Énergie : passer du sale au propre

OLIVIER  CABANEL:

Hollande avait mis dans son programme la transition énergétique, afin d’abandonner progressivement le nucléaire, au profit des énergies propres et renouvelables.

Mais la réussite de ce choix pertinent ne dépend pas que de ces énergies, mais aussi de la façon de les utiliser.

 

En effet, produire de l’énergie propre et renouvelable n’est qu’une partie du scénario de la transition énergétique, la distribution de l’énergie, l’optimisation de sa consommation et l’arrêt du gaspillage doivent être préalables.

On sait que plus la distance entre la production et la consommation s’allonge, plus il y a de pertes énergétiques et que le rendement d’une centrale thermique se situe entre 35 et 45%. lien

En effet, si l’on prend le cas d’une centrale nucléaire, l’eau utilisée dans les circuits de refroidissement est généralement perdue, elle est rejetée dans les rivières ou les fleuves, avec toutes les conséquences environnementales que ça implique. lien

Il faudrait donc pour optimiser la consommation énergétique, produire et consommer sur place l’énergie produite, en récupérant la chaleur pour les habitations environnantes, comme dans le cas d’unité de méthanisation, qui produisant de l’électricité grâce au méthane générés par nos déchets, permet d’en récupérer la chaleur.

Dans le cas de l’Abbaye de Tamié, le retour sur investissement a été réalisé en 4 ans. lien

Augmenter le rendement d’une unité de création énergétique, c’est aussi diminuer la demande, et passer de 40% de rendement à 80%, voire plus, ce qui permettrait la fermeture d’un nombre conséquent de réacteurs nucléaires.

Concernant la perte énergétique provoquée par son transport, pour être plus précis, en 2012, la production énergétique française (calculée en millions de kilowatts-heure), a été de 541 388, et la consommation a été de 455 200 (dont 34 320 de perte en ligne). lien

Le choix de décentraliser l’énergie aurait aussi des conséquences financières non négligeables, puisqu’à terme, ça impliquerait la disparition du couteux dispositif de lignes à très haute tension, dont on sait les dommages qu’elles provoquent à notre santé. lien

De plus la disparition des 100 000 kilomètres de lignes nationales restituerait au pays un paysage harmonieux, et la disparition des 200 000 pylônes (lien) serait aussi une bonne nouvelle pour les oiseaux tués en grand nombre par ces lignes THT. lien

Certains affirment que les éoliennes représentent un danger pour les oiseaux, mais pour 10 000 décès accidentels d’oiseaux, l’éolien est responsable de la mort d’un seul oiseau, alors que les THT en auront tué 1370. lien

Pour rendre le scénario de transition énergétique efficace, il faudrait aussi choisir l’énergie régionale la plus rationnelle en privilégiant des petites unités de production, qu’elles soient solaires, (lien) éoliennes (lien), hydrauliques avec des microcentrales (lien) géothermiques (lien) ou grâce au méthane fabriqué et dont l’énergie serait au maximum consommée sur place. lien

En 2012, la consommation d’énergie finale totale en France a été de 154 MTep. lien

Comme les pertes générées par le transport correspondent à environ 25 MTep, si on consommait sur place toute l’énergie produite, ce qui est théoriquement possible, la consommation française énergétique tomberait à 129 MTep, ce qui permettrait de fermer 12 réacteurs nucléaires.

A ce stade de réflexion, les arguments de ceux qui tiennent à garder les énergies fossiles (nucléaire, pétrole ou charbon), s’appuient sur le prix plus élevé de ce genre de production, oubliant au passage qu’à ce jour, rien n’est réglé sur la question de la gestion des déchets nucléaire, démantèlement de centrale, ou gestion d’un accident grave, qui, comme on le voit à Fukushima atteint des sommets…jusqu’à 760 milliards d’euros selon l’IRSN (institut de radioprotection et de sureté nucléaire), pouvant même au besoin atteindre un chiffre qui dépasse l’imagination : 5800 milliards. lien

Or bien évidemment, la facture sera présentée d’une façon ou d’une autre au consommateur, ce qui relativise les affirmations concernant l’attractivité de l’énergie nucléaire, d’autant que 100 à 120 milliards seraient nécessaires pour réparer les vieux réacteurs. lien

Mais c’est aussi au niveau du consommateur que de grandes avancées peuvent être faites, car quelle que soit l’origine de l’énergie produite, c’est grâce une bonne isolation des habitations que nous pourrions efficacement réduire notre consommation, puisqu’il est admis que l’économie réalisable en isolant mieux serait de l’ordre de près de 50%.

On pourrait aller encore plus loin en favorisant les habitations à énergie positive qui non seulement, ne consomment plus d’énergie, mais en produisent…mais ça ne concerne que les constructions nouvelles.

En 2010, on comptait déjà en France 3,8 millions de personnes en situation de précarité énergétique : soit environ 1 million de logements à rénover, et autant de chantiers à ouvrir et de chômage en moins. lien

Chez nos voisins d’outre-Rhin, pays dans lequel les énergies propres font une remarquable percée, 400 000 emplois ont été créés directement, ainsi que 350 000 autres emplois indirectement et en 2012, l’Allemagne a produit plus d’électricité qu’elle n’en a consommée, (lien) avec une production solaire et éolienne correspondant à celle de 26 centrales nucléaires. lien

On a vu que nous pourrions diminuer quasiment de moitié notre consommation énergétique grâce à une bonne isolation thermique des habitations, et personne n’a oublié que le nouveau gouvernement a promis dès 2014 la création d’un fond national de garantie de la rénovation thermique, ce qui permettrait la création de 2000 emplois d’avenir spécialisés dans ce domaine. lien

Les fenêtres étant en majeure partie responsables des déperditions de chaleur, on considère que ces pertes représentent jusqu’à 30% de la facture totale de chauffage, le reste étant lié à l’isolation des murs. lien

Il est important de noter que l’utilisation du double ou triple vitrage ne doit pas se faire à la légère, le triple vitrage doit être privilégié pour les façades nord, et le double vitrage au sud, à l’est et à l’ouest afin de bénéficier des avantages du solaire dit passif. lien

Aujourd’hui il existe des vitrages qui laissent pénétrer l’énergie solaire, en empêchant la chaleur de quitter le local (lien) or cette facture du chauffage en France correspond à 38 MTep annuels, (lien) ce qui signifie que, par une meilleure isolation des habitations, nous pourrions théoriquement économiser 19 MTep, soit l’équivalent de 10 réacteurs nucléaires. lien

Cette rénovation de l’habitat est d’ailleurs largement encouragée par le gouvernement qui propose à 8 millions de français en précarité énergétique de profiter de quelques avantages financiers, qui ne seront pas hélas à la portée de toutes les bourses. lien

Le dernier point à aborder consisterait à freiner le gaspillage généré par le chauffage électrique, mais aussi dans le domaine de l’éclairage.

Quid de ces bureaux, de ces vitrines, de ces autoroutes éclairés toute la nuit ? lien

Il y a 9 millions de points lumineux dans notre pays (lien) ce qui correspond à 47% de la consommation d’électricité, soit 10 réacteurs nucléaires. lien

En résumé, en privilégiant le transport de l’énergie sur de courtes distances, on peut fermer 12 réacteurs nucléaires, en rendant plus performante l’isolation de nos habitations, 10 réacteurs nucléaires supplémentaires seraient abandonnés, et en cessant de gaspiller de l’électricité pour l’éclairage public et le chauffage électrique, 10 de plus seraient inutiles, soit théoriquement au total 32 réacteurs à l’arrêt, sur les 58 du parc nucléaire.

Une piste, chère à Jérémy Rifkin (lien) devrait aussi être étudiée, lorsqu’il évoque le stockage de l’énergie sous forme d’hydrogène pour pallier à l’intermittence de certaines énergies vertes, c’est ce qu’a proposé en septembre 2013 l’entreprise française McPhy Energie. lien

Cet abandon rapide et progressif des énergies sales serait ensuite compensé par l’utilisation des énergies propres et renouvelables, tout en permettant la création de milliers d’emplois.

Si l’on prend l’exemple allemand, on découvre que les énergies renouvelables ont permis la création de 380 000 emplois, dans les entreprises d’énergie verte, qui s’ajoutent à ceux créés pour rendre plus performante l’isolation de nos habitations. lien

Personne n’a oublié l’une des promesses présidentielles de créer 500 000 logements par an  : (lien) dans quelques petites semaines, 2 ans de mandat se seront écoulés…et on est loin du compte, puisqu’on note avec 156 700 logements construits, une baisse de 10,4% pour 2013 par rapport au dernier trimestre 2012. lien

En résumé, si la France s’engageait résolument dans les énergies propres et renouvelables, ça permettrait non seulement d’améliorer notre balance commerciale, mais aussi de créer près de 800 000 emplois, tout en faisant baisser la facture énergétique des ménages.

Mais pour l’instant, ça n’en prend pas le chemin, puisque les promesses hollandaises fondent encore plus vite que les glaces de la banquise, le nouveau président semblant être plus tenté de faire la promotion du nucléaire en Angleterre, (lien) en Chine, (lien), ce que commencent à soupçonner les verts du gouvernement (lien) car comme dit mon vieil ami africain : « le Monde semble sombre quand on a les yeux fermés ».

L’image illustrant l’article vient de « www.welovebuzz.com&nbsp ;… ;

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

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