institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) les 5800 milliards d’euros (lien) et, s’il faut en croire Pierre Franck Chevet, président de l’ASN (autorité de sûreté nucléaire) un accident nucléaire majeur était « plausible » en France. lien

Il avait aussi publié, le 16 mai 2013, un avis soulignant « le risque qu’un défaut grave affecte plusieurs réacteurs ».

Les dernières péripéties survenues dans les centrales nucléaires, et leurs annexes, ne sont pas là pour nous rassurer.

Dans une unité d’Areva, la Socatri, différents « incidents » se sont produits, et ceci depuis 2008 : on se souvient de la fuite de plus de 150 kg d’uranium liquide qui avait contaminé les rivières du secteur, et contaminé au tritium l’eau du robinet d’au moins 3 villes du département (Mornas, Carpentras, Avignon)…et en novembre 2008, une nouvelle fuite, du bore cette fois, avait lieu à Eurodif-Areva du Tricastin.

Dans la même usine, dans la nuit du 18 juillet 2011, au sujet d’un containeur rempli d’hexafluorure d’uranium, une erreur humaine à provoqué un incident nucléaire classé au niveau 1 de l’échelle INES. lien

Puis les 4 et 5 aout 2011, plusieurs défaillances ont crée un nouvel incident nucléaire, classé au niveau 1 sur l’échelle INES.

Sur ce lien, la liste des différents « incidents » qui se sont produits sur ce site.

A Bugey, le 3 octobre 2013, une pompe a perdu son alimentation électrique, provocant l’arrêt du réacteur n°5. lien.

A Cruas, le 7 octobre 2013, suite à l’explosion d’un système de pompe hydraulique, 3 salariés de la centrale nucléaire du Tricastin ont été touchés par des liquides radioactifs. lien

Le 8 octobre 2013, vers 16h30, plusieurs dizaines de travailleurs de la centrale nucléaire de Cruas ont été évacués suite a une inquiétante montée de la radioactivité dans le secteur du réacteur n°2.

Plus grave, c’est le troisième « incident » en 24 h qui se produit dans cette vieille centrale nucléaire, et c’est très logiquement que les écologistes ont décidé de manifester le samedi 12 octobre 2013 devant les portes de la centrale pour demander une nouvelle fois, sa fermeture définitive. lien

Il faut rappeler que depuis le mois de juillet, du tritium radioactif fuit dans cette centrale, amenant le CAN84 (collectif citoyen antinucléaire du Vaucluse) de demander, des le 25 septembre 2013, la mise à l’arrêt de la centrale nucléaire, sans réaction à ce jour des autorités de sécurité nucléaire. lien

Tout cela est bien la preuve que les accidents nucléaires majeurs peuvent très bien se passer ailleurs qu’à Tchernobyl, ou à Fukushima.

Deux réalisateurs, Claire et Max, ont réalisé un film étonnant, « Hypocentre  », montrant ce que pourrait être Paris vidé de ses habitants après une catastrophe nucléaire.

Cette prouesse cinématographique technique est visible sur ce lien.

Alors au lieu de gaspiller en pure perte 55 milliards pour rafistoler ces vieilles centrales, ne serait-il pas plus judicieux d’investir dans les énergies renouvelables ?

Bien sur, des projets éoliens sont en train de se mettre en place, malgré les lobbys nucléaires qui font courir sur son compte de bien mauvaises rumeurs… les éoliennes seraient des « hachoirs à oiseaux  »…ce que la réalité dénie.

Sur un comptage de 10 000 oiseaux tués, alors que les lignes très haute tension en tuent 1370, les éoliennes en tuent 1… la palme revenant aux vitres des immeubles qui en tuent 5820. lien

Une autre critique porte sur le fait que, soit le solaire, soit l’éolien, n’offrent pas des services en continu, soit par manque de vent, ou de lumière.

Ce serait oublier les autres énergies propres, comme la géothermie de grande profondeur, ou le méthane fabriqué.

Dans ce dernier domaine, le potentiel théorique permettrait de faire tourner tout le parc automobile, poids lourds compris.

C’est ce que semble avoir compris l’entreprise GEG (gaz électricité de Grenoble) qui, dans la petite ville d’Aoste, en Isère, va ouvrir en 2015 une centrale méthane en récupérant 50 000 tonnes de déchets par an, qui permettra de d’alimenter en électricité 18 000 habitants, et de procurer de l’eau chaude et de la chaleur à 9000 habitants.

Ce sera la 255ème unité de méthanisation installée en France…bien loin des possibilités du pays, alors que les autorités continuent à faire confiance au nucléaire.

Comme dit mon vieil ami africain : « qui avale une noix de coco fait confiance à son anus ».

L’image illustrant l’article provient de « marcelgreen.com »

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

Vient de paraître : « la France nucléaire  » de Sezin Topcu (éditions du Seuil), ou l’art de gouverner une technologie contestée.

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